Auteur Sujet: Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.  (Lu 532314 fois)

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Hors ligne Faïk

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1935 le: 03 septembre 2020 à 10:10:44 »
J'aime les gens qui doutent. Anne Sylvestre (Tout est dit, l'ambivalence, le doute,  triste et réconfortant, pour tous ceux qui sont encore dans leurs godasses et à côté...)

Non, pas fille indigne. L'indignité, c'est ce qui nous met plus bas que terre.
Un mois jour pour jour après le décès de mon pèreIl déclarait ce qui allait l'emporter 11 mois plus tard.
J'ai rien compris, entre les pleurs pour l'un et ceux pour l'autre.
Je suis rentrée dans un maelström infernal.
Avec la culpabilité d'oublier l'un pour l'autre. Le vivant contre le mort. Ou vice-versa.
Puis le départ de Ma'...
Aujourd'hui je tente de me raccrocher à ces quelques paroles que j'essaie de m'approprier, une sorte de déculpabilisation personnelle.

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu
...

Portez-vous bien
« Modifié: 03 septembre 2020 à 10:20:14 par Faïk »

Hors ligne Eva Luna

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1936 le: 03 septembre 2020 à 12:33:38 »
Tu réussis l'exploit de me faire pleurer parceque comprise...

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1937 le: 03 septembre 2020 à 23:30:53 »
Bonsoir Eva Luna,
Pas d indignite a cela, non.
Je pense sans arret a ma fille qui me manque terriblement. Je  pense moins a mon mari, et je me dis que s il est quelque part encore, il comprend.
On fait comme on peut avec tout ca. Le fait d en etre trouble suffit peut etre a reveler nos sentiments pour chacun.
Bien a toi.
Anic
"Gardons vivant ce que nous avons frole ensemble de plus haut" Christiane Singer

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1938 le: 04 septembre 2020 à 05:41:41 »
Je suis d'accord avec vous : pas la moindre indignité la-dedans.
Quand Papa est mort, 1 an après ma fille, je n'ai pas eu de chagrin, pourtant je l'aimais, vraiment. Mais Javotte avait pris toute la place...Même maintenant, je pense presque tout le temps à elle et parfois, culpabilise de ne pas évoquer le souvenir de Papa comme il devrait. Non, vraiment rien d'indigne la-dedans. Nous ne pouvons faire autrement, je crois.
Bizs.
Pascal.
C'est dans les situations les plus difficiles et les plus désespérées que les individus trouvent le courage de se battre pour leur conviction. Tecumseh.

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1939 le: 05 septembre 2020 à 21:15:11 »
Grosse semaine...
en plus de la rentrée,
reprise aujourd’hui du groupe d'entraide d'endeuillés
le sujet d'échanges était : Que faire des affaires de l'enfant mort?
ce fut une rencontre très intense
après qu'ils aient évoqué ce qui avait été vécu cet été...
et ils ont vécu et traversé beaucoup de choses...
et il n'y a pas de réponse universelle face au devenir des affaires des enfants...petits ou grands...
J'ai beaucoup dit qu'il fallait prendre son temps
et écouter la petite voix intérieure qui dit ce qui est bon et juste pour soi , à ce moment précis...
sans écouter les conseils de l'entourage souvent trop pressé...

Etre bénévole et co animer ce groupe est vraie  belle expérience, je me sens utile.

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1940 le: 06 septembre 2020 à 04:41:44 »
Cette dernière phrase que tu écris, Eva, me fait authentiquement plaisir, ni plus ni moins. J'ose te le dire, sachant pleinement les wagons qui sont accrochés à cette terrible lutte que nous menons pour trouver ce sentiment, si éliminé de la plupart des espaces et de l'environnement qui nous entoure...oui, plaisir, et j'éprouve même une  certaine fierté que tu puisses le partager ici, tellement rares sont ces moments où nous nous sentons utiles. J'espère arriver au même résultat avec le groupe de parents-deuil, trop tôt pour le dire encore, mais j'en ressens des prémices.
N'oublie pas que ton bouquin circule, et ça c'est une bonne chose. Utile aussi, j'en suis certain.
Courage, mon amie-deuil, courage.

Pascal.
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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1941 le: 24 septembre 2020 à 12:58:39 »
Il y a un salon , en ce moment,salonvert, près de chez moi, je vois les panneaux depuis plusieurs jours et chaque fois ça me rappelle Emmanuelle, durant un poste croix rouge, comme secouriste, elle avait eté choquée de porter aide à un homme faisant un malaise... en phase terminale d'un cancer il travaillait au bout de ses forces parceque c'était sa passion et sa vie...toute  jeune ça avait été une vraie leçon de vie pour elle...
il doit être mort depuis longtemps.
elle est morte depuis 10 ans.
Je pleure quand même dans ma voiture.
Le deuil est vraiment un escalier circulaire!
Je passe et repasse, an après an sur les mêmes images, les mêmes événements, les mêmes situations, les mêmes pensées ,les mêmes douleurs...
Chaque année un peu plus haut...Un peu  moins mal?

