Auteur Sujet: Les non-dits  (Lu 1163 fois)

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Les non-dits
« le: 10 Janvier 2018 à 18:44:40 »
bonsoir,-
LE
Le 31 janvier, cela fera  2 ans. Mais, pour moi, c'est hier.
Personne ne m'en parle, par peur de me faire mal, sans doute. Et je n'en parle jamais à personne, sauf à ma psy, parce que personne n'a vécu un tel deuil autour de moi.
Il est mon AUTRE.  J'ai beaucoup de mal à parler de lui, à écrire sur lui, à lui parler au passé. Il fait partie de moi, de mon présent.
Il m'accompagne dans tous les gestes de la vie quotidienne. Il est là : dans ma tete, dans mon coeur, dans mes tripes.

Nous devions nous mariés le 6 février et il est parti, en 2mns, dans mes bras, d'un AVC massif le dimanche d'avant.
Alors, plutôt que d'être dans les préparatifs de notre mariage, j'ai organisé ses obsèques.
C'était si brutal, si violent que je n'ai pas vraiment réalisé ce qui nous arrivait.
Tout en sachant parfaitement ce qu'il en était : étant infirmière,  professionnellement, je savais.

Je n'ai pas vraiment de souvenir de la semaine "d'après".  Les visites plusieurs fois par jour au funérarium pour le voir, lui parler, le toucher, lui expliquer les décisions prises, me ressourcer auprès de lui, faire un "plein de courage" pour pouvoir repartir.
Je me souviens parfaitement, en revanche, de la cérémonie et de la crémation qui suivait. J'avais écrit mon texte et le connaissait par coeur. Un texte court, rédigé pour les "AUTRES", pour qu'ils comprennent le lien nous unissant.
Je ne me suis pas éffondrée.  J'ai tenu le coup : je suis forte, parait-il. 
Je n'ai pas touché ni embrassé le cercueil : mon amour n'était pas là dedans...pas dans cette boite hermétique.
Maxou, le saxo, le jazzman, libre comme le vent, léger, joyeux, souvent insaisissable...impossible.

Mon métier nous avait imposé de parler de tout et de nos choix "APRES" la mort : heureusement, je savais ce qu'il voulait. J'ai donc pu guider ses fils dans ces décisions si délicates.

Ses cendres ont été dispersées entre les 2 cyprés au pied de la piscine de sa maison.
Mais, pour moi, il n'est pas là. Il est partout et nulle part. Il est près de moi. Sinon, comment pourrais-je continuer à vivre ? à me lever le matin, à aller bosser..à faire bonne figure...
à accompagner certains patients et leur famille, en fin de vie.

Je n'en parle jamais. A mes collègues parce qu'il n'est pas "prof" de se montrer faible.
A mes patients : la barrière thérapeutique, n'est ce pas.
A mes enfants : pour ne pas leur faire prendre conscience de l'intensité de ma douleur, qu'ils croient  atténuée avec le temps....
A mes frères : indifférents et si étrangers à ma vie.
A mes parents : empétrés dans l'Alzheimer naissant de mon père.

A la famille de Maxime : pas mariés....donc même pas veuve, je ne fais pas vraiment partie de la famille pour ses 2 fils, plus focalisés sur l'héritage que sur le gouffre immense laissé par le départ de Maxou.

Seule sa soeur (et son mari urgentiste) se disent là pour moi, tout en espacant leurs appels pour 'm'aider à avancer, à rebondir...."

Je ne veux pas avancer, rebondir ???? sans lui ????
J'emmagasine tout mon courage pour aller bosser. Je ne peux pas m'arreter de travailler : j'ai besoin de mon salaire.

Je m'évertue à poursuivre nos rèves à tous les 2...pour continuer à le faire vivre....

Je bosse ou j'hiberne dans mon appart. , avec mes 2 p'tits mecs (2 matous adorables).

