Auteur Sujet: Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.  (Lu 2851 fois)

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En ligne kergaran

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  • Aujourd'hui, la mer, c'est toi. Tu es la mer.
J'ai lu le post de Marguerite 13, sur le deuil d'un amour illégitime.
Et cela m'a donné  le courage de commencer à écrire ici.
J'ai besoin d'aide, mais je ne sais où la trouver. J'ai téléphoné à quelques associations, comme Jamlav, mais, ...

Il ne m'est pas possible de raconter cette histoire, mon histoire, notre histoire.
Je ne dirais pas qu'elle est illégitime, mais elle tient plus de l'interdiction finalement, d'une certaine forme ridicule de dignité qui l'a rendue longtemps impossible, ...
Et alors que nous allions nous l'autoriser ... la maladie est venue la balayer, ...

Depuis plusieurs mois, j'écris. Pour moi. Mais j'ai besoin de partager ma douleur, pour espérer peut-être la sentir plus supportable. Alors je vais vous livrer quelques pages de cette écriture, sans vraiment vous raconter. Au hasard de ce qui me semble raisonnable de livrer.

Dimanche 24 février. 16:12
La sensation de vide qui me submerge me fait peur.
Je suis débordée par la douleur.

Il y a du soleil et le ciel est bleu, je crois depuis ta mort.
Les jonquilles et les primevères fleurissent dans le jardin. Le cerisier japonais affiche ses fleurs rouges. Un autre arbuste, juste à côté, que je n’avais jamais même remarqué, est couvert de petites clochettes roses qui attirent les insectes. Le camélia cette année a tant de fleurs, que je n’ose pas le regarder.
Chaque bourgeon, chaque corolle qui s’ouvre ici me semble une insulte à la vie, me semble une insulte à ta mort.

Jeudi 21 mars 21:45
Un jour il me semble mieux accepter ta mort, puis un jour, il me semble seulement la nier. Je me dis que demain je vais me réveiller, et que tout cela ne sera pas. Mon téléphone va sonner et tu vas me parler. Un peu comme une cigarette que je pourrais refumer demain si je le voulais : là, maintenant, si je le voulais.
Mais tu n’es pas une cigarette.
Au moins je sais que je ne refumerai pas : pour toi. J’aurais cette impression sans doute ridicule de te trahir.
Jamais je ne te retrouverai. Jamais.
Je regarde tous ces gens encore vivants et je les hais. Comment, … faire … vivre.
Peut-être aurai-je aidé à ce que ta mort soit plus douce. Mon amour.
Pour un mort cela peut-être saurait suffire !
Pour une vivante, diable, cela n’a pas de nom. Il n’y a pas de mot … Pire même qu’une absence : une inexistence ! …
Je suffoque parfois, la nuit … d’un réel manque d’oxygène ! … Comment encore respirer. Le vide m’envahit ! Envahit mon esprit !
Tu n’es plus.

Suis-je encore ?

Vendredi 29 mars. 16:42
Je n’ai envie de rien. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas comment faire. Tout m’ennuie. Tout me semble inutile. Tout me semble trop compliqué. Tout me semble inaccessible.
Tout me fatigue.
Agnès Varda est morte aujourd’hui. A quatre vingt dix ans. Vingt-sept longues années de plus que toi.
Que cette vie est injuste.
Parmi ses films j’ai toujours aimé « Sans toit ni loi ». Et je me sens aujourd’hui dans ce même état d’esprit. D’un avenir impossible. D’une vie qui ne peut conduire nulle part, finalement.
Pendant toutes ces années, j’ai cru que je faisais bien. Que tout était en équilibre, précaire, mais en équilibre malgré tout ! Que j’étais garante de cet équilibre.
J’ai cru que j’avais le temps aussi.
Que le temps de t’aimer viendrait. Si j’avais su que le temps était venu pour toi de mourir !
Et cette impression que j’ai pourtant d’avoir toujours su. Comme si notre attirance réciproque n’avait été que pour cela. Pour t’aider à mourir.
Je ne vois aucune issue.
Je ne vois pour moi aucune issue.
Je n’ai plus aucune certitude. Tout me semble mensonge.
Tout me fait peur.
« Modifié: 03 Avril 2019 à 13:58:15 par kergaran »
Da garan

