Auteur Sujet: En décalage  (Lu 13875 fois)

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Hors ligne Alexandra

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En décalage
« le: 19 Décembre 2016 à 11:31:15 »
Je me lance à mon tour, ces derniers jours sont si lourds, si violents et le silence assourdissant. Je ne sais pas à qui parler, je ne sais pas comment en parler, j’ai l’impression que je gêne, que ma peine dérange, je me sens terriblement seule et je ne sais pas à qui le dire.

J’ai perdu mon compagnon le 10 Juillet, en 3 semaines d’horreur après 6 mois de déni, son corps nous a lâché brutalement. Des métastases partout et cette image monstrueuse du scanner de tes poumons mon amour, qui ne sont plus qu’une tâche blanche de métastases. Ces jours où tu déclines, violemment, où tu me dis des horreurs et je t’engueule parce que tu n’as pas voulu réagir plus tôt, où je te dis que je veux t’épouser et que tu me dis pas maintenant, où je te mens quand tu me dis que tu as peur de mourir en te disant que ce n’est pas pour ce soir. Et ce coup de téléphone de l’hôpital, où j’entends comme ces derniers jours ton cœur qui s’affole, bip-bip-bip, bip-bip-bip, bip-bip-bip, et je sais, je sais que quand j’arriverai à l’hôpital tu seras mort, et j’arrive à l’hôpital et tu es mort. Et je revois en boucle l’interne qui m’accueille, qui me dit que ce n’était pas prudent de conduire, qui me fait assoir dans la salle de réunion du service de réanimation et qui me dit que tu es mort depuis 10 minutes. Je suis arrivée 10 minutes trop tard. Et il ne me regarde pas, et je répète en boucle que ça n’est pas possible, c’est pas possible, c’est pas possible, non. Et il s’en va, il ne sait pas quoi faire de ma peine et l’infirmière qui vient le remplacer joue avec ses ongles, clic-clic-clic. Et j’attends ma sœur, et j’attends nos amis, et j’attends ta famille. Ta mère qui arrive, qui crie que ça n’est pas possible, qui tape du point sur la table, c’est pas possible. Et on nous dit qu’on pourra te voir, et je n’ose pas, deux heures passent, avant d’aller te voir je demande à mon père si tu seras déjà rigide. Et on ne nous dit rien, et je rentre dans ta chambre, tu es rigide, difforme, blanc, ça n’est plus toi, ça n’est même plus ton corps cette chose difforme et froide et l’infirmière me dit que tu as l’air apaisé et je veux lui dire que je m’en fous, que tu es mort, et je m’en fous. Je m’en fous que tu n’aies pas l’air de souffrir maintenant, tu as tellement souffert ces derniers jours, alors je m’en fous, et tu es mort, tu ne seras plus jamais là, je regarde ce corps, je crois que ta poitrine se soulève et tes yeux s’ouvrent mais il ne se passe rien. Je te quitte quelques minutes, je veux te revoir et ma sœur me dit que ça ne sert à rien, que je te reverrai plus tard, plus tard, mais bordel, tu es mort, et je ne te reverrai plus.

Et il faut affronter cette cérémonie, depuis quelques jours je sais, je sais que tu n’es déjà plus là, je l’ai lu dans tes yeux, je l’ai vu dans ton corps, ça n’est plus toi ce presque cadavre à qui je ne sais plus trop quoi dire. Depuis quelques jours je me demande quelle musique je mettrai le jour de ton enterrement. Mais il n’y a pas d’enterrement, tu avais dit à tes parents que tu voulais une crémation, ça me glace le sang. Trois jours avec ton corps, ils ont réussi à te rendre ton visage et tu es si beau, je te regarde encore et encore, j’attends que tu reprennes ton souffle mais ça ne vient pas. Tu reste froid, dur comme la pierre, la couleur de ta peau change tellement vite, j’ai envie de poser ma tête contre toi, mais je ne supporte pas l’odeur, j’ai froid dans cette pièce frigo mais je reste avec toi, je veux veiller sur toi, dans quelques heures, ils brûleront ton corps, ils te feront disparaître le plus vite possible, pour qu’il ne reste rien. Je ne veux pas entrer dans la salle pour la cérémonie, je ne veux pas entendre les discours l’un après l’autre, je ne veux plus lire ton nom sur cet écran qui dit que tu as 28 ans, je ne veux pas que ça soit fini, je ne veux pas attendre qu’on nous fasse entrer dans l’autre salle, je ne veux pas voir leur film, parce que je sais que quand ils zoomeront sur la plaque, quand on verra en gros ton nom, avec la date de ta naissance et celle de ta mort, quand cette image s’éteindra, ils brûleront ton corps comme on brûle un déchet, on te tuera une deuxième fois en te faisant disparaître le plus possible. Et ça y est, on zoome sur la plaque sur ton cercueil, avec cette horrible faute d’orthographe, et l’image s’éteint, et je sais ce qu’ils te font, ce qu’ils font au peu qu’il restait de toi, je sanglote comme une folle. Et il faut faire bonne figure, se retrouver après avec les amis, les collègues, la famille, sans toi depuis trois jours et sans toi pour toujours. Et encore rentrer chez nous, essayer de manger, les entendre encore parler des vacances de mon père au Japon, je n’en peux plus, je n’en peux plus. Et heureusement la psy quelques jours plus tard, heureusement grâce à elle, je demande à tout le monde de partir, de me laisser seule, de me laisser dans le silence sans toi.

