Auteur Sujet: Suicide de mon compagnon  (Lu 2789 fois)

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Hors ligne Lilou42

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #15 le: 03 Décembre 2018 à 16:57:14 »

Besoin de me vider un peu aujourd'hui... Ma quête du "Pourquoi" m'a repris... Depuis hier soir, je cherche partout à la recherche de réponses pour comprendre ce geste insensé. Je n'en tire rien d'autre qu'une immense frustration  car rien ne m'apporte les réponses claires dont j'aurais besoin pour me résoudre à accepter l'inacceptable...
J'ai grandi avec ce discours optimiste "A tout problème sa solution", alors comment croire que tes problèmes n'en avaient pas ? Tu as sombré si vite... Tu as renoncé alors qu'il y avait encore tellement à tenter, que l'avenir était devant Toi, devant nous... Tu avais encore tellement de belles choses à vivre... Il faut continuer sans Toi, c'est dur, tellement dur de trouver l'énergie pour le faire.

J'en veux à la Terre entière !!! A Toi d'avoir été aussi faible, aussi naïf, d'avoir provoqué ton propre malheur, de nous avoir fait autant de mal, de ne pas avoir appelé à l'aide... A moi-même d'avoir été aussi aveugle, aussi sourde à ta souffrance... A ta famille et tous ces non-dits qu'ils cultivent, n'ont-ils pas vu à quel point tu étais mal, comment un jeune de 15 ans pouvait-il "bien prendre" la mort de son père ?!?! A cette foutue société qui fait du suicide un sujet tabou ! N'en parlons pas, fermons les yeux sur la souffrance, elle dérange... Il aura fallu que je te perde pour que je découvre ces données indigestes : chaque année il y a 3 fois plus de décès par suicide que pas accidents de la circulation !!! Le suicide est la première cause de décès chez les 25-35 ans, devant les accidents de la route et toute forme de maladie !!! Un suicide toutes les 50 minutes en France et une tentative toutes les 20 minutes !!! La France a un taux de suicide nettement supérieur à la moyenne européenne !!! ... Bravo la France, quelle belle performance... Toutes ces campagnes pour la prévention routière, tous ces spots à la télé, sur les ondes radio, ces campagnes de dépistage pour toutes sortes de cancers, très bien, mais pourquoi ne pas sensibiliser à la souffrance psychique ? Aux signes avant-coureurs et paroles qui doivent alerter ? Ils sont largement communiqués pour l'AVC, l'infarctus... on ne nous sensibilise pas à la gravité du mal-être, aux mots à dire pour désamorcer une crise suicidaire... J'ai mal pour tous ces gens qui s'éteignent seuls, dans une souffrance que plus rien n'apaisent et pour tous ceux et celles qu'ils laissent dans la douleur, l'incompréhension et la culpabilité de ne pas avoir pu empêcher un tel drame...

Hors ligne mike67

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #16 le: 03 Décembre 2018 à 17:55:37 »
Coucou Lilou,

Je lis ton mail et je me souviens avoir découvert les chiffres sur le suicide après le drame, comme toi.
C'est effarant.
Comme toi, je me suis évoqué toute la publicité, tous les spots télé sur les accidents de la route.
devant le nombre de personnes désespérées qui font ce choix terrifiant, combien auraient pû être sauvées si un spot TV serait passé qui rappelle les numéros d'urgence, qui établit un premier lien, qui explique les mécanismes de la dépression?
Peut-être qu'on aurait pu parler de la dépression ou du suicide avec nos proches si on avait vu ce spot devant la télé ou entendu à la radio, cela aurait dégoupillé des choses, même de manière anodine.
Je pense que cela aurait pu aussi m'interpeller..
Mais rien n'est fait... c'est le désert... ou si peu...
Je pense qu'on ne prend pas en compte les maladies psychologiques au même titre que les maladies physiologiques.
Combien de personnes m'ont dit : Mais Ludo allait bien? Il n'avait aucune maladie?
Mais il n'allait justement pas bien!!!!!!!! Personne n'a clairement vu, moi le premier, mais il n'allait pas bien du tout!

J'espère ne pas être trop en colère dans mon mail.
Je te souhaite en tous les cas tout l'apaisement qui puisse être.

Un grand courage à toi.

