FORUM "LES MOTS DU DEUIL"

Comprendre et vivre son deuil => Après le suicide d’un proche => Discussion démarrée par: Lilou42 le 26 Novembre 2018 à 13:15:26

Titre: Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 26 Novembre 2018 à 13:15:26

Jamais je n'ai été inscrite sur le moindre forum, mais il faut une première fois à tout... J'ai beaucoup lu vos messages dans l'ombre, j'ai parfois eu l'impression que j'aurais pu être l'auteur de ces mots, alors aujourd'hui je me lance, pour vider un peu mon sac de chagrin, de douleur, auprès de personnes qui sauront, j'en suis sûre, les comprendre et peut-être les apaiser quand l'entourage sera usé ou trop démuni...

Rémi s'est suicidé début septembre. Jamais je n'aurais imaginé qu'il puisse en arriver là... J'ai parfois encore du mal à réaliser qu'il ne reviendra pas. Il y a eu le choc, il y a maintenant le manque, l'incompréhension, la colère, la culpabilité de n'avoir pas vu venir, de ne pas avoir entendu les mots qui résonnent aujourd'hui comme des évidences du désespoir qui le rongeait, cet au revoir à demi-mot que je n'ai pas compris...  Il ne s'est laissé aucune chance : il a sauté d'un pont, à un endroit tristement connu pour ne pas se rater... il ne savait pas dire sa souffrance, c'est parfois difficile, je le conçois, mais pourquoi pas "seulement" une tentative de suicide, un appel au secours, pour que je comprenne, que son entourage comprenne, que les soignants comprennent où il en était et que nous puissions l'aider ? Il est parti sans un mot, déterminé à en finir, il a sauté sans une seconde d'hésitation aux dires du témoins qui a donné l'alerte... Pourquoi avoir baissé les bras alors que je croyais tellement en lui...

Oui il a fait une erreur stupide, il m'a blessée, il s'en voulait mais j'aurais pu pardonner... Lui ne s'est pas pardonné... J'ai parfois étais dure dans mes mots, blessante, j'attendais tellement que tu me montres ta détermination à réparer ce que tu avais abimé mais tu n'y arrivais pas, tu étais bloqué, comme tétanisé par la conviction que tout était perdu, que tu étais vaincu d'avance... Je n'ai pas su le rassurer, lui témoigner assez fort à quel point je l'Aimais. Aujourd'hui son absence est une torture au quotidien... Nos deux enfants vont grandir sans leur Papa... Comment a-t-il pu ne pas penser à la souffrance qu'il allait infliger à tous ceux qui l'aimaient ? Il avait tellement souffert de la mort de son père alors qu'il n'avait que 15 ans, comment infliger la même chose à ses enfants qu'il aimait tant ? Notre fils aura bientôt 3 ans et pleure son Papa tous les jours depuis que nous avons "fêté" le premier anniversaire de sa petite sœur sans Papa... Il a compris ce jour-là je pense, que son Papa ne sera plus jamais présent. C'est tellement dur d'aller de l'avant, de continuer sans lui... Il n'y a pas de mots pour décrire cette souffrance qui ronge de l'intérieur, cette douleur incomparable à tout ce qu'on peut imaginer...

Comme certains d'entre vous j'ai beaucoup lu, sur le deuil en général, le deuil après suicide, le suicide... pour comprendre son geste, comprendre ces émotions terribles qui me ballotent sans relâche... J'ai l'impression d'être sur un radeau, sur une mer maintenant trop souvent déchaînée... Et puis j'ai aperçu vos radeaux et j'ai compris que je n'étais pas seule à essayer de garder la tête hors de l'eau... alors MERCI à vous, pour vos témoignages et le temps que vous aurez consacré à me lire aujourd'hui.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: biche07 le 26 Novembre 2018 à 14:01:29
bonjour lilou..bienvenue parmi nous ..dans cette grande famille de douleur sans lien de sang mais avec le lien de  la compréhension et de l'ecoute...j'ai juste envie de te prendre dans mes bras et te bercer pour prendre un peu de ta peine.
pas trouvé de mots pour l'instant...tendresse biche
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: mike67 le 26 Novembre 2018 à 14:19:27
Très chère Lilou

Je me permets de t'accueillir sur ce forum, où on peut exprimer ses peines, son désespoir, ses craintes, sans jugement, et trouver de la compréhension, peut être des réponses à nos questions, des conseils pour avancer.

Ce que tu vis est terrible, terrifiant.
Je le sais car toutes les questions que tu te poses, tous les remords que tu exprimes, je les vis moi aussi.
Comme toi, je regrette de ne pas avoir compris les appels au secours, formulé à demi-mot.
Je regrette comme toi de ne pas en avoir mesuré la terrible portée, de ne pas avoir mesuré la terrible souffrance à l'intérieur de la personne aimée.

J'ai le moral un peu bas aujourd'hui, mais te lire me fait du bien.
Que te dire pour t'aider un peu?
Lire le livre de Christophe Fauré sur le suicide.
Regarder sur internet l'émission :
https://www.bing.com/videos/search?q=que+faire+apres+le+suicide+d%27un+proche+france+5&&view=detail&mid=39E8AC38C33263B7B76A39E8AC38C33263B7B76A&&FORM=VRDGAR

Feuilleter sur le net, comme on le fait tous pour lire, essayer de comprendre ce geste fou...

Je me permets de te le dire : tu ne trouveras pas de réponse, ou certaines zones resterons sans réponse pour toi.

