Auteur Sujet: Suicide de mon copain  (Lu 1631 fois)

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Hors ligne Shara

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Suicide de mon copain
« le: 15 septembre 2020 à 23:20:31 »
Bonsoir
Je viens chercher ici quelque espérance , si tant est qu'il en reste...
Mon petit copain s'est donné la mort il y a trois semaines. La veille, nous parlions encore de nos projets pour l'avenir...
Les premiers jours, je ressentais exclusivement du chagrin et du désespoir. Là, la colère s'en prend à moi. Je n'arrive pas à trouver une explication rationnelle à son geste. Je n'arrive pas à comprendre comment il pouvait me parler du futur qu'on partagera -littéralement tous les jours- et tramer en même temps un projet de suicide. Pourtant, il m'aimait vraiment, sincérement. On vivait un amour fou... Il était tout le temps heureux avec moi, je n'ai jamais douté qu'il souffrait de dépression, tant il n'en montrait aucun signe quand il partageait son temps avec moi (nous ne vivions pas dans la même ville, je ne savais donc pas comment il était à ses moments de solitude). Mais j'ai du mal à comprendre encore ce qu'il a fait. Je me sens abandonnée . Il savait pourtant qu'il était la personne la plus importante de mon entourage.
Parfois, je ressens aussi de la culpabilité.  Mais ses derniers messages d'adieu, chaleureux et reconnaissants, dissipent toute trace de culpabilité en moi. 
Je n'ai pas pu le voir une dernière fois. Son corps a été rapatrié à son pays d'origine, pour lequel je n'ai pas accès, pour cause de frontières fermées. Je n'ai même pas pu assister à l'enterrement ou me recueillir à sa tombe.
Mon seul entourage est constitué de ma famille. Ils sont bienveillants mais ils ne savent pas réconforter comme besoin  est. On me dit que je ne suis pas raisonnable  de conserver mon chagrin et qu'il faut passer à autre chose. Cela fait quand même cinq années que je connais ce garçon... Ils ne sont pas réellement au courant de tout ce que j'ai partagé avec mon copain (je ne vis pas dans le même pays que mes parents et je suis très discrète comme personne ), et pour cela seul, je ne leur en veux pas . Je fais alors mine d'aller bien devant eux, pour ne pas recevoir les mêmes remarques.

Aujourd'hui, je ne sais pas où j'en suis. J'ai été voir un psychologue mais ça ne m'a pas aidée. J'avais l'impression qu'il me disait, au mieux, des choses évidentes et que je savais déjà. Je ne suis peut-être pas tombée sur un bon...

Je me sens profondément malheureuse et souffrante. Il était la seule personne qui me réconfortait, exactement comme il fallait, quand ça allait mal. Maintenant, je me sens seule et perdue. Je me sens impuissante face à la vie. Je ne comprends pas pourquoi la vie fait tant de promesses qu'elle ne tient jamais...

Merci de m'avoir lue...
Sara

Hors ligne dom1

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Re : Suicide de mon copain
« Réponse #1 le: 16 septembre 2020 à 01:29:41 »
Bonsoir Sara,

Je viens de lire, un peu par hasard, ton témoignage.
Il me touche évidemment beaucoup puisque je sais ce que tu ressens, comme d'ailleurs la majorité de ceux qui te liront ici.
Je voudrais te serrer fort dans mes bras mais comme c'est impossible, je le fais en pensée.
Je voudrais te dire que malgré le choc émotionnel qui te touche, sache qu'on peut le surpasser, le surmonter, avec le temps et la patience.
Sache aussi que tout ce que tu éprouves est un " passage " presque obligé pour ceux qui font face au suicide d'une personne qui leur était chère.
Tu as bien fait de poser des mots, tes mots, ici.
Tu y trouveras de la bienveillance et de la compréhension.
De par leur " expérience ", nombreux et nombreuses sont celles et ceux qui pourront t'apporter un peu de réconfort. Même si cela peut paraître insuffisant, n'hésites pas à écrire tout ce qui te questionne, tout ce que tu as envie de dire, peut-être de crier.
Même si ce n'est pas facile de trouver les bons mots pour réconforter, j'espère que tu comprendras ce que j'écris.

