Auteur Sujet: Parent divorcé et désenfanté  (Lu 45120 fois)

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Hors ligne résilience et silence

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Re : Parent divorcé et désenfanté
« Réponse #555 le: 20 Janvier 2020 à 07:04:46 »
Hello!
Au fait, perso, je suis adepte d'une boutique d'artisanat du Népal avec de prix oscillant de 10 à 30 euros maxi! En plus, j'aime bien le nom, Savdana, ça me parle!!!! ;)
Hiérarchie des douleurs!
Il y a pas mal d'années, quand il restait des survivants de 14/18, j'avais regardé un débat sur le sujet. D'anciens poilus se sont écharpés pour savoir quel endroit du front était le plus ignoble, l'un parlant des shrapnels en montagne alors que l'autre avait vécu l'enfer de la boue des tranchées. ça m'avait retourné de voir ces 2 hommes sortis l'un comme l'autre de cet enfer tout aussi  paralysés chacun dans leur douleur réciproque sans pouvoir s'en délier. Ils en étaient prisonniers. Comme s'il y avait un mérite particulier à reconnaître plus dur ou pas  d'avoir affronté l'horreur dans la boue ou les rochers.
Mon propre grand-père, survivant de Verdun et du Chemin des Dames ne parlait jamais de ce passé. Ses médailles étaient dans le fond d'un tiroir, rempli d'un fouillis tout aussi révélateur du fouillis psychique que lui avait laissé cette guerre. Par contre, de temps à autre, il allait boire avec d'autres anciens poilus en dégermant des patates et, alors enfant, je les entendais évoquer en boucle des souvenirs où des numéros de côtes croisaient des dates, des lieux, des morts et des horreurs vécues.
Parmi nous, les parents endeuillés, combien ont croisé ce propos : "c'est le pire"?
Je fais maintenant tout mon possible pour esquiver ce genre de question.
Je ne sais pas quoi y répondre d'autre que l'esquive, la dilution, l'ignorance feinte, le silence..... J'ai expérimenté plusieurs formules et  chaque fois, j'étais encore plus mal après avoir répondu qu'avant.
De son passé, mon grand père m'a transmis son refus de la hiérarchie : il a fait ses 4 années de guerre 2ème classe, refusant tout autre condition.
Daniel MERMET a aussi un grand père qui a été de même survivant de Verdun et du chemin des Dames. Il en a fait état lors d'une présentation publique du film sur l'histoire du mouvement ouvrier américain du "point de vue du lapin et non des chasseurs", a-t-il dit avec son humour pointu. Quelle importance de savoir si son grand-père fut gradé ou pas? Aucune. Il a survécu et produit de la filiation, comme mon propre aïeul.
La force pacifique qui met tant de temps à germer en nous, les endeuillés, ne peut s'établir, à mon avis,  sur une hiérarchie étalonnant les douleurs pas plus que je n'ai l'exclusivité du cheminement dans le deuil, ni quiconque.
Le deuil est universel, mais la façon dont la mort frappe à notre porte est unique à chaque être, tout autant que sa façon de frapper. Ce que nous en faisons nous appartient et je vote pour la paix!
Respectueusement.
Pascal.
« Modifié: 20 Janvier 2020 à 07:30:21 par résilience et silence »
C'est dans les situations les plus difficiles et les plus désespérées que les individus trouvent le courage de se battre pour leur conviction. Tecumseh.

