Auteur Sujet: Je me présente...  (Lu 4230 fois)

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Hors ligne Marico

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Je me présente...
« le: 24 Mai 2011 à 21:00:54 »
... bonsoir. Hormis mon pseudo qui est inventé, j'ai 55 ans et je suis maman de 2 enfants qui ont 15 et 11 ans.

Il y aura 5 ans le 02 septembre 2006, alors qu'il élaguait un arbre de notre jardin, mon mari est tombé est s'est tué sur le coup. Les enfants regardaient un dessin animé en pyjama à la TV, je l'ai vu tomber et ne pas se relever, alors j'ai appelé le samu, les pompiers avant d'aller le voir... quand je suis arrivée, il était trop tard... Il était cassé de partout... Ce jour-là, notre vie a basculé !

A l'époque, j'ai fréquenté les sites de deuil, parce que personne autour de moi ne pouvait comprendre ce que je vivais s'il ne l'avait vécu lui-même. Et puis j'ai voulu arrêter, je me sentais mieux.

Et voilà qu'à l'orée du 5ème anniversaire de la disparition de mon mari, j'ai envie de revenir ici.
J'ai un gros coup de cafard, quand l'été arrive.

Bien entendu, 5 ans ça peut sembler si loin !... Mais pour nous, c'est tous les jours que nous vivons avec l'absence.

A la mort de leur père, les enfants avaient 11 et 7 ans. Je me suis entièrement consacrée à eux, j'ai voulu que rien ne change, j'ai fait face et ils ont été mes "coups de pied au fond de la piscine". Ils n'ont pas idée de l'aide que leur présence m'a apportée, et si je n'ai pas sombré c'est pour et grâce à eux.

Aujourd'hui, je peux dire qu'ils vont bien, sont bons élèves, vivent leur vie de pré ado et d'ado, avec amoureux, devoirs, vacances, etc... la vie normale quoi. Ma fille possède un tempérament fort, forgé par l'adversité. Elle a fait une force de son malheur, elle est brillante et courageuse, ne se plaint jamais, avance vers son objectif d'avoir un bon métier, de voyager, de gagner de l'argent, et de ne compter que sur elle... elle voit mon exemple, forcément.

Mon fils est plus fragile. La mort de son père est une cicatrice béante dont il se remet doucement, par la force des choses. Mais il lui manque terriblement et surtout, il ne peut plus partager des trucs de garçon qu'avec sa soeur et moi. C'est à dire peu de choses !!!

A la mort de mon mari, les portes se sont fermées. J'étais la "femme de", je suis "la veuve de" et puis plus personne... Ca a fait du vide et du nettoyage dans mes "amis d'avant". Je ne m'en porte pas plus mal, mais encore aujourd'hui je m'étonne que la mort fasse autant peur aux "nonendeuils" qui pensent probablement qu'on porte la poisse...
Mais peu importe.

J'ai voulu me rapprocher de ma belle-famille, ne pouvant compter sur la mienne. Ca me paraissait important pour les enfants qui grandissent. J'ai quitté une région où rien ne me retenait, (sauf peut-être sa tombe), pour une autre où j'espérais un réel soutien.

Mais voilà, autant ils ont trouvé l'idée excellente quand elle était "en l'air", autant maintenant que je suis là, je ne trouve aucune aide de leur part. Je vis ma vie, et eux la leur, comme avant... avec peut-être une pointe de jalousie parce que mon mari avait souscrit des assurances qui nous mettent à l'abri du besoin, pour peu que je sois raisonnable (ce que je suis).

J'ai culpabilisé au début. Mais aujourd'hui je me rends compte que personne dans ceux qui me connaissent, n'a la moindre empathie pour moi. On me regarde me dépatouiller dans mes emmerdes (voiture ô galère !). Alors je me bats, et quand on me fait une remarque sur "ma chance" de ne pas avoir à travailler à l'extérieur par exemple (j'écris des articles et des livres chez moi)... je demande : "Tu veux ma vie ?... Non ?... Alors ne dis plus que j'ai de la chance... le prix à payer pour cette chance-là, personne n'en veut !"... Je suis devenue sans pitié...
Et en général ça clôt la discussion !