Je suis sincèrement de tout cœur avec toi, réellement car je sais que les premier mois sont très difficiles à vivre.
Essayes d'être douce avec toi, tu souffres suffisamment, avec tes enfants à protéger et à t'occuper. Donc pas la peine d'en faire davantage.
Ce n'est pas facile. J'ai envie de te dire : mets tout en œuvre pour essayer de comprendre un petit peu son geste.
Mais essaies  au maximum, même si cela n'est pas évident, de ne pas t'intégrer dans son geste, afin de ne pas alimenter trop douloureusement ton sentiment de culpabilité.
Comme toi, comme tous ici, on se demande le cataclysme qui a fait qu'on est arrivé sur ce forum...
Se ménager au maximum, prendre soin de toi et de tes enfants demandent déjà suffisamment d'énergie.
Tu n'es pas responsable de son geste. C'est son acte personnel, intime.
Avec le temps, même si cela est difficile, j'essaie d'apprendre à respecter ce geste terrible. L'accepter, c'est aimer la personne perdue, c'est respecter ses souffrances, ne surtout pas les minorer.
Pour autant, et c'est le plus dur, essaies d'éviter de tomber dans les regrets : oui on aurait pu changer les choses si on l'avait retenu, si on lui avait parlé autrement, si ... si...
Certes, c'est peut être vrai..  mais cela reste leur geste, leur volonté d'arrêter.
Comme on me l'a répété ici des centaines de fois, on ne se suicide pas après une  rupture, ou une dispute.
On se suicide car il y a un désespoir profond, enfoui, emmagasiné depuis des années et qui atteint son point de rupture.
C'est leur parcours de vie, c'est leur histoire. Essayer de respecter cela.
Je pourrais t'écrire pendant des heures encore...
Ta reconstruction interviendra plus tard.
A ce stade, préserves toi, alimentes toi, dors le plus correctement possible.
La clé, qui me permet à moi de m'en sortir, c'est d'en parler à mon entourage.
Je n'ai pas cessé de parler du drame à mes proches, parler, parler, parler encore. Tout délier, tout dire à des personnes proches et de confiance, sans tabou. Il faut cracher sa douleur, cracher ses regrets, ses remords, et ne rien garder enfoui.
Voies tu peut être un thérapeute?
Comme moi, tu vas passer toute ta vie de couple à la moulinette. Tu vas chercher des détails, tu vas essayer de t'imputer des responsabilités, tu vas regretter des choses dites, des actions parfois très lointaines. C'est normal, mais essaie de te préserver et de te voir comme une belle personne. Ne pas s'abimer... eux l'étaient déjà suffisamment.

Tout doucement, pas maintenant bien sûr, un petit mieux va s'installer, je peux te le promettre.
Pas loin de 8 mois après le drame absolu, je peux te dire que je me réintègre tout doucement dans la vie. Mais je continue de pleurer, de regretter ce départ qui n'aurait pas dû être, je continue de pleurer sa tristesse à lui, mais je parviens tout doucement, naturellement à ne rien regretter en ce qui concerne mes propres actions.
Car tu est juste humaine et à toi seule, tu ne peux t'imputer la responsabilité d'un tel geste. c'est SON CHOIX, aussi terrible puisse t-il être.
"J'aurais dû lui pardonner" : pourquoi cela? aucunement!! Tu as le droit d'exprimer ton désaccord.
Comme toi, je vis assez mal le fait de n'avoir aucun mot, aucun écrit. J'ai des dernières paroles adressées, comme dans ton cas, pleine de tristesse, mais à demi-mots (elles étaient profondément  sincères, je ne les ai pas comprises ;-(...). Et rien. J'aurais tellement aimé une lettre où il me dise l'essentiel... mais rien..

Je me permets de t'embrasser.
T'écrire me fait du bien et j'espère que me lire également.
Un très grand courage à toi. Je ne te connais pas, mais je suis sincèrement, à l'instant présent, avec toi, car je comprends et que j'ai capté ta douleur.




Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Bmylove le 26 Novembre 2018 à 16:36:46
Bonjour Lilou... Tu es la bienvenue parmi nous.

Le suicide, c'est une mutilation de l'âme pour les survivants.
Etre en colère contre mon mari pour ce geste m'aide un peu, parfois.
Mais en vouloir à une personne qui a tant souffert, c'est difficile.

L'image de la torture me revient souvent face à tant de violence.
J'ai l'impression, toi aussi peut-être, de ne plus faire partie du monde des gens ordinaires.
J'envie leurs petits ennuis même s'ils m'exaspèrent. S'ils savaient que tout peut basculer...

Mike m'écrivait hier qu'on est des galériens, moi je parle de marathoniens...
Bref, c'est un long périple, douloureux et éprouvant qui t'attend malheureusement.
Prends tout ce qui peut t'apaiser, te faire du bien, te donner de l'énergie.
Tes proches peuvent-ils t'épauler ?
On est là, nous aussi, on forme un réseau de soutien que je trouve vraiment salvateur par moments.
Tu peux nous écrire autant que tu veux, lire, fouiller : http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/en-guise-de-table-des-matieres/

Prends bien soin de toi et de tes enfants, ils ont besoin de toi comme jamais.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Mircea le 27 Novembre 2018 à 02:07:07
Je me joins aux autres pour te souhaiter la bienvenue ici.
Ton partage est triste, touchant : te voir face au suicide de ton amoureux, avec des enfants si jeunes, la détresse de ton petit garçon ...
Mais si douloureux et dur que ce soit, tes enfants, vos enfants, te donneront la force de continuer ...

Oui continues à venir déposer ton sac de chagrin ici, tant que tu en as besoin, que tu le souhaites ....
Prends tout ce qui peut te soutenir, t'aider, te faire du bien ...

Mes plus douces pensées pour toi, pour ton fils, et ta puce,
Pensée émue pour Rémi
Catherine
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 27 Novembre 2018 à 16:12:22
MERCI à vous tous pour votre accueil, pour vos mots, votre compréhension.
J'ai passé des heures à lire vos fils de conversations. Je sais que vous êtes quelques pas devant moi, dans ce tunnel dont je ne vois pas encore le bout. J'avance doucement, dans le noir, à tâtons, mais savoir qu'il y a du monde un peu plus loin dans ce tunnel est rassurant et donne l'espoir d'apercevoir un jour la lumière tout au bout.

Merci Mike pour les ressources que tu mentionnes. Avant d'arriver sur ce forum, je me suis beaucoup documentée, j'ai lu les ouvrages de Christophe Fauré ("Après le suicide d'un proche" et "Vivre le deuil au jour le jour"), je suis son site internet et j'avais regardé cette émission sur le suicide qui m'a aidée. J'ai la fâcheuse tendance à avoir besoin de comprendre pour avancer, j’intellectualise tout, je lis, je questionne, je cherche à comprendre comme si j'avais devant moi une énigme à résoudre... Je sais que dans cette situation, il faudra que j'abandonne cette quête de réponses mais dans l'immédiat, je n'y arrive pas... Je vois un psychologue, encore une chose qui ne faisait pas partie de ma vie avant ces événements... Mais j'ai tout de suite été consciente face à ce drame, qu'il faudrait que je cherche et que j'accepte l'aide car j'ai l'exemple de Rémi qui ne l'a pas fait, et je sais où ça l'a mené... Qu'il ne soit pas mort pour rien, que j'apprenne de ses erreurs en m'appliquant à faire ce travail de deuil même si c'est douloureux, que j'apprenne à parler de mes souffrances, à ne pas me réfugier dans le silence quand ça ne va pas, à appeler à l'aide... Parfois il faut savoir reconnaître qu'on ne peut pas s'en sortir seul, qu'un regard extérieur nous évitera de tourner en rond dans notre mode de pensée ou désamorcera ce travail inconscient d'enfouissement de la douleur qui donne certes l'impression d'avancer, mais qui détruit dans le long terme... Nous avons tous maintenant des exemples des dégâts qu'occasionnent ces blessures profondes...
J'ai la chance d'avoir pu trouver une psychologue qui travaille en collaboration avec un service de psychiatrie dans un CHU et qui est spécialisée dans le suivi des suicidaires et endeuillés par suicide. Elle m'aide beaucoup à comprendre ce qui est arrivé et  ce que je ressens aujourd'hui...