Te lire m'a été très aidant,
« Modifié: 03 Décembre 2018 à 18:45:01 par mike67 »
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Hors ligne Bmylove

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #17 le: 03 Décembre 2018 à 17:56:27 »
Ta colère est saine, Lilou.
C'est tout à fait ça. Le suicide dérange.
Il dérange nos proches, il dérange la médecine qui ne sait pas quoi en faire, et il dérange notre société qui valorise le paraître, le superficiel et l'hyperconsommation.
Alors oui, achetons plein de choses pour Noël, et laissons les malheureux dans leur merde.

On dirait un conte de Dickens, comme quoi les mentalités ont peu changé ?
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Hors ligne Mircea

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Re : Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #18 le: 04 Décembre 2018 à 23:47:21 »
Je me retrouve souvent dans tes posts Lilou.

"besoin de te vider " : n'hésite pas à le faire !

Ma quête du "Pourquoi" m'a repris... Depuis hier soir, je cherche partout à la recherche de réponses pour comprendre ce geste insensé. Je n'en tire rien d'autre qu'une immense frustration  car rien ne m'apporte les réponses claires dont j'aurais besoin pour me résoudre à accepter l'inacceptable...
J'ai grandi avec ce discours optimiste "A tout problème sa solution", alors comment croire que tes problèmes n'en avaient pas ? Tu as sombré si vite... Tu as renoncé alors qu'il y avait encore tellement à tenter

"se résoudre à accepter l'inacceptable" : je ne sais pas si c'est possible ... Tout doucement, petit à petit, aller vers l'acceptation de ne pas avoir de réponse à certaines de nos questions : c'est déjà beaucoup ....

"A tout problème sa solution" : c'est aussi une de mes croyances. Mais pour eux, la seule, l'unique solution ne pouvait être qu'en finir avec cette terrible souffrance par le suicide...

"J'ai mal pour tous ces gens qui s'éteignent seuls, dans une souffrance que plus rien n'apaisent" oui, mourir de cette façon c'est profondément inhumain, violent : c'est l'une des choses qui me fait toujours pleurer ....

Sois douce avec toi, Lilou ...

En souhaitant que ta puce continue sa reprise de nuits calmes, je te souhaite une belle nuit.
 :-*
Catherine





Hors ligne Lilou42

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #19 le: 05 Décembre 2018 à 00:56:55 »
Merci pour vos messages, vous êtes d'une aide précieuse.

En souhaitant que ta puce continue sa reprise de nuits calmes
Merci Mircea ! Ses reprises sont malheureusement de courte durée, je n'ai pas 2 nuits consécutives... mais il y a un petit mieux. Son frère aussi va un peu mieux, il parle plus facilement de son Papa, on regarde des photos et je sens que ça lui fait beaucoup de bien, il extériorise...

Ma sœur m'a amenée faire un footing aujourd'hui, on a "couru" 50 minutes. "Couru" parce que quand elle s'est mise à marcher parce que trop fatiguée, elle marchait aussi vite que moi qui courais, c'est vous dire le rythme des foulées ! Mais ça m'a fait du bien, même si incapable de parler en courant, je n'ai fait que penser à tout ce que j'aurais pu faire pour que le drame n'arrive pas... J'espère avoir de grosses courbatures demain, pour qu'un peu de douleur physique détourne mon attention de cette douleur qui ronge mon cœur et mon âme...

Dans la continuité de mes lectures pour comprendre, j'ai commencé "Je vais mieux, merci - Vaincre la dépression" de Brent Williams. Un témoignage sous forme de BD, très bien fait dans lequel je retrouve Rémi, avec beaucoup de douleur : les insomnies, l'incapacité à demander de l'aide et cette conviction de devoir et pouvoir s'en sortir seul, les angoisses... Si seulement j'avais su, j'aurais pu mieux l'aider... Mais même les médecins (psychiatre, psychologue...) ne m'ont pas guidée, ça n'est pas faute de leur avoir demandé ce que je pouvais faire pour l'aider.  J'ai vu qu'il était très mal, je lui parlais, essayais de le rassurer, d'être présente mais il a continué à sombrer et je me sentais tellement impuissante, démunie...

Dans ma longue liste de la colère, je n'ai pas cité le corps médical, car Rémi l'a côtoyé mais même eux n'ont pas vu venir ce drame... Manque de formation ? Manque de soin et d'attention pour leur patient ? Est-ce qu'ils en viennent à banaliser la souffrance eux qui y sont exposés au quotidien dans leur vie professionnelle ? Est-ce qu'on est tombé sur des incompétents ? Ou est-ce que lui-même s'est refusé cette aide parce qu'il estimait devoir s'en sortir tout seul... Tant de questions sans réponses, de colère, de frustration... Il faut que les choses changent, qu'il ne soit pas mort pour rien !

