FORUM "LES MOTS DU DEUIL"

Comprendre et vivre son deuil => Vivre le deuil de son conjoint => Discussion démarrée par: qiguan le 07 Avril 2015 à 22:01:24

Titre: texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 07 Avril 2015 à 22:01:24
D’abord ethnologue et travaillant pour des organismes internationaux,
Nadine Beauthéac a perdu son premier enfant, puis son mari. Veuve
à 46 ans, elle a entrepris des études de psychothérapeute et tente d’aider
par son expérience et sa compétence, les personnes affectées par le deuil.
Elle fait aussi partie de l’association Vivre son deuil - Ile-de-France.

La réalité du deuil est très mal connue dans
notre société. La souffrance de veuvage,
elle, est largement sous-estimée face à
l’horreur qu’engendre la mort de l’enfant.
Perdre son conjoint, c’est pourtant perdre « sa
moitié ». C’est perdre avec elle le quotidien, ses
habitudes, sa routine, bien sûr la tendresse et la
sexualité partagées, la complémentarité aussi des
tâches autant domestiques qu’éducatives avec les
enfants, les projets familiaux, etc. La personne
veuve se retrouve « seule » dans la vie, malgré
ses enfants. Comment continuer à vivre lorsqu’on
perd celui ou celle qui cristallise le désir de vivre ?
Le vécu du deuil au quotidien
L’absence physique de l’être aimé est la confrontation
avec le vide qu’il laisse à jamais. Il faut
apprendre à mettre un couvert en moins à table,
voir la famille réunie avec lui ou elle, absent(e) à
jamais, ranger des vêtements qui ne seront plus
portés. D’autres se retrouvent dans la solitude
d’un appartement.
À la violence de l’absence répond une violence du
chagrin. Les pleurs sont parfois épouvantables.
Certains vivent sans larmes, « en automate ». La
fatigue physique est très présente. Prendre soin
de soi, savoir se donner les moments de repos,
constitue la première manière de traverser le
deuil. S’associe une fatigue psychomotrice. Faire
la moindre chose semble impossible. Certains
ne se sentent plus capables de travailler ou de
s’occuper des enfants.
L’endeuillé se perçoit comme anormal, les arrêts
maladie sont fréquents, d’autres au contraire
« tiennent » au-delà des limites du raisonnable
et tombent dans la maladie. Cet état dépressif est
passager, lié à la crise du deuil, même si celui-ci
dure longtemps. Il s’accompagne souvent d’hallucinations
visuelles, auditives et olfactives : on
devine dans une foule le défunt, il est présent de
l’autre côté de la porte. Vivre de tels instants est
normal. Être patient dans cet état intolérable va
donner la possibilité d’accomplir peu à peu cette
tâche psychologique immense : arriver à vivre
sans la personne aimée.
L’endeuillé traverse aussi un ouragan émotionnel.
Les deux émotions prépondérantes sont la
colère et la culpabilité. La colère passe par la
révolte, le sentiment d’injustice, la rage. Colère
contre la vie, le destin, Dieu, les responsables
de l’accident, les médecins. Mais aussi contre
le défunt lui-même parce qu’il nous a abandonnés.
Il y a tous ces pourquoi : pourquoi lui/elle ?
pourquoi moi ? pourquoi nous ? pourquoi notre
famille ? La culpabilité, elle, s’accompagne de
l’expression « J’aurais dû » : « J’aurais dû voir qu’il
était dépressif et qu’il pouvait se suicider », « J’aurais
dû lui dire que je l’aimais au lieu de me disputer
avec elle ». Et il faut accepter aussi de survivre
au défunt. D’autres émotions peuvent encore
être là : l’angoisse, la détresse, la honte parfois…
Les temps du deuil
Le premier temps du deuil, le temps du choc,
commence quand nous apprenons la mort. Il
était d’usage de penser que ce temps durait de
quelques heures à quelques jours. Mais c’est une
erreur. L’endeuillé entre dans un état de dépersonnalisation
où il reste hébété. Il va falloir de
plusieurs semaines à plusieurs mois pour que
le psychisme arrive à intégrer émotionnellement
la nouvelle. Se met en place alors le temps de la
grande souffrance. C’est l’explosion de la culpabilité,
de la colère, de l’angoisse. La vie n’a plus
aucun sens, les paroles de consolation sont inutiles,
les jugements laissant sous-entendre que
l’on ne s’en remet pas assez vite, font très mal.
Le temps donne au psychisme la possibilité de
travailler les émotions : c’est là ce fameux « travail
de deuil ». Travail intérieur qui permet d’apprivoiser
l’absence du défunt, de transformer la
déconstruction en une construction d’une nouvelle
personnalité qui va assumer de nouveaux
choix pour continuer à vivre. Ce temps peut durer
de plusieurs mois à plusieurs années. L’endeuillé
découvre de nouvelles possibilités d’aimer la vie.
S’installe le deuil cyclique et intermittent. Si le
deuil a un début avec le temps du choc, un milieu
avec celui de la grande souffrance, il n’a pas de
fin. Nous n’oublions pas nos morts, nous les
mettons au contraire à leur juste place qui est
dans le souvenir et le coeur, et il est normal que,
de temps à autre, le chagrin revienne se manifester.
Éprouver l’absence au fil des années n’est pas
pathologique. Le deuil va alors suivre les cycles
d’un calendrier personnel avec le plus souvent
les dates anniversaires (de naissance, de décès),
les fêtes (Noël, fête des mères, etc.), le cycle de
la vie (naissances, mariages). Et s’exprimer par
intermittence : une chanson, une image de film
évoquent un souvenir et une bouffée de chagrin
revient.
Quel nouveau sens a sa vie ?
Va se poser la question de construire un nouveau
lien. Pour les jeunes veuves et veufs, cela est
souvent une évidence. Mais, à notre époque, les
endeuillés du « troisième âge » osent se lancer
aussi dans une telle option. C’est une avancée
psychologique pour les femmes que d’intégrer
qu’aimer « ensuite » n’est pas renier l’amour précédent.
Car c’est bien cela l’enjeu de passer un
nouveau lien. Comment puis-je aimer à nouveau
sans être infidèle à mon conjoint mort ? Ai-je le
droit d’être heureux ? Vais-je refaire confiance à la
vie ? Les hommes construisent plus rapidement
une nouvelle relation. L’entourage a tendance à
penser qu’« il s’est consolé bien vite ». Mais les
hommes ont un rapport spécifique au temps et
à l’action, ce qui leur permet d’aller vers le futur
souvent plus aisément que les femmes. Ce n’est
pas pour autant qu’ils « oublient » la défunte. Ils
savent faire coexister la morte et la vivante et ce
n’est pas sans chagrin pour eux. D’autres vont
au contraire trouver un nouveau sens à leur vie
dans des domaines divers : faire des activités nouvelles,
voyager, s’occuper des petits-enfants de
manière privilégiée, s’investir dans le bénévolat…
La marque de la bonne intégration du deuil sera
le plaisir retrouvé dans ces nouveaux choix quels
qu’ils soient, la capacité de vivre alors « avec » la
perte et non plus « dans » la perte.

