Auteur Sujet: peur d'aller mieux  (Lu 9673 fois)

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Hors ligne qiguan

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Re : peur d'aller mieux
« Réponse #45 le: 10 Septembre 2017 à 14:22:16 »
« Modifié: 10 Septembre 2017 à 23:00:03 par qiguan »
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char

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Re : peur d'aller mieux
« Réponse #46 le: 10 Septembre 2017 à 14:50:51 »
Merci Qiguan de partager nos histoires pour qu'elles puissent aider ceux qui ne parviennent pas à poser des mots dessus. J'aimerais simplement préciser que pour moi il ne s'agit pas d'un débat. Dans un débat, on choisit et assume une position. Moi je n'ai pas le sentiment d'avoir choisi quoi que ce soit. Et certainement pas la forme que revêt ma souffrance dans cette épreuve... Et c'est ce qui la rend plus cruelle encore, car on la subit jusqu'au bout, même dans la forme qu'elle adopte pour nous poignarder. Je ne peux m'empêcher d'avoir honte d'illustrer, par mon expérience, cet exemple de "la peur d'aller mieux". J'ai honte, car je préfèrerais disparaitre, être pulvérisée jusqu'aux tréfonds de mon être plutôt que de savoir mon amour blessé, trahi, abandonné, par ce que je serais susceptible de faire dans cette vie qu'il me reste à vivre... Je me sens terriblement impuissante. Je l'aime infiniment, seulement... je ne sais plus toujours comment le lui dire, le lui montrer... incarner cet amour dans cette vie où il est physiquement absent.... Ma façon a moi de lui dire "je t'aime", c'était les regards... les gestes tendres. Aujourd'hui je ne sais plus. Trop de choses se jouent dans ma pensée, et cette peur d'aller mieux, c'est surtout la peur de voir mes pensées s'égarer trop longtemps loin de lui.

Hors ligne qiguan

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Re : peur d'aller mieux
« Réponse #47 le: 10 Septembre 2017 à 23:00:50 »
j'ai modifié les termes inappropriés 
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Hors ligne Esbroufe

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Re : peur d'aller mieux
« Réponse #48 le: 10 Septembre 2017 à 23:07:08 »
La Peur...Peur d'oublier, peur d'aller "mieux".
Déjà, pour avoir peur d'aller mieux, il faut être conscient(e) d'allermal (sinon on dirait aller bien). C'est admettre cette situation. Il me semble que c'est la première étape à franchir. C'est aussi admettre que la situation dans laquelle on se trouve est irréversible, car on parle d'aller mieux et pas d'aller "comme avant".

Et puis la Peur...avec une majuscule, car je parle ici de toutes les peurs. J'ai été élevée par une mère arachnophobe (de trèèès haut niveau). Elle vit cette peur comme un handicap et en a fait un pilier de mon éducation.  Il était hors de question que sa fille devienne comme elle. Ainsi je pense fermement qu'avant de devenir une phobie, c'est une petite peur, qu'on laisse grandir. (Le cas des traumas ne répond peut être pas à cette règle). Et il n'y a qu'un seul chemin pour vaincre la Peur: l'affronter. Parce qu'il ne faut pas vivre avec, la laisser tranquille, car elle va s'installer bien confortablement et rien, à part nous même, ne pourra la déloger. On dit vaincre la Peur, et pour vaincre, il faut combattre. Alors j'aime autant me confronter à une peur naissante, plutôt qu'à un monstre que j'aurais moi même nourri. Le combat sera moins difficile. Et quand bien même il serait très dur à mener, même si on a encore peur après, on sort toujours gagnant de ce combat là, rien que du fait d'avoir combattu, d'avoir eu la force d'aller de mettre un pied dans l'arène. Il faut savoir être fier de ce qu'on accompli, fier de soi-même. Car tout se joue juste là: entre moi et moi, entre la personne devant le miroir et son reflet. Et les autres, et bien on s'en fout! A quoi bon avoir peur d'aller mieux parce que les gens vont se dire que gnagnagna?! Ce que les gens pensent on s'en fout!
Filtrer le positif. Si certains membres de notre entourage nous disent qu'ils nous savent capable d'affronter ça, il faut l'entendre. Car si au début ça faisait partie des phrases qui me faisaient gerber ( période mététoitucépaskejvi! ), aujourd'hui ça me sert de force. Ce sont mes pompom-girls, mes soutiens les plus puissants sur le long chemin de la reconstruction, et elles me suivront jusqu'au bout.  (je vous laisse une seconde pour vous projeter mentalement l'image vos proches en jupette de majorette; sourire un instant (surtout si c'est un gros barbu); et revenons à nos moutons). Parmi ces soutiens, je compte aussi celui de l'Être Aimé. Car il/elle nous a toujours encouragé(e), alors pourquoi en serait-il autrement? (Celui ou celle qui répond "parce qu'il est mort" est puni! ^^ )

