Auteur Sujet: Quand la peur d'enfanter nous paralyse  (Lu 340 fois)

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Hors ligne Sortie de ma noyade

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Quand la peur d'enfanter nous paralyse
« le: 14 Avril 2019 à 19:49:57 »
Souvenir de quelques décennies passées
Je suis sur le bord de l’accouchement.  Ma tension artérielle s’élève et plafonne. L’on doit m’admettre à l’hôpital.  Ma vie est à risque ainsi que celle de mon enfant. Je suis surveillée de très très près.  L’enfant naît en parfaite santé mais l’on doit m’enlever la responsabilité de nourricière de mon nouveau né en me retirant ma fille. Je suis coupée de tout contact ou conversation incluant celles avec  mon conjoint, ma mère ainsi que tous autres membres proches, pour un temps qui me paraît infiniment long. La peur me paralyse. Je fais une hémorragie par la suite et ma vie est en danger. Un morceau de placenta était demeuré en moi et je n’arrivais pas à m’en dégager. Une chirurgie suit et je fini par remonter la pente.

34 ans plus tôt, ma mère se prépare à me donner naissance.  La peur la paralyse.  «Flashback » pour elle : Un an auparavant, son bébé, un fils, n’a pas survécu l’accouchement.  Elle a failli perdre la vie par une hémorragie par la suite. On a dû courir littéralement pour tenter lui trouver du sang approprié pour elle.  Elle est paralysée par sa douleur de non seulement avoir perdu celui qu’elle portait mais aussi par sa peur de perdre sa propre vie et de faillir laisser 16 enfants orphelins en plus d’un conjoint veuf. Revenons à sa réalité suite à son "Flashback": cette fois-ci, les médecins lui ont conseillés de donner naissance à l’enfant qu’elle porte par voie césarienne. Le contexte n’est pas le même mais la santé est tout de même frêle.  Va-t-elle survivre? Oui. Et  son enfant? Oui. J’en suis la preuve.

Est-ce que ses peurs m’ont marquées? Oui, j’y crois. J’ai eu de nombreuses discussions avec ma mère concernant ce sujet. Par contre, j’ai dû  lui remettre SES peurs. Les peurs postes-traumatiques se transmettent-elles?  Parfois oui, parfois non mais il s’agit d’en prendre conscience afin de faire le trie entre les peurs qui nous appartiennent et celles qui appartiennent à celle qui nous les transmet.  Il nous faut faire le trie entre ce qui est actuel, du ressenti et ce qui vient du passé. Voilà! Et cela se fait parfois de façon si envahissante que c’est comme si les peurs du passé faisaient partie de notre présent.  De là l’importance de s’informer par rapport à notre propre cas en particulier. C’est ce que je crois mieux comprendre maintenant dans le concept de ce que l’on veut dire quand on parle de « faire  la part des choses » entre ce qui nous appartient, et ce qui est post-traumatique. Si nous nous posons la question par rapport à ce que l’on ressent et qu’il nous est impossible de le relier à la cause de notre environnement présent, il se peut qu’il soit d’abord plutôt relié à de l’historique non validé. Le passé peut nous revenir comme une vague…afin de nous permettre de  dénouer les nœuds des scènes du passé qui se présentent devant nous avec lesquelles nous sommes portées à nous associer parfois même inconsciemment. C’est là que l’on découvre, que l’on explore et que l’on peut se permettre de vivre notre propre vie distincte . J’ai pu regarder ma première expérience d’accouchement, en parler, poser mes questions d’inquiétudes aux professionnelles qui m’ont entourés et j’ai accouché d’un deuxième enfant, un garçon, trois ans plus tard, sans aucun problème. S’arrêter, et regarder tout cela n’est pas toujours évident.  Cela demande du temps, des conversations enrichissantes, de la bienveillance envers soi, de la compassion envers les autres et du courage pour poser les bonnes questions à qui de droit.
« Modifié: 22 Avril 2019 à 17:35:39 par Sortie de ma noyade »