Je sais, pour l'avoir lu dans vos conversations, que ni toi Mike, ni Bmylove n'y croyez, mais cette vidéo m'a fait du bien et je vous encourage à la regarder si ce n'est déjà fait :
https://www.youtube.com/watch?v=HpsJ4o5C4Hg
Je suis, comme Rémi l'était, très terre à terre, non croyante, de formation scientifique, il faut souvent que je vois pour que je crois... Et pourtant, j'aimais à laisser planer le doute sur ce qu'il peut y avoir après la mort et aujourd'hui, ce doute qui plane est empreint de l'espoir qu'il soit quelque part... au pire, ce quelque part, c'est dans mon cœur et dans celui de mes enfants, où j'ai l'intention de le garder bien vivant. "Vivant" c'est "Humain", cela implique des qualités et des défauts et je m'applique à penser à Rémi avec tout ça en tête pour ne pas le placer sur un piédestal malgré tout l'Amour que j'ai pour lui car ce serait terrible pour mes enfants : mon fils risquerait de se construire avec cet idéal d'homme qu'il n'arrivera jamais à atteindre lui-même et ma fille risquerait de peut-être un jour chercher cet idéal masculin sans jamais le trouver...

C'est parfois la réflexion que je me suis faite en lisant vos fils de conversation Mike et Bmylove : n'oubliez pas ces défauts, qui certes faisaient le charme de ces hommes que vous avez aimés mais qui devaient aussi parfois vous fatiguer, pour que l'histoire se soit écrite ainsi... Je ne l'écris pas pour blesser, mais pour qu'un jour vous aussi vous me rappeliez que Rémi n'était pas que beau, généreux, souriant, drôle, intelligent... Il était aussi un peu casanier, pessimiste, parfois trop sensible, trop maniaque, pas assez patient... Les petites anecdotes qui illustrent ces traits de caractère, bons et moins bons, j'ai décidé de les écrire et j'ai mis à contribution ses amis et proches collègues pour qu'un jour les enfants découvrent, à travers les mots de ceux qui ont fait partie de sa vie, qui était leur Papa. Ce projet commence tout juste à voir le jour mais ça m'aide beaucoup... Pour les enfants je suis obligée de mettre en place un travail de deuil qui intègre leurs besoins... J'ai fait un petit album photo à mon fils, qui est très demandeur de photos de son Papa. Ça m'oblige à regarder en face tous ces souvenirs avec Rémi, à parler de lui, à lui trouver cette nouvelle place dans notre quotidien...

Ce quotidien est encore complètement biaisé car ma sœur nous a récupérés chez elle quelques jours après la cérémonie, à presque 200 Km de là où nous avions fait construire notre maison avec Rémi. Nous cohabitons à 8 sous son toit, elle m'aide beaucoup mais c'est parfois difficile et je me demande souvent si cette approche est la bonne... Je ne sais pas du tout où je veux écrire la suite. L'idée de vendre la maison me fait beaucoup de mal mais je ne pense pas que poursuivre ma vie là-bas m'aidera à avancer... Alors pour l'instant je me laisse accompagner et mes enfants semblent tirer beaucoup de bonheur de cette vie avec leurs cousins-cousines. On verra... chaque chose en son temps, comme on ne cesse de me le répéter...

Chaleureusement
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: biche07 le 27 Novembre 2018 à 17:32:54
Lilou ton chemin est au début ,tu semble si forte, si  compréhensive et attentive. En te lisant j'ai l'impression que tu est plus lucide que je ne le suis après 7 mois et que c'est toi qui viens à mon aide...c'est toi qui me donne une leçon de courage..je te remercie et tu sais déjà que le temps est notre ami...prends soins de toi et de tes enfants.biche
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Bmylove le 27 Novembre 2018 à 17:55:51
Très chère Lilou,
 Quelle sagesse émane de tes messages.
Tu as raison de vouloir garder de Rémi l'image la plus fidèle possible.
Je fais la même chose, j'essaie en tous cas.

Où habiter, c'est vraiment un choix très personnel. Qu'en disent tes enfants ?
Et toi, dans le fond, qu'aimerais-tu ?

Affectueusement.
(On est un peu plus loin que toi dans le tunnel, mais on t'entend...)
Titre: Re : Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Mircea le 28 Novembre 2018 à 01:31:21
Lilou, tu n'es qu'au début de ton deuil et ta lucidité m'impressionne !
MERCI à toi pour ton partage si enrichissant ....
ton analyse concernant la gestion de la douleur,
et de nous rappeler que oui, la personne que nous avons perdue était humaine, avec ses qualités et ses défauts qui la rendait unique à nos yeux
j'ai l'intention de le garder bien vivant. "Vivant" c'est "Humain", cela implique des qualités et des défauts et je m'applique à penser à Rémi avec tout ça en tête pour ne pas le placer sur un piédestal malgré tout l'Amour que j'ai pour lui car ce serait terrible pour mes enfants : mon fils risquerait de se construire avec cet idéal d'homme qu'il n'arrivera jamais à atteindre lui-même et ma fille risquerait de peut-être un jour chercher cet idéal masculin sans jamais le trouver...

C'est parfois la réflexion que je me suis faite en lisant vos fils de conversation Mike et Bmylove : n'oubliez pas ces défauts, qui certes faisaient le charme de ces hommes que vous avez aimés mais qui devaient aussi parfois vous fatiguer, pour que l'histoire se soit écrite ainsi... Je ne l'écris pas pour blesser, mais pour qu'un jour vous aussi vous me rappeliez que Rémi n'était pas que beau, généreux, souriant, drôle, intelligent... Il était aussi un peu casanier, pessimiste, parfois trop sensible, trop maniaque, pas assez patient...
merci encore pour ce rappel.

Tu te demandes si l'hébergement chez ta soeur est la bonne approche : actuellement ça semble t'aider et faire beaucoup de bien à tes enfants.
Alors j'ai envie de te dire tant que ce n'est pesant pour personne, être dans un cocon familial, se sentir soutenue etc .... tant que c'est possible, que tu en as besoin : autant prendre !
Cela te laisse aussi du temps pour réfléchir au projet maison.
Les premiers mois, on est tellement perdue, changeante .... si tu en a la possibilité, autant te donner ce temps. Quand ce sera le moment, tu sauras ce qui est le mieux pour toi et tes enfants....
(rester dans le même logement ou déménager : c'est évoquer dans différents posts).

Au plaisir de te lire ...