MERCI encore pour vos mots. Je vous adresse mes pensées les plus chaleureuses

Hors ligne Lilou42

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #20 le: 06 Décembre 2018 à 23:26:18 »
Les vagues approchent, je les vois, elles m'arrivent dessus, je ne peux rien faire de plus que m'y préparer, m'accrocher de toutes mes forces à mon radeau pour ne pas le lâcher... un vendredi 7 qui fait écho à un autre qui aurait pu rester un jour insignifiant si tu n'avais pas commis l'irréparable...

Dire qu'on adorait les vendredi... Je déteste ces "moisiversaires" comme tu disais, ils n'ont jamais aussi bien porté leur nom... J'aimerais un jour que le 7 passe inaperçu, qu'il soit comme le 10, le 3 ou le 21... est-ce que ça arrivera un jour ? Je veux penser à Toi avec un sourire dans le cœur tous les jours du mois... j'y arrive certains jours, ponctuellement, je m'évertue à progresser...

Il y a 3 mois j'étais au bord de la noyade, la mer était déchaînée, les vagues m'engloutissaient, j'avais à peine le temps de prendre un peu d'air que j'avais à nouveau la tête sous l'eau, je buvais la tasse encore et encore et encore... le ciel était sombre comme jamais... les semaines qui ont suivi, j'étais à bout de force, épuisée de me battre contre les éléments, tentée parfois de me laisser couler... mais l'appel de la vie m'a fait m'agripper à ce radeau de fortune... il n'a pas fière allure, mais je m'y suis agrippée, je ne suis même pas encore montée dessus, je reprends juste doucement mon souffle en m'y agrippant... Peut-être qu'un jour la mer sera plus calme, que je verrai un petit morceau de ciel bleu, que je pourrais m'asseoir dessus et me surprendre à contempler l'horizon sans larmes plein les yeux...

Mais pour le moment le bulletin météo annonce du vent pour ce vendredi 7, je vois déjà arriver les vagues, alors je rassemble mes forces pour m'accrocher en attendant qu'elles passent...

Hors ligne mike67

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #21 le: 07 Décembre 2018 à 08:12:12 »
Un grand courage à toi Lilou.
Laisser les larmes couler peut faire du bien.
Attention à toujours essayer de prendre soin de toi.
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Hors ligne Bmylove

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #22 le: 07 Décembre 2018 à 18:42:59 »
Rien ne sert de ramer à contre-courant.
Accepter les émotions, la douleur, s'entourer de proches bienveillants...
Et attendre...
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Hors ligne Lilou42

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #23 le: 07 Décembre 2018 à 21:51:10 »
Je ne pensais pas être dans un état aussi pitoyable aujourd'hui, les larmes n'en finissent plus de couler... même pas la force d'écrire... Je me sens seule... Avant je faisais des cauchemars la nuit et me réveillais soulagée, aujourd'hui je n'attends qu'une chose : me réfugier dans le sommeil car le cauchemar reprend quand je me réveille en réalisant que tu n'es plus de ce monde... La vie a perdu tout son sens

Hors ligne Mircea

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #24 le: 07 Décembre 2018 à 22:14:30 »
Ah oui, ces réveils terribles, douloureux .... où la réalité est d'une violence !
Je peux juste te dire, qu'à un moment, ces réveils arrêtent d'être une torture .... Mais en attendant ....

Laisser couler les larmes, sortir la souffrance , laisser passer.... jusqu'au prochain mieux
Préserve toi au mieux

Je te serre fort dans mes bras
 :-*
Catherine

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #25 le: 08 Décembre 2018 à 00:00:33 »
Lilou,

Je te prends dans mes bras et je te berce tout doucement, sans rien dire.
On est avec toi.... il y a toute une flotte de petits radeaux autour de toi.
On ne pourra pas empêcher les vagues mais peut être t'aider un peu à les affronter.

Je t'embrasse très fort Lilou
BEBE



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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #26 le: 08 Décembre 2018 à 00:34:33 »
Bonjour...nouvelle journée qu' elle soit moins triste et plus apaisée...petite insomnie alors je fait un tour pour laisser un peu de bienveillance par ci par là....je joue la mère noël du bonheur...essayer de sourire à la vie...même si cela ne dure qu' une minute elle sera gagnée sur le chagrin..ensuite il y aura d' autres minutes qui feront peut être une heure...garde cet espoir dans ton coeur..tu vas réussir.bises biche
« Modifié: 08 Décembre 2018 à 01:10:41 par biche07 »
Si j'avais su que je T 'aimais autant, je T'aurais aimé encore davantage.