Des mois maintenant que je vis dans ce silence, je suis obligée de me protéger. Je ne supporte pas ma famille qui me presse, qui me scrute, qui me dit que si je reste seule je vais devenir folle, qui m’accuse de me victimiser, qui me félicite de ne pas pleurer devant les gens, qui me dit qu’au final si on m’écoutait ce serait moi la plus malheureuse et pas toi. J’ai tout quitté, j’ai recommencé à travailler, il a fallu trois mois pour que j’y arrive, je me suis installée dans cette région où on rêvait de s’installer, où tu regardais les maisons. Deux mois plus tard, j’essaie toujours de me raccrocher à quelque chose. Je n’y arrive pas, je n’arrive pas à travailler, je n’arrive pas à m’intéresser à ce travail qui me faisait rêver. J’essaie de rencontrer du monde, je me suis mise au yoga pour me détendre, mais me détendre me donne envie de pleurer et c’est dur qu’on puisse me voir comme ça. J’ai fait des rencontres, mais j’ai peur de déranger, je suis tellement seule que quand ça sort je ne filtre plus rien et je raconte toute ma vie à des étrangers que je dérange, je le sens bien. Je ne veux plus rencontrer ces gens qui comparent leur divorce à ta perte, toi tu n’auras pas la chance de refaire ta vie sans moi, moi je n’oublierai jamais ce corps qui n’était plus toi. Samedi, je me suis confiée à une fille que je venais de rencontrer et qui m’a dit de faire attention de ne pas raconter ma vie à tout le monde. Hier, j’ai baissé les armes un peu avec cet homme que je viens de rencontrer et avec qui, de façon incroyable après si peu de temps sans toi, je me sens bien. Il a fait ce qu’il a pu pour comprendre, mais on était au resto, et ça le dérangeait, chut, ne parle pas si fort… Et je me suis excusée, il m’a dit que je n’avais pas à m’excuser, mais j’ai bien senti qu’il aurait préféré que je ne parle pas de toi, que je ne lui dise pas à quel point ma famille me faisait souffrir déjà bien avant toi.

Alors aujourd’hui je me sens en décalage, j’ai l’impression d’être en dehors du monde, de regarder le monde qui s’anime et de ne plus en faire partie. Et aujourd’hui je voudrais dire merci à toutes celles et à tous ceux dont j’ai pu lire les histoires ici depuis quelques jours, certains jours c’est moins dur de savoir que je ne traverse pas ça toute seule.

Hors ligne Titi62

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Re : En décalage
« Réponse #1 le: 20 Décembre 2016 à 08:42:53 »
Alexandra,

Je ne veux pas être la donneuse de conseil de plus mais ton récit montre que tu affrontes ton deuil seule, que tu es en colère et que tu ne trouves personne pour partager tes sentiments.
Si tes proches ne peuvent pas t'aider, pourquoi ne cherches tu pas de l'aide auprès de professionnels du deuil. Je suis du genre à penser qu'on doit s'en sortir seul, que les psy ne servent à rien.... pourtant pendant la maladie de mon mari a été malade 5 mois, j'ai craqué, impossible de m'arrêter de pleurer. J'étais au boulot et ma crainte était de ne pas pouvoir rentrer chez moi et que mon mari me voit dans cet état. J'ai donc été voir un médecin, chance ce jour là, il a eu des patients qui ne sont pas venus  et il a donc pu me consacrer du temps. Cet échange m'a remis sur les rails, j'ai pu rentrer chez moi, parler avec mon mari de mon angoisse face à sa maladie et lui a pu me dire qu'il avait peur que je tombe malade... bref j'ai pu continuer et faire face.
Je pense que si ce dialogue avec quelqu'un qui ne me connaissais pas, qui ne connaissait pas mon mari m'a aidé, cela doit être possible pour toi aussi.
 Penses-y, une personne formée à l'écoute sera plus aidante qu'un inconnu auprès de qui tu déverses ta peine sans qu'il sache quoi en faire, ou que ta famille qui trouve que tu mets bien longtemps à te remettre parce qu'ils ont envie de reprendre leur vie parce que ta peine n'est pas la leur

Hors ligne Alexandra

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Re : En décalage
« Réponse #2 le: 20 Décembre 2016 à 10:53:41 »
Je sais bien Françoise, j'ai de l'aide avec une psy depuis que j'ai perdu mon compagnon, je ne pouvais pas affronter tout ça seule. Mais je crois que ces jours-ci, ça ne suffit plus. Parler de Tom une fois de temps en temps, alors qu'il était toute ma vie, qu'il est encore toute ma vie, non ça ne suffit pas, ça ne suffira jamais. Bien sûr je sais bien que parler de ce que je traverse à des personnes qui me connaissent à peine, ça ne sert à rien, ça ne va pas me soulager, ça n'est pas le but d'ailleurs.