extrait du bulletin 154 du bulletin espérance et vie
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Lana le 07 Avril 2015 à 22:27:24
Merci Qiguan de nous avoir fait partager ce texte de Nadine Beautheac, il est très vrai.
Bonne soirée à toi, je t'embrasse
Lana
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Webmaster le 08 Avril 2015 à 15:33:25
Merci Qiguan !  Pour ceux que ça intéresse il est possible de lire un extrait du livre sur google Livre en cliquant sur ce lien:

100 réponses aux questions sur le deuil et le chagrin (https://books.google.fr/books?id=OqOnJIc8mLsC&printsec=frontcover&dq=100+r%C3%A9ponses+aux+questions+sur+le+deuil+et+le+chagrin&hl=fr&sa=X&ei=ndYkVfvWL4X-UJ6thPAL&ved=0CCAQ6AEwAA#v=onepage&q=100%20r%C3%A9ponses%20aux%20questions%20sur%20le%20deuil%20et%20le%20chagrin&f=false)

Encore merci Qiguan
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéann
Posté par: Dji le 09 Avril 2015 à 20:00:16
Un grand merci Qiguan
Ce texte est magnifique ,il nous fait comprendre le chemin du deuil.
Tu es vraiment formidable avec nous tous
Bonne soiréedji
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: petiteninette le 10 Avril 2015 à 08:59:52
Merci. C'est tellement juste. Et plein d'espoir
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: leelou- le 10 Avril 2015 à 09:45:42
Merci pour ce texte, je me retrouve dans tout ce qui est écrit.
MERCI
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: liodice le 11 Avril 2015 à 22:09:58
Merci pour ce partage.
Ce texte est magnifique, je me reconnais bien dans tout cela
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: oursinette le 12 Avril 2015 à 17:23:59
   UN grand  Merci Qiguan de nous avoir fait partager ce texte je vous remercie 
regine
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: cdi le 29 Avril 2015 à 17:43:42
Merci pour ce texte qui est très joli et qui résume parfaitement.
cdi
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Eva Luna le 21 Mai 2015 à 00:16:16
Un texte retrouvé.. que je vous partage...

Quand la mort frappe des couples jeunes
Par Lucile Quillet | Le 26 juin 2014 figaro madame)


Ils ont perdu leur mari, leur femme, leur moitié à moins de 45 ans et tout s’est soudainement arrêté. Leur bonheur, leur vie, leurs projets. Seuls mais pas divorcés, sans motif de rupture ni aucune raison d’oublier l’autre, ils errent quelques mois, parfois des années avant de pouvoir imaginer continuer sans le conjoint décédé. En France, ils seraient 470 000 veufs précoces, dont 80% de femmes mais leur situation est passée sous silence.

Bruno se rappelle du jour où l'hôpital l'a appelé. « Dehors, le soleil brille, tout est normal. Celle qui fut ma femme plus de la moitié de ma vie n’est plus. Mon fils est orphelin mais ne le sait pas encore, il est au lycée. Le cancer a gagné ». Les jours passent, le décor est le même mais tout est différent. « Après la journée de travail, c’est l’errance. Je n’ai plus envie de rentrer chez moi, parce qu’elle n’est plus là et que tout rappelle sa présence, tout est comme la semaine d’avant mais rien ne sera plus jamais pareil », constate Bruno, désormais seul avec son fils. Comme Françoise, Yann et Mireille, il a accepté de se confier à Didier Dematons pour son documentaire Seuls, du jour au lendemain, consacré au veuvage précoce.