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Re : Parent divorcé et désenfanté
« Réponse #556 le: 21 Janvier 2020 à 07:07:03 »
Bonjour à Vous.
J'ai besoin d'aide. Je cherche à identifier le changement de posture que je ressens dans cette quatrième année de deuil, celle que je nomme "accompli". Ce processus se résume à une question : quel passage entre une résilience passive et une résilience active?
Je m'explique le plus synthétiquement et clairement possible :
Résilience passive essentiellement tournée vers notre propre équilibre intérieur après le dévastation que nous avons traversée.
Résilience active tournée vers autrui dans ce potentiel de guérison que j'ai évoqué plusieurs fois, potentiel de guérison qui pousse en nous et demande à fleurir.
La grande force de ce forum est d'être un vecteur de ce potentiel, sans le moindre conteste de ma part, en tout cas. La marge de manoeuvre qu'il laisse sous égide de bienveillance et neutralité parle d'elle-même, respectant les limites de chacun dans les règles d'autonomie qu'il (se) pose. Auto-nomos : les règles que chacun définit pour soi-même.
Je formule ma question sous un autre angle : quel passage emprunter entre le virtuel et le réel?
Groupes de parole, groupes de rencontre, débat public, toute forme de diffusion a ses avantages et inconvénients, ses possibles et ses impossibles. En l'état, c'est par cette porte du virtuel qu'il est le plus simple de réfléchir, de co-réfléchir sur ce sujet qui émarge sur des débats plus larges, comme évoqués par Assiniboine, par ex, la santé mentale, entre autres.
Il est aussi possible de formuler la question sous cet angle : comment transférer les "compétences" du particulier au général? Le "temps au temps", comme j'ai adressé à Yacine en MP ce matin...le temps de décanter, maturer, réfléchir, partager, enfin tout ce que vous connaissez aussi bien que moi! Et mesure garder, j'ajoute! Courage.

Tout mon respect.

Pascal.
« Modifié: 21 Janvier 2020 à 07:34:32 par résilience et silence »
C'est dans les situations les plus difficiles et les plus désespérées que les individus trouvent le courage de se battre pour leur conviction. Tecumseh.

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Re : Parent divorcé et désenfanté
« Réponse #557 le: Hier à 06:17:12 »
Bonjour!
J'ouvre mes envies matinales d'écriture par cette phrase :
"Tout système ne se pose de problème qu'il ne soit en capacité de résoudre".
Chaque question posée est une graine.  Une fois posée, plantée en terre de réflexion, comment va-t-elle germée?
Son devenir, sa capacité d'adaptation, sont en recherche des engrais susceptibles d'animer sa croissance.
Comme titre  le quatrième bouquin de la Relève et la Peste ; "ce n'est pas la nature qui se défend, c'est nous qui défendons notre nature".
De cette plante en germination, il faut saisir la sève : courant de vie qui circule, mouvement des interrogations, des partages, des tensions qu'il suscite, et bien d'autres....Dans ce terreau de maturation, notre deuil est élément essentiel pour notre communauté d'appartenance. Il nous pousse à côtoyer l'extrême douleur, à l'aiguillon de nos errances, soient-elles passées, présentes ou futures. Pour qu'il puisse devenir potentiel autre que seule souffrance, tout comme cette graine, le temps propose sa force.
A son fil, nous coulons pour qu'il s'écoule en nous,  cautérise nos plaies et opère le lent, si lent travail de cicatrisation qui accompagne son déroulé.
Souvent, j'ai été totalement dérouté, submergé par la colère. Je n'ai eu d'autres choix que de l'enclore, telle était la furie de ses assauts. Mais, comme nombre d'entre nous, le masque du sourire laissait filtrer le fond d'orage qu'il déguisait.
C'est certainement ce système de défense que mon psychisme a eu le plus de mal à solutionner.
Il m'a fallu passer par un état de conscience modifié (dans un cadre thérapeutique, n'oublions pas!!!) pour me défaire de ce vêtement. Le temps a fait le reste, quelques mois...la graine de colère est un épineux à l'aune des berbéris qui défendent nos jardins d'intrusions malvenues! Agressifs, ils défendent l'intimité de nos blessures de toute la force de leurs épines! Oui, chaque plante a sa propre logique!
Prendre précaution d'autrui pour qu'il ne se blesse pas sur nos épines révèle la qualité du jardinier à l'oeuvre en nous, la parenthèse d'Adnarag sur le terme de résilience en est un bel exemple. Je le reçois comme tel.
Il est temps de clore cet écrit matinal, peu de sommeil en ce moment demande un bon café tranquille à observer le ciel nocturne!
Bonne journée!
Pascal.
« Modifié: Hier à 06:57:23 par résilience et silence »
C'est dans les situations les plus difficiles et les plus désespérées que les individus trouvent le courage de se battre pour leur conviction. Tecumseh.