Auteur Sujet: PAS DE MODULE POUR LES ADOS  (Lu 2533 fois)

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Hors ligne bruno

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PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« le: 21 Juin 2011 à 09:21:10 »
    Une question me vient:
   Il n'y a pas de module ou les enfants et ados peuvent s'exprimer aussi....Peut etre est ce une volonte du createur du site,ou alors les plus jeunes sont plus pudiques ou ne savent pas ou ont peur d'exprimer leurs souffrances.
    En tout etat de cause,je remarque qu'avec mon fils,une distance s'est peu a peu installee,ou du moins une grosse incomprehension.Surement due a moi au debut,car j'ai ete dans l'impossibilite de reagir a la mort de Sandrine,et j'ai fui ma maison,le laissant un peu livre a lui meme,(il avait sa petite amie qui a ete tres presente,heureusement).Je ne comprenais pas qu'il puisse avoir envie d'aller au cinema,de rire avec ses copains,bref de vivre quand meme....
    Il est vrai que l'image d'un pere brise,qui rabache toujours la maladie de sa mere,qui est noir du matin au soir,et qui refuse de regarder un peu autre chose n'a pas du etre d'un grand secours pour lui...Il a vecu aussi cette "separation",mais avec quand meme et heureusement l'insousciance de sa jeunesse,mais pas sans mal non plus.Je l'ai entendu plusieurs fois pleurer dans son sommeil,et pronnoncer ce mot qu'il ne pourra plus dire en "vrai":  Maman!
   Lui a du mal a aller sur la tombe de sa mere,alors que moi j'y suis tous les jours,et le W/E,j'y passe pour ainsi dire la journee.Les ecureuils et les oiseaux commencent a me prendre pour un des leurs!!!
   Il sait que je suis la haut,et ca doit peut etre aussi le deranger que son pere soit coince dans un cimetiere...Pourtant je lui ai dit que meme sachant que l'ame de Sandrine ne soit pas la bas mais avec nous et partout,pour moi son corps est la bas,et j'ai l'impression de ne pas l'abandonner en y etant.Un peu comme tous les jours j'etais avec elle lorsqu'elle etait hospitalisee.Elle me disait de prendre un peu l'air,d'aller me baigner et de ne pas passer mes journees enferme avec elle dans une chambre d'hopital,mais non,elle etait la et hors de question d'aller profiter de quoique ce soit pendant qu'elle souffrait .
   Donc il s'est beaucoup rapproche de ma mere,et mange tous les soirs avec elle evitant ainsi la maison qui ne lui rappelle qu'une absence,celle de sa mere,et son pere qui la lui rappelle sans arret...
   Je suis sur,que si cela avait ete l'inverse,elle serait passe outre son chagrin pour continuer a vivre le plus normalement possible et lui garder un foyer accueillant,et aurait fait vivre encore la maison meme sans  moi..
   Je n'ai pas su le faire,les femmes sont surement plus fortes dans la douleur...Elles ne s'ecroulent pas aussi facilement que nous.

                                  Bruno a Sandrine

Hors ligne ergé

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #1 le: 21 Juin 2011 à 10:01:21 »
Bonjour Bruno,

C'est drôle, j'ai l'impression que j'aurais pu écrire certaines de tes phrases; même si je ne me suis pas éloigné de mon plus jeune fils, qui vit encore avec moi, je ressens chez lui la même distance face à sa mère décédée et face à mon comportement. Je crois qu'il s'agit en fait de pudeur, entre un père et son fils, car je n'ai pas le même ressenti avec mes filles. Ainsi, par exemple, il va rarement au cimetière (son choix, que je respecte complètement), mais surtout, il préfère y aller seul ou avec sa copine, que de m'accompagner. Par ailleurs, bien que, comme toi, je rappelle souvent le souvenir de sa mère dans nos conversations, lui ne le fait que très rarement, alors qu'il s'entendait bien avec elle.