Tendrement
Catherine



Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 28 Novembre 2018 à 23:42:09
En te lisant j'ai l'impression que tu est plus lucide que je ne le suis après 7 mois et que c'est toi qui viens à mon aide...
Merci biche. Je suis heureuse si mes mots t'ont donné un peu d'élan pour avancer sur ton chemin. Vos mots, vos histoires, m'en ont donné également et je sais que je pourrai venir en chercher dans les moments de moins bien qui m'attendent encore...

Où habiter, c'est vraiment un choix très personnel. Qu'en disent tes enfants ?
Et toi, dans le fond, qu'aimerais-tu ?
Mes enfants sont un peu petits pour avoir une idée bien à eux. Rémi est décédé le vendredi de la rentrée scolaire. Mon fils était à peine entré en maternelle qu'il changeait d'école. Aujourd'hui il est scolarisé dans la même école que les enfants de ma sœur et la présence de son cousin du même âge dans sa classe a énormément contribué à ce que ce changement se fasse sereinement pour lui. Il a longtemps parlé de l'autre école, de la maison où il pensait que Papa était encore et puis nous y sommes retournés tous les 3 sur 4 jours sur la première quinzaine de novembre et il a compris que Papa n'était pas à la maison non plus et qu'il n'y serait plus... Je n'ai que ma belle-famille là-bas et nos relations, déjà tendues avant le décès de mon compagnon, ne ressemblent maintenant plus à rien... J'aimerais déraciner la maison et la déplacer ici, pour garder cette proximité avec ma sœur tout en retrouvant notre cocon, ma zone de confort... Cette maison c'est lui, c'est nous... Nous l'avons dessinée, rêvée, attendue, aménagée à notre goût, elle était fonctionnelle pour nous, pour notre façon de vivre... Je suis un peu perdue sur ce sujet... Me rapprocher de ma sœur, c'est m'éloigner de mes parents : j'étais à mi-chemin, à 2h de route de chaque côté, ça m'arrangeait... J'espère qu'avec le temps j'y verrai plus clair, pour le moment c'est flou mais je ne veux pas m'éterniser dans cette configuration de vie, j'ai besoin de retrouver une vie à 3 avec mes enfants, même si je l'appréhende. J'ai peur que ce soit d'autant plus dur si ça s'éternise comme ça. Je pense qu'il faudrait que mon fils termine son année scolaire ici maintenant qu'il y est bien mais ça implique beaucoup de chose niveau logement, boulot...

Les premiers mois, on est tellement perdue, changeante .... si tu en a la possibilité, autant te donner ce temps. Quand ce sera le moment, tu sauras ce qui est le mieux pour toi et tes enfants....
C'est tellement vrai Mircea... malgré cette terrible épreuve, j'ai envie de garder confiance en la vie en espérant que les choses se mettent en place au mieux pour nous 3...

Bises à vous tous et merci pour vos réponses qui m'aident à cheminer dans mes pensées.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 30 Novembre 2018 à 01:29:28
Ce désagréable sentiment de lassitude s'est invité cet après-midi et n'a fait que grandir... Fatiguée d'avancer sur cette trajectoire que je n'ai pas choisie,  dans ce futur trop vide sans Toi... Ton absence me pèse,  ça commence à faire long... Comment accepter que  tu ne reviendras pas ?

Notre puce pleure quasiment toutes les nuits,  depuis que tu n'es plus là,  c'est épuisant... Cins fois déjà que j'essaie de la rendormir.  Avec Toi,  ce serait déjà fait.  Dans tes bras de Papa, leurs petits chagrins et bobos étaient vite balayés,  tu apportais ce sentiment de sécurité irremplaçable... J'étais toujours épatée par la rapidité avec laquelle le calme revenait la maison et tu me disais avec ton humour décalé en revenant te coucher : "Je l'ai assommée". Tes mots, tes gestes plein de douceur,  tes bercements avaient quelque chose de magique.  Comment as-tu pu douter d'être un bon père ? Pourquoi les as-tu privés d'un Papa, eux qui avaient tant à apprendre de Toi ?

Tu me manques tellement...
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: résilience et silence le 30 Novembre 2018 à 07:31:38
Tiens bon Lilou, tiens bon.   Mille millions de courage à toi. c'est le plus simple à dire et tu as certainement un bon thérapeute pour te soutenir, et mille tant mieux.
Pascal.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Helpa le 30 Novembre 2018 à 11:11:37
Bonjour Lilou,

Merci pour ta video que je ne connaissais pas. C'est un bon aperçu des études en cours et une bonne présentation des intervenants principaux dans le domaine de la recherche sur la vie après la mort.
https://www.youtube.com/watch?v=HpsJ4o5C4Hg

Pour ma part, je suis convaincu que Rémi est auprès de toi et qu'il souhaite que tu surmontes cette épreuve, et même qu'il a besoin que tu la surmontes. Il ne reviendra pas, mais il sera toujours là comme un ange bienveillant.

Affectueuses pensées.

Titre: Re : Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: mike67 le 30 Novembre 2018 à 12:26:02
Qu'il ne soit pas mort pour rien, que j'apprenne de ses erreurs...
Je sais, pour l'avoir lu dans vos conversations, que ni toi Mike, ni Bmylove n'y croyez, mais cette vidéo m'a fait du bien et je vous encourage à la regarder si ce n'est déjà fait :
https://www.youtube.com/watch?v=HpsJ4o5C4Hg
"Vivant" c'est "Humain", cela implique des qualités et des défauts et je m'applique à penser à Rémi avec tout ça en tête pour ne pas le placer sur un piédestal malgré tout l'Amour que j'ai pour lui car ce serait terrible pour mes enfants.


 n'oubliez pas ces défauts, qui certes faisaient le charme de ces hommes que vous avez aimés mais qui devaient aussi parfois vous fatiguer, pour que l'histoire se soit écrite ainsi... Je ne l'écris pas pour blesser, mais pour qu'un jour vous aussi vous me rappeliez que Rémi n'était pas que beau, généreux, souriant, drôle, intelligent... Il était aussi un peu casanier, pessimiste, parfois trop sensible, trop maniaque, pas assez patient


Très chère Lilou,

J'ai mis un peu de temps à te répondre.
Ton dernier message m'a fait du bien.
Comme dirait Mircea, j'ai le sentiment que tu avances très vite, que tu as déjà tout compris.
Peut être que trouver le bon thérapeute y est pour beaucoup. Peut être aussi que cela dépend de la manière de se livrer également. Je suis personnellement plus à l'aise pour poser mes meaux par l'écrit.

