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En colère depuis la mort de mon père.

Démarré par Le-Nita, 30 Avril 2021 à 20:40:02

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Le-Nita

 Bonjour,

Quoi dire ? Par où commencer ? Le début j'imagine.

Je suis la cadette d'une famille d'origine portugaise. Mes parents ont immigrĂ© en France dans les annĂ©es 70.  Mon frère et moi sommes nĂ©s en France. Mon frère et moi avons presque 10 ans d'Ă©cart. Nous avons grandit dans une famille portugaise assez typique : mon père travaillait dans le bâtiment, ma mère dans une usine.  Mon père Ă©tait assez taciturne, plutĂ´t absent, autoritaire, buvait plus ou moins, Ă©tait souvent agressif verbalement, parfois violent physiquement, surtout avec mon frère. Ma mère est une mère dĂ©vote, complĂ©tement dĂ©vouĂ©e Ă  sa famille, bornĂ©e, anxieuse et Ă  tendance dĂ©pressive. Techniquement, nous avons grandit dans un foyer assez dysfonctionnel (c'est ma psy qui le dit), mais qui fonctionnait (c'est moi qui le dit) : ma mère est aimante, quoique maladroite. J'Ă©tais la seule Ă  pouvoir parler calmement avec mon père une fois la tempĂŞte passĂ©e. Quand nous Ă©tions enfant, mon frère Ă©tait protecteur mais pas trop.

Nous parlons peu de nos enfances avec mon frère. En substance : mon père l'a frappĂ© avec rĂ©gularitĂ© jusqu'Ă  ce qu'il soit adolescent. Je n'en ai que très peu de souvenirs. Comme mon père ne m'a quasiment jamais frappĂ©, j'ai Ă©tĂ© libellĂ©e par ma mère comme Ă©tant l'enfant prĂ©fĂ©rĂ© de mon père. Cela ne l'a pas empĂŞchĂ© de me hurler dessus, me menacer de coups, me rabaisser, m'insulter et j'en passe Ă  partir de l'âge de 9/10 ans.  Ma mère, elle, Ă  toujours plutĂ´t Ă©tĂ© dans la critique et la cachotterie pour ne pas attiser les "colères" de mon père. 

Vers mes 15 ans, mon frère a quittĂ© le foyer familial, je suis alors devenue la confidente de ma mère. Elle me racontait toutes les "mĂ©chancetĂ©s" que mon père infligeait ou avait infligĂ© Ă  elle et Ă  mon frère. Le divorce n'Ă©tait pas une option (dixit :"Je ne vais quand mĂŞme pas l'abandonner"). Les psys n'Ă©tait pas un concept ("Pourquoi faire ?"). Elle n'a jamais eu d'amies proches ("Les autres se moquent et/ou ne sont pas dignes de confiance") .  Mon frère Ă©tait parti et ne voulait plus ĂŞtre mĂŞlĂ© au psychodrame familial ("Il faut bien qu'il vive sa vie"). Il restait moi ("Une mère et une fille s'est fait pour se soutenir").  Soit.  Soit car l'image que nous projetions, ou que mes parents souhaitaient projeter, Ă©tait celui d'une famille unie contre tout et tous. La rĂ©alitĂ© : Ă  l'Ă©poque, dans mes carnets d'adolescente, je souhaitais ardemment la mort de mon père.

Vers mes 20 ans, j'ai quittĂ© le foyer familial pour poursuivre mes Ă©tudes (raison officielle) et aussi car je n'en pouvais plus des interdits et des disputes (raison officieuse). Je suis partie Ă  300 km, puis Ă  600 km, puis Ă  5 000 km. Je revenais une fois par semaine, puis une fois par mois, puis deux fois par an. Une sĂ©paration de plus de 10 ans qui a Ă©tĂ© vĂ©cue avec incomprĂ©hension par mes parents et mon frère (souvent) et que j'ai vĂ©cue avec culpabilitĂ© (parfois). 

A 30 ans, le retour auprès de ma famille s'est faite plus sereinement que le dĂ©part. Nous avons recrĂ©e un lien plus apaisĂ©, quoique pas totalement. Au fil des annĂ©es, je sentais que les vieux mĂ©canismes se remettaient en place.  Avec mon conjoint qui sentait lui Ă©galement le poids de l'ingĂ©rence familiale, nous avons pris la dĂ©cision de nous Ă©loigner Ă  30 km, puis Ă  300 km. Lorsque notre premier enfant est nĂ©, nous avons rĂ©alisĂ© que nous avions pris la bonne dĂ©cision.