Près de 470 000 personnes de moins de 55 ans ont été frappés par la mort anachronique de leur conjoint en France selon une enquête de l'Erfi (Étude des relations familiales et intergénérationnelles). 80 % d’entre eux sont des femmes. Accident de voiture, arrêt cardiaque, souvent le conjoint « survivant » n’a rien vu venir et n’a pas pu se préparer. « À cet âge, on a l’impression qu’on est préservé de la mort. Les veufs sont comme sidérés », explique Laïdye Riello, accueillante à l’association Dialogue et Solidarité qui apporte écoute et soutien aux veufs.

    Les femmes ne peuvent pas lâcher leur mari comme ça, d’un coup

À la différence des veufs âgés qui ont des enfants auxquels se raccrocher et parfois un patrimoine, les veufs précoces « essaient de se mettre dans un projet personnel mais n’y arrivent pas car les projets se construisaient toujours à deux », explique Laïdye Riello. Pour Yann, devoir penser au singulier le renvoyait à l’injustice qui avait frappé son compagnon, mort dans un accident de planeur. Frappé du syndrome du survivant, ce trentenaire un peu artiste avait honte d’exister. « Les trois premiers mois, j'étais dans un état de petite folie. Il faut attendre des mois pour redevenir quelqu’un. » Bizarremment, c'est l'idée du suicide qui fait tenir Yann. « On se dit qu'on passe à l'acte cette nuit et, du coup, on arrive à vivre sa journée. »

Tous seuls après cette vie forgée pour et à deux, les veufs poursuivent un simulacre de vie en couple avec le mort en allant au cimetière tous les jours, lui parlant à haute voix, pensant à lui tout le temps. Lors de son déménagement, Françoise, jolie brune pétillante de 40 ans, imagine son compagnon et père de ses deux enfants derrière la porte. « Je sais très bien qu’il est mort. Mais au fond de moi il y a tout de même une idée de retrouvailles. Tout à la fois ridicule et douloureuse. » Mireille, elle, allume deux bougies chaque soir pour symboliser le couple qu'elle allait officialiser avec son compagnon. Elle continue de se faire belle « pour qu'il n'ai pas honte » d'elle. Pour Laïdye Riello, cette fausse vie de couple permet d'estomper la douleur. « Au début, il y a une telle impossibilité de se séparer qu’on s’accroche au statut de veuf. Les femmes ne peuvent pas lâcher leur mari comme ça, d’un coup. »
Pour l'entourage, le sujet est tabou

Près de 1800 personnes viennent ainsi frapper à la porte de l’association Dialogue et Solidarité chaque année. Pour vérifier qu’elles ne sont pas folles et comprendre cette souffrance de chaque seconde. Car les pièges sont nombreux dans cette solitude extrême. À force de vivre avec un mort, on le fantasme sous son meilleur jour. Le décès a figé le bonheur comme une référence qui emprisonne le conjoint survivant dans un mirage fantasmé. « Certains tiennent à leur image de veuf pour être protégés. Mais on ne se reconstruit pas vraiment, on idéalise le passé, en faisant du conjoint une icône », atteste le réalisateur du documentaire Seuls, du jour au lendemain, Didier Dematons. Le deuil devient un mode de vie qui prolonge l’existence du défunt.

    L’idéalisation du conjoint décédé est un passage obligé

Pour sortir de cet isolement macabre, l’association Dialogue et Solidarité aide les veufs à parler, partager, d’abord en entretien individuel puis en groupe de travail. « L’idéalisation du conjoint décédé est un passage obligé mais ensuite, on réalise que c'est aussi un enfermement. Sortir du deuil, c’est ne pas rester avec la personne morte. Le détachement affectif se fait à travers la mise en mots pour prendre de la distance, explique Laïdye Riello. Cela peut prendre six mois comme six ans. Il n’y a pas de temporalité propre au veuvage. »

Mais cela, l’entourage ne le sait pas. Ceux qui étaient pris de compassion au départ se lassent lorsque la peine devient une ritournelle. Après un an en général, les proches vont rappeler le jeune veuf à l’ordre : il faut passer à autre chose, aller mieux et refaire sa vie. Ces remarques bienveillantes sont teintées d’une certaine angoisse. « C’est très mortifère de voir une personne de 40 ans ne pas arriver à refaire sa vie. L’entourage peut s’éloigner au bout d’un moment, comme par peur d’une contamination », analyse Laïdye Riello. Au bout d’un moment, en éludant le sujet pour ne pas raviver la douleur, les proches isolent le conjoint restant. « Les gens évitent d’en parler par peur de rappeler la chose aux veufs alors qu’ils n’ont que ça en tête. Les quatre témoins que j’ai filmés étaient très contents d’en parler », explique Didier Dematons qui a voulu faire ce film pour casser un tabou.
Le concubin, à peine reconnu comme veuf

