Auteur Sujet: La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...  (Lu 3246 fois)

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Hors ligne BobNode

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Il y a 6 ans (déjà!), j'ai perdu mon unique frère dans un accident de moto. Il m'aura fallu 5 ans environ pour l'accepter sereinement.
L'été dernier j'ai perdu ma femme, et je pense n'être encore qu'au début du chemin.
Compte tenu de l'état de santé de mes parents et de leur âge, je pense qu'ils partiront d'ici 10 ans tout au plus.

Le triste constat que je dresse aujourd'hui c'est que, sauf accident majeur, je serai seul (avec mes enfants) d'ici qqes années et tous mes repères familiaux auront disparu, quasiment tous les piliers de ma vie se seront effondrés.
« Modifié: 30 Mai 2011 à 11:09:17 par BobNode »

Hors ligne mc59

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #1 le: 30 Mai 2011 à 11:33:33 »
bonjour BobNode;
et oui ,dur cette sensation de "perdre ses piliers"..
moi, j'ai perdu mon Papa alors que je n'avais pas 16 ans .
Quand Maman est décédée , en janvier 2010, mes enfants ont pris conscience que "nous (JM et moi ) étions les suivants"
car ils n'avaient déjà plus de grands-parents du côté paternel;
à l'une de mes filles qui disait "je ne me vois pas vivre sans vous ",
nous avions répondu "on est pas trop vieux , on espère avoir encore quelques belles années devant nous "
et puis , Jean-Marie est parti le 24 décembre..
et me voilà  maintenant , seul "pilier" de la famille !
il faut tenir pour les enfants et petits enfants ;
je veux leur transmettre l'héritage de leur grand-père : la tolérance , le respect de l'autre .;
mais que c'est difficile certains jours de ne plus avoir son épaule où reposer ma tête ...
comme je disais hier à mes filles, devant sa tombe, j'oscille entre "j'ai eu beaucoup de chance de faire tout ce chemin avec Lui ", et "Tu fais ch..T'avais pas le droit de me laisser " !!
profite bien de ce temps où tu as encore tes parents ...

Hors ligne Marico

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #2 le: 30 Mai 2011 à 13:36:01 »
Oui, ça c'est vraiment très très dur, de se dire qu'on est seul désormais, pour porter le reste de la famille, pour mener les enfants à l'âge adulte, pour traverser les bobos et les crises. Et que pour eux plus que tout, nous, on doit rester vivant !

Aux Antilles, on dirait de nous que nous sommes les "poteaux mitan"... C'est vraiment ça. Sans nous désormais, le chapiteau s'effondre.

Du coup, moi, j'ai arrêté de skier, par exemple. Parce que si je me cassais la jambe, qui emmènerait les enfants à l'école, qui s'occuperait de la maison, courses, etc... Je ne fais rien qui puisse me mettre physiquement en danger, pour ne pas ajouter de complications à ma vie déjà trèèèès compliquée....

De toute façon, c'est notre lot à tous de voir nos parents disparaître, et de devenir les têtes de liste à notre tour.... Pas réjouissant mais bon, l'espérance de vie fait que nous avons encore un long chemin devant nous, avec toutes les problématiques à résoudre qui vont bien nous occuper la tête ! Tant qu'ils sont encore là, profite de tes parents au jour le jour. Carpe Diem...

Ca ne doit pas être facile de gérer deux enfants d'âge différents, je crois qu'un papa confronté au deuil de son épouse doit puiser dans ses ressources plus encore que nous, les mamans, qui sommes conditionnées depuis l'enfance à la gestion d'un foyer.... Hormis les problèmes de voiture (en ce qui me concerne), notre quotidien n'a pas beaucoup changé après la mort de mon mari, sauf qu'il ne rentrait plus le soir... Il bossait beaucoup, je gérais le reste... J'ai continué. Mais je n'ose pas imaginer son désarroi si c'est moi qui étais partie la première.... J'imagine sans peine ce que tu traverses dans la nouvelle organisation de votre vie, et je te souhaite beaucoup de force et de courage pour faire face...

Cordialement
M.