Je résous donc toutes mes difficultés seule, toujours, tout le temps... Aujourd'hui comme hier, je vis avec et pour mes enfants, mais je le déplore parce qu'ils grandissent et qu'il est dans l'ordre des choses qu'un jour ils me quittent. Et je ne veux pas qu'ils restent ou sacrifient leur vie "parce que maman est seule"... Je me sens triste et sans avenir autre que de mener mes enfants à l'âge adulte... Ensuite...

Je suis souvent harassée, physiquement et moralement, je crois que les années n'ont rien changé et que j'ai toujours autant de larmes à verser qu'au premier jour ! Ca me prend parfois, pour un rien, un PV, une mauvaise nouvelle, un truc anodin qui déclenche un espèce de ras-le-bol, de révolte, de sentiment d'acharnement sur ma personne... et puis ça passe. Je suis quelqu'un d'optimiste, et quand la crise est passée, je reprends les rênes et je continue mon chemin ! J'essaie de ne pas trop craquer devant les enfants, qui eux aussi, foncent comme des bulldozers sans pitié pour leur pauvre mère !... Mais ils sont poussés par la vie, la mienne est derrière moi !

En 5 ans, je n'ai rêvé de mon mari qu'une seule fois, tout au début. J'ai parfois le sentiment qu'assis sur son nuage, il me regarde me débrouiller sans bouger le petit doigt pour alléger ma peine. Je sais, c'est absurde, mais je l'engueule quand l'overdose me guette. L'avantage dans nos scènes de ménage, c'est qu'il ne peut plus répondre avec sa mauvaise foi qui me manque tant !... J'ai toujours le dernier mot ! Lol ! En tous cas, au début, je cherchais son approbation à tous mes gestes et à toutes mes décisions... je demandais autour de moi des conseils. ET puis j'ai vu que les conseils des autres ne pouvaient s'appliquer qu'à eux-mêmes. Et qu'on ne peux conseiller qu'au travers de son propre vécu. Et que ça ne collait pas avec ce que je suis, moi... Alors désormais, je ne prends de décision qu'avec les enfants et je ne m'en porte pas plus mal... Et si je me trompe, tant pis. Je fais toujours du mieux que je peux, dans mon intérêt et celui de mes enfants.

Parfois, je me demande quelle pourrait être la place d'un nouvel homme dans mon quotidien. Et puis j'ai 55 ans, la vie m'a rendue dure et peu encline à jouer à la maman ou à adopter un veuf ou un divorcé dont le petit coeur saignerait encore... pas la patience ! Pas le temps non plus, entre les devoirs, le quotidien, le boulot, la vie quoi !... Je rêve parfois que ma belle-famille me prendra les enfants un week-end pour que je puisse faire une vraie grasse matinée... mais ils n'en ont jamais eu l'idée !...

Mais à leur décharge à tous, je ne me plains jamais. Tout va toujours bien, j'ai appris ça dès le début de mon deuil... Dire que tout va bien, et tout le monde est content sans se poser les vraies questions. Personne ne se pose jamais les vraies questions devant une personne en deuil !
Il y a juste un ami qui me demandait comment j'allais, à qui j'ai répondu : "Tu veux la réponse sociale ou la réponse vraie ?". Il a ri et nous en sommes restés là...

Voilà, comme je ne peux parler de tout ça à personne, je viens ici le raconter.
Ca ne résoudra rien, mais au moins aurai-je l'impression de ne pas parler dans le vide !

Je voulais dire que le temps ne change rien à la douleur. Elle s'apprivoise, s'endort, mais il suffit de peu pour qu'elle se réactive.... On peut s'étourdir, sortir et même continuer sa vie dans une nouvelle histoire... mais la blessure est là et la vie ne sera jamais ce qu'elle aurait dû être...