Nos enfants ont perdu leur mère, c'est sans doute très lourd, mais ils sont jeunes et savent inconsciemment que malgré tout, ils ont la vie devant eux. Nous, moi en tout cas, j'ai l'impression que ma vie s'est arrêtée avec sa disparition; peut-être est-ce que cela changera, mais pour l'heure, je suis incapable de formuler le moindre projet (partir en vacances par exemple). Ca fait une grande différence malgré tout.

Quant à exprimer leur souffrance, je crois que les ados le font également, mais qu'ils sont peut-être moins portés sur l'écrit et préfèrent, là aussi, le faire dans leur monde, séparé de celui de leurs parents, à travers des media comme Facebook, Twitter ou MSN, sans oublier (bien-sur!) leur téléphoine portable. Question de génération aussi.

Amicalement

Hors ligne bruno

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #2 le: 21 Juin 2011 à 12:15:42 »
   Oui Erge,pour t'avoir lu,je pense que nous avons un peu le meme comportement notamment en ce qui concerne le cimetiere...
Tout ca n'est vraiment pas facile,et couper le cordon qui nous relie au corps n'est pas dans notre possibilite apparement.

   C'est pourquoi une phrase que j'ai vu je ne sais plus ou, a, tout son sens a mes yeux :

                             "Faire le deuil,c'est arriver a mettre des mots la ou il y avait un corps"

Hors ligne Marico

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #3 le: 21 Juin 2011 à 14:07:13 »
Bonjour Bruno et Ergé,

Je pense qu'il s'agit surtout de la façon de chacun d'aborder les choses.

Vu par moi, une femme, bavarde de surcroit (ce qui est le propre des femmes, n'est-ce-pas !!), évoquer le père disparu n'a jamais été un tabou et j'ai voulu que mes enfants parlent aussi souvent que possible de l'absence de leur père, racontent leurs souvenirs, toutes les anecdotes qu'ils gardent en mémoire malgré leur jeune âge étayées par les K7 vidéos.
La mort de leur père est une "page" douloureuse de leur vie, mais elle a fait d'eux des enfants extra-ordinaires (dans le sens "qui ont vécu des choses pas ordinaires").
Je dois dire qu'ils sont tous les deux brésiliens adoptés, ce qui déjà au départ, compliquait notre tâche... la mort de mon mari a été une douleur de plus dans leurs jeunes vies. Mais j'ai toujours essayé de les valoriser par rapport à ce qu'ils ont vécu. Je leur dis qu'ils ont connu le pire, l'abandon 2 fois, mais que ça fait d'eux des enfants d'une force incroyable, parce qu'ils ont survécu à tout ça, et qu'ils le savent. Plus rien ne doit leur faire peur dans leur vie à venir, parce qu'ils ont "un train d'avance" par rapport à tous leurs copains.

Mon fils parle rarement de son chagrin à lui, mais il évoque avec plaisir les choses rigolotes vécues avec son père. Il a 12 ans et je sais que l'absence est irréparable dans son petit coeur.

Ma fille est plus ouverte, elle évoque son père sans problème. Mais elle refuse d'être cataloguée "orpheline" et peu de ses copains connaissent son histoire. Elle reconnait n'avoir aucun souvenir des premières années de deuil. Son année de 6ème, elle ne peut pas en parler, elle ne sait plus ce qui s'est passé... Elle raconte depuis peu qu'elle est brésilienne, parce qu'à 15 ans, forcément, ça en jette !!! (et les hormones des petits mâles adorent les filles exotiques !...).

Ils ne m'accompagnent plus au cimetière quand je vais nettoyer la tombe ou la fleurir, une ou deux fois par an. Je ne les y oblige pas.
Nous avons toujours essayé de discuter de leur père, assez régulièrement. Mais c'est comme chacun sent, selon l'humeur ou le temps, le contexte ou les circonstances.