Hors ligne BobNode

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #3 le: 30 Mai 2011 à 14:09:40 »
Pour ma part, je n'ai pas hésité très longtemps à savoir si je devais arrêter la moto ou non. J'ai continué, je la prends tous les jours. C'est risqué je sais, mais je ne veux pas vivre dans cette contrainte permanente. Je pourrais mourir d'un arrêt du coeur dans mon sommeil, ou toute autre chose, sans que ça prévienne de toute façon.

Sans me jeter de fleurs, j'étais, du temps de ma femme, un papa présent déjà et je m'occupais de certaines tâches ménagères.
Je me suis aussi occupé de mes enfants quand ils étaient nourrissons. Ma femme a été hospitalisée à plusieurs reprises pendant 6 mois avant son décès, et là encore j'ai dû déjà gérer.
Néanmoins, pas facile effectivement. J'ai moins de recul que pourrait en avoir une femme, je m'emporte plus vite, je suis plus irritable, je n'ai probablement pas toutes les attentions ou marques d'affection qu'aurait une maman.
Je bossais aussi beaucoup, j'ai du quitter mon travail pour être plus disponible, revoir mon plan de carrière et me poser.
Maintenant je suis "papa-maman poule" malgré moi.

Hors ligne ergé

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #4 le: 30 Mai 2011 à 15:20:50 »
Mes parents sont décédés à 83 et 88 ans, à 3 ans d'intervalle. J'ai eu la chance de les avoir longtemps près de moi.

A la mort de ma mère, partie en dernier, j'ai dit à ma femme, qui elle n'avait déja plus ses parents, "maintenant nous sommes en première ligne". Mais dans mon esprit, ce n'était qu'une phrase, une réflexion comme on peut s'en faire à la cinquantaine, quand les enfants ont grandi et commencent à voler de leurs propres ailes, quand on commence aussi à se retourner un peu sur le passé et à regarder le chemin qu'il nous reste à parcourir. Au fond de moi je pensais, si nous vivons aussi vieux qu'eux, il nous reste du temps pour profiter de la vie. Hélas, il y avait ce "si"...

Un peu plus d'un an après, elle est tombée malade et dans les derniers mois de sa vie, je me suis dit que mes parents avaient eu beaucoup de chance, et moi avec eux alors. Non seulement ils avaient vécu jusqu'à un âge raisonnable, mais malgré les malheurs de la guerre qu'ils avaient connus,  ils avaient fait tout ce chemin côte à côte, main dans la main; et plus que tout, ils étaient morts l'un et l'autre dans leur lit, en oubliant de se réveiller le matin, sans avoir souffert véritablement d'autre chose que des petites misères de l'âge. Le départ des aînés étant dans l'ordre normal des choses, ce fut pour moi, à l'époque, un élément de réconfort. Je ne savais pas, je n'aurais même jamais imaginé ce qui m'attendait quelques mois après.

Aujourd'hui encore, comme lorsqu'elle est partie, j'éprouve cette colère et ce sentiment d'injustice face à la maladie qui a détruit à petit feu ma Michelle avant de l'emporter, à un âge où, de nos jours, on se considère comme encore assez jeune, pour avoir plein de projets en tête.

Je sais que plusieurs ici, ont été touchés à des âges encore bien plus précoces; je pense à eux, et j'imagine qu'ils éprouvent les mêmes sentiments que moi.

Hors ligne Pascale

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #5 le: 30 Mai 2011 à 21:34:09 »
Oh oui Ergé, c'est bien vrai on avait encore tant de projets, mais il y a encore des plus jeunes.
Ce qui me console parfois c'est de savoir que tous les rèves qu'il avait quand il était jeune, se sont réalisés il me l'a dit 2 ou 3 mois avant de tomber malade.
C'est un fameux hômage qu'il m'a rendu...
J'y pense souvent.
J'ai été contente d'avoir pu lui donner le bonheur.
Ma belle- Maman est devenue le pilier de la famille et elle n'a plus que moi. Sa belle fille.
c'est vrai que la vie est dure, je n'avais jamais approché la mort de si près, j'ai toujours eu un optimisme à toutes épreuves.
Là elle me frappe de tout prés, et c'est très dur. Ma belle mère a un cancer grave et je côtoie tous les jours de grands malades. Je me rends compte à quel point jusque maintenant, j"ai eu de la chance.
Mais perdre Jacques ça a été un tel déchirement que je croyais que j'allais devenir folle.Folle à lier.
Mais non je suis toujours là, méfiante, agressive, nerveuse, sans patience . C'est la douleur qui fait ça, la fatigue d'avoir mal....