Ma fille m'a dit il y a quelques jours qu'elle était bien plus triste à présent, que dans les premières années de notre deuil. Aujourd'hui, elle pleure parfois pour un souvenir de son père, ou un truc qui le lui rappelle... c'est bizarre, on dirait que le chagrin ne veut pas lâcher prise. Ou peut-être lui laissons-nous plus de place. Les premières années, il fallait surtout survivre et apprendre à vivre.... Ca nous demandait à tous les 3 une énorme énergie... Aujourd'hui, notre vie suit son cours, notre trio fonctionne, nous sommes même heureux souvent.

Mais moi, je sens combien les soucis pèsent sur mes épaules en permanence, et combien personne ne peut les partager avec moi !!!
Alors ce soir, j'avais besoin de les partager avec vous.
Bonne soirée à qui aura le courage de me lire.
M.
 



Hors ligne ergé

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Re : Je me présente...
« Réponse #1 le: 24 Mai 2011 à 22:10:03 »
Bonsoir Marico,

Je ne doute pas qu'ils et elles seront nombreux ici a avoir le courage de te lire; il ne s'agit pas de courage d'ailleurs, détrompe toi, mais simplement de se soutenir, de se comprendre mutuellement entre individus qui vivent une même expérience, douloureuse, individuelle, unique, mais pourtant commune; mais une expérience que ne peuvent pas même imaginer ceux qui ne l'ont pas vécue.

Moi-même, je n'imaginais pas ce que pouvait représenter de perdre sa compagne (ou son compagnon) avant de perdre, il y a 15 mois, celle qui a partagé ma vie pendant plus de 30 ans, celle sans qui je ne faisais rien: les affres de la maladie, un cancer du sein, puis de la déchéance avant le départ définitif.

De la compassion, j'en ai eue, du soutien aussi; mais le moment venu, chacun retourne à ses occupations et s'efforce d'oublier les tiennes. Je ne pense pas que ce soit de l'indifférence ou de la méchanceté, mais pour beaucoup, ta situation, notre situation dérange, met mal à l'aise et renvoie à chacun l'image de son propre couple, au cas où il lui arriverait la même chose, et à sa propre mort; et beaucoup préfèrent ne pas imaginer ces moments là  (c'était mon propre cas aussi, avant, je l'avoue), comme beaucoup préférent éviter d'envisager ou  deparler de  leur propre mort, de leurs propres obsèques, etc...

Alors oui, tu as raison, les amis se font beaucoup plus rares avec le temps, et l'on peut souvent compter sur les doigts de la main les vrais fidèles; il y en a quelques uns, heureusement. Mais la gêne est souvent réciproque: difficile, pour nous aussi, d'accepter de voir le bonheur d'être à deux chez ceux qui nous entourent.

Quant aux enfants, ils ont leur deuil, leur souffrance, leur manque dont l'objet est le même que le tien mais qui n'ont pourtant rien de commun avec ceux que tu éprouvent puisque c'est toute ta vie qui se trouve chamboulée, du jour au lendemain, et de façon définitive, même si l'on ne sait pas de quoi demain sera fait. Les enfants garderont la cicatrice du deuil, mais, et heureusement pour eux, dans l'avenir qui les attend, cette blessure et aussi notre propre comportement face au deuil (et à la maladie qui en aété la cause pour ce qui me concerne) les aidera à se construire; pour nous, qui, même entourés, restons "seuls" c'est très différent. On ne peut pas partager tous nos sentiments, même avec ses propres enfants, même lorsqu'ils sont devenus adultes.

Après 15 mois, personnellement, je n'ai pas encore admis le départ de ma femme, même si, certains jours, je me dis que c'est un peu moins lourd à porter; et puis, inopinément, un objet, un lieu, une personne, une situation, un livre, une émission de télé, fait que tu replonges au plus profond de ce qui s'apparente parfois à du désespoir.

Voilà, je ne suis pas sûr que ces quelques lignes t'auront remonté le moral; au moins, même après 5 ans, peux tu être certaine de ne pas parler dans le vide, de savoir que ta souffrance est partagée, comprise, et que ce ne sont pas que des mots bienveillants, car ceux qui t'écriront ici, souffrent du même mal que toi.