Encore une fois, j'ai réagi par et pour mes enfants, je voulais plus que tout que "rien ne change" pour eux, même si tout avait changé. Et je me suis plongée dans la reconstruction de notre quatuor devenu trio, avec l'énergie du désespoir. Mais à la différence de vos enfants qui ont une vie sociale et des copines, les miens étaient très jeunes (7 et 11 ans) et avaient besoin de moi avant tout, et il fallait que je survive, et que m'en occupe.
Ca fait une différence...

Pour eux, les copains/copines arrivent seulement maintenant...

Et puis, je dois dire que 3 ans après la mort de mon mari, j'ai emmené les enfants vivre 1 an outremer. Tous les 3 pour une année sabbatique, qui a resserré les liens et nous a donné une respiration. Ca a été une "vraie" coupure dans notre deuil. Je voulais leur montrer que le monde est beau et qu'en dépit de leur chagrin, ils pouvaient encore vivre des choses formidables. Ca n'a pas tout réglé, loin de là, mais ils ont compris que la vie en valait la peine... et que tant qu'ils seront vivants, ça ne tient qu'à eux...

Bref, je les adore et ils resteront l'essentiel de ma vie tant qu'ils auront besoin de moi, et ils passent avant tout, même mon chagrin... "Les enfants sont des Princes en route vers l'aurore" (Montessori)
M.


Hors ligne Lauren

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #4 le: 21 Juin 2011 à 21:58:42 »
Tu sais Bruno je crois que les ados réagissent comme ça. Ils ont besoin de se défouler et de s'étourdir avec les copains, et ensuite ils pleurent seuls dans leur sommeil. C'est probablement leur façon à eux d'évacuer leur chagrin. Ils ont moins de recul que nous par rapport à l'idée de la mort peut être, je ne sais pas.
Et puis comment peux-tu être sûr que sa mère aurait fait 'mieux' si c'était toi qui étais parti?
Ton fils a sans doute trouvé une présence féminine réconfortante auprès de sa grand-mère.
Je crois, pour le voir actuellement, que les ados en deuil aiment bien qu'on leur propose une activité, une partie de tennis, un ciné, un bricolage ensemble, quelque chose qui leur permette de ne pas avoir à parler de leur deuil (donc pas de restau les yeux dans les yeux!) Ils sont pudiques, ils ont peur de craquer, je ne sais pas trop.
Avec le fils de mon compagnon on se retrouve une fois par semaine et on retape son appartement (celui de son père). On se parle peu, on nettoie chacun dans notre coin, on met un peu de musique; il y a souvent des gens qui passent et qui donnent un coup de main; je suis contente de le voir et je crois que lui aussi parce qu'il vient. Bien sûr ce n'est pas mon fils. Je ne peux pas me mettre à ta place, je peux juste te dire mon impression.
bonne nuit à tous. L

Hors ligne Marico

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #5 le: 24 Juin 2011 à 19:05:17 »
Ce soir, ma fille (15 ans) se prépare pour le grand bal de fin d'année de son lycée.
Cendrillon est belle, heureuse et consciente de l'être...
Je pense combien son père doit être fier d'elle. Tout comme moi.
Elle va vers sa vie, les garçons seront autour d'elle comme des abeilles autour d'un pot de miel. Elle ne pense pas à son père une seconde, elle veut s'amuser, en profiter, et c'est juste pour elle.... Elle l'a mérité.
Les ados ne vivent pas leur peine comme nous ; leurs amis, leurs centres d'intérêt, leur i-pods, leur musique leur servent d'exutoire. Nous n'avons pas notre place près d'eux, c'est tout ça qui nous remplace. Ils n'oublient pas celui ou celle qui n'est plus là, mais ils sont dans le présent immédiat, ils avancent à grand pas, ils ont laissé la douleur à la porte et évitent de la faire entrer trop souvent. J'ai parfois l'impression que je dois extirper de la mémoire de ma fille notre vie d'avant. En parler ne la gêne pas, mais elle n'y pense pas.... C'est comme ça.