Hors ligne Lilou42

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #27 le: 12 Décembre 2018 à 23:29:28 »
Merci pour vos messages.  J'avais clairement sous-estimé la puissance de ces vagues des 3 mois... J'ai passé plusieurs jours la tête sous l'eau, envahie par la douleur dans toute son intensité comme je ne pensais pas la retrouver : les larmes,  le besoin de crier à s'en détruire les cordes vocales,  l'incapacité à supporter l'agitation du monde en cette période de l'année où spectacles, lumières et joyeuse effervescence sont surdosés, le sentiment de ne plus être connectée à ce monde...

Mais voilà,  les vagues sont passées, la souffrance est sortie avec toute l'intensité et la violence d'une éruption volcanique,  me laissant épuisée mais soulagée par cette "dépressurisation".

Petit tour dans le Petit Monastère de Federico ce soir. J'en repars avec une phrase qui m'a parlé et que  je me promets de relire les jours où Dame Culpabilité viendra s'inviter chez moi pour la mettre poliment dehors : ..."Il avait oublié de s'aimer et d'accepter de la vie ce qu'il ne pouvait pas changer"

Je t'Aimais pour 2 mon Coeur mais ça n'a pas suffi... Repose en paix mon Amour.

Hors ligne mike67

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #28 le: 13 Décembre 2018 à 09:30:28 »
Bonjour Lilou,

Sincèrement très heureux que tu ailles mieux :)

La manifestation du chagrin se fait différemment selon les personnes. La mienne est plus sourde, la tristesse et le chagrin est davantage rentré, même si les larmes peuvent jaillir à certain moment sans s'arrêter et sans crier gare.

Ta citation de Frederico m'interroge :
"Il avait oublié de s'aimer et d'accepter de la vie ce qu'il ne pouvait pas changer"
Dans le cas de Ludovic, c'est davantage une insatisfaction, comme une fatalité inexorable contre laquelle il devait trouver des solutions pour la contrer (j'étais SA solution), une difficulté à trouver sa place, à rester systématiquement un peu "hors du monde". Oublier de s'aimer certainnement. J'étais tombé sur l'ouvrage d'un psy americain dont les patients etaient en grande souffrance. Beaucoup d'entre eux lui disaient qu'ils ne supportaient pas d'être seul.
Le psy leur répondait sur un ton étonné : "et pourquoi donc? Vous considérez que vous n'êtes pas une bonne compagnie peut être?"
Accepter de la vie qu'il ne pouvait pas changer : qu'est ce que cela signifie pour toi? Tu n'es pas obligé de repondre bien suûr  :)... S'accepter tel qu'on est, accepter de ne pas tout pouvoir, se contenter de ce qu'on a et le faire fleurir? La difficulté était que Ludo me disait souvent, qu'à part moi, il n'avait rien. Ce qui était pourtant faux.

Je te souhaite plein de douceur  très chère Lilou.
Avec le temps, la douleur laissera de la place à de la tristesse et à une certaine forme d'apaisement.
Au stade où j'en suis, l'existence est faite de zoom et de dezoom successif.
Phase dezoom : j'agrandis le cadre, je parviens à prendre de la distance, à regarder la vie et à accéder à une sérénité.
Phase zoom : je mets le focus sur la douleur de Ludovic. Et alors là... la culpabilité e la tristesse revienne au galop.

Plein de calme pour toi, tout simplement.
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Hors ligne Lilou42