Amicalement

Hors ligne Pascale

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Re : Je me présente...
« Réponse #2 le: 24 Mai 2011 à 22:59:02 »
Bonsoir Marico,

j'ai aimé Jacques, il était mon  mari, mon Amour, mon Ami, mon Confident, mon Amant....
C'était mon homme à part entière.
Ton témoignage me renforce dans cette idée que je ne vais pas refaire ma vie facilement comme beaucoup me l'affirme, je ne suis pas en désamour. Comme quelqu'un qui divorce.
J'ai fait la connaissance d'une dame qui a perdu son mari à 38 ans elle en a 56 et elle ne ressent pas le besoin de refaire sa vie.
Pour ma part je n'en ai pas l'envie, mais chacun le vit comme il le sent.

Je vous embrasse
Pascale la Louve
Pascale la Louve

Hors ligne Marico

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Re : Je me présente...
« Réponse #3 le: 25 Mai 2011 à 06:21:17 »
Merci Ergé, merci Pascale de vos réponses,

Je crois, en effet, qu'il n'y a que sur des sites de deuil que nous pouvons, enfin, dire notre chagrin et notre désarroi sans honte, voire sans pudeur. Je conçois qu'il soit difficile à autrui de partager notre douleur dans le temps. 5 ans c'est long et de l'eau a coulé sous les ponts !... Pour le malheur des autres, nous avons tous des mémoires de poissons rouges !... Mais pour moi bien sûr, 25 ans de vie à deux, ça ne s'efface pas d'un coup de baquet d'eau claire... Parfois, quand je suis un peu triste devant les enfants, je leur explique qu'il y avait leur papa, mais qu'il y avait aussi mon mari et que je l'ai connu plus longtemps qu'eux, et qu'il me manque, c'est tout...

Pour les "nonendeuil", il semble inconcevable que, près de 5 ans après la mort de l'autre, on soit encore seul !... Et moi je m'étonne que même ma belle-famille ait occulté si vite la disparition du fils ou du frère... enfin à part ma belle-mère qui, souvent, s'inquiète de moi et apprécie la proximité des enfants. Pour tous les autres, la famille, les quelques relations et amis, "il faut que je sorte, que je vois du monde, que je rencontre quelqu'un..."
Si c'était si simple.

Tu as raison Pascale, quand on perd un conjoint, on n'est pas en situation de divorce ou de séparation. On n'est pas en désamour... On n'a pas choisi. Il faut des années pour intégrer vraiment, pour accepter le départ de l'autre qu'on avait épousé pour la vie, et jusqu'à ce que la mort nous sépare (bingo !)... J'ai accepté, évidemment, mais pas complètement "digéré".... Moi non plus, je ne ressens pas le "besoin de refaire ma vie", mais plutôt celui de me partager des moments de tendresse, de refaire l'amour, d'être belle pour quelqu'un... Tout ce que je n'ai plus vécu depuis 5 ans. Mais il est certain qu'une veuve avec 2 enfants jeunes, c'est pas facile à "caser"... et une veuve autonome, qui a appris à ne compter que sur elle et ne se laisse plus marcher sur les pieds, non plus !!!...   

Une copine, dont le mari est mort la veille du mien a rencontré un nouvel homme, divorcé, sur meetic, 6 mois après. Ils se sont mariés très vite, et on un petit garçon d'un an, aujourd'hui. Elle ne voulait pas que ses 3 enfants grandissent sans père. Lui avait 2 enfants. Elle a choisi un chemin diamétralement opposé au mien. Mais sur une blessure non cautérisée, elle a mis un emplâtre. Je vois aujourd'hui que son union bat de l'aile et qu'elle a peu d'espoir qu'elle dure... J'ai admiré, à l'époque, sa volonté de continuer sa vie coûte que coûte, je l'ai trouvée courageuse, mais moi, je ne pouvais pas agir comme elle, peut-être par loyauté envers mon mari, ou simplement parce qu'il me fallait apprivoiser ma nouvelle vie avec lenteur, penser à l'équilibre des enfants, retrouver mes propres marques et découvrir ce dont j'étais capable, seule.