L’autre particularité des veufs précoces est qu’ils ne sont pas toujours considérés comme veufs. À l’époque où de nombreux couples ne se marient pas, la perte du concubin est moins considérée que celle du mari ou de l'épouse. Dans Seuls, du jour au lendemain, Yann confiait la double peine d’être un « veuf gay ». « Comme si, parce que nous étions homosexuels, cela avait moins de valeur. » Même les psys n'ont pas cette délicatesse. Françoise se souvient du psychiatre qui avait répondu que son deuil était « presque un veuvage » quand elle lui disait qu'elle n'était pas mariée avec le père de ses deux enfants. « J'ai eu envie de le buter ». Le droit français n’échappe pas à cette méprise : en France, près de 42 % des personnes ayant perdu leur conjoint avant 55 ans ne sont pas considérés comme veuf par l’état civil. « En terme d’assurance et de sécurité financière, les concubins n’ont droit à presque rien, sauf à un héritage taxé à 60 %, explique Magali Montu de Dialogue et Solidarité. Comme si vous étiez un étranger ».

    40 % des veufs précoces refont leur vie après

Françoise a alors tenu à clamer qu’elle était veuve à tout bout de champ pour ne pas être assimilée à une femme séparée, divorcée ou célibataire. Une fois l’histoire clarifiée, reste à la continuer en se réinventant, parfois avec quelqu’un d’autre. Près de 40 % des veufs précoces renouent une vie de couple. Mais la nouvelle relation n’est pas épargnée par les fantômes. Tout dépend des raisons qui l’ont motivée. Certains recherchent un conjoint pansement ou la copie conforme de l’être perdu. « Quand le détachement ne s’est pas totalement fait, le veuf a tendance à comparer ou à culpabiliser, comme s’il était infidèle. » Comme s’ils tuaient une deuxième fois le défunt en le quittant sans qu’il l’ait mérité. Parfois ce sont les nouveaux conjoints qui appellent Dialogue et Solidarité pour savoir comment se comporter face à la douleur persistante ou à un défunt qui aura toujours plus d’importance qu'eux.

Plutôt que de trouver un remplaçant trop vite, chacun a sa méthode pour grapiller des morceaux de bonheur individuel. Bruno a accepté avec philosophie que « dans cette histoire-là, on ne peut plus rien écrire ». Il a changé les meubles pour ne plus revoir sa femme attablée tous les soirs avec lui et son fils, et ainsi créer de nouvelles habitudes. Yann s’est réfugié dans la musique, Françoise a créé un blog sur le veuvage, pour extérioriser sa peine, non sans humour. Mireille s’est réfugiée dans la spiritualité. Aujourd’hui, cette dernière a déménagé et vit avec une nouvelle personne. « Mon expérience est une expérience riche, elle m’a forgée différemment, explique-t-elle. C’est une chance de pouvoir comprendre un certain nombre de choses qu’on n’avait pas vues avant car on n’avait pas la sensibilité pour. Aujourd’hui, je sais que si la tristesse est un état, le bonheur est une volonté. »
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: qiguan le 21 Mai 2015 à 22:17:27
Ce texte est très bien
je voudrai ajouter le témoignage des difficultés de la tranche d'âge suivante ... quand on a les enfants qui ont ou vont quitter la maison
le "nid" est d'autant plus vide
bien sûr souvent va avec l'époque d'avoir des petits enfants autre étape
mais au quotidien c'est la maison vide, pas d'obligations sauf le travail (heureusement) et ce manque de structuration obligeante n'est pas qu'une aide ... même si elle permet de pouvoir rester centré avec sa peine sans avoir à s'oublier pour donner du bonheur aux enfants ...
période difficile aussi ... différemment
 :-*
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Mamoure le 25 Mai 2015 à 08:07:47
très juste Qiguan
je me souviens des 1ers temps où je me disais heureusement que je n'ai pas de petits , je serais bien incapable de les gérer
en même temps , je ne voyais pas l'obligation de continuer puisque , justement , ils sont grands
des difficultés différentes selon l'âge , en effet...
le nid vide...
encore pas complétement vide chez moi puisque mon "petit" de 19 ans est encore là , m'oblige ne serait-ce qu'à préparer des repas... mais il a 19 ans , la date où ce nid sera vraiment vide n'est pas si lointaine

difficulté de plus pour mon cas personnelle ,dans quelle tranche suis-je vraiment ?
à 47 ans je me sens  jeune veuve
mais j'ai eu mon 1er enfant à 19 ans et suis devenue mamie à 41 ....
je me reconnais quand je lis les difficultés , les ressentis de personnes de ma tranche d'âge
mais je me retrouve aussi quand je lis les personnes souvent plus âgées que moi mais dont les enfants sont adultes et qui ont des petits-enfants

je pense aussi aux personnes qui n'ont même plus l'obligation du travail .... autre difficulté encore
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Charlie le 25 Mai 2015 à 08:44:47
le nid vide...... c'est exactement ça !
mon plus jeune fils a quitté la maison mi octobre, et mon mari est décédé en novembre

mon fils a mal vécu cette situation, il s'en voulait d'être parti car maintenant "tu es seule" et voulait même revenir à la maison. nous avons bien discuté, et il est tout à fait normal qu'il prenne son envol (il a 24 ans)