J'ai aimé ce que tu as écrit concernant nos proches disparus. Les aimer, mais essayer de ne pas les mettre sur un piédestal. Je m'aperçois que cette exercice est horriblement difficile pour moi car il faut être honnête, j'ai placé Ludovic dans la position du martyr abandonné par tous et que je m'efforce de glorifier, de rendre hommage après sa mort. Je ne parviens pas à sortir de ce shéma. C'est impossible pour moi.
Pour autant, il avait des défauts, mais je les relativise énormément aujourd'hui  : très secret, casanier (même s'il me disait le contraire), assez pessimiste (sur sa propre vie : j'aurais dû le rassurer, l'amener à positiver, à regarder son parcours avec fierté), et très cultivé, un amoureux des arts et du beau, très intelligent, extrêmement talentueux, tendre et avec le cœur sur la main. Comment ne pas placer en martyr une personne avec un tel tempérament?

J'espère que tu vas pour le mieux en ce moment, que tu arrives à trouver des solutions pour calmer l'absence.
Comme tu le dis, il est difficile de se dire qu'ils sont partis, qu'ils ne reviendront plus. C'est très compliqué à matérialiser.

Un très grand courage à toi.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: mike67 le 30 Novembre 2018 à 12:33:21

https://www.youtube.com/watch?v=HpsJ4o5C4Hg

Déjà regardé cette émission.
Je reste sceptique. Cela fait beaucoup dans le sensationalisme, avec cette présentatrice qui se promène dans un cimetière (...), avec un vernis scientifique, mais qui finalement ne démontre rien.  On en revient à des convictions personnelles, aussi respectueuses soient-elles.
L'essentiel pour moi est la manière dont nos défunts continuent à vivre dans nos cœurs.
Et quand je te lis, je trouve que tu le fais très bien :).
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Bmylove le 30 Novembre 2018 à 14:54:32
Avec toi de tout coeur, Lilou.
Continue, fais-toi confiance...

Bises
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 03 Décembre 2018 à 16:57:14

Besoin de me vider un peu aujourd'hui... Ma quête du "Pourquoi" m'a repris... Depuis hier soir, je cherche partout à la recherche de réponses pour comprendre ce geste insensé. Je n'en tire rien d'autre qu'une immense frustration  car rien ne m'apporte les réponses claires dont j'aurais besoin pour me résoudre à accepter l'inacceptable...
J'ai grandi avec ce discours optimiste "A tout problème sa solution", alors comment croire que tes problèmes n'en avaient pas ? Tu as sombré si vite... Tu as renoncé alors qu'il y avait encore tellement à tenter, que l'avenir était devant Toi, devant nous... Tu avais encore tellement de belles choses à vivre... Il faut continuer sans Toi, c'est dur, tellement dur de trouver l'énergie pour le faire.

J'en veux à la Terre entière !!! A Toi d'avoir été aussi faible, aussi naïf, d'avoir provoqué ton propre malheur, de nous avoir fait autant de mal, de ne pas avoir appelé à l'aide... A moi-même d'avoir été aussi aveugle, aussi sourde à ta souffrance... A ta famille et tous ces non-dits qu'ils cultivent, n'ont-ils pas vu à quel point tu étais mal, comment un jeune de 15 ans pouvait-il "bien prendre" la mort de son père ?!?! A cette foutue société qui fait du suicide un sujet tabou ! N'en parlons pas, fermons les yeux sur la souffrance, elle dérange... Il aura fallu que je te perde pour que je découvre ces données indigestes : chaque année il y a 3 fois plus de décès par suicide que pas accidents de la circulation !!! Le suicide est la première cause de décès chez les 25-35 ans, devant les accidents de la route et toute forme de maladie !!! Un suicide toutes les 50 minutes en France et une tentative toutes les 20 minutes !!! La France a un taux de suicide nettement supérieur à la moyenne européenne !!! ... Bravo la France, quelle belle performance... Toutes ces campagnes pour la prévention routière, tous ces spots à la télé, sur les ondes radio, ces campagnes de dépistage pour toutes sortes de cancers, très bien, mais pourquoi ne pas sensibiliser à la souffrance psychique ? Aux signes avant-coureurs et paroles qui doivent alerter ? Ils sont largement communiqués pour l'AVC, l'infarctus... on ne nous sensibilise pas à la gravité du mal-être, aux mots à dire pour désamorcer une crise suicidaire... J'ai mal pour tous ces gens qui s'éteignent seuls, dans une souffrance que plus rien n'apaisent et pour tous ceux et celles qu'ils laissent dans la douleur, l'incompréhension et la culpabilité de ne pas avoir pu empêcher un tel drame...
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: mike67 le 03 Décembre 2018 à 17:55:37
Coucou Lilou,

Je lis ton mail et je me souviens avoir découvert les chiffres sur le suicide après le drame, comme toi.
C'est effarant.
Comme toi, je me suis évoqué toute la publicité, tous les spots télé sur les accidents de la route.
devant le nombre de personnes désespérées qui font ce choix terrifiant, combien auraient pû être sauvées si un spot TV serait passé qui rappelle les numéros d'urgence, qui établit un premier lien, qui explique les mécanismes de la dépression?
Peut-être qu'on aurait pu parler de la dépression ou du suicide avec nos proches si on avait vu ce spot devant la télé ou entendu à la radio, cela aurait dégoupillé des choses, même de manière anodine.
Je pense que cela aurait pu aussi m'interpeller..
Mais rien n'est fait... c'est le désert... ou si peu...
Je pense qu'on ne prend pas en compte les maladies psychologiques au même titre que les maladies physiologiques.
Combien de personnes m'ont dit : Mais Ludo allait bien? Il n'avait aucune maladie?
Mais il n'allait justement pas bien!!!!!!!! Personne n'a clairement vu, moi le premier, mais il n'allait pas bien du tout!

J'espère ne pas être trop en colère dans mon mail.
Je te souhaite en tous les cas tout l'apaisement qui puisse être.

Un grand courage à toi.

Te lire m'a été très aidant,
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Bmylove le 03 Décembre 2018 à 17:56:27
Ta colère est saine, Lilou.
C'est tout à fait ça. Le suicide dérange.
Il dérange nos proches, il dérange la médecine qui ne sait pas quoi en faire, et il dérange notre société qui valorise le paraître, le superficiel et l'hyperconsommation.
Alors oui, achetons plein de choses pour Noël, et laissons les malheureux dans leur merde.

On dirait un conte de Dickens, comme quoi les mentalités ont peu changé ?
Titre: Re : Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Mircea le 04 Décembre 2018 à 23:47:21
Je me retrouve souvent dans tes posts Lilou.

"besoin de te vider " : n'hésite pas à le faire !

