Auteur Sujet: Les amis ...  (Lu 535 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne Kiné

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 24
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Les amis ...
« le: 17 Mai 2018 à 12:09:38 »
On dit  que le deuil est un « tamis à famille et à amis » ...
C’est vrai et c’est terrible de le réaliser, en tout cas au début.
On ne peut pas s’empêcher d’être déçus, tellement blessés que ça nous met en colère d’ailleurs... une colère sourde, qu’on ne peut pas exprimer pleinement car, de quel droit se permettrait-on de juger, d’estimer que notre chagrin, que notre perte, devrait être la seule chose qui compte pour nos proches, devrait être leur préoccupation prioritaire, tant notre perte occupe toute notre vie, toutes nos pensées et ne laisse la place à rien d’autre ou si peu? Comment serait-il possible que nos proches, avec lesquels on a partagé tant de choses au temps ou tout (ou presque) allait bien, continuent à vivre, à se préoccuper de choses qui nous paraissent maintenant tellement dérisoires et insignifiantes, alors que nous, nous flottons, entre deux monde...Et nous savons que, même en y mettant toute notre énergie, même avec l’apaisement qui, on l’espère, viendra avec le temps, même avec les choses chouettes qui nous arriveront forcément encore, nous resterons toujours dans cet « entre deux mondes », qu’il n’y aura jamais plus que quelques moments courts et immanquablement suivis d’émotions plus douloureuses et intenses, où notre esprit pourra s’alléger complètement de ce fardeau, de cette douleur de la perte et du manque de notre cher fils et de tout ce que nous imaginons (sans doute de manière idéalisée) qui aurait pu se passer de chouette si l’accident n’était pas arrivé... Et pourtant, même si en tant que parent, la mort de nos enfants est ce que l’on redoute depuis leur existence, même si l’on imaginait bien que si elle arrivait, ce serait l’enfer, aurait-on vraiment pu imaginer une telle violence, un tel tsunami? Oui, au début, mais aurait-on imaginé qu’1,5 ans après, même si l’on pleure moins, si l’on peut apprécier le temps passé entre amis, une bonne pièce de théâtre, etc, nous sommes en permanence habités par une douleur qui nous enserre la poitrine, que nous avons en permanence le cœur au bord de yeux, que notre cerveau est à l’affut du moindre signe, du moindre propos qu’il surinterprète, toujours en fonction de notre chagrin... C’est terrible pour nos proches, qui ne se rendent pas compte à quel point chaque propos maladroit ou innocent peut être un véritable coup de poignard pour nous... ce que nous taisons... à quoi cela servirait de le dire? Ce n’est évidemment pas volontaire et c’est bien souvent les méandres tortueux de notre cerveau qui en rajoutent une couche.

La vie n’est finalement rien de moins qu’un grand casting de comédiens, on peut d’ailleurs classer nos amis en catégories :
-Les amis de toujours, que l’on croyait proches, avec qui on a partagé plein de choses chouettes, depuis si longtemps. Et qui ne sont pas là... Mais au fond, même si on s’était bien gardés d’y penser « avant », on se doutait un peu ou en tout cas on craignait qu’ils n’étaient que les amis des jours heureux, aurait-on osé les appeler en cas de gros problème ? La déception est d’autant plus douloureuse que l’attente était énorme évidemment... ce n’est pas juste pour eux, mais c’est comme ça...
-Les amis plus récents, avec lesquels on était encore en phase de découverte, avec lesquels le courant passait particulièrement, mais qu’on ne voyait encore qu’en groupe. Ils ne souffrent pas comme nous (ni même comme les « amis de toujours » qui souffrent aussi de la perte de notre fils, qu’ils ont bien connu), c’est peut-être en partie ce qui explique qu’ils sont là, ne nous lâchent pas. Ils n’ont sans doute pas peur de ne pas pouvoir nous soutenir, de pleurer avec nous... ils ont la délicatesse de ne pas forcer à coup de bélier la porte de notre forteresse, mais sont là, en embuscade, prêts à mettre un pied dans l’entrebâillement de la porte et entrer dès qu’on l’entrouvre. À nous proposer des activités, ce qui parait incongru, voire un peu déplacé au début, mais heureusement qu’ils l’ont fait et, surtout, qu’ils ont continué à le faire malgré nos non-réponses ou nos refus répétés... Qui n’ont pas eu peur d’être maladroits, l’ont parfois été d’ailleurs, sans s’en rendre compte et parfois amenant par après certaines réflexions personnelles utiles...
-Les amis plus « occasionnels », ceux que l’on connaît depuis plus ou moins longtemps, mais que l’on ne voit pas souvent et avec lesquels on ne partageait pas d’activités communes. Mais qu’on apprécie et qu’on était toujours heureux de voir. Le drame ne nous a, ni rapprochés, ni éloignés, on ne se voit ni plus ni moins qu’avant en fait... d’apparence, rien n’a changé... mais pour nous, un fossé s’est creusé, nous sommes devenus si lointains de leurs préoccupations quotidiennes...et nous avons beaucoup de mal à nous intéresser à leurs vies, à leurs enfants... et cela nous embête, parce qu’il n’y a pas de raison, alors on se force un peu, surtout que nous sommes parfois les parrain/marraine de certains de ces enfants, qui ne sont pour rien dans ce qui nous est arrivé et sont bien trop jeunes que pour imaginer en quoi cela a bouleversé nos vies... ils ne méritent pas qu’on s’en désintéresse, et c’est pourtant ce qu’on aimerait, et leurs parents comprendraient sans doute, mais non, on se fait un peu violence...
-L’ami fidèle, qui me connaît mieux que n’importe quel autre ami, parce qu’on a passé, pendant des années, plusieurs heures par jour ensemble, au boulot, mais surtout, on a partagé nos lectures, nos centres d’intérêt, nos doutes, nos questions existentielles, nos inquiétudes quotidiennes concernant nos enfants... cet ami est là, me laissant courageusement des messages sur ma boîte vocale quand je ne voulais pas décrocher, puis m’appelant pendant mes trajets en voiture (était-il conscient que cela m’évitait de « ruminer » pendant tout le trajet?), puis passant parfois à la maison ou me proposant une petite sortie resto de temp en temps ... à parler, comme avant, de nos lectures, de nouveaux chanteurs que l’on a découverts, de choses et d’autres, mais à l’écoute aussi de mon chagrin... c’est drôle, en y pensant, c’est sans doute la seule relation amicale qui n’a pas changé : ni en moins bien, ni en mieux, nous sommes restés dans la même relation que précédemment, peut-être parce qu’elle était déjà « aboutie », cela semblant si naturel et évident.