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1942 le: 25 septembre 2020 à 05:09:50 »
Secouriste, engagée dans l'humanitaire, nous avons vraiment "fait" des enfants qui savaient se soucier des autres...Il y a longtemps, j'ai connu une personne victime d'un accident, fauchée en traversant la route par une voiture dont le conducteur a "choisi" de s'enfuir. A l'hôpital, cette personne ne cessait de revivre en boucle ce moment, sans comprendre ce qui lui était arrivé. Cela a duré plusieurs heures, sans cesse, comme un disque rayé qui repasse le même sillon sans pouvoir poursuivre sa route, lui, son choc ne pouvait "s'enfuir"...Les réminiscences, pour moi, ne sont plus en boucle, mais fréquentes, soudaines et assez aléatoires...Rarement une journée sans en avoir. Moins douloureuses, oui, mais encore des endroits ou des images que mon psychisme n'ose aborder plus longtemps que quelques instants. Je me rapproche de l'image de ma fille dans son cercueil, mais impossible d'y rester sans sentir l'angoisse monter. C'est trop dur. Mais des instants de vie, des souvenirs de son vivant sont plus accessibles...Même me font du bien quand surgit le "goût" d'un bon moment partagé ensemble. Fil que nous ne pourrons jamais lâcher, je crois, il appartient à notre pré carré, celui ou tout cela repose, notre portillon de l'entre-deux monde...Notre sillon avec sa face A et sa face B, comme nos vieux 33, et un DCD qui tourne encore en boucle. Ouais, un ABDCD avec un D comme décès plus à sa place... L'abécedaire de nos bouquins, peut être bien, Le "subi subit" et l'inconscient qui dit l'indicible à sa façon....Pensées pour Juliette Gréco, d'ailleurs.
Bizs à toi, Eva.
Pascal.
« Modifié: 25 septembre 2020 à 07:02:40 par résilience et silence »
C'est dans les situations les plus difficiles et les plus désespérées que les individus trouvent le courage de se battre pour leur conviction. Tecumseh.

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1943 le: 27 septembre 2020 à 01:12:07 »
Je vous ai dit que j'écrivais un livre?

L' écrivaine publique qui m'aide et m'accompagne m'a envoyé le texte de mon témoignage, tapé et remanié. Je n'ai pas encore eu le courage de le lire, de me lire.
Alors cette nuit, j'ai enfin pu écrire sur le dimanche, le jour d'Emmanuelle-morte-et-froide au funérarium et le retour chez nous.Premier jour du reste de ma vie sans Elle...
Il y  a eu l'accident du Vendredi  et la demande.
Et la mort dite et les prélèvements d'organes et la mort totale.

Je ne sais même pas pour qui j'écris...
Ni  pour quoi...
Ni pourquoi...

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1944 le: 27 septembre 2020 à 04:56:23 »
Peut-être pour témoigner? Témoigner de ce que toi, tu as vécu, de comment tu l'as vécu? Primo Levi a eu cet impérieux besoin, de témoigner. Il a fallu des années à des personnes revenues des camps pour en parler, livrer leur témoignage de cet indicible vécu...Alors, aurions, nous aussi, parents-deuil, ce besoin impérieux de témoigner?
Je ne sais pas si cela fonctionne ainsi pour toi, mais pour moi, je serais incapable de reproduire un autre livre de cette vaine. c'est comme si, un peu comme l'écriture automatique, le flux des mots ne venait pas de moi, mais guidé par une force venue d'ailleurs...Le manque de sommeil avait, à mon avis, cette fonction dans son écriture : permettre à l'inconscient de guider l'écriture, avec cette fonction d'accéder à la présence de nos enfants dans cet espace de notre psyché hors de notre portée autrement. Et en état de conscience usuelle, "normale"", si j'ose dire, impossible. Nous reste alors le cheminement conscient, lui, son "combat ordinaire" de tous les jours.
Donc, écrire, tout au moins pour moi, relève plus d'un besoin impérieux de témoigner que d'un simple exercice littéraire. Même si cela reste frustrant de ne pouvoir dire en mots la complexité de l'ensemble de ce huit clos qui se joue en nous.
Si intime, si personnel. J'ai vraiment plus qu'apprécié qu'une connaissance de ma compagne, prof de français à la retraite, s'attèle à me faire retour et critique de la forme comme de certains passages incompréhensibles...Ouais, bien de trouver cette aide.
Courage à toi, Eva.
Pascal.
« Modifié: 27 septembre 2020 à 06:24:05 par résilience et silence »
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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1945 le: 27 septembre 2020 à 19:12:24 »
 Il y a ça ...


Et puis ça :

"Ecrire, c'est ranger le bordel qu'on a dans la tête"


... Ou ça  :

"C’est un drôle de truc, l’écriture. Pourquoi on se double de ça, on se double d’une autre vision du réel ? Pourquoi tout le temps ce cheminement de l’écrit, à côté de la vie, et duquel on ne peut absolument pas s’extraire ? Je ne sais pas ce que c’est, écrire. Je ne sais pas."


Ou les 3 à la fois.

Moi non plus je ne sais pas. Perso, je n'écris pas. Je réécris, inlassablement.
« Modifié: 27 septembre 2020 à 19:16:56 par Faïk »

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1946 le: 28 septembre 2020 à 05:32:02 »
Jolis mots que tu nous partage, en tout cas, Faïk. Merci.
Pascal
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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1947 le: 28 septembre 2020 à 13:12:06 »
Je range le grand cafoutch bordélique de ma tête en essayant de le faire rentrer dans des cases bordées de morts...(en fait je voulais écrire  mots  bien sûr et mon doigt a fourché sur le clavier dans un magnifique acte manqué réussi!)

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Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1948 le: 13 octobre 2020 à 20:47:30 »
Au fil du temps ,moins de souffrance, moins d'intensité de la douleur morale, moins d’impossibilité à vivre...
moins besoin de le dire... et moins envie de le partager...
Deuil se fait plus léger parfois,
et plus profond aussi
dans le sens existentiel.
J'ai bien usé mon chagrin.
Il en reste ...
mais je sais vivre avec.