En juin 2017, j'avais 37 ans. Mon père 76 ans.  Il a commencĂ© Ă  avoir des problèmes de diction. J'ai Ă©tĂ© la première Ă  verbaliser mon inquiĂ©tude. RĂ©ponse de ma mère et de mon frère : "C'est rien, ça va passer. Il est fatiguĂ© en ce moment ". En aoĂ»t 2017, les problèmes de diction Ă©tait toujours lĂ  et encore plus prĂ©sent. Après une conversation très houleuse, j'ai rĂ©ussi Ă  le convaincre d'aller voir un mĂ©decin. Il a passĂ© une première batterie d'examens (prise de sang, IRM, etc. ). Tous normaux. Dans un premier temps, nous Ă©tions soulagĂ©s. Cela n'a pas durĂ© longtemps.

Les rĂ©sultats d'examens revenaient normaux mais sa diction empirait. En novembre 2017, après un rendez-vous avec un neurologue, un prĂ©-diagnostique est tombĂ©.  D'après ma mère qui avait accompagnĂ© mon père lors de la consultation : mon père souffrait d'une atteinte des motoneurones.  A mon frère, Ă  moi et Ă  mon père, elle n'a rien expliquĂ© d'autre.  Par tĂ©lĂ©phone, ma mère m'avait dit que mon père avait rendez-vous avec un autre neurologue plus spĂ©cialisĂ© en fĂ©vrier 2018 et que cela serait bien si je pouvais ĂŞtre prĂ©sente. Après quelques recherches, j'en ai dĂ©duit que mon père Ă©tait certainement atteint de la maladie de Charcot, ou sclĂ©rose latĂ©rale amyotrophique (SLA). Une maladie dĂ©gĂ©nĂ©rative incurable qui fait cesser de fonctionner tous vos muscles un par un, tout en prĂ©servant parfaitement votre esprit. EspĂ©rance de vie de 1 Ă  3 ans quand la maladie se dĂ©clare après 70 ans.

A ce moment lĂ , ma mère savait dĂ©jĂ  que mon père Ă©tait atteint de SLA. Elle n'en a pas parlĂ© avec mon père pour ne pas trop le bousculer. Mon frère faisait l'autruche. Je tentais de secouer ma mère et mon frère par tĂ©lĂ©phone, d'obtenir des infos, de comprendre la situation. RĂ©ponse de ma mère : "Ne t'inquiète pas, ça va aller".  RĂ©ponse de mon frère : "Je ne vois pas pourquoi tu te mets dans des Ă©tats pareils. Rien n'est certain." A cette mĂŞme pĂ©riode, je me rappelle d'une conversation avec mon conjoint pendant laquelle je pleurais toutes les larmes de mon corps, en lui dĂ©crivant très prĂ©cisĂ©ment ce qui attendait mon père : paralysie successive de tous ses membres, impossibilitĂ© de parler, de manger, de boire et enfin de respirer.

C'est Ă  partir de ce moment lĂ  que j'ai commencĂ© Ă  appeler mes parents tous les jours. Et tous les jours ma mère me disait la mĂŞme chose : "Ton père ? Ça va." Les fĂŞtes de fin annĂ©es sont passĂ©es. Mon père n'a pas parlĂ© au cours des repas car sa diction Ă©tait notablement mauvaise. Cela n'allait pas. Il ne me parlait plus au tĂ©lĂ©phone. Cela n'allait pas. Nous sommes tous partis au ski. Mon père ne pouvait quasi plus lever les bras seuls. Cela n'allait pas et tout le monde faisait comme si tout allait bien. De retour chez moi, je me suis organisĂ©e pour rendre visite une fois par semaine Ă  mes parents. 