Ma quête du "Pourquoi" m'a repris... Depuis hier soir, je cherche partout à la recherche de réponses pour comprendre ce geste insensé. Je n'en tire rien d'autre qu'une immense frustration  car rien ne m'apporte les réponses claires dont j'aurais besoin pour me résoudre à accepter l'inacceptable...
J'ai grandi avec ce discours optimiste "A tout problème sa solution", alors comment croire que tes problèmes n'en avaient pas ? Tu as sombré si vite... Tu as renoncé alors qu'il y avait encore tellement à tenter

"se résoudre à accepter l'inacceptable" : je ne sais pas si c'est possible ... Tout doucement, petit à petit, aller vers l'acceptation de ne pas avoir de réponse à certaines de nos questions : c'est déjà beaucoup ....

"A tout problème sa solution" : c'est aussi une de mes croyances. Mais pour eux, la seule, l'unique solution ne pouvait être qu'en finir avec cette terrible souffrance par le suicide...

"J'ai mal pour tous ces gens qui s'éteignent seuls, dans une souffrance que plus rien n'apaisent" oui, mourir de cette façon c'est profondément inhumain, violent : c'est l'une des choses qui me fait toujours pleurer ....

Sois douce avec toi, Lilou ...

En souhaitant que ta puce continue sa reprise de nuits calmes, je te souhaite une belle nuit.
 :-*
Catherine




Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 05 Décembre 2018 à 00:56:55
Merci pour vos messages, vous êtes d'une aide précieuse.

En souhaitant que ta puce continue sa reprise de nuits calmes
Merci Mircea ! Ses reprises sont malheureusement de courte durée, je n'ai pas 2 nuits consécutives... mais il y a un petit mieux. Son frère aussi va un peu mieux, il parle plus facilement de son Papa, on regarde des photos et je sens que ça lui fait beaucoup de bien, il extériorise...

Ma sœur m'a amenée faire un footing aujourd'hui, on a "couru" 50 minutes. "Couru" parce que quand elle s'est mise à marcher parce que trop fatiguée, elle marchait aussi vite que moi qui courais, c'est vous dire le rythme des foulées ! Mais ça m'a fait du bien, même si incapable de parler en courant, je n'ai fait que penser à tout ce que j'aurais pu faire pour que le drame n'arrive pas... J'espère avoir de grosses courbatures demain, pour qu'un peu de douleur physique détourne mon attention de cette douleur qui ronge mon cœur et mon âme...

Dans la continuité de mes lectures pour comprendre, j'ai commencé "Je vais mieux, merci - Vaincre la dépression" de Brent Williams. Un témoignage sous forme de BD, très bien fait dans lequel je retrouve Rémi, avec beaucoup de douleur : les insomnies, l'incapacité à demander de l'aide et cette conviction de devoir et pouvoir s'en sortir seul, les angoisses... Si seulement j'avais su, j'aurais pu mieux l'aider... Mais même les médecins (psychiatre, psychologue...) ne m'ont pas guidée, ça n'est pas faute de leur avoir demandé ce que je pouvais faire pour l'aider.  J'ai vu qu'il était très mal, je lui parlais, essayais de le rassurer, d'être présente mais il a continué à sombrer et je me sentais tellement impuissante, démunie...

Dans ma longue liste de la colère, je n'ai pas cité le corps médical, car Rémi l'a côtoyé mais même eux n'ont pas vu venir ce drame... Manque de formation ? Manque de soin et d'attention pour leur patient ? Est-ce qu'ils en viennent à banaliser la souffrance eux qui y sont exposés au quotidien dans leur vie professionnelle ? Est-ce qu'on est tombé sur des incompétents ? Ou est-ce que lui-même s'est refusé cette aide parce qu'il estimait devoir s'en sortir tout seul... Tant de questions sans réponses, de colère, de frustration... Il faut que les choses changent, qu'il ne soit pas mort pour rien !

MERCI encore pour vos mots. Je vous adresse mes pensées les plus chaleureuses
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 06 Décembre 2018 à 23:26:18
Les vagues approchent, je les vois, elles m'arrivent dessus, je ne peux rien faire de plus que m'y préparer, m'accrocher de toutes mes forces à mon radeau pour ne pas le lâcher... un vendredi 7 qui fait écho à un autre qui aurait pu rester un jour insignifiant si tu n'avais pas commis l'irréparable...

Dire qu'on adorait les vendredi... Je déteste ces "moisiversaires" comme tu disais, ils n'ont jamais aussi bien porté leur nom... J'aimerais un jour que le 7 passe inaperçu, qu'il soit comme le 10, le 3 ou le 21... est-ce que ça arrivera un jour ? Je veux penser à Toi avec un sourire dans le cœur tous les jours du mois... j'y arrive certains jours, ponctuellement, je m'évertue à progresser...

Il y a 3 mois j'étais au bord de la noyade, la mer était déchaînée, les vagues m'engloutissaient, j'avais à peine le temps de prendre un peu d'air que j'avais à nouveau la tête sous l'eau, je buvais la tasse encore et encore et encore... le ciel était sombre comme jamais... les semaines qui ont suivi, j'étais à bout de force, épuisée de me battre contre les éléments, tentée parfois de me laisser couler... mais l'appel de la vie m'a fait m'agripper à ce radeau de fortune... il n'a pas fière allure, mais je m'y suis agrippée, je ne suis même pas encore montée dessus, je reprends juste doucement mon souffle en m'y agrippant... Peut-être qu'un jour la mer sera plus calme, que je verrai un petit morceau de ciel bleu, que je pourrais m'asseoir dessus et me surprendre à contempler l'horizon sans larmes plein les yeux...

Mais pour le moment le bulletin météo annonce du vent pour ce vendredi 7, je vois déjà arriver les vagues, alors je rassemble mes forces pour m'accrocher en attendant qu'elles passent...
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: mike67 le 07 Décembre 2018 à 08:12:12
Un grand courage à toi Lilou.
Laisser les larmes couler peut faire du bien.
Attention à toujours essayer de prendre soin de toi.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Bmylove le 07 Décembre 2018 à 18:42:59
Rien ne sert de ramer à contre-courant.
Accepter les émotions, la douleur, s'entourer de proches bienveillants...
Et attendre...
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 07 Décembre 2018 à 21:51:10
Je ne pensais pas être dans un état aussi pitoyable aujourd'hui, les larmes n'en finissent plus de couler... même pas la force d'écrire... Je me sens seule... Avant je faisais des cauchemars la nuit et me réveillais soulagée, aujourd'hui je n'attends qu'une chose : me réfugier dans le sommeil car le cauchemar reprend quand je me réveille en réalisant que tu n'es plus de ce monde... La vie a perdu tout son sens
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Mircea le 07 Décembre 2018 à 22:14:30
Ah oui, ces réveils terribles, douloureux .... où la réalité est d'une violence !
Je peux juste te dire, qu'à un moment, ces réveils arrêtent d'être une torture .... Mais en attendant ....