Bises à vous tous que je ne connais pas et que je comprends si bien.
Pascale la Louve
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Hors ligne bruno

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #6 le: 31 Mai 2011 à 07:01:29 »
   C'est vrai,de la colere face a cette maladie qui detruit a petit feu,qui laisse des periodes d'espoir ou tout redevient possible ou presque.
    De la colere d'avoir pousser l'autre a accepter tous ces traitements parceque justement ces periodes de mieux.
De la colere,car pendant longtemps on se rassure car c'est le traitement qui rend malade,c'est lui qui donne l'aspect cancereux,les symptomes de la maladie sont si peu presents...Et puis le corps medical aide bien pour que cette confusion s'installe,il faut bien tenter quelque chose!!
    Et un jour arrive ou c'est vraiment le cancer qui rend malade,et la on s'appercoit que la violence des traitements est proportionnelle...
Detruite a petit feu par 2 interventions au cerveau,une au poumon,irradiation encephale complet,3 lignes de chimios differentes,puis tentative d'enrayer sa meta au cervelet avec 5 tirs de cyberknife.
    Tout ca avec des paroles encourageantes,pour cacher un peu une verite qui eclate un peu plus chaque jour...
Oui beaucoup de colere,plus envers la fin de sa vie,la maniere dont par amour on trompe un peu le patient,car on a l'espoir et surtout le desespoir que sil ne fait pas tout,il mourra...Utopie...

                                  Bruno a Sandrine

Hors ligne Pascale

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #7 le: 31 Mai 2011 à 09:12:29 »
Bruno,  quelle souffrance !!!
Oui, on trompe son amour qui n'est pas tout a fait dupe, jacques disait à sa Maman: je vais mourir tu sais M'an.
Et à moi il me disait: Ah tu es là !! alors je ne vais pas mourir...
Il ne supportait pas me voir malheureuse, il se faisait violence pour rester lui même quand j'étais là!!! Et quand il n'a plus su, quand je venais il dormait, on ne savait pas le réveiller.
Que de souffrance Bruno, plus pour lui et ce qui s'est passé, que pour moi et ce qui m'arrive.
petit homme plein de courage quand il m'a dit c'est trop dur je vais pas y arriver. Il s'est doucement laisser couler.
Ces moments de la fin reviennent regulièrement. On se les passe en boucle toujours incrédule. Et puis les images s'estompent et font place au moments de bonheur et puis elles reviennent en force.....
c'est ça notre colère on en veut au monde entier.
Parce qu'on ne sait pas pourquoi nous...
On s'aimait tellement.
je vous embrasse tous et toutes.
Pascale la Louve
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Hors ligne ergé

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Re : La vie ne nous réserve pas toujours ses meilleures surprises...
« Réponse #8 le: 31 Mai 2011 à 09:35:10 »
Eh oui Pascale, ces images de la fin reviennent toujours, avec violence, irrésistiblement; quand je cherche à me remémorer un souvenir heureux, immanquablement surgissent dans le déroulement du film, les souvenirs douloureux de cette fin qui l'était tout autant. Et alors reviennent les mêmes questions : pourquoi elle, pourquoi nous, pouquoi si tôt ?

Dans les posts précédents, il était question de l'âge : quel qu'il soit, bien sûr, toujours on trouve que c'est trop tôt, que c'est injuste. En y repensant cette nuit, m'est revenu un souvenir en mémoire. Jamais elle ne s'est plainte et elle évitait d'aborder le sujet de sa maladie, refusant qu'on s'apitoie sur elle et de s'apitoyer elle-même sur son sort. Quand je l'accompagnais à ses séances de chimio, à Curie, il nous arrivait de croiser de jeunes enfants, pâles et le crâne chauve; plus d'une fois alors, elle m'a dit "quand je vois ces enfants, je me dis que je n'ai pas le droit de ma plaindre".