Je ne peux pas dire que la souffrance, le manque soient toujours présents. Parfois, la vie est belle. Je me sens légère.
Mais, si je pense, j'Y pense....je pense à LUI, à NOUS, à l'amour de ma vie, à tous nos échanges, à tous nos voeux, à ma vie avec lui....alors j'ai l'impression d'avoir un trou au milieu du bide de la taille du TEXAS.

Mais je n'en parle pas....je suis forte, parait-il !

Co



Lui, 60 ans et mois 10 années de moins.

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Re : Les non-dits
« Réponse #1 le: 10 Janvier 2018 à 20:15:53 »
Bonjour Corinette,

les non-dits sont si lourds ...
Je pense que nos proches veulent nous épargner, mais s'ils savaient ... que l'on attend qu'une chose c'est de parler de nos aimés, que cela nous fait du bien. Comme s'ils avaient peur de raviver la douleur, ils ignorent que la douleur est permanente, qu'elle n'a jamais disparu. Et que nous ne pensons qu'à Eux, ils occupent nos pensées même lorsque nous sommes affairés .
Les choses sont plus faciles avec ma belle famille et des inconnus.

J'ai été très touchée en te lisant, on ressent toujours l'amour que tu lui portes même 2 ans après.
Cela me faisais penser à une citation :
"Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis. "Victor Hugo

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Hors ligne qiguan

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Re : Les non-dits
« Réponse #2 le: 10 Janvier 2018 à 20:54:01 »
Bonsoir
Tu décris si bien des choses que j'ai vécu : cet isolement dans le deuil ... ne pas s'effondrer comme l'envie émotionnelle le voudrait qui permet aux autres de croire que ... en fait ce qui les arrange
mais si on craquait cela aiderait ? il ais je souvent pensé, dit aussi à ma, mes psys (puisque j'en ai vu deux ... celle que je voyais déjà avant qui m'a accompagnée dans l'accompagnement de fin de vie et celle des soins palliatifs qui a continué de me recevoir plus de 3 ans)
non cela n'aiderait pas ais je tranché, je me retrouverai à devoir affronter la panique des autres face à l'expression de la douleur, leur impuissance ... leur angoisse de me perdre ...
j'arrive à mettre des mots forts parfois dans certaines conversations mais plus facilement avec des étrangers qu'avec famille et ami(e)s d'avant ... à donner quelques exemples  comme celui d'avoir mis 3 ans pour reprendre une aiguille à couture !
et oui Corinette on peut trouver la force en mémoire d'eux de l'amour qui était là de continuer, d'aider d'autres, je le fais, tu le fais d'autres le font, le feront
on n'est pas des héros, en parler ici, tu verras te fera du bien !
reçois mon affection prends soin de toi
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
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Hors ligne Eric38

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Re : Re : Les non-dits
« Réponse #3 le: 11 Janvier 2018 à 15:34:18 »

Je pense que nos proches veulent nous épargner, mais s'ils savaient ... que l'on attend qu'une chose c'est de parler de nos aimés, que cela nous fait du bien. Comme s'ils avaient peur de raviver la douleur, ils ignorent que la douleur est permanente, qu'elle n'a jamais disparu. Et que nous ne pensons qu'à Eux, ils occupent nos pensées même lorsque nous sommes affairés .


C'est tellement vrai. Cette "distance" de certains proches, qui tentent de "faire diversion" alors que seul le fait de pouvoir parler de notre "disparu" peut nous apaiser.....

Hors ligne ramses

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Re : Les non-dits
« Réponse #4 le: 11 Janvier 2018 à 19:15:24 »

Il est vrai que les proches ne veulent pas nous heurter en parlant de notre cher disparu mais il nous font du mal au contraire, moi je veux que l'on parle d'elle c'est une façon qu'elle fasse toujours de nos vies,




Hors ligne qiguan

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Re : Les non-dits
« Réponse #5 le: 11 Janvier 2018 à 20:10:20 »
c'est leur ignorance de ce qu'est le deuil d'un très proche !
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