Encore aujourd'hui, dans les coups de blues, je me demande : "Mais que s'est-il passé ce jour-là ? Et pourquoi nous ?" Par quelle fatalité la mort a-t-elle frappé là plutôt qu'ailleurs ? Je pensais autrefois, naïvement, que l'amour que nous portions à nos enfants et que nous partagions, nous protégeait du malheur. Mais hélas, rien ne protège du malheur... Quitte à tirer un numéro gagnant, j'aurais préféré que ce soit celui du loto !!!

Oui, Ergé, j'envie parfois le bonheur des autres, les couples qui partagent leur quotidien, leurs soucis, leurs projets et même leur désaccord..., les enfants joyeux qui crient "papa" à la sortie de l'école. Le regard de mon fils à ce moment-là me déchire encore le coeur... je ne m'habitue pas au gouffre immense dans lequel il est tombé ce jour-là. Il va bien, mais à 7 ans, il ne méritait pas cette injustice de ne plus jamais dire "papa" à personne ! Bien sûr il se construit avec cette histoire douloureuse, tout comme sa soeur. Et je sais que c'était son chemin de vivre ça, qu'il a un "train" d'avance par rapport à ses copains qui eux aussi, un jour, connaîtront la perte d'un parent ou d'un être aimé, etc... et que mes enfants savent, eux, qu'on survit au malheur et même qu'on devient plus fort.... Ils sont beaux, courageux et je les adore. Mais il n'empêche que, parfois dans les moments de révolte, je déteste franchement toutes ces familles que la vie épargne (ou semble épargner)... Et je me fous de leurs histoires de fric, de leurs vacances au Cap Ferret, de leurs projets d'agrandissement de la maison... (Ils "m'emmerdent", pour tout dire, avec le ronron de leur bonheur parfait...). Tout comme ils se foutent de mes insomnies, de ma fatigue récurrente, de mon immense solitude.... Le simple prénom de mon mari semble les terrifier, comme si parler de lui, évoquer un souvenir n'étaient plus de mise, voire inconvenant... Alors que moi, j'ai encore envie de prononcer son prénom et de le garder vivant dans les souvenirs de nos enfants et dans les miens. La mort n'est pas une maladie contagieuse !

Bref, tout ça m'éloigne d'eux, et sans être enfermée dans mon chagrin en permanence, je ne peux plus les comprendre, et eux ne peuvent me comprendre non plus. Nos priorités ne sont plus les mêmes ! Oui, les portes se sont fermées, mais au fond peut-être est-ce moi qui l'ai voulu !

Mon nouveau cercle de relations, dans cette région ensoleillée dans laquelle je me suis installée l'été dernier, est plutôt fait de quelques copines divorcées, veuves, célibataires de ma génération. Comme dit Ergé, nous souffrons du "même mal" et nous nous comprenons. Mais évidemment, nous ne pouvons pas parler en profondeur de nos douleurs, pour ne pas en permanence "casser l'ambiance". Tout ça reste assez superficiel et convenu. Mais c'est normal. La vie doit continuer, et elle peut être belle malgré tout !

Oui, parfois c'est un peu moins lourd à porter. C'est vrai. Il y a même des moments de vraie joie, de rires, de légèreté, d'oubli. Mais la mort de celui qu'on avait épousé pour la vie reste une marque au fer rouge pendant des années. Elle est là, on la porte en soi où qu'on aille et quoi qu'on fasse, et on se construit une nouvelle vie autour d'elle. Peut-être que dans 20 ans, la marque sera moins visible ? Je ne sais pas... Pfff... encore 15 ans avant d'avoir la réponse !!!

En tous cas, c'est un soulagement de venir ici, dans l'anonymat, raconter toute sa tristesse et chercher soutien et compréhension...
De toute façon, même si je n'étais pas lue, ça me fait simplement du bien de déverser le trop-plein de ce que j'ai sur le coeur, en ce moment.
Je crois que le mot que je prononce le plus, depuis 5 ans, c'est "fatiguée"... Oui, je me sens fatiguée en général...
Mais bon, demain est un autre jour... Ca va aller !
Bonne journée à toutes et tous. Merci d'être là.
A bientôt.
M




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Re : Je me présente...
« Réponse #4 le: 26 Mai 2011 à 12:46:35 »
Bonjour Marico,

Ton témoignage est utile, pour tous ceux qui comme moi se demandent comment tenir sur la durée. Ce que tu dis c'est exactement ce que je ressens : une immense solitude, une fatigue intense, l'éloignement de ceux qui ont une vie "normale" et qui ont peur d'être contaminés, serions-nous contagieux ? De toutes façons, on fait peur, les couples se méfient de nous et quelque part nous envient cette liberté que l'on a pas choisie, ceux qui ont une peur bleue de vivre seuls sont stupéfiés devant notre autonomie, notre indépendance subie.

