Auteur Sujet: Refus d'être aidé  (Lu 303 fois)

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Hors ligne Alice

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Refus d'être aidé
« le: 04 février 2021 à 15:05:52 »
Bonjour,

Mon compagnon et père de ma fille de bientôt 9 mois, a été tué dans un accident de voiture il y a bientôt 5 mois.
Son meilleur ami et voisin proche, refuse de se faire aider, pourtant il m'exprime une grande souffrance et un profond mal-être.
Je suis assez inquiète et je ne sais quoi faire..

J'en ai parlé avec mon accompagnant de l'association Vivre son deuil, qui a eu l'idée de lui proposer de venir avec moi au prochain entretien. Ce qu'il a accepté !!! Houra miracle ! Mais j’appréhende un désistement de dernière minute...

Avez-vous déjà été confronter à ce genre de situation???

Hors ligne Oiseau-de-Pluie

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Re : Refus d'être aidé
« Réponse #1 le: 05 février 2021 à 09:55:11 »
Bonjour,

Je suis désolée pour vous et pour son meilleur ami. Mais il faut d'abord savoir ce que vous entendez par "se faire aider".
Personnellement, je n'ai que 26 ans, mais j'ai déjà eu une vie de remplie de souffrances (harcèlement scolaire, dépendance affective, maladie chronique des intestins) et j'ai déjà perdu 3 êtres chers par la mort.
J'ai perdu ma mamie à 19 ans, mon cousin que je considérais comme mon frère d'une pancréatite aigüe sévère qui l'a tué en l'espace de 19 jours à l'âge de 42 ans alors que je venais tout juste d'en avoir 20 et il y a deux mois, j'ai perdu un ami proche. Il avait certes 85 ans mais l'amitié n'a pas d'âge.

Je souffre, mais si on me demandait de "me faire aider", c'est à dire de "voir des psys", je refuserais aussi car c'est inutile pour moi. Les psys ne peuvent pas ramener les morts à la vie, ils ne peuvent rien faire contre la douleur du manque et de l'absence.
Plus jeune, à cause de ma dépression chronique, j'avais d'ailleurs été enfermée plusieurs fois en psychiatrie et j'y avais vécu l'enfer. L'un de mes internements avait même été digne du "Pavillon des enfants fous" de Valérie Valère (voire pire encore) : j'avais été attachée par des sangles sur un lit et droguée de neuroleptiques jusqu'à être transformée en légume et faire les pires malaises de ma vie entière...
Oui, il existe encore de graves abus dans certains hôpitaux psychiatriques même aux XXIème siècle...

De mes 13 à 19 ans, on m'a gavé d'innombrables antidépresseurs et neuroleptiques en tout genre : Zoloft, Tercian, Atarax, Xanax, Risperdal, Zoloft, Norset, Prozac, Abilify, Lexomil, Xeroquel, Seroplex...

Bien sûr, cela n'a jamais marché, les neuroleptiques ne servaient qu'à me transformer en légume et les antidépresseurs ne m'étaient d'aucune utilité.
J'ai même peur de perdre tous les gens que j'aime par la mort et qu'ils soient tous remplacés par une farandole de psys et de médicaments...
Pour donner une image, c'est comme si tu vivais heureuse dans une belle famille avec tous les gens que tu aimes, puis d'un coup ils meurent tous et pour les remplacer on t'enferme dans un hôpital psychiatrique. Toutes les personnes que tu aimes sont mortes et il ne reste plus que des milliards de psys et de médicaments pour les remplacer. C'est atroce, c'est cauchemardesque.