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  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #1 le: 03 Avril 2019 à 14:27:01 »
Bonjour kergaran,
Ton texte est un immense cri d amour et de souffrance , et ce que tu ecris est extrêment touchant et émouvant .
Nous n avons pas la même histoire ,pas le même chemin ,mais ta douleur est tout aussi respectueuse  et je la partage avec toi car il s'agit d amour ...la est le plus beau sentiment humain ...
Je ne trouve pas de mots pour t aider qui ne soit banalisés
Nous n avons plus de mots ,je l ai écrit il y a 2 jours ...
Je t adresse cependant de l'amitié , du soutien , du partage ,de la compréhension

Boutchou

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #2 le: 03 Avril 2019 à 15:52:38 »
kergaran

deux  mois dis-tu dans ton premier post  d'hier c'est bien récent , la douleur est vive , la souffrance immense , intolérable et nous il nous faut survivre  , quelque soit notre parcours ici nous partageons la douleur , le manque de l'autre , les ressentis
ici pas de jugements , te lire, te répondre , ici tu peux tout écrire encore et encore pour user ce qui fait si mal , pleurer , hurler si tu le peux , prendre soin de toi , ça aussi c'est important .
je voudrais pouvoir alléger ta peine et ton chagrin , mais de baguette magique je ne possède pas , juste un soutien virtuel

Amitiés et douceur à toi

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  • Aujourd'hui, la mer, c'est toi. Tu es la mer.
Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #3 le: 03 Avril 2019 à 19:08:52 »
Je vous remercie Boutchou et Malome de votre lecture et soutien. Hurler, c'est ce que j'ai compris je crois pouvoir faire ici en vous lisant les uns et les autres. Je risque sans doute de hurler en grande égoïste peut-être un certain temps ...

Mercredi 3 avril. 15:36
16:04

J’essaie d’occuper mon esprit et je passe d’une chose à l’autre sans plus de cohérence. Je commence, et puis j’oublie ce que j’ai commencé.
J’ai posté aujourd’hui un message sur un forum de deuil. Je n’ai pas expliqué notre histoire, mais pris quelques textes dans ce recueil de mes pensées, pour tenter d’atténuer ma douleur.
J’arrivais à maîtriser jusqu’alors mes larmes. Mais cette semaine elles me submergent sans mon autorisation.

Ce matin très tôt les hasards de la vie m’ont conduit à Saint-Malo, et j’ai fait quelques pas sur la grande plage du Sillon.
Les vagues me sont apparues immenses, belles et majestueuses … En descendant les marches du haut de la jetée, elles m’ont donné le vertige, et j’ai dû m’arrêter un instant, pour ne pas tomber, pour ne pas suffoquer. Car elles ont cette chance, elles, d’être intemporelles. Leur fracas sur la digue était si puissant. La marée était haute. Les pieux sur la plage jouaient si bien leur rôle protecteur, que j’eus voulu qu’ils n’aient été plantés là que pour te protéger toi. Mais j’étais seule ce matin, entre la mer et la pierre, et ces troncs tortueux enfoncés dans le sable depuis si longtemps pourtant, l’espace d’un court moment, m’ont semblés avoir été placés là par toi, uniquement pour me protéger moi.
Depuis l’enfance la mer me fascine et m’effraie à la fois. Elle m’attire et m’angoisse. Les vagues toujours m’ont donné cette impression étrange de vouloir me happer. Me baigner toujours m’a paru être les braver.

J’aimerais tant croire aux anges mon amour, pour pouvoir de toi faire mon ange gardien.
Da garan

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #4 le: 03 Avril 2019 à 19:47:24 »
si tu t'en sens le courage va voir cette vidéo , moi j'ai acheté son livre , non je n'ai pas d'action chez lui , mais devrait être rembourser pas la sécurité sociale, il m'a été , et il m'est encore d'une grande aide , facile à lire , avec des mots simple et juste , une écriture agréable , et tu y retrouve forcément à un passage ou un autre tes ressentis , j'ai envie de te dire aimes-toi , prends soin de toi, rassures-toi tu es normale le déni fait partie du processus du deuil , comme la colère , ne retiens pas tes larmes , j'ai tant pleurer que j'ai eu mal aux yeux à en être branché sur l'eau de la ville , moi je suis à 5 mois de deuil mais ce n'est toujours pas linéaire , je tombe , je glisse je me relève parfois j'ai l'impression de reculer et malgré nous on avance pas à pas , c'est une lutte permanente , entre le manque de l'être aimé , le silence , être seule pour manger , plus de rire , je ne veux pas te décourager mais c'est pour ça qu'ici l'écoute des autres est importante tout comme ce que l'on dépose sur nos fils, il n'y a qu'ici qu'on peut tout dire nos ressentis et nos douleurs et un jour bien lointain nos un peu mieux

https://www.youtube.com/watch?v=aIuL7GTSnXM&feature=youtu.be

amitiés et douceur à toi

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #5 le: 03 Avril 2019 à 22:06:40 »
kergaran,