Lors du RDV de fĂ©vrier 2018, le diagnostique de la maladie de Charcot est tombĂ©e "officiellement".  J'Ă©tais prĂ©sente. Le mĂ©decin a pris en tout et pour tout 15 min pour annoncer Ă  mon père qu'il Ă©tait en train de mourir. L'info n'est pas complĂ©tement passĂ©e. J'ai appris plus tard pourquoi. C'Ă©tait en partie parce que mon frère avait rĂ©ussi Ă  convaincre mon père que son problème de motoneurones Ă©tait très certainement traitable et que le mĂ©decin allait lui donner quelque chose pour aller mieux. En partie parce que ma mère qui savait que c'Ă©tait faux n'a pas contredit mon frère, ou peut-ĂŞtre espĂ©rait que cela pouvait ĂŞtre vrai. Mon frère a rater ses Ă©tudes de mĂ©decine de peu, mais il aime bien Ă©taler ses quelques connaissances pas toujours bonnes. Cela a toujours marchĂ© du tonnerre auprès de  ma mère et parfois mon père. 

Lorsque nous sommes rentrĂ©s chez mes parents, ma mère est partie vaquer Ă  ses occupations comme si de rien n'Ă©tait. J'ai profitĂ© de ce moment oĂą nous Ă©tions seuls pour demandĂ© Ă  mon père s'il avait vraiment compris ce que le mĂ©decin avait dit. Il m'a dit que non, pas tout. Il m'a demandĂ© de lui expliquer Ă  nouveau.  C'est ce que j'ai fait.

Depuis j'étais partie de chez mes parents, je n'avais plus jamais menti sur rien à mon père. Il s'avait que quelque soit la question, il allait obtenir une réponse honnête et franche. C'était une sorte de pacte tacite entre lui et moi, car lui et moi savions que ma mère ne lui disait pas toujours la vérité. Depuis mon enfance, j'ai souvent réexpliquer des rendez-vous ou des conversations à mes parents. Comme pour beaucoup d'enfants d'immigrés, cela n'a jamais été qu'une question de langage. Mes parents comprennent parfaitement le français et le parlent très bien. C'est souvent une question de culture, de tournure de phrase, de concepts inconnus, etc. Bref, c'est plus complexe. J'en ai parfois eut honte, j'en ai parfois été fière. Ce que je n'avais jamais envisagé, c'était de devoir un jour expliquer à mon père qu'il était atteint d'une maladie incurable et qu'il avait une espérance de vie de 3 ans maximum.

Mon père a fondu en larmes et a pleurĂ© comme je ne l'ai jamais vu pleurer de ma vie. Je pleurais avec lui. Ma mère est arrivĂ©e. Surprise par la scène, elle est restĂ©e muette un instant. Puis, elle a repris ses esprits Ă  placarder un vrai-faux sourire sur ses lèvres et a dit : "Et bien alors ! Vous pleurez comme des bĂ©bĂ©s ! Qu'est-ce que c'est que ça ? Vous n'avez pas honte ?". Je suis restĂ© stupĂ©faite. Je n'ai pas compris. Mon frère a dĂ©barquĂ© chez mes parents Ă  ce moment prĂ©cis, m'a jetĂ© un regard noir et a dit Ă  mon père : "Ne pleure pas, ça va aller ! Tu es fort !". Je n'ai pas compris.  Pendant ce temps lĂ , mon père avait arrĂŞtĂ© de pleurer. Parce qu'il Ă©tait rassurĂ© ? ou pour rassurer ma mère et mon frère ?

Dans la nuit du 8 avril 2018, mon père a Ă©tĂ© emmenĂ© en urgences en service de rĂ©animation pneumologie et placĂ© en coma artificiel. Son diaphragme ne fonctionnait plus correctement. Ses poumons n'arrivaient plus Ă  Ă©vacuer efficacement le CO2 de son corps. Il s'Ă©touffait. LittĂ©ralement. Son pronostic vital Ă©tait engagĂ©. Dans un premier temps, mon frère m'a appelĂ© pour me prĂ©venir qu'il avait Ă©tĂ© emmenĂ© aux urgences mais qu'il ne fallait pas que je m'inquiĂ©tĂ©. En 20 min, j'avais prĂ©parĂ© mes affaires et j'Ă©tais partie pour aller au chevet de mon père. On est pas hospitalisĂ© en rĂ©animation si tout va bien.  Alors que j'Ă©tais dĂ©jĂ  sur la route depuis 1 h, mon frère me rappelle en me disant de venir car cela ne va pas, au final.