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Re : Suicide de mon compagnon
« Réponse #29 le: 10 Janvier 2019 à 00:59:16 »
Voilà un moment que je n'ai pas écrit : période chargée en émotions, en changements à mettre en place avec toutes les angoisses qui vont avec, mettre un pas devant l'autre encore et toujours avec toute l'énergie que ça demande, gérer les enfants, leurs états d'âme, leurs petits bobos et leurs émotions en plus des miennes, celle des membres de ma famille et de la sienne aussi, avec qui la distance se crée car ils ne me comprennent décidément plus... J'ai "changé"... la patience, la tolérance, l'écoute dont je faisais preuve ont laissé place à une sensibilité exacerbée, une angoisse sournoise qui me tient et me fait parfois trembler devant un petit tas de sable moi qui n'avais jamais eu peur de franchir des montagnes, un besoin d'être écoutée, comprise... ma douleur "dérange" ma famille qui cultive cette pudeur sans intérêt , quand j'en parle, je m'entends reprocher "d'étaler ma souffrance"... il y a des jours j'aimerais couper les ponts avec tout le monde, je suis tellement déçue des réactions des membres de ma famille... certains de mes amis et certains de ses amis à lui  aussi me surprennent au contraire par la chaleur et la douceur de leurs mots et de leurs gestes, ils rechargent mes batteries.

Cette période de "fêtes" de fin d'année est derrière, toutes ces premières fois sans lui... j'ai tenu comme j'ai pu, mais j'ai tenu... Je n'avais qu'une hâte cette année : voir disparaître les sapins de Noël et vite en finir avec cette période de vœux. Avec la fin du mois de janvier, je crois que j'aurai la sensation d'être enfin allégée de ces formalités qui me pèsent particulièrement cette année... Sensation de décalage avec ce monde, je comprends mieux ce qu'il a pu ressentir quand il a évoqué à quel point c'était dur de porter ce masque, ce sourire de façade, cette sensation de "survivre" plus que de "vivre"... Il souffrait d'une souffrance que j'arrive aujourd'hui à toucher du doigt au regard de la souffrance dans laquelle je baigne depuis qu'il est parti... Comme j'aurais aimé pouvoir t'aider d'avantage mon Cœur, c'est tellement dur ces moments où on se sent seul face à sa douleur intérieure...

J'essaie de réapprendre à vivre, ça demande tellement d'efforts, tellement d'énergie et ça génère tellement d'angoisse... cette vie qui est devant moi n'est pas celle que je projetais, elle me paraît tellement périlleuse, hostile et difficile depuis que tu n'es plus à mes côtés.
* Demain : remise des clés du logement social qui nous a été attribué. Notre petit bonhomme est tout content à l'idée de pouvoir inaugurer cette baignoire avec sa sœur, moi je suis tétanisée à l'idée de devoir meubler cette maison si vide, repartir de zéro dans un lieu qu'une partie de moi n'a pas envie d'investir parce que cette nouvelle vie va devoir s'écrire sans Toi. Du coup, je n'ai même pas achever les formalités administratives que je devais concrétiser pour la remise des clés... soit je trouve le courage de le faire demain matin à la première heure, soit je vais passer pour une irresponsable et la remise des clés devra être repoussée...
* Vendredi : nouvel entretien d'embauche... Est-ce que je vais réussir à donner l'illusion cette fois-ci comme je l'ai fait en décembre ? Peut-être qu'une fois habillée, coiffée et maquillée, j'arriverai à donner le change, dégager suffisamment d'assurance pour être "embauchable"... J'ai envie de retravailler, je crois que j'en ai besoin autant que j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Retourner sur mon poste n'est même pas envisageable : un employeur qui a montré toute sa fourberie et sa bassesse ces derniers mois... pas de soutien de ce côté-là, autant repartir à zéro, en terrain neutre, avec des gens qui ne me regarderont pas avec pitié ou jugement, qui ne connaîtront pas mon histoire, pour qui je ne serai que "moi" et pas cet élément survivant et meurtri du "nous" qu'ils n'auront pas connu...

Il est tard, mieux vaut m'arrêter là... Les heures de sommeil manquent au compteur, je vous lis souvent en allant me coucher sans voir le temps passer et la fatigue s'accumule. Mon corps donne des signes de faiblesse. Je suis montée sur une balance après Noël : 44 Kg après le petit déjeuner alors qu'on m'avait dit quelques semaines avant que j'avais "repris des joues" depuis la cérémonie... Je n'ose même pas imaginer jusqu'où je suis descendue en septembre... Je ne suis plus qu'un tas d'os, je me sens tellement usée, fragile, l'ombre de celle que j'ai été...

Je répondrai aux messages que vous m'avez adressés, sur mon fil, les vôtres ou en MP : MERCI Mike, Mircea, Biche, BEBE, Bmylove, Emi, qiguan et vous tous que je lis en silence... de m'accompagner dans ces petits pas, certainement souvent sans le savoir... Je vous souhaite une année pleine de douceur, une année de reconstruction, d'avancée vers la lumière et l'apaisement  :-*