Tes mots sont douloureux et beaux, sans livrer ce drame qui t'a conduite ici, ils traduisent la détresse et l'océan de douleur dans lequel tu essaie de nager.
J'écris comme toi mon journal depuis bientôt six mois, mes pensées, mes souvenirs, et j'écris aussi ici, pour partager, l'écriture est un exutoire quand on n'a pas la parole.
Ta vision des vagues me fait penser au livre de Marie-Noel Delmas dont BEBE a donné un extrait

Phares dans la tempête du deuil : se reconstruire après la perte de son conjoint
Le jour où vous apprenez la mort de celui ou celle que vous aimez, c’est comme si vous étiez précipité d’une falaise dans la mer. Une haute falaise, avec une petite plage inaccessible à ses pieds. La mer est violente même par beau temps. La mer de vos émotions.
Votre premier réflexe, un geste de survie, est de nager tant que vous pouvez vers le rivage, à contre-courant, malgré la force des vagues, jour et nuit… pour ne pas sombrer, ne pas être emporté au large.
> Extrait de Phares dans la tempête du deuil

https://youtu.be/TSbtgWtACGs

Avec tendresse et douceur.
Le futur devient présent, et, dans l'instant qui suit, passé.
Mon rêve est devenu réalité, il restera pour toujours un souvenir.

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #6 le: 04 Avril 2019 à 12:38:14 »
kergaran,

Ta tempête à toi semble loin d'être apaisée ...
https://www.youtube.com/watch?v=FFsvg99emAw
Gortoz A Ran (J'attends)

Merci pour ces magnifiques images et cette chanson qui m'a ému aux larmes
Permets moi de la publier dans la rubrique chansons
http://forumdeuil.comemo.org/livre-video-deuil-mort/chansons/msg110485/#msg110485
 
Continue à nous écrire.
Tendresse et douceur pour toi et une pensée pour ton ange gardien

https://youtu.be/luwAMFcc2f8
« Modifié: 04 Avril 2019 à 12:48:33 par pscar13 »
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Hors ligne qiguan

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"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #8 le: 04 Avril 2019 à 21:31:21 »
Je vous remercie de vos soutiens mais vous jalouse de toutes ces années d'amour et de vie commune dont vous parlez

Mercredi 28 novembre 2018. 15:21.
Tu m’as envoyé un message. L’un de tes messages où tu me dis que tu penses très fort à moi.
Il est 17:00 tout rond. Et je n’ai pas répondu.
J’ai de l’eau dans les yeux. Le temps, comme souvent déjà, me semble long. Semble s’étirer à n’en plus finir. Au fond de mon corps, du vide, seulement du vide. Mon cerveau me semble comme immobilisé, depuis trop de temps déjà, dans une brume qui ne semble vouloir se dissiper.
Je ne sais plus où je suis. Le sol semble s’effriter sous chacun de mes pas : où que j’aille. Partout. Il semble chercher tes pas.

Inlassablement, ma mémoire cherche le début de cette histoire, comme si en trouver un pouvait la rassurer, cette mémoire. Comme si en trouver un, début, pouvait la légitimer, cette histoire.
« Depuis toujours », m’as-tu écrit, ou dit, je ne sais plus, un jour de cet été que tu as qualifié de « si particulier ». Je n’y ai pas cru. Cela m’avait amusée, puis un peu agacée ! J’avais trouvé ça trop « gros » ! Voire même trop …, « goujat ».