Une semaine après s'ĂŞtre rĂ©veillĂ© de son coma, alors qu'il Ă©tait encore Ă  l'hĂ´pital et que je lui rendait visite, mon père profite d'un moment oĂą ma mère s'absente pour me demander : "Pourquoi je suis lĂ  ? Et pourquoi, j'ai besoin d'un respirateur ?" J'en suis presque tombĂ© de ma chaise. Il avait perdu connaissance dans son lit et personne ne lui avait expliquĂ© ce qui lui Ă©tait arrivĂ©. Pas les mĂ©decins qui s'adressait principalement Ă  ma mère car mon père ne pouvait quasiment plus parler. J'en ai Ă©tĂ© tĂ©moin. Pas ma mère. Pas mon frère. Me voilĂ  donc en train d'expliquer Ă  mon père que son diaphragme ne fonctionne plus correctement et les consĂ©quences que cela impliquent.   

Cette fois-lĂ , mon père a survĂ©cu. Comme les deux fois suivantes. Depuis fĂ©vrier, j'essayais de faire comprendre Ă  mon frère et Ă  ma mère qu'il fallait que l'on amĂ©nage au mieux le confort de mon père. Sa maladie Ă©voluait rapidement. Il nous fallait suivre cette Ă©volution et nous assurer que lui et ma mère avaient toute les aides adĂ©quates : un lit mĂ©dicalisĂ© pour mon père, une aide mĂ©nagère pour ma mère, des sĂ©ances de kinĂ©, le soutien moral avec les rĂ©unions de l'ARSLA, etc. Ma mère et mon frère ont fait bloc. Ma mère : "Non ! On a besoin de rien. Je m'occupe de lui". Mon frère : "Non ! Cela va faire dĂ©primer, Papa !".  Alors que mon père qui avait maintenant besoin d'un respirateur me disait : "Oui, ça pourrait ĂŞtre une bonne idĂ©e". 

Tout cela (ou presque) a été éventuellement mis en place à force d'obstination, mais tellement trop tard. Quand je pense aux nuits de souffrance que mon père a passé à chercher sa respiration adossé à des coussins sans forme, cela me rend furieuse.

Fin mai, dĂ©but juin 2018, mon père a Ă©tĂ© hospitalisĂ© une dernière fois.  On lui a expliquĂ© que d'ici peu, il n'allait plus pouvoir avaler et donc manger. La sonde gastrique a Ă©tĂ© abordĂ©. Il l'a refusĂ© avec toute la force dont il Ă©tait capable. Il ne pouvait quasiment plus dĂ©glutir, plus parler, plus bouger les bras et Ă  peine bouger les jambes. Il s'est parfaitement fait comprendre par tous : il prĂ©fĂ©rait mourir. Le choix lui a Ă©tĂ© donnĂ© de rentrer chez lui ou d'ĂŞtre placĂ© en unitĂ© de soins palliatifs. Il a prĂ©fĂ©rĂ© aller en unitĂ© de soins palliatifs. Pour Ă©pargner ma mère ? Pour ĂŞtre rassurĂ© d'avoir les mĂ©decins Ă  proximitĂ© ? Ma mère l'a suivi et est restĂ©e Ă  son chevet jour et nuit.

DĂ©but juin 2018, il entre en unitĂ© de soins palliatifs. Son Ă©tat se dĂ©tĂ©riore. Il ne peut plus dĂ©glutir. Il ne peut plus manger, ni boire. Il est sous respirateur 24h/24. Il sĂ©datĂ© mais se rĂ©veille encore parfois, de manière assez imprĂ©visible. RĂ©veils pendant lesquels il est Ă  l'agonie. Un matin alors que je prends le relais de ma mère : mon père se rĂ©veille. Il me fait comprendre avec les yeux et quelques mouvements de jambes qu'il voudrait enlever le respirateur. Comme cela Ă©tait possible, il y a encore quelques jours. Je lui dit que ce n'est plus possible, qu'il ne peux plus respirer sans. Il me fait comprendre qu'il veut l'enlever quand mĂŞme.  Avec la voix la plus douce possible, je lui dit : "Papa, tu ne peux plus respirer sans. Je ne peux pas l'enlever. Je n'ai pas le droit. Et si on l'enlève, tu vas mourir. Tu comprends ?". Son regard se dĂ©tourne, il regarde le ciel et les arbres par la fenĂŞtre d'un regard rĂ©signĂ©.  Et me regarde Ă  nouveau et cligne des yeux rĂ©solument. Deux fois. Cela veut dire "Oui !". Par la suite, il m'a fait comprendre qu'il en avait assez, qu'il voulait ĂŞtre placĂ© en sommeil profond, ne plus se rĂ©veiller. Tout simplement, qu'il voulait mourir.  C'est Ă  ce moment lĂ  que je lui ai dit que malgrĂ© tout, je l'aimais. C'est Ă  ce moment lĂ  que je lui ai dit au revoir.