Moi ça fait deux ans que je suis seule, après 26 ans d'amour, qu'est-ce qu'il me reste ? Des photos sur le frigo et à côté de la télé, ses cendres sur mon buffet, je ne veux pas m'en séparer...

Que cette vie semble absurde, quel sens donner à ce qui nous est arrivé ? Qu'avons-nous fait pour mériter un tel sort ?

Je n'ai toujours pas compris.

Je vous embrasse.

Hors ligne Marico

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Re : Je me présente...
« Réponse #5 le: 26 Mai 2011 à 16:16:38 »
Oui, je ne cesserai jamais de demander "Pourquoi lui ? Pourquoi nous ?" jusqu'à mon dernier souffle, et quand l'heure viendra, j'irai m'expliquer avec le grand organisateur de ce fiasco, à moins que d'ici là, il ne m'apporte la réponse !...
Toute cette douleur aurait-elle un sens ?
Mais alors lequel ?
Je ne crois pas que ce soit "mérité" ou pas, d'autres que nous, bien pires, mériteraient alors des douleurs inquantifiables. Peut-être payons-nous les erreurs de nos vies antérieures ?... Peut-être devons-nous apprendre de nos expériences douloureuses ?...
Ce dont je suis certaine, c'est que lorsque je regarde la femme que j'étais il y a 5 ans, je ne me reconnais plus en elle... J'espère alors, avoir changé en mieux !
Marico

Hors ligne Marico

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Re : Je me présente...
« Réponse #6 le: 26 Mai 2011 à 16:33:00 »
Tu sais, Nouveau, deux ans c'est long et très peu à la fois.
Tu sors à peine de la sidération, tu apprends à vivre sans "Lui". Tu mets un pied devant l'autre en croyant toujours que tu vis un cauchemar et que tu vas te réveiller, qu'il sera à la maison comme avant... et tu sais aussi que c'est faux. Tu te recroquevilles sur toi-même, tu t'assieds par terre dans ta cuisine et tu pleures... tu te révoltes, tu l'appelles, tu injuries, tu hurles, tu insultes... merde, c'est pas juste ! Pourquoi ? Pourquoi ?
Tu espères rêver de lui et tu n'y arrives pas. Tu te sens abandonnée, trahie, il ne t'envoie pas de signe qui puisse te faire croire qu'il n'est pas mort complètement, qu'il est juste derrière la vitre et qu'il te regarde et que tu ne le vois pas... Combien de fois ai-je posé ma main sur le carreau en espérant qu'il mettrait sa main sur la mienne de l'autre côté... Des trucs de fou et de désespoir total !... Mais après tout, peut-être l'a-t-il fait ?
C'est comme ça.
En 2 ans on n'est pas guéri. On prend à peine conscience de sa solitude. Tout est à venir...
Je commence à peine à accepter l'idée de le laisser "partir" vraiment... De ne plus l'appeler au secours, de ne plus compter sur lui pour veiller sur les enfants quand je ne peux le faire moi-même, de ne plus lui demander conseil sur mes choix... de ne plus attendre de réponse qui ne vient pas... Maintenant je sais, c'est inéluctable, mon mari est VRAIMENT mort !!!!
Je commence à peine à tourner la page et à regarder vers l'avenir...
Tu vois, tu as encore du chemin devant toi, même si pour chacun, il est différent, plus ou moins long... il est de toute façon toujours douloureux.
Courage à toi.
Cordialement
Marico



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Re : Je me présente...
« Réponse #7 le: 27 Mai 2011 à 12:22:49 »
Bonjour Marico,

Je parle beaucoup de moi, mais c'est sans importance comparé à l'immense chagrin que je ressens devant la détresse de mon fils. Il aura bientôt dix-huit ans et ne se remet pas de la mort de son père, il est complètement perdu. C'est pour lui que je me lève chaque matin, alors qu'après deux ans de combat acharné, je dois me rendre à l'évidence : je ne pourrai pas le sauver.