Comme le chante Eddy Mitchell :
"J'aimerais avoir seize ans aujourd'hui
Aller au-devant de la vie
Avoir droit à un bout d'essai
Mais en sachant ce que je sais"
M.

Hors ligne ergé

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #6 le: 24 Juin 2011 à 23:34:14 »
Bonsoir,

Es tu sûre Marico, que ta fille n'y pense pas à sa vie d'avant ?
Es tu sûre qu'en s'amusant ce soir, en dansant, elle ne se dira pas, peut-être, elle aussi, "je regrette que mon père ne sois pas là pour me voir ce soir, il serait fier de moi" ?

Bien sûr que les ados ne vivent pas les choses comme nous; et heureusement d'ailleurs! Comment pourraient ils se tracer un avenir si la douleur prenait dans leur vie la place qu'elle a dans la notre?
La mort est encore un tabou pour les ados, même s'ils l'ont approchée de près, comme c'est le cas de ta fille; En outre, comme je l'ai déja écrit plus haut, dans cette file, les relations sont souvent empreintes de pudeur quand ils s'agit d'aborder ce genre de sujet avec les parents.

Et pour rapprocher le bal de ta fille et la chanson d'Eddy Mitchell, on peut juste se dire que les jeunes nous poussent dans le dos; mais c'est aussi ça la vie.

Le temps s'en va, le temps s'en va Madame
Las le temps ! non, mais nous nous en allons...

Hors ligne Marico

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #7 le: 25 Juin 2011 à 10:02:21 »
Et bien, Ergé, je lui ai posé la question :
- As-tu pensé combien ton père aurait été fier de toi, hier soir ?
Elle m'a répondu :
- Pas du tout !...
J'ai ajouté :
- Vraiment, il l'aurait été.
Elle a rétorqué :
- J'aurais préféré qu'il me le dise !
Ce qui a clôt la discussion. Et elle a enchaîné sur les copines et la superrrrrrr soirée qu'elle a passé. Et puis sur son programme ministériel d'aujourd'hui (qui fait que le mien le sera aussi ! Lol !).

Il y a la pudeur, certes, mais aussi une forme d'oubli, je crois. Encore plus pour les plus jeunes. Nos enfants acceptent l'inévitable bien plus vite que nous et réadaptent leur vie avec la nouvelle donnée. Ils ne perdent pas de temps en tristesse et souvenirs. Ils avancent. Il sauvent leur peau avant tout et avec l'égoïsme et l'égocentrisme qui est le propre des ados. Pour ma fille, c'est un peu "loin des yeux, loin du coeur", mais je comprends très bien qu'il en soit ainsi. Elle va bien, elle fait mille projets pleins de joie et de dynamisme. Ca me rassure. Elle a 15 ans. C'est la vie....

Oui, le temps s'en va... comme l'évoquait aussi le Grand Jacques dans
...La pendule au salon,
Qui dit "oui" qui dit "non"
Qui dit "je vous attend..."
M

Hors ligne ergé

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Re : PAS DE MODULE POUR LES ADOS
« Réponse #8 le: 25 Juin 2011 à 11:30:40 »
"J'aurais préféré qu'il me le dise !"
Parle t-on comme ça de quelqu'un qu'on a oublié ? Non, plutôt de quelqu'un dont on voudrait qu'il soit là, au contraire, mais dont l'absence vous met en colère et fait qu'on feint d'y être indifférent.
Je ne connais pas ta fille Marico, mais selon moi, tout est dit, là justement, en subliminal, en langage ado, pour ne pas" faire genre" : "elle est débile ta question; bien sûr qu'il me manque, comme a toi. Mais te l'avouer franchement serait renoncer au pas que je suis en train de faire, à savoir m'afranchir de la tutelle des parents, à qui on doit rendre des comptes, avancer vers le monde des adultes."

A part ça, elles sont pas gaies nos chansons!

Bonne journée et bonnes courses