J'ai eu peur d'aller mieux en l'oubliant. J'ai eu peur d'oublier son sourire et chaque ride d'expression qu'il illuminait, j'ai eu peur d'oublier les constellations de formaient ses grains de beauté sur son dos, d'oublier les meilleurs moments, d'oublier son odeur, le grain de sa peau, son goût, tout. J'en ai parlé à ma psy, qui m'a, entre autre, conseillé de coucher par écrit ce que je voulais graver, ce dont je voulais qu'il reste une trace. Je m'achète un cahier le lendemain, et il est toujours vierge aujourd'hui. Je pensais commencer par écrire les circonstances de notre premier baiser, ce que j'ai ressenti à ce moment là. J'aurai pu écrire des pages entières rien que sur ça, avec chaque détail, façon Zola. J'ai compris que ça ne servait à rien de l'écrire, car tout était là. Ce souvenir, 6 ans d'âge, est intact. Je n'ai plus peur d'oublier car je n’oublierai pas, rien du tout. Il a fallu que j'aille la toucher du doigt cette peur, que j'y cède presque, pour me rendre compte qu'elle n'avait pas lieu d'exister.
J'ai eu peur de la dépression aussi, d'aller de plus en plus mal. Je le refuse catégoriquement. J'ai eu peur de cette douleur, à la fois psychique et physique, et qu'elle m'entraîne au fond sans jamais me laisser remonter. Je sentais bien qu'elle était là. Et puis un soir je l'ai laissée venir cette douleur, j'ai baissé les bras et j'ai accepté qu'elle me prenne. Je l'ai pris en pleine face, je l'ai vécue jusque sous les ongles. J'ai pleuré, pleuré, tremblé, pleuré, pleuré, gémi puis hurlé. Je l'ai senti résonner en moi, et sortir un peu. Je me suis endormie d'épuisement. Un des sommeils les plus "réparateurs" que j'ai eus. Le matin, j'avais une tronche horrible avec les yeux gonflés, des traces de sel sur les joues et une grosse coulure de morve toute sèche. En me regardant dans le miroir, en train de nettoyer ma morve avec un coton tige et de l'eau tiède, j'ai souri  :) (je vous laisse encore une petite seconde pour visualiser la situation, mais si, avouez que ça prête à sourire quand même). J'allais mieux, comme si un peu de douleur était partie. (attention ça se régénère vite)  Je n'ai plus peur de la douleur ni de tomber dedans. Ce n'est pas linéaire. Ca descend, ça  remonte, je suis le vent. Je ne perds plus mon énergie à lutter contre le vent, je la garde pour "remonter la pente descendue", je la garde pour pouvoir profiter des moments agréables. Et j'ai confiance en mes proches, mes petites majorettes, qui ne me laisseront pas dans la tempête. Ils ont confiance en moi mais je sais qu'ils viendront me chercher si un jour ça se passe pas comme prévu, et que je reste coincée en bas.

Bien sûr tout ceci n'est que mon humble avis. Mais puisqu'on est là pour partager, le voilà.

Paix et Amour. Meilleures pensées pour vous tous.

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Re : peur d'aller mieux
« Réponse #49 le: 11 Septembre 2017 à 01:41:30 »
"La Peur...Peur d'oublier, peur d'aller "mieux".
Déjà, pour avoir peur d'aller mieux, il faut être conscient(e) d'allermal (sinon on dirait aller bien). C'est admettre cette situation. Il me semble que c'est la première étape à franchir. C'est aussi admettre que la situation dans laquelle on se trouve est irréversible, car on parle d'aller mieux et pas d'aller "comme avant"."


Je pense que " j'ai tout bon " dans les deux étapes, comme tout le monde ici.