Je t'embrasse fort, en mots, certes, mais le coeur y est.
Bon courage.
Domi...
« Modifié: 16 septembre 2020 à 01:37:00 par dom1 »

Hors ligne Shara

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Re : Suicide de mon copain
« Réponse #2 le: 16 septembre 2020 à 23:53:59 »
Bonsoir Domi,
Merci beaucoup pour ton soutien, ça me touche.
Ce qui m'a justement un tant soit peu aidée est de lire beaucoup de témoignages de gens qui vivent la même détresse.  Non pas de savoir que le temps atténue la blessure, car ça, je ne le conçois pas encore, mais de savoir que je ne suis pas seule à vivre un tel malheur.
Comme la dernière fois que je l'ai vu, il débordait de vie, il m'arrive d'espérer que tout cela ne soit qu'une blague qu'il a voulue faire pour me taquiner, mais je retrouve vite la raison et me dis que ça s'éternise trop pour que ce soit le cas.


Merci encore pour ton soutien, ça m'aide !
Sara


Hors ligne Lou2030

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Re : Suicide de mon copain
« Réponse #3 le: 07 octobre 2020 à 23:46:24 »
Salut Sara,
Je  viens de m'inscrire sur ce forum que je découvre à l'instant. Mon histoire est un peu différente de la tienne, mais je te l'écris quand même. (Désolée, c'est peut-être un peu long!)
Mon copain s'est suicidé au début du mois d'août. Contrairement au tien, il souffrait de dépression depuis plusieurs années à cause d'un parcours de vie difficile.  Cela faisait 4 ans que nous nous connaissions et que nous  vivions ensemble ( on s'était rencontré en colocation). J'étais partie de chez mes parents à 18 ans et lui aussi, nous avions énormément partagé de choses durant ces années. De mon côté, je grandissais avec plus de facilité que lui, qui avait de la peine à "sortir de son vécu". Au-delà du fait que nous étions en couple, d'un certain point de vue, il était tout pour moi : un frère, un meilleur ami, un garçon formidable qui faisait partie de moi et que j'aimais énormément, même si sa dépression me fatiguait beaucoup. A tel point que nous avons cessé d'être un couple, même si nous vivions ensemble. Certains jours, on se saluait à peine, il ne partageait jamais ce qu'il ressentait réellement et refusait toutes les formes d'aides auxquelles je pensais. Il avait entamé quatre formations qu'il a interrompues à chaque fois. Il passait tout son temps sur son ordinateur, jouait la nuit et dormait le jour, etc.
Durant ces quatre ans, nous avons aussi partagé des tas de choses heureuses, visites aux musées, ballades, voyages, découvertes, etc. Nous avions adopté deux chats et enfin, bref, j'ai cru pendant longtemps que je passerai un très long moment de ma vie avec lui. Il était mon égal ou presque, et malgré ses fragilités, j'avais vraiment envie de construire mon monde avec lui.
Seulement, sa dépression m'a trop fatiguée alors au début du mois d'août, lors d'une conversation, je lui ai expliqué que je n'arrivais plus à poursuivre dans la relation, que je n'arrivais pas à percevoir des perspectives d'avenir dans ces conditions et que cela me tirait trop vers le bas, j'étais épuisée. Cela faisait plusieurs mois que je savais que je voulais me séparer, mais je savais qu'il était fragile et qu'il serait seul au monde sans moi (il avait coupé les liens avec ses parents et ne voyait personne en dehors de moi car il ne sortait que pour faire les courses, ou ce genre de choses). Je voulais attendre qu'il se lance réellement dans une formation, qu'il ait des amis, qu'il soit entouré. Effectivement, il avait trouvé une formation qui semblait lui convenir et il rencontrait des gens dans le cadre de tournois d'un jeu de société dont j'ai oublié le nom. Il avait aussi repris contact avec son ami d'enfance. J'aurais aimé attendre encore avant de le quitter, mais lorsqu'il m'a demandé "comment on continue maintenant?" je n'ai plus voulu lui mentir.
Cinq jours plus tard, il s'était suicidé. Dans son journal, j'ai lu qu'il pensait déjà au suicide en 2016 (avec des projets concrets et dessins), au moment de notre rencontre. Il a aussi écrit que globalement, durant toutes ces années, il luttait constamment contre le suicide.
Pour moi, tout a été un choc. Sa mort, ses écrits, ses messages de reproches, la prise de conscience de l'ampleur de sa souffrance.  Au début, je n'ai pas vraiment pleuré. Je me disais que je n'allais pas si mal, mais aujourd'hui, avec la charge de travail de la rentrée, je me sens oppressée et je remarque à quel point la tristesse que je ressens par rapport à lui, à son geste, à nos moments partagés, et tout le reste, est terriblement profonde. Pour la première fois, j'ai demandé un arrêt maladie cette semaine, et j'ai l'impression que le deuil sera très long, parce que malgré les larmes qui coulent, ma tristesse ne semble pas diminuer.
J'ai l'impression que je n'arrive pas à gérer mes études, mon appartement, ma petite soeur qui vit maintenant avec moi, et mes émotions si intenses et inattendues.