bien sûr, le soir, toute seule dans cette grande maison, c'est dur......  heureusement, mon chien est avec moi
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: fred29 le 28 Mai 2015 à 21:01:06
Ce texte est si vrai, il nous résume tous à la fois. Tu m'as fait pleurer  :'( et tu m'as fait du bien.
Merci de nous le faire partager.
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Ally le 29 Mai 2015 à 20:55:44
Merci Qiguan, c'est un très beau texte que je viens seulement de lire et de copier d'ailleurs. Bonne soirée, je t'embrasse. Ally
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: qiguan le 31 Mai 2015 à 10:47:51
texte de Caradec sur le veuvage
http://terrain.revues.org/1203
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: qiguan le 05 Juin 2015 à 21:11:22
texte à voir
http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/mon-amour-ma-vie-est-parti/msg59151/#msg59151
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Ninaorban le 07 Juillet 2015 à 20:52:43
Merci pour le texte de Nadine
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac
Posté par: Stana le 25 Décembre 2015 à 11:24:30
  Merci pour ce beau partage  :)
  Tout le monde réagit à sa manière face à un deuil; il y a toujours une base commune avec toutes les autres personnes endeuillées, un manque, une souffrance communes, c'est pourquoi un être qui a perdu un être cher comprends tous les autres. Il y a cependant des nuances dans les manières de réagir, dans les petites et grandes choses qui peuvent-ou pas-nous aider. C'est aussi selon notre nature, notre vécu, parfois notre éducation, nos croyances, notre philosophie personnelle etc Il y a cependant des choses qui font certainement du bien à tout le monde, comme par exemple les gestes de compassion, de sympathie, d'un minimum d'empathie, les gestes plus discrets que mélodramatiques, donc d'autant plus profonds.
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 12 Février 2016 à 11:21:27
Je passe juste pour  partager avec vous le chapitre 6 du livre la pierre du souvenir de Yonelle Delle où elle raconte son veuvage avec discrétion mais sincérité, un témoignage parmi d'autres
je trouve très précieux ce témoignage d'une médium devenue veuve (du moins pour moi) car il montre bien la douleur humaine quelles que soient les croyances, les signes, les expériences
il est bien différent de ceux d'une autre médium devenue veuve que je n'ai pas appréciés : Patricia Darré.

http://www.fichier-pdf.fr/2016/02/10/la-pierre-du-souvenir-extrait-chapitre-6/

certaines phrases de ce chapitre sont pertinentes et font écho en moi
je vous embrasse
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: Helpa le 12 Février 2016 à 19:14:41
Beau témoignage. Intéressant par sa vision de l'au-delà et de la prédestination.
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 12 Avril 2016 à 21:41:40
https://www.youtube.com/watch?v=IRLTt1qNcyw à écouter
"LA PLUS QUE VIVE" de Christian Bobin C'est une longue lettre d'amour écrite par un veuf ...
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: Webmaster le 13 Avril 2016 à 12:10:31
Merci pour ce partage Qiguan, cet auteur est vraiment formidable.
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: volutes le 28 Juin 2016 à 16:53:24
beaucoup de plaisir à lire vos témoignages; je viens de découvrir ce site et me sens un peu rassurée car j'avais honte de mes ressentiments envers le monde entier; cela fait déjà deux ans et demi que j'ai perdu mon mari et ma peine est toujours aussi intense, même parfois encore plus douloureuse; merci pour ces beaux textes.
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: milaure le 18 Septembre 2016 à 13:47:50
Merci pour ce texte,il est vrai que je me sens pas normale puisque je n'ai envie de ne rien faire,si mon fils ne m'avait pas offert un animal ,je crois que je resterai couchée toute la journée,mes petits enfants sont grands et les plus petits sont à 400km de chez moi!!je me sens nulle :'(je n'ai plus goût à rien.
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 23 Novembre 2016 à 17:04:31
https://www.lebelage.ca/sante-et-mieux-etre/psycho/la-vie-sans-lautre?page=all

    La solitude du conjoint en deuil.

Un jour la maladie est venue, par surprise. Et tout d’un coup le temps s’est accéléré, avec ce lieu qui devient une seconde demeure : l’hôpital. La douleur vient laminer les temps d’intimité. La technique des soins se focalise sur une partie de ce corps défaillant, oubliant l’unité de l’être de celui qui souffre. Au retour des visites, la maison est vide, ou bien encore, les enfants nous attendent. Impossible de rétablir ce qui se vit en couple : parler le soir de ce qui a été important dans notre journée.

Un jour le temps s’arrête. Torpeur après le dernier souffle. On savait s’être engagé pour le meilleur et pour le pire au temps de l’amour aveugle, mais l’a priori était que c’était pour la vie. On connaît les séparations de couple par la discorde, on n’avait pas pensé à celle qui vient par le décès de l’un des deux.

Solitude soudaine. Imprévue, implacable.

L’être disparu est celui qui connaissait le plus l’intimité de l’autre.

La solitude du conjoint est d’abord vécue comme une solitude d’abandon. L’accord tacite du « pour toujours » est rompu. C’est un fragment de son identité qui meurt. Identité d’un être à deux qui n’avait plus besoin de mots pour se dire.

L’aujourd’hui se fait dans l’ancrage d’un passé qui ne sera jamais reconstructible avec un autre. Et il paraît impossible, inimaginable de pouvoir reconstruire une telle intimité avec quiconque.