Et puis j’ai réfléchi à ce que représentait pour moi ce, toujours, ... Et ce toujours a toujours été là. Je crois que ma mémoire n’en a exclu aucun, de ses souvenirs de toi. Tous bien rangés, mais sans étiquetage de date, d’âge, d’années, ni même de saison. J’en ai même gardé de tes absences, de ces moments où tu aurais pu être là, où j’aurais pu te voir, où j’aurais aimé rester plus longtemps, pour te voir plus longuement, où j’ai espéré te revoir, où je ne t’ai qu’aperçu, comme de loin, …

J’ai souvent soigneusement évité tes appels. Quand tu téléphonais, et que tu demandais à me parler, j’ai si souvent refusé. Même parfois fait croire que je n’étais pas là ! Ou étais trop occupée …
Comme si j’avais toujours su … ou comme si j’avais refusé de voir.
Da garan

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #9 le: 05 Avril 2019 à 01:55:15 »
https://www.youtube.com/watch?v=FFsvg99emAw
Gortoz A Ran (J'attends)

Une des chansons que j'ai choisi pour Mircea : pour les paroles (même si elle n'évoque pas l'amour pour un être humain ....) et la voix magnifique de Denez Prigent.

Avoir vécu une histoire d'amour avec des temps si longs de séparation, sans avoir eu réellement la possibilité de "construire" une vie ensemble donne une teinte particulière au deuil .... je connais ....
mais ça n'enlève rien à cet amour intense, fort ....

Affectueusement
Catherine


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  • Aujourd'hui, la mer, c'est toi. Tu es la mer.
Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #10 le: 05 Avril 2019 à 08:42:15 »
Catherine,
Il s'agit d'une personne tourmentée qui rêve d'une autre vie,  qui souhaite s'évader du monde dans lequel elle vit ...
Pour Denez Prigent il s'agissait de l'oppression de la ville, avant de retourner vers la nature.
C'est la musique principale du film la chute du faucon noir. Pour Denez Prigent, « C'est un film très violent, qui montre la guerre. Ce n'est pas du virtuel. Avec son côté cantique, Gortoz a ran y est une note d'espoir » (https://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20020308&article=4086867)
Mais je suppose que tu sais déjà tout cela. Car cela ressemble un peu à ton histoire.

Le clip original de la version du film :
https://www.youtube.com/watch?v=rKUlSmlxW9g

Affectueusement  aussi
« Modifié: 05 Avril 2019 à 08:43:49 par kergaran »
Da garan

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #11 le: 05 Avril 2019 à 19:59:45 »
Merci à Pscar13, ... pour les douces joies du hasard !

Vendredi 5 avril 2019. 16 :42
J’ai pleuré tant de larmes que j’avais espéré que ce flot pourrait se tarir. Mais j’avais tort.
Sur un forum des « mots du deuil », j’ai lu tant de souffrance que j’ai compris que les larmes peuvent à jamais rester mes compagnes.
Alors, si je n’espère pas qu’ils m’apaisent, tous ces témoignages peuvent peut-être me permettre de comprendre.
Car j’ai besoin de comprendre, et de donner du sens à notre histoire.

Dans l’un des textes que j’y ai lu, mais que je n’arrive pas à retrouver, une personne a dit à une autre qu’en dépit du deuil, elle avait de la chance, car c’est une chance de connaître l’amour, et que nombre d’êtres humains naissent et meurent sans avoir aimé ni avoir été aimé.
Peut-être est-ce là le sens que je dois donner à ces quelques mois avant ta maladie, à cet été, si particulier, pour toi le dernier. J’ai presque envie de dire seulement à ces quelques jours.

Tu m’auras fait connaitre cette joie profonde de me sentir aimée. Tu m’auras fait connaitre cette joie profonde de la réciprocité.
Mais se fut si court.
Entre tous ces kilomètres qui nous ont toujours séparés, tes maladresses, mais les miennes aussi, à communiquer. Entre nos quiproquos, liés peut-être à ta difficulté d’écriture qui déjà s’était fait sentir, dès septembre. Entre mes jeux parfois perfides, pour m’assurer de ta sincérité, mes hésitations, mes réflexions sur cette possibilité de changer de vie, sur une façon lucide et responsable d’envisager un changement de vie … Entre la complexité de notre relation, ou tout au moins la complexité des liens que tu avais toi à ma vie, … et celle des liens que j’ai, moi, ici. Entre ta tumeur qui furtivement et progressivement s’est invitée dans nos conversations, … qui t’a si souvent épuisé, … puis t’a si rapidement privé de tous tes mots … Entre ma sidération et mon déni, mais ma certitude pourtant de te perdre, … Entre mes rêves et mes paroles parfois si prémonitoires pourtant sans encore savoir … Entre mon incapacité à juger par notre éloignement de ton autonomie physique, … de ta dégradation physique, puis de ta totale dépendance physique, si rapide. Entre ta volonté de ne pas tout me dire, de me cacher une part de la vérité, … puis ensuite ton incapacité à l’exprimer.