Laisser couler les larmes, sortir la souffrance , laisser passer.... jusqu'au prochain mieux
Préserve toi au mieux

Je te serre fort dans mes bras
 :-*
Catherine
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: BEBE le 08 Décembre 2018 à 00:00:33
Lilou,

Je te prends dans mes bras et je te berce tout doucement, sans rien dire.
On est avec toi.... il y a toute une flotte de petits radeaux autour de toi.
On ne pourra pas empêcher les vagues mais peut être t'aider un peu à les affronter.

Je t'embrasse très fort Lilou
BEBE



Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: biche07 le 08 Décembre 2018 à 00:34:33
Bonjour...nouvelle journée qu' elle soit moins triste et plus apaisée...petite insomnie alors je fait un tour pour laisser un peu de bienveillance par ci par là....je joue la mère noël du bonheur...essayer de sourire à la vie...même si cela ne dure qu' une minute elle sera gagnée sur le chagrin..ensuite il y aura d' autres minutes qui feront peut être une heure...garde cet espoir dans ton coeur..tu vas réussir.bises biche
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 12 Décembre 2018 à 23:29:28
Merci pour vos messages.  J'avais clairement sous-estimé la puissance de ces vagues des 3 mois... J'ai passé plusieurs jours la tête sous l'eau, envahie par la douleur dans toute son intensité comme je ne pensais pas la retrouver : les larmes,  le besoin de crier à s'en détruire les cordes vocales,  l'incapacité à supporter l'agitation du monde en cette période de l'année où spectacles, lumières et joyeuse effervescence sont surdosés, le sentiment de ne plus être connectée à ce monde...

Mais voilà,  les vagues sont passées, la souffrance est sortie avec toute l'intensité et la violence d'une éruption volcanique,  me laissant épuisée mais soulagée par cette "dépressurisation".

Petit tour dans le Petit Monastère de Federico ce soir. J'en repars avec une phrase qui m'a parlé et que  je me promets de relire les jours où Dame Culpabilité viendra s'inviter chez moi pour la mettre poliment dehors : ..."Il avait oublié de s'aimer et d'accepter de la vie ce qu'il ne pouvait pas changer"

Je t'Aimais pour 2 mon Coeur mais ça n'a pas suffi... Repose en paix mon Amour.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: mike67 le 13 Décembre 2018 à 09:30:28
Bonjour Lilou,

Sincèrement très heureux que tu ailles mieux :)

La manifestation du chagrin se fait différemment selon les personnes. La mienne est plus sourde, la tristesse et le chagrin est davantage rentré, même si les larmes peuvent jaillir à certain moment sans s'arrêter et sans crier gare.

Ta citation de Frederico m'interroge :
"Il avait oublié de s'aimer et d'accepter de la vie ce qu'il ne pouvait pas changer"
Dans le cas de Ludovic, c'est davantage une insatisfaction, comme une fatalité inexorable contre laquelle il devait trouver des solutions pour la contrer (j'étais SA solution), une difficulté à trouver sa place, à rester systématiquement un peu "hors du monde". Oublier de s'aimer certainnement. J'étais tombé sur l'ouvrage d'un psy americain dont les patients etaient en grande souffrance. Beaucoup d'entre eux lui disaient qu'ils ne supportaient pas d'être seul.
Le psy leur répondait sur un ton étonné : "et pourquoi donc? Vous considérez que vous n'êtes pas une bonne compagnie peut être?"
Accepter de la vie qu'il ne pouvait pas changer : qu'est ce que cela signifie pour toi? Tu n'es pas obligé de repondre bien suûr  :)... S'accepter tel qu'on est, accepter de ne pas tout pouvoir, se contenter de ce qu'on a et le faire fleurir? La difficulté était que Ludo me disait souvent, qu'à part moi, il n'avait rien. Ce qui était pourtant faux.

Je te souhaite plein de douceur  très chère Lilou.
Avec le temps, la douleur laissera de la place à de la tristesse et à une certaine forme d'apaisement.
Au stade où j'en suis, l'existence est faite de zoom et de dezoom successif.
Phase dezoom : j'agrandis le cadre, je parviens à prendre de la distance, à regarder la vie et à accéder à une sérénité.
Phase zoom : je mets le focus sur la douleur de Ludovic. Et alors là... la culpabilité e la tristesse revienne au galop.

Plein de calme pour toi, tout simplement.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Lilou42 le 10 Janvier 2019 à 00:59:16
Voilà un moment que je n'ai pas écrit : période chargée en émotions, en changements à mettre en place avec toutes les angoisses qui vont avec, mettre un pas devant l'autre encore et toujours avec toute l'énergie que ça demande, gérer les enfants, leurs états d'âme, leurs petits bobos et leurs émotions en plus des miennes, celle des membres de ma famille et de la sienne aussi, avec qui la distance se crée car ils ne me comprennent décidément plus... J'ai "changé"... la patience, la tolérance, l'écoute dont je faisais preuve ont laissé place à une sensibilité exacerbée, une angoisse sournoise qui me tient et me fait parfois trembler devant un petit tas de sable moi qui n'avais jamais eu peur de franchir des montagnes, un besoin d'être écoutée, comprise... ma douleur "dérange" ma famille qui cultive cette pudeur sans intérêt , quand j'en parle, je m'entends reprocher "d'étaler ma souffrance"... il y a des jours j'aimerais couper les ponts avec tout le monde, je suis tellement déçue des réactions des membres de ma famille... certains de mes amis et certains de ses amis à lui  aussi me surprennent au contraire par la chaleur et la douceur de leurs mots et de leurs gestes, ils rechargent mes batteries.

Cette période de "fêtes" de fin d'année est derrière, toutes ces premières fois sans lui... j'ai tenu comme j'ai pu, mais j'ai tenu... Je n'avais qu'une hâte cette année : voir disparaître les sapins de Noël et vite en finir avec cette période de vœux. Avec la fin du mois de janvier, je crois que j'aurai la sensation d'être enfin allégée de ces formalités qui me pèsent particulièrement cette année... Sensation de décalage avec ce monde, je comprends mieux ce qu'il a pu ressentir quand il a évoqué à quel point c'était dur de porter ce masque, ce sourire de façade, cette sensation de "survivre" plus que de "vivre"... Il souffrait d'une souffrance que j'arrive aujourd'hui à toucher du doigt au regard de la souffrance dans laquelle je baigne depuis qu'il est parti... Comme j'aurais aimé pouvoir t'aider d'avantage mon Cœur, c'est tellement dur ces moments où on se sent seul face à sa douleur intérieure...

