Auteur Sujet: Mon frère est mort  (Lu 1562 fois)

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Hors ligne Brouf

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Mon frère est mort
« le: 25 juin 2019 à 22:28:41 »
Bonsoir,

J'ai perdu mon frère depuis bientôt deux mois (déjà !). J'ai encore du mal à dire : mon frère est mort.
On était très proche pendant l'enfance puis la vie nous avait séparés. .
De nature positive, j'ai voulu l'aider dans son combat et j'ai assume chaque jour d'hospitalisation une visite. Cela nous a rapproché, nous avons discuté des heures, ou simplement avons passé le temps ensemble. Mon petit frère. Je l'ai vu pleurer, avoir peur, être en colère, déprimer, faire rire la jolie infirmière, discuter livres, se faire des copains, être malade parfois, je suis même parvenue parfois à le faire rire. Cet hôpital.... On y entre et on est changé à jamais. 
Être forte pour lui, penser que la contrainte des visites n'est rien, faire le compte rendu aux parents, faire les courses pour son repas, se réjouir des kilos repris.
Il a survécu 1 an et 5 jours à l'annonce de sa maladie. Dont au total 10 mois d'hospitalisation dont 3 en chambre stériles. Il a été immensément courageux.
Entre 17h30 et 20h30 je ne peux rien faire ni me concentrer : c'était le temps que je passais à son chevet. Que faire maintenant ?
Il avait 37 ans. Il était malheureux, dépressif, souvent malade depuis l'enfance, intelligent et sensible mais ne trouvait pas sa place dans notre société. Il y a tant de gens mauvais ! Pourquoi lui ?
Je suis triste de ce gâchis, de tous ses efforts pour rien. Je suis fière de son entetement à guérir, de sa foi en la médecine, je suis immensément satisfaite de l'avoir accompagné jusqu'au bout. Mais c'est un vide.
Une absence. La vie sera toujours marquée comme si j'étais passée dans un espace de vie différent des autres.... Bien sûr j'ai eu des sympathies... Mais c'est déjà oublié et on me souhaite comme d'habitude alors que j'ai besoin régulièrement de faire référence à lui, à ce que je vis.
Avec ça il faut gérer les parents... Je ne souhaite a personne de devoir aider ses parents à écrire l avis de décès de leur enfant. Ils font de leur mieux pour afficher bonne figure quand ils me voient, ma sœur et moi somment devenus plus précieux. On est encore chacun comme abasourdis par l'événement. Il est mort. 5 jours avant il parlait au téléphone, tentait une promenade, alors même que déjà il ne mangeait plus. Il n'était pas amaigri, il était beau, ses cheveux repoussaient...
Actuellement nous passons nos dimanches à ranger et trier ses affaires. C'est un crevecoeur.
Ce soir je pense aussi aux personnes qui vivent la canicule dans l'hopital sans clim, malade de leur chimio.
L'accompagner était une leçon de vie, un privilège. Se dire qu'on est en vie, en santé et vivre intensément tous les petits moments. Grâce à lui comprendre que le temps est précieux, fuir les méchants, dépasser les petites contrariétés








Hors ligne Eva Luna

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Re : Mon frère est mort
« Réponse #1 le: 26 juin 2019 à 00:40:00 »
Il a eu la chance de t'avoir à ses cotés durant cette épreuve...
ce que vous avez partagé est un vrai trésor malgré le chagrin.

2 mois, c'est hier à peine, vous êtes encore abasourdis en état de choc...
Reviens nous raconter ce frère magnifique quand tu veux/peux...

Hors ligne katrinap

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Re : Mon frère est mort
« Réponse #2 le: 26 juin 2019 à 09:43:00 »
brouf
comme je vous comprends, tout mon soutien dans cette épreuve éminemment douloureuse
j'ai perdu le mien il y a 4 ans, à 46 ans sans aucun problème de santé, il était médecin, une rupture d'anévrisme brutale en pleine nuit
ça devait être son heure, s'il avait été de garde on aurait peut être pu le sauver
venez raconter votre chagrin, votre peine, vos souvenirs on sera là pour écouter, soutenir,
amicalement
katrin