Le deuil du conjoint inclut la dimension corporelle, affective, sexuelle, psychologique. Un corps peut mourir de ne plus être touché. Le conjoint qui reste a perdu son confident, celui avec qui tout se disait, avec qui les trop d’émotions se régulaient. La mort du conjoint apporte sur ces plans une solitude où justement l’existence risque d’être submergée par les émotions. La rupture crée un manque psychologique radical.

Le deuil du conjoint oblige à se retourner vers le passé pour savoir tout ce que l’on perd. Retournement vécu dans une solitude qui fait mal. Les échecs, les accidents de route, reviennent à la mémoire comme les « loupés » de la vie que l’on regrette tant après coup. Les moments de joie, comme les ombres de la vie passée, viennent comme une brûlure dans la mémoire de celui qui reste. Le deuil est possible lorsque l’on sait ce que l’on perd. Cette visite de la mémoire est une condition de l’émergence d’un futur. « Il faut du souvenir pour permettre le survenir dans l’histoire à venir » (E. LEVINAS)

Le deuil du présent impose le deuil de tout ce qui est passé et impose aussi le renoncement à ce qui aurait pu être et que nous avons toujours cru comme sûr.
sur
https://aape.jimdo.com/8-les-diff%C3%A9rentes-solitudes-et-les-%C3%A9tapes-du-deuil/
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: Marie08 le 08 Décembre 2016 à 15:52:06
merci pour ces textes et pour vos témoignages à tous.
cela fait beaucoup de bien de voir que je ne suis pas la seule à souffrir autant de la perte de mon compagnon.
les mois passent et pourtant la douleur ne s'apaise pas...
marie
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 08 Mars 2017 à 22:07:43
je ne sais plus où était signalé ce lien par Phill33
l'auteure est Françoise dans le film : seul du jour au lendemain
son écrit
http://www.enclumeuse.com/2009/12/petit-lexique-lusage-des-veuves-absence.html
j'ai adoré depuis que je l'ai découvert
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: Mononoké le 18 Mars 2017 à 15:20:11
j'adore !
Merci, je vais l'imprimer et l'afficher chez moi, ça va me faire rirede regarder la tête de ceux qui le lisent  ;D hihi
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: nad le 06 Avril 2017 à 20:36:50
 :'(texte très juste et tellement bien écrit .on se sent compris en lisant ces mots .Jai perdu mon coeur au mois de février  et c'est très dur. merci pour ces mots
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 10 Juin 2017 à 21:30:50
http://jesuisveuf.com/le-deuil-ce-grand-bouleversement-des-sens/
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: kate911 le 03 Septembre 2017 à 11:49:32
Bonjour,

Mon époux nous à quitté il y a 17 jours. Mes enfants sont grands et vivent leur vie.
je me sens seule et démunie. Je dois reprendre le travail demain, je me demande si c'est trop tôt mais tourner en rond toute la journée m'est insuportable. 

 Le texte sur le veuvage est très beau, mais pas très optimiste, en le lisant j'ai l'impression qu'il faudra des années avant de se sentir de nouveau "normale".

Merci de votre soutien
Titre: Re : Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 05 Septembre 2017 à 22:02:36
Bonjour,

Mon époux nous à quitté il y a 17 jours. Mes enfants sont grands et vivent leur vie.
je me sens seule et démunie. Je dois reprendre le travail demain, je me demande si c'est trop tôt mais tourner en rond toute la journée m'est insuportable. 

 Le texte sur le veuvage est très beau, mais pas très optimiste, en le lisant j'ai l'impression qu'il faudra des années avant de se sentir de nouveau "normale".

Merci de votre soutien

oui des années et se sentir différente encore même si "normale" c'est ce que disent des plus anciens
comment trouver de l'optimisme si ce n'est savoir que d'autres ont survécu à cette épreuve ?
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: PAVELLE le 30 Octobre 2017 à 23:22:20
merci pour toutes ces ressources.
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: dorémi le 01 Novembre 2017 à 23:54:07
Merci pour cette publication de 2 textes intéressants, beaux mais un peu bruts...
J'ai l'impression d'être encore loin de tout ce qui'il y est dit alors que dans 2 jours cela fera 10 mois que je suis seule...  Je reconnais une partie de ces écrits dans mon malheur mais j'ai peur de ce qui m'attends...
Incapable de prendre la moindre décision, incapable de m'occuper de mon fils de 15 mois comme je le voudrais car son père me manque trop ... je plonge dan ma tristesse et ma volonté d'en sortir n'y fait rien...
Ces textes me permettent de me sentir normale...
Je ne sais pas de quoi j'ai besoin mais je viens souvent en silence juste lire ce qui se passe sur ce forum... 
Chose vraie que je vis au quotidien... les proches fuient le malheur... par peur de faire ou dire qq chose qu'il ne faut pas... par impuissance.. alors peut-être devrais-je persister et tenter de trouver du soutien parmi vous...
Merci pour votre intérêt à la lecture de ce message...
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: Nicole54 le 08 Février 2018 à 20:05:36
Merci pour ces textes, ces liens.