Lorsque j'ai fait part de sa volontĂ© de mourir Ă  ma mère et Ă  mon frère, ma mère m'a dit : "Tu sais bien que ton père n'a jamais Ă©tĂ© patient et je ne veux pas vous imposer ça, Ă  toi et ton frère." Mon frère m'a dit : "Pourquoi tu lui as demandĂ©, ça ? Cela ne se demande pas si on a envie de mourir ! Tu te rends compte ?". Au final, j'ai pris sur moi d'aller parler avec le mĂ©decin en charge de l'unitĂ© de soins palliatifs, sans en parler Ă  ma mère ou mon frère. Je lui ai rapportĂ© les volontĂ©s de mon père. Il les a confirmĂ© avec lui directement car mon père Ă©tait toujours lucide, lors de ses rĂ©veils.  Le soir mĂŞme mon père a Ă©tĂ© placĂ© en sommeil profond jusqu'Ă  sa mort quelques jours plus tard. Je suis la seule Ă  lui avoir dit au revoir.  Lors de son dernier rĂ©veil, ma mère a fait semblant de ne pas voir ses regards suppliants. Mon frère lui a dit qu'il Ă©tait fort.

J'ai trouvĂ© tout cela parfaitement surrĂ©aliste. OĂą Ă©tait cette famille unie que l'on m'a vendu depuis ma plus tendre enfance ? OĂą Ă©tait cette image de famille unie, au moment mĂŞme oĂą le patriarche de notre famille en avait le plus besoin ? Au cas oĂą j'avais encore un doute : le rapatriement du corps de mon père au Portugal, son enterrement, les actes, les mots qui ont Ă©tĂ© Ă©changĂ©s, les non-dits qui polluent nos Ă©changes depuis la mort de mon père, m'ont confirmĂ© qu'il s'agissait bien d'une image. Notre famille unie n'a jamais vraiment existĂ©e. En perdant mon père, j'ai aussi l'impression d'avoir perdu ma mère et mon frère, ainsi que le paradigme qui faisait tenir bon grĂ© mal grĂ© notre famille.  Je ne suis pas certaine que nous nous retrouverons jamais. J'en pleure de dĂ©sespoir rĂ©gulièrement. Le reste du temps, je suis en colère. Furieuse, mĂŞme.

Je suis furieuse des événements qui se sont produits lorsque nous avons accompagné mon père dans sa fin de vie. Je suis furieuse de l'enfance que nous avons eut. Je suis furieuse de n'avoir pas pu écrire autre chose que des pseudo-banalités dans la lettre que j'ai glissé dans le cercueil de mon père, alors que tout n'était pas mauvais tout le temps. Je suis furieuse que ma mère est fait de moi sa confidente, pour en arriver à ce que je souhaite la mort de mon père lorsque j'étais adolescence. Je suis furieuse que ma mère est décidée de canoniser mon père depuis sa mort. Je suis furieuse que mon frère fasse semblant que tout va bien au point de ne pas comprendre pourquoi il était victime d'insomnies seulement quelques mois après la mort de mon père, alors que dixit "C'était la première fois que sa vie allait plutôt bien depuis longtemps". Je suis furieuse que mon père n'est pas été plus présent, plus aimant ouvertement et n'est pas partagé avec nous plus souvent ce personnage solaire qu'il pouvait être parfois. Il n'apparaissait qu'un mois par an, pendant nos vacances au Portugal. Je suis furieuse et lasse des faux-semblants. Je suis furieuse et lasse de cette image idéale à laquelle j'ai été biberonnée et qui n'existe pas. Je suis fatiguée de me sentir si seule face à ma mère et mon frère.

Cela fait bientĂ´t 3 ans. Cela ne passe pas. 
Merci de m'avoir lu et désolée de ce très très très long pavé.