La seule chose qui m'aide à tenir, ce sont les personnes que j'aime et qui sont encore là. L'amour. Je pense que l'essentiel est que l'ami de votre compagnon soit entouré et soutenu par des personnes qu'il aime et qui sont encore là.
Mon ami  de 85 qui vient malheureusement de mourir et qui n'était encore qu'un inconnu pour moi il y a un an et demi m'a aidé à tenir. Il m'a aidé plus que tous les psys du monde que j'ai pu rencontrer alors que, paradoxalement, je ne lui ai jamais raconté la moindre de mes souffrances.
Il m'aidait parce que nous partagions un vrai lien, une vraie relation, et les liens sociaux sont aussi indispensables à la survie que la nourriture. Oui, je ressentais du plaisir à l'idée d'aller le voir pour discuter ou faire des mots croisés avec lui.
Et quand j'étais avec lui, je pensais beaucoup moins à mes souffrances et je me sentais bien, ou moins mal.

Malheureusement, il est mort aussi et sa mort m'arrache le coeur, j'ai le sentiment que la vie m'arrache tous mes plaisirs un à un...
Mais je ne veux surtout pas de psys, je n'en voudrais jamais. Je ne supporte plus qu'on me retire toutes les personnes que j'aime pour les remplacer par des psys et des médicaments.

Voilà, après bien évidemment je ne suis pas dans la tête de l'ami de votre compagnon et ce n'est qu'un avis personnel, un avis lié à mon vécu douloureux.

Bon courage à vous

Hors ligne Alice

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Re : Refus d'être aidé
« Réponse #2 le: 05 février 2021 à 14:28:56 »
Bonjour oiseau de pluie !

Oui je comprends ce que tu veux dire...
En effet, un psy n'est pas utile, mais il a justement besoin de parler avec une personne neutre et sans jugement. d'après ce que j'ai compris, même à son entourage il n'arrive pas à s'exprimer, et il a besoin de réponses. Il culpabilise beaucoup...
D'où ma tentative de lui présenter la personne qui m'aide, m'écoute et me conseille pour gérer mon deuil. Ce n'est pas un psy, c'est un accompagnant, un conseiller, un confident qui connait la situation, qui écoute et qui est sans jugement.
On est loin du traitement médicamenteux et de la psychanalyse!

Mais oui tu as raison ton vécu peut expliquer ses craintes...
Merci pour ton témoignage.

Je te souhaite force et courage pour continuer ton chemin .
Affectueusement

Hors ligne Julien

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Re : Refus d'être aidé
« Réponse #3 le: 05 février 2021 à 21:11:54 »
Bonjour Alice,

Le refus de se faire aider arrive, souvent justement parce que l'on confond se faire aider et aller voir un psy qui va vous mettre sous antidépresseur.
Ton accompagnant à eu une bonne idée. Tu pourrais expliquer comment se passe une rencontre. Juste lui dire qu'il ne sera obligé de rien.
Un accompagnant est une personne bienveillante qui ne jugera pas. Ca a son importance.
On a des mots pour une peine légère mais les grandes douleurs ne savent que se taire.

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Hors ligne Jaracas

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Re : Refus d'être aidé
« Réponse #4 le: 05 février 2021 à 22:59:46 »
Bonsoir Alice,
C'est super s'il a accepté de venir avec toi voir ton accompagnant ! Il a peut être juste du mal à exprimer ce qu'il ressent (ce qui est en soit parfois extrêmement difficile) mais s'il t'exprime un profond mal être c'est déjà peut être qu'il demande de l'aide.
Ce n'est tellement pas facile de savoir ce dont les autres ont besoin ! De mon côté,  ma psychologue m'aide, et elle n'est pas habilité à prescrire des anxiolytiques ou antidépresseurs, il n'y a que les psychiatres qui peuvent le faire. Et la psychanalyse ne me parle pas du tout, mais c'est propre à chacun, je me suis orientée vers les thérapies cognitives et comportementales (TCC) qui sont des thérapies dites brèves avec une approche intéressante qui agit activement sur les symptômes plutôt que sur les causes. Mais dans le cadre du deuil je crois qu'il faut juste trouver ce qui nous fait du bien et des oreilles attentives, avec une neutralité comme vous disiez, et les psy peuvent faire partie de ceux là (si si je vous assure ^^).
En espérant que le soutien de l'accompagnant puisse être bénéfique à ton ami Alice.
Bien affectueusement.