Trop vrai......
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 20 Février 2018 à 20:57:54
à lire absolument
http://deuil.comemo.org/deuil-conjoint-perdre-mari
sur le site dont est issu ce forum
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: resterunpourtoujours le 06 Mars 2018 à 13:50:32
D’abord ethnologue et travaillant pour des organismes internationaux,
Nadine Beauthéac a perdu son premier enfant, puis son mari. Veuve
à 46 ans, elle a entrepris des études de psychothérapeute et tente d’aider
par son expérience et sa compétence, les personnes affectées par le deuil.
Elle fait aussi partie de l’association Vivre son deuil - Ile-de-France.

La réalité du deuil est très mal connue dans
notre société. La souffrance de veuvage,
elle, est largement sous-estimée face à
l’horreur qu’engendre la mort de l’enfant.
Perdre son conjoint, c’est pourtant perdre « sa
moitié ». C’est perdre avec elle le quotidien, ses
habitudes, sa routine, bien sûr la tendresse et la
sexualité partagées, la complémentarité aussi des
tâches autant domestiques qu’éducatives avec les
enfants, les projets familiaux, etc. La personne
veuve se retrouve « seule » dans la vie, malgré
ses enfants. Comment continuer à vivre lorsqu’on
perd celui ou celle qui cristallise le désir de vivre ?
Le vécu du deuil au quotidien
L’absence physique de l’être aimé est la confrontation
avec le vide qu’il laisse à jamais. Il faut
apprendre à mettre un couvert en moins à table,
voir la famille réunie avec lui ou elle, absent(e) à
jamais, ranger des vêtements qui ne seront plus
portés. D’autres se retrouvent dans la solitude
d’un appartement.
À la violence de l’absence répond une violence du
chagrin. Les pleurs sont parfois épouvantables.
Certains vivent sans larmes, « en automate ». La
fatigue physique est très présente. Prendre soin
de soi, savoir se donner les moments de repos,
constitue la première manière de traverser le
deuil. S’associe une fatigue psychomotrice. Faire
la moindre chose semble impossible. Certains
ne se sentent plus capables de travailler ou de
s’occuper des enfants.
L’endeuillé se perçoit comme anormal, les arrêts
maladie sont fréquents, d’autres au contraire
« tiennent » au-delà des limites du raisonnable
et tombent dans la maladie. Cet état dépressif est
passager, lié à la crise du deuil, même si celui-ci
dure longtemps. Il s’accompagne souvent d’hallucinations
visuelles, auditives et olfactives : on
devine dans une foule le défunt, il est présent de
l’autre côté de la porte. Vivre de tels instants est
normal. Être patient dans cet état intolérable va
donner la possibilité d’accomplir peu à peu cette
tâche psychologique immense : arriver à vivre
sans la personne aimée.
L’endeuillé traverse aussi un ouragan émotionnel.
Les deux émotions prépondérantes sont la
colère et la culpabilité. La colère passe par la
révolte, le sentiment d’injustice, la rage. Colère
contre la vie, le destin, Dieu, les responsables
de l’accident, les médecins. Mais aussi contre
le défunt lui-même parce qu’il nous a abandonnés.
Il y a tous ces pourquoi : pourquoi lui/elle ?
pourquoi moi ? pourquoi nous ? pourquoi notre
famille ? La culpabilité, elle, s’accompagne de
l’expression « J’aurais dû » : « J’aurais dû voir qu’il
était dépressif et qu’il pouvait se suicider », « J’aurais
dû lui dire que je l’aimais au lieu de me disputer
avec elle ». Et il faut accepter aussi de survivre
au défunt. D’autres émotions peuvent encore
être là : l’angoisse, la détresse, la honte parfois…
Les temps du deuil
Le premier temps du deuil, le temps du choc,
commence quand nous apprenons la mort. Il
était d’usage de penser que ce temps durait de
quelques heures à quelques jours. Mais c’est une
erreur. L’endeuillé entre dans un état de dépersonnalisation
où il reste hébété. Il va falloir de
plusieurs semaines à plusieurs mois pour que
le psychisme arrive à intégrer émotionnellement
la nouvelle. Se met en place alors le temps de la
grande souffrance. C’est l’explosion de la culpabilité,
de la colère, de l’angoisse. La vie n’a plus
aucun sens, les paroles de consolation sont inutiles,
les jugements laissant sous-entendre que
l’on ne s’en remet pas assez vite, font très mal.
Le temps donne au psychisme la possibilité de
travailler les émotions : c’est là ce fameux « travail
de deuil ». Travail intérieur qui permet d’apprivoiser
l’absence du défunt, de transformer la
déconstruction en une construction d’une nouvelle
personnalité qui va assumer de nouveaux
choix pour continuer à vivre. Ce temps peut durer
de plusieurs mois à plusieurs années. L’endeuillé
découvre de nouvelles possibilités d’aimer la vie.
S’installe le deuil cyclique et intermittent. Si le
deuil a un début avec le temps du choc, un milieu
avec celui de la grande souffrance, il n’a pas de
fin. Nous n’oublions pas nos morts, nous les
mettons au contraire à leur juste place qui est
dans le souvenir et le coeur, et il est normal que,
de temps à autre, le chagrin revienne se manifester.
Éprouver l’absence au fil des années n’est pas
pathologique. Le deuil va alors suivre les cycles
d’un calendrier personnel avec le plus souvent
les dates anniversaires (de naissance, de décès),
les fêtes (Noël, fête des mères, etc.), le cycle de
la vie (naissances, mariages). Et s’exprimer par
intermittence : une chanson, une image de film
évoquent un souvenir et une bouffée de chagrin
revient.
Quel nouveau sens a sa vie ?
Va se poser la question de construire un nouveau
lien. Pour les jeunes veuves et veufs, cela est
souvent une évidence. Mais, à notre époque, les
endeuillés du « troisième âge » osent se lancer
aussi dans une telle option. C’est une avancée
psychologique pour les femmes que d’intégrer
qu’aimer « ensuite » n’est pas renier l’amour précédent.
Car c’est bien cela l’enjeu de passer un
nouveau lien. Comment puis-je aimer à nouveau
sans être infidèle à mon conjoint mort ? Ai-je le
droit d’être heureux ? Vais-je refaire confiance à la
vie ? Les hommes construisent plus rapidement
une nouvelle relation. L’entourage a tendance à
penser qu’« il s’est consolé bien vite ». Mais les
hommes ont un rapport spécifique au temps et
à l’action, ce qui leur permet d’aller vers le futur
souvent plus aisément que les femmes. Ce n’est
pas pour autant qu’ils « oublient » la défunte. Ils
savent faire coexister la morte et la vivante et ce
n’est pas sans chagrin pour eux. D’autres vont
au contraire trouver un nouveau sens à leur vie
dans des domaines divers : faire des activités nouvelles,
voyager, s’occuper des petits-enfants de
manière privilégiée, s’investir dans le bénévolat…
La marque de la bonne intégration du deuil sera
le plaisir retrouvé dans ces nouveaux choix quels
qu’ils soient, la capacité de vivre alors « avec » la
perte et non plus « dans » la perte.