En fait, il n’y a aucune raison d’en vouloir à nos amis de ne pas se comporter comme on aimerait qu’ils le fassent. Peut-être d’ailleurs qu’on n’aurait pas été top non plus si c’était à eux que ce drame était arrivé.
Mais si nous n’avons pas à leur en vouloir, on n’est pas non plus obligés de continuer dans la même configuration. C’est comme ça, la vie change, les choses évoluent, les relations d’amitié aussi... nous n’avons pas signé de contrat nous engageant pour la vie avec nos amis... mais ce n’est pas simple de prendre nos distances, quand certains amis nous proposent de nous voir, selon « l’ancien modèle »... alors que nous ne sommes plus du tout dans ce schéma, mais ils ne l’ont pas encore tout-à-fait compris, sont désolés, culpabilisent un peu, mais en se retranchant derrière le fait que c’est ce qui est arrivé qui a détruit tout ce qu’on pensait avoir construit ensemble, alors que c’est juste que nous sommes en attente d’autre chose, de plus de profondeur, que nous pensons ne pas pouvoir partager ensemble. Et ce n’est pas grave, on ne va pas « rompre » nos relations, elles vont juste se distancier et se rétrécir à ce que nous sommes en mesure de nous apporter mutuellement, il faudra juste du temps pour que le malaise que cela génère s’apaise pour qu’ils puissent l’accepter.
« Le bonheur que l’on a vécu ou partagé nous appartient pour toujours. » Pièce Constellations de Nick Payne
❤️❤️❤️

Hors ligne kompong speu

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 1375
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Les amis ...
« Réponse #1 le: 20 Mai 2018 à 03:15:41 »
Merci a toi pour cet éclairage...
J'ai perdu tellement d'amis que je ne les compte plus un déménagement longue distance pour compléter le chagrin plus d'énergie pour maintenir le lien.....
Peine démultiplie en kaléidoscope

Hors ligne Bulle 777

  • Membre Senior
  • ****
  • Messages: 321
Re : Les amis ...
« Réponse #2 le: 27 Juin 2018 à 11:51:52 »
Excellente,  la formule " tamis à famille et à amis" et si vrai !!

merci pour ce sujet ouvert intéressant;

j'en parlerai - si je peux- une autre fois, car pour moi le tamis familial a été particulièrement sélectif, odieux et douloureux. >:(

mais j'ai lu attentivement ces bonnes réflexions...
Maman, tu es partie trop brutalement !
Maman, Requiescat In Pace.

Quand mon père était vivant, je ne le comprenais pas. Maintenant qu'il est mort, je comprend tout. A Romanès

Hors ligne Kiné

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 24
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Les amis ...
« Réponse #3 le: 27 Juin 2018 à 17:09:29 »
La formule n’est pas de moi, je l’ai lue quelque part, mais malheureusement, je ne parviens pas à me rappeler où... mais je l’avais trouvée très juste.

Je suis d’accord que la famille mériterait son paragraphe aussi... sans doute même plus long... et surtout que pour la famille, c’est plus compliqué de se distancier pour du bon...
« Le bonheur que l’on a vécu ou partagé nous appartient pour toujours. » Pièce Constellations de Nick Payne
❤️❤️❤️

Hors ligne Etoile9

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 9
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Les amis ...
« Réponse #4 le: 27 Juin 2018 à 19:15:34 »
Je me sens beaucoup plus blessée par l'absence et le silence de certains de la famille que des personnes extérieures; pcq j'avais des attentes plus importantes pour la famille et la blessure est à la hauteur des attentes pour moi.

Hors ligne Pourquoitoi?

  • Membre Junior
  • **
  • Messages: 72
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Les amis ...
« Réponse #5 le: 27 Juin 2018 à 20:43:16 »
Je ne trouvais pas les mots, je ne savais pas exprimer mes émotions, je ne savais pas comment le dire. Tu l'as écrit pour moi, pour nous toutes et tous , merci.
Il y a longtemps que je ne suis plus venue sur ce forum et pourtant je pense tous les jours à celles et ceux que j'ai rencontré ici, je pense à tous ces parents, à ces enfants, et je sais que je ne suis pas seule.
Mais je n'ai plus  de mots, plus de larme, plus de cri, non les mois qui passent n'apaisent pas la douleur, elle est peut être différente mais à chaque instant présente et je me sens de plus en plus seule avec elle.
Martine
Elle rêvait d'un Bonheur simple, d' Amour et de Justice...