J’ai cette impression parfois de n’avoir été pour toi qu’un succube. Je te l’avais dit, le 19 octobre. Je ne te savais pas encore malade. Je te pensais seulement fatigué. Peut-être un peu plus, mais bien sûr d’une maladie que l’on allait soigner … Ta prise de sang était bonne.
Tu es rentré pour la première fois à l’hôpital le 22.
J’entends encore ta voix quand tu m’as annoncé que tu allais rentrer chez toi, après ta biopsie : « Ne panique pas, panique pas ! »

J’aimerais tant croire aux anges mon amour …

Il y a eu, entre cet été et aujourd’hui tant de signes, … Que je devrais peut-être y croire, … aux anges.
Hier je crois, une personne du forum t’as envoyé pour moi une pensée : la chanson de Robbie Williams, Angels.
Ce matin, j’ai pris la voiture de mon fils, car c’est elle qui était devant, et j’étais en retard. Exceptionnellement, il n’avait pas cours ! Et c’est amusant, car j’ai entendu aussi cette chanson à la radio, … Une station que je n’écoute jamais habituellement : RFM ! Je ne savais plus que cette station existait ! J’ai mis tant de temps d’ailleurs à la régler cette radio, que c’est la seule chanson que j’ai pu entendre sur le trajet ! 9h03 ! Si je n'avais été en retard, je ne l'aurais pas entendue ! Elle m’a semblé être comme l’un de tes messages que tu m’envoyais tous les matins, … l’un de ceux qui me donnaient du courage. L’un de ceux où mon téléphone vibrait au moment même où je le touchais ! … L’un de ceux où l’on s’appelait en même temps, exactement …

Que tous tes mots à toi me manques ! Mon ange.
Da garan

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #12 le: 05 Avril 2019 à 21:37:39 »
kergaran,

J'ai trouvé cette phrase dans le livre de Christian Bobin - La plus que vive :
On peut donner bien des choses à ceux que l'on aime. Des paroles, un repos, du plaisir.
Tu m'as donné le plus précieux de tout : le manque. Il m'était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore.

Ce manque que tu exprimes montre l'intensité de ton amour.

Bien que j'aie des difficultés, liées à mon esprit trop rationnel, à croire aux signes, je t'invite à lire le fil de BEBE sur les signes, je trouve son partage troublant,  elle connait aussi un ange.
http://forumdeuil.comemo.org/philosophie-spiritualite-deuil/les-signes-5714/msg98189/#msg98189 

Tendresse et douceur.
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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #13 le: 06 Avril 2019 à 11:14:30 »
J'aimerais  tant croire aux anges,  ... Mais suis trop terre à terre pour cela.
Mes signes ne sont que les doux hasards de la vie qu'il me plait de savourer un peu car ils ont ce pouvoir d'adoucir le temps d'un instant la douleur.

Quand tu étais encore là mon ange, oui, nous nous ressentions, et je savais déjà sans le savoir que " tu prendrais les chemins d'or que te chantait l'écume des étoiles, et dans les cieux radieux d'octobre les nuées d'oiseaux. "

https://www.youtube.com/watch?v=_JBvl9zLN4A

Je te l'avais fait découvrir en septembre. Et voilà ce que tu m'avais envoyé en retour.

https://www.youtube.com/watch?v=9z3jCiCrsx0

C'est un phare que tes enfants ont fait graver sur ta tombe.
« Modifié: 06 Avril 2019 à 21:27:59 par kergaran »
Da garan

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Re : Un été si particulier. Ou ce que la vie nous aura refusé.
« Réponse #14 le: 07 Avril 2019 à 12:08:31 »
Je suis venue te voir moi, pour la dernière fois, le 18 janvier ...
Je t'ai dit, ... Que tu étais beau, ...
Tu étais beau ... quand même ...

https://www.youtube.com/watch?v=tgM5GrhK1l8
Da garan