extrait du bulletin 154 du bulletin espérance et vie


merçi  mais il y a aussi le blocage dans un temps qui n'existe plus avec une vie à deux dans l imaginaire, c'est une autre voie
Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 03 Avril 2018 à 17:53:28
sur un livre
http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/03/21/jens-christian-grondahl-rompt-la-glace_5274324_3260.html
à lire des extraits sur babelio en tapant le titre sur un moteur de recherche

LA CHRONIQUE D'ÉRIC NEUHOFF - L'écrivain danois dissèque les sentiments troubles, les mensonges, les petites vengeances, à travers les souvenirs d'une survivante.

La lettre n'arrivera jamais. Ellinor écrit à une amie morte. Avec Anna, leur histoire a été compliquée.

Résumons. Elles se sont connues toutes jeunes. Elles se sont mariées, Ellinor avec Henning, Anna avec Georg. Anna et Henning ont été emportés par une avalanche durant des vacances dans les Dolomites. Ils avaient une liaison. Ensuite, Ellinor a épousé Georg. Et là, Georg vient de mourir à son tour.

Ellinor vend la maison, s'installe dans un quartier beaucoup moins chic de Copenhague, celui de son enfance. C'est plein de pauvres et de musulmans, lui dit un de ses beaux-fils.

La narratrice avance à pas de loup. Elle en a des choses à confier. Un voile se soulève sur son passé. Petite, elle ne savait pas qui était son père. On lui a raconté un peu n'importe quoi. Les secrets sont faits pour être murmurés au moment où on s'y attend le moins.

Chaque phrase doit se planter dans le cœur de la défunte. Après tout, Ellinor n'était dupe de rien. Elle s'est glissée dans une vie qui n'était pas la sienne.

Au début, les jumeaux de Georg l'ont accueillie avec réticence. Il y avait de quoi. Les garçons ont grandi. Leurs femmes se mêlent de ce qui ne les regarde pas.

Ellinor observe tout. Elle imagine Mia, qui avait été obèse, au retour de son jogging. Douce cruauté. Paisible vengeance. «Peut-être avait-elle encore le cardiofréquencemètre accroché à son bras bronzé, là où la peau pend un peu parce qu'elle a perdu tellement de poids.» Parfois, Ellinor s'allonge sur le sol de l'appartement vide qu'elle a acheté, comme ça, sans se poser de questions. «Je n'ai jamais réfléchi. Pas pour les choses importantes.» Petit à petit, on apprendra les dessous de sa naissance («La guerre était une avalanche», lâche sa mère), ses douleurs tues, sa façon de scruter son entourage à la loupe.

Grondahl écrit avec un scalpel. Des vérités se détachent, sur un ton presque suave. De terribles nouvelles explosent comme au ralenti. Il y a eu, oui, la jalousie. Il y a eu l'incompréhension. Était-ce une vengeance, de se glisser dans les pas d'Anna? Qui est gagnant, dans cette histoire?

Il reste une dame de soixante-dix ans qui repense à la crique isolée où se donnaient rendez-vous ses futurs parents, en 1940 et quelque. Les soldats étrangers faisaient des promesses qu'ils ne tenaient pas.

Cela fait des tonnes de regrets. Le livre est poignant comme la confession d'un inconnu croisé dans un train et qui sait qu'on ne se reverra jamais.

«Quelle n'est pas ma joie», de Jens Christian Grondahl, traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard, 150 p., 15 €.

Titre: Re : texte sur le veuvage de Nadine Beauthéac et autres auteurs
Posté par: qiguan le 11 Juin 2018 à 13:34:55
http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/exister/msg96441/#msg96441