J'essaie de réapprendre à vivre, ça demande tellement d'efforts, tellement d'énergie et ça génère tellement d'angoisse... cette vie qui est devant moi n'est pas celle que je projetais, elle me paraît tellement périlleuse, hostile et difficile depuis que tu n'es plus à mes côtés.
* Demain : remise des clés du logement social qui nous a été attribué. Notre petit bonhomme est tout content à l'idée de pouvoir inaugurer cette baignoire avec sa sœur, moi je suis tétanisée à l'idée de devoir meubler cette maison si vide, repartir de zéro dans un lieu qu'une partie de moi n'a pas envie d'investir parce que cette nouvelle vie va devoir s'écrire sans Toi. Du coup, je n'ai même pas achever les formalités administratives que je devais concrétiser pour la remise des clés... soit je trouve le courage de le faire demain matin à la première heure, soit je vais passer pour une irresponsable et la remise des clés devra être repoussée...
* Vendredi : nouvel entretien d'embauche... Est-ce que je vais réussir à donner l'illusion cette fois-ci comme je l'ai fait en décembre ? Peut-être qu'une fois habillée, coiffée et maquillée, j'arriverai à donner le change, dégager suffisamment d'assurance pour être "embauchable"... J'ai envie de retravailler, je crois que j'en ai besoin autant que j'ai peur de ne pas être à la hauteur. Retourner sur mon poste n'est même pas envisageable : un employeur qui a montré toute sa fourberie et sa bassesse ces derniers mois... pas de soutien de ce côté-là, autant repartir à zéro, en terrain neutre, avec des gens qui ne me regarderont pas avec pitié ou jugement, qui ne connaîtront pas mon histoire, pour qui je ne serai que "moi" et pas cet élément survivant et meurtri du "nous" qu'ils n'auront pas connu...

Il est tard, mieux vaut m'arrêter là... Les heures de sommeil manquent au compteur, je vous lis souvent en allant me coucher sans voir le temps passer et la fatigue s'accumule. Mon corps donne des signes de faiblesse. Je suis montée sur une balance après Noël : 44 Kg après le petit déjeuner alors qu'on m'avait dit quelques semaines avant que j'avais "repris des joues" depuis la cérémonie... Je n'ose même pas imaginer jusqu'où je suis descendue en septembre... Je ne suis plus qu'un tas d'os, je me sens tellement usée, fragile, l'ombre de celle que j'ai été...

Je répondrai aux messages que vous m'avez adressés, sur mon fil, les vôtres ou en MP : MERCI Mike, Mircea, Biche, BEBE, Bmylove, Emi, qiguan et vous tous que je lis en silence... de m'accompagner dans ces petits pas, certainement souvent sans le savoir... Je vous souhaite une année pleine de douceur, une année de reconstruction, d'avancée vers la lumière et l'apaisement  :-*
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: biche07 le 10 Janvier 2019 à 05:55:59
Bonjour...heureuse de te lire...tu avances ...tu as une force incroyable..ne t' inquiètes pas de tout ces changements je crois que C' est ainsi...notre vie est différente pour toujours et nous devons vivre pour nous. Donc choisir uniquement ce qui nous fait du bien. ..oublier les éléments négatifs de notre entourage...
Prends soin de toi et de tes petits bouts....et va finir ce dossier..va chercher tes clés...investi cette maison nouvelle pour une vie nouvelle ...C' est important de se créer un cocon de protection pour soi...je commence à m' investir dans la maison par petite touche..notre maison devient ma maison...je n' efface rien , je n'oublie rien, J' ai juste envie d' être bien...je te souhaite ça: être bien.
Pour le travail..pareil fonce si tu peux...de belles rencontres sont à venir J' ai cet espoir que la vie ne peux pas nous maltraiter sans arrêt..on va s' en sortir changée mais grandie et vivante quoiqu' il arrive...je t' embrasse.biche
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: mike67 le 10 Janvier 2019 à 11:54:15
Bonjour Lilou,

Je suis content de te lire.
Tu es décidément une sacrée battante!
Tes remarques concernant l'entourage familial.... je pourrais faire les mêmes. Se dire qu'on ne peut pas changer les gens, qu'ils ne sont pas mauvais, mais qu'on n'a décidément pas la maîtrise sur tout... et sur leur comportement non plus.
Moi aussi, j'ai voulu faire exploser certaines barrières (dans ma famille ou dans celle de Ludo), mais j'ai été bloqué par le fait que la personne en face n'était pas prête à faire cette démarche de rencontre sincère et complète. Humblement, reconnaître qu'on ne les changera pas.
Comme tu le mentionnes, les amis sont là, heureusement.
Même si je note que, pour ma part, une certaine "acceptation" de la situation se fait jour chez eux aussi, au fil des mois. Alors que pour moi, reprendre la vie, c'est oublier mon Ludo. Les personnes aimées continuent à vivre si on pense à elles.

Je suis admiratif devant toutes les épreuves que tu mènes de front.
Tu arrives à gérer tes enfants, un nouvel appartement et une recherche d'un nouveau travail.
Tu as une sacrée volonté!
J'aimerais te donner un peu d'énergie pour t'aider, vraiment.
Comme tu le mentionnes, la vie est aussi plus périlleuse.
Gérer ces enjeux, mais prendre soin de toi, savoir te reposer, t'écouter. Donner à son corps le carburant et les énergies qu'il demande pour affronter ces épreuves. Tu renais tout doucement, tu te reconstruis.

Prends bien soin de toi.
Titre: Re : Suicide de mon compagnon
Posté par: Audreylana le 10 Janvier 2019 à 22:48:17
Bonsoir Lilou,
 je découvre ton fil et ton dernier message. Comme les autres je trouve que tu affronte les choses avec beaucoup de courage. Tes mots me touchent, je m'y retrouve. Moi aussi je traverse une période de changement suite au décès de Yann il y maintenant a 5 mois.

Et oui tu as raison tout ces changements font peur, génèrent des angoisses mais c'est naturel je pense. L'inconnue fait peur et c'est la voix que l'on emprunte tous apres cette terrible épreuve. Moi aussi parfois j'ai peur de ne pas avoir suffisamment d'énergie pour me mobiliser face a tous ces changements (vivre seule avec ma fille, décider de quitter notre appartement pour en investir un autre sans Yann, affronter la solitude au quotidien ...) mais je pense que nous avons besoin de cette dynamique pour continuer de vivre malgré leur départ.

 Tout ce que tu entreprend sera bénéfique, poursuit ton chemin et surtout ne porte pas de l'attention à ceux de ta famille et autres qui ne te comprenne pas. Ils ne peuvent pas comprendre ou alors ne souhaitent pas affronter la douleur de la réalité. Toi tu le fais et avec beaucoup de  courage. Entoure toi de personne qui t'apporte de la bienveillance.

Prends soin de toi

Audrey