Hors ligne Ela

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Re : peur d'aller mieux
« Réponse #50 le: 11 Septembre 2017 à 12:37:53 »
Merci Esbroufe... Ton message m'a fait beaucoup de bien. Je l'ai lu avant d'aller me coucher hier soir... et j'ai choisi de ne pas m'endormir sans avoir pris mon courage à deux mains pour crever ce nouvel accès d'angoisse. Ce n'est pas évident, car même si j'espère la terrasser définitivement un jour, l'anxiété chez moi est maladive et chronique. Un trouble diagnostiqué qui me donne du fil à retordre lorsqu'il vient s'emmêler avec la souffrance de l'absence de mon aimé, jusqu'à assombrir fortement ma capacité de discernement... Mais hier, comme toi, j'ai accepté d'aller mal, pour commencer, et j'ai beaucoup pleuré... Et mes souvenirs, ceux de sa voix, de son visage, de son odeur... alors qu'ils me semblaient de plus en plus lointains, sont redevenus accessibles. Tu as entièrement raison: il faut lutter contre la peur. Toujours. J'écris trop souvent sur ce forum lorsque je suis au plus bas, en panique et que j'ai besoin d'être rassurée... Mon chéri m’exhortait toujours à me souvenir que j'ai suffisamment de ressources et d'expérience de l'anxiété aussi pour terrasser moi même mes propres angoisses. Je fais de mon mieux pour m'en souvenir... C'est tellement difficile... surtout lorsque la peur déforme tout, et que je n'arrive plus à entendre ses encouragements, qui sont remplacés par l'impression de le décevoir. De ne pas être à la hauteur. Mais je ne baisserai pas les bras. Aujourd'hui, je me sens plus apaisée. Il me suffit de fermer les yeux pour le voir, tout proche. Mon cœur se serre toujours douloureusement lorsque je le vois ainsi, tellement présent malgré l'absence, mais il irradie aussi de chaleur et je me souviens que malgré tout, nous sommes toujours liés lui et moi... Dans un autre commentaire, tu parlais aussi d'assumer sa force dans cette épreuve. Je crois que j'ai une force en moi, développée à travers de longues années de lutte, face à la maladie notamment. J'ai souvent peur d'assumer cette force, car lorsqu'on est fort, j'ai parfois la sensation que les autres finissent par être en attente de notre soutien plutôt que de nous apporter du soutien. J'ai peur d'assumer cette force et de renvoyer aux autres l'impression que je m'en sors très bien. Qu'ils n'aillent plus chercher au delà. Tu dis "A quoi bon avoir peur d'aller mieux parce que les gens vont se dire  que gnagnagna?! Ce que les gens pensent on s'en fout!". Là encore, tu as raison.... Tellement raison... C'est ce que je me répète souvent. Je viens d'une famille ou la peur du jugement des autres est omniprésente... Comme j'ai très tôt identifié cette réalité, je me suis toujours battue pour ne pas reproduire cette attitude. La plupart du temps, je me débrouille. Je mène ma vie comme je l'entends, je fais mon maximum pour être moi-même, en toute sincérité. Et puis parfois, je chute, je régresse... C'est comme ça. Mais je vais continuer à faire en sorte que ça ne m'empêche jamais de me relever. Encore merci Esbroufe.

Hors ligne Esbroufe

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Re : peur d'aller mieux
« Réponse #51 le: 11 Septembre 2017 à 14:40:13 »
Salut Nora,
C'est vrai qu'en me relisant, je me rends bien compte que j'ai écrit une grosse banalité...et je n'ai pas exprimé mon idée correctement, et je ne suis pas sûre d'y arriver. En effet, tout le monde ici sait sûrement tout ça aujourd'hui. Ce que je voulais dire c'est que pour avoir peur d'aller mieux, il faut savoir que ça existe, même si on regarde ça de loin., du coin de l'oeil...et il me semble que c'est un début pour aller mieux; que, peut-être, ceux qui ont peur d'aller mieux franchissent, sans vraiment le savoir, la première étape pour y arriver.

Ela,
Je suis contente d'avoir pu un peu t'aider, histoire de renvoyer ascenseur . Tes posts m'ont beaucoup aidée, surtout au début quand je me promenais juste ici, avant de m'inscrire. Merci. Tous les deuils sont différents, mais quelque part la douleur est la même. Toutes les histoires liées à nos deuils le sont aussi mais on pioche un peu partout des éléments qui nous ramène à notre propre vécu. Nos Amoureux, toi et moi sommes dans la même tranche d'âge. Ton vécu m'a beaucoup touchée et je m'y suis identifiée même s'il est différent du mien.
Je te souhaite sincèrement de parvenir à puiser le Courage et la Force pour faire face aux angoisses. Merci à toi Ela.