Il partira sans doute un jour lui aussi en me laissant cette impression terrible de gâchis, cette famille pour laquelle nous nous sommes tant investis, il n'en restera que les souvenirs d'une vie heureuse...

Le reste de ma vie va me sembler long, très long et affreux !

Je t'embrasse

Hors ligne Pascale

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Re : Je me présente...
« Réponse #8 le: 27 Mai 2011 à 12:59:59 »
Bonjour Nouveau, sauver qui?
Pascale la Louve

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Re : Je me présente...
« Réponse #9 le: 27 Mai 2011 à 18:40:56 »
Bonsoir Nouveau,

Je crois que nous sommes tous sur ce site pour la même chose, parler de nous et de notre douleur.
Tu n'as pas à t'en excuser.
Ton fils est en détresse, est-il allé consulter un psychologue ? A-t-il reçu une aide ? Le souhaite-t-il ?
Qui ne pourras-tu pas sauver ? Ton fils ? Pourquoi ?
Ou partira-t-il ?
Que de questions...

Bien sûr que ton fils est complètement perdu, mais tu dois te faire aider si tu n'y arrives pas seule. 17 ans c'est très jeune pour perdre son père mais je t'assure que bien conseillé, bien soutenu, ton fils peut continuer à avancer sans lui.
Ne reste pas seule dans ton désarroi, demande conseil à un médecin qui te donnera des pistes fiables.
Tu ne peux pas cumuler les peines, la tienne et celle de ton fils, c'est trop... j'en sais quelque chose mais moi, mes enfants étaient très jeunes et j'ai pu gérer en les amenant chez un professionnel très rapidement.
Courage, demande de l'aide pour toi et ton fils.
Tiens nous au courant.
Je t'embrasse.
M.

Hors ligne Nouveau

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Re : Je me présente...
« Réponse #10 le: 30 Mai 2011 à 12:49:09 »
Bonjour Pascale et Marico,

Suite à la mort de son père mon fils s'est mis à fumer le cannabis, beaucoup trop et à sombrer dans l'alcool, il est devenu très violent, j'ai même dû porter plainte contre lui. Il est suivi depuis un an 1/2 par un psychiatre et prend un traitement, il est traité pour des psychoses, il a des hallucinations...

Pendant ces deux ans, j'ai frappé à toutes les portes, comme je le dis souvent j'ai remué le ciel et la terre, j'ai souvent sollicité mon mari pour qu'il me vienne en aide, puis une assistante sociale, des éducateurs, le juge des mineurs... Je lui ai fait reprendre une scolarité, il a essayé plusieurs apprentissages, mais il n'arrive à rien, tout est très compliqué pour lui, ce n'est pas qu'il n'a pas de courage, ni qu'il n'est pas motivé, mais il ne peut pas.

Le psychiatre me dit qu'il est trop jeune pour qu'on puisse poser un diagnostic et moi je suis impuissante, il ne veut plus que je l'aide, il me dit qu'il va avoir 18 ans et que tout va changer !?!

Pour être honnête j'ai bien peur qu'il ne se suicide, il est intelligent et sa vie (et la mienne) est devenue un enfer.

Je vais prochainement contacter une association pour me faire aider, plus rien ne presse, de toute façon j'ai décidé de lâcher prise pour d'abord me récupérer moi après ces deux longues années épuisantes, pour pouvoir mieux l'aider ensuite quand j'aurai repris des forces.

Mes parents âgés aussi me pompent l'air, quand est-ce que ce cauchemar finira ? quel est ce jour où je n'aurai plus qu'à m'occuper que de moi ? Mes amies me disent que ce jour là je m'ennuyerai, moi je sais que non, je revivrai !

Je vous embrasse