Hors ligne Régine Toulot

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Re : Mon frère est mort
« Réponse #3 le: 02 juillet 2019 à 23:52:37 »
Bonsoir,je viens de tomber par hasard...ou plutôt non, je ne crois pas au hasard...Comme je vous comprends.J’ai perdu ma sœur jumelle après 7 mois de  souffrances physiques et psychologiques....Maladie foudroyantes avec un petit haut l’été dernier.Elle est partie le 28 Décembre,6 jours après nos 47 ans.Je me suis arrêtée de travailler pour l’accompagner jour après jour...nuit après nuit...lui tenir la main,lui concocter les petits plats qu’elle aimait.....j’ai vu ma sœur traverser ces mois avec de la souffrance,de l’espoir,du désespoir,de la dépression....de la force...de la peur,de la tristesse...témoin et à la fois avec le devoir d’être muette de mes sentiments de désespoir et de douleur pour  être forte comme elle....2 derniers mois en palliatif ,ces soins m’ont rendu ma sœur plus loin de la douleur avec l’aide de la morphine....mais prisonnière  de son corps qu’elle ne maîtrisait plus.....2 mois avec mon Papa dans un autre hôpital étant tombé suite à un AVV (trop de douleur et  d’impuissance face à sa fille).....5 nuits sur 7 tout près de mon double....2 nuits avec son mari et sa fille de 2 ans et demi....Un dernier Noel avec Elle......6 mois après me voilà avec des images de douleur et un  vide....chaque minute....des pensées pour mon  âme sœur..qui m’envoie de la force....Valérie tu es là...tout près de moi....je le sais.....tous ces signes que tu envoies.

Hors ligne Brouf

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Re : Mon frère est mort
« Réponse #4 le: 09 juillet 2019 à 19:16:51 »
Merci pour vos messages si compréhensifs. Ça fait du bien.

Aucune douleur n'est comparable mais Régine tu sembles avoir vécu un multiple déchirement... . Courage, un simple mot mais je l'écris pour toi. Il faut je crois essayer de se tourner vers la joie autour de nous, le plus possible. Avec un enfant ça me semble plus facile de s'émerveiller... J'essaie de mettre cela en œuvre petit à petit. Très certainement ce que l'absent aurait souhaité n'est ce pas.! Comme tu as du être déchirée.

Katrinap une connaissance me disait l'autre jour que perdre une personne sans préavis est pire, c'est son cas et il souffre terriblement. Je dirais différent. Oui j'ai la chance d'avoir pu dire au revoir en quelque sorte. Mais ce lent combat qu'on voit perdre, cette decheance physique présente même si discrète dans son cas.... La maladie me choque plus que la mort. Il me reste des images, des odeurs, des sons qui pour l'instant me poursuivent.
Ses derniers jours ont été un cauchemar et il me reste de l'incompréhension face au choix du médecin à qui j'ai immédiatement pardonné d'ailleurs pour ne pas le haïr . Je le raconterai peut être plus tard, ailleurs, c'est encore peu digéré.

Aujourd'hui je ne sais pas pourquoi c'est plus dur que d'habitude.
Dimanche nous avons fini de vider son logement qui est vide à présent.
Mes parents font bonne figure devant nous mais quand on trie et vide on trouve. On ne montre pas tout pour protéger les parents et par respect pour le disparu. Mes parents âgés ne peuvent plus monter à l étage et par conséquent nous leur montrons les choses qui partent... Imaginez voir passer le lit, les vêtements, discuter de ce qu'on en fait.... Et dimanche nous avons trouvé des photos que nous leur avons données.  Nous les sœurs sommes en première ligne pour fouiller malgré nous dans cette intimité. Je pense que nous sommes tous confronté à ça.
 
La fête foraine ou nous sommes allé ensemble il y a un an, notre dernière sortie en ville,  il avait négocié 2 heures de permission avec les soignants, on en avait ri.  Cette fête foraine s'installe à nouveau, je l'ai vu ce matin. Lors de cette sortie il avait l'attitude d'un condamné, or il ne l'était pas même si son état était très grave.  Il vivait intensément chaque son, chaque odeur, chaque image. Cela m'avait impressionné mais je l 'ai gardé pour moi.
C'est dur si je passe au rayon des boissons qu'il préférait,et lorsque je passe matin et soir devant la station de métro qui mène à l'hopital.

C'est dur aujourd'hui. J'en veux aux gens de mon travail de n'être pas plus tendre, gentils, humains dans leurs rapports qui sont toujours des rapports de force. On se fait des  coups bas,  on dit du mal, alors je m'enferme dans ma bulle.

Aujourd'hui j'étais de mauvaise humeur, mélange de colère, d'images de mon frère mort, de ressentiment contre  la méchanceté inutile à laquelle j'ai juste envie de répondre qu'on est en vie, que ça peut basculer à tout moment. Hélas je ne suis pas convaincante, au contraire. ;-)

J'ai peur aussi d'ennuyer les amies en faisant trop souvent référence à mon frère.

Je suis rentrée et j'ai pleuré tout simplement.

Je vous envoie de la force, du respect et du soutien virtuel.