J'ai du changer de région pour travailler et j'ai le choix: soit je reste terrée chez moi à ne voir personne, soit je rencontre de nouvelles personnes. Et inévitablement si je le fais, je sais aussi que ça ne sera pas facile. Ce que je traverse fait partie de moi maintenant, évidemment quand je rencontre de nouvelles personnes, ça vient pêle-mêle au milieu de toutes les petites banalités qu'on se raconte pour faire connaissance, "oui je viens d'arriver dans la région, non je ne connais pas beaucoup de monde ici, je viens de perdre mon compagnon et j'ai envie de voir du monde depuis quelques temps". Je ne veux pas me sentir coupable d'avoir perdu l'homme que j'aime et je ne peux pas faire semblant que ça ne fait pas partie de ma vie, sinon ça ne sert à rien, je préfère rester chez moi et ne rencontrer personne ici.

Alors hier, j'avais juste besoin de déverser ma colère, de regarder en face ces images qui tournent en boucle. Pas pour qu'on les lise, juste pour les sortir de ma tête, pour les poser devant moi, parce que justement ces images sont là et que je ne veux pas tisser de nouveaux liens avec elles en arrière-plan.

Hors ligne Faïk

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Re : En décalage
« Réponse #3 le: 20 Décembre 2016 à 12:08:49 »
En décalage… l'impression d'être entre deux mondes qui ne communiquent guère ou plus ajoute de la souffrance là ou il y en a tant déjà ... Tous nos repères ont volé en éclats et notre nouvel état ne semble plus adapté au monde qui continue de tourner.  Nous voici tels une pièce inadéquate qui bien que  retournée en tous sens, ne trouve plus sa place dans le puzzle qui faisait autrefois notre vie, celle que nous menions parmi ceux qui sont devenus maintenant les autres ... une pièce en trop ?
La lecture des nombreux messages postés ici montre que c'est une constante alors même que notre humeur est inconstante et épuisante.
On peut comprendre qu'outre son chagrin, notre entourage ne peut appréhender les bouleversements qui nous agitent, la perte étant une « expérience »solitaire.
Même chagrinés, peu seront à même de comprendre ou d'avoir la patience de confronter notre souffrance à leur propre bien-être. Certains prendront carrément leurs jambes à leur cou quand quelques-uns essaieront de nous accompagner, un jour, deux jours, quelques semaines ou quelques mois…
Peut-être deviendrons-nous un jour le maillon qui relie ces deux mondes …et que « savants » de la perte, nous deviendrons assez malléables pour passer de l'un à l'autre, selon nos envies, nos humeurs, nos tristesses et nos joies … certains semblent y arriver …

Dans un entre-soi ou avec ceux qui ne savent pas, parler, écrire, tous les moyens d'expression dans lesquels on peut déposer le trop-plein sont à prendre pour rester un tant soi peu debout si on a fait ce choix, à notre corps et cœur défendants parfois …sans honte ni culpabilité ...

Je pense à vous
« Modifié: 20 Décembre 2016 à 12:11:08 par Faïk »

En ligne souci

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Re : En décalage
« Réponse #4 le: 20 Décembre 2016 à 12:42:36 »

    Ces derniers mots de Faïk, ce thème du décalage ...
    m'ont fait apparaître l'image d'un clown monté sur échasses, car dans le meilleur des cas, c'est ce que nous sommes en société ...
    Jamais plus sur le même plan ...
    Ou bien on va devenir des as du paradoxe, ou bien on va morfler, ou bien on va s'abrutir, ou un peu de mélange en fatras de tout ça ...
     Solidairement, Martine.
     
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.

Hors ligne Titi62

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Re : En décalage
« Réponse #5 le: 20 Décembre 2016 à 14:49:00 »
Alexandra,

C'est ce qui est bien sur le forum, pouvoir écrire ce qu'on ose pas dire ou qu'on ne peut pas dire ailleurs. Partager avec ceux et celles qui traversent la même tempête, nos doutes, nos pensées.

J'ai la chance d'avoir une famille formidable qui m'épaule. Michel est parti le 24 novembre qu'en sera-t-il dans quelques mois ?
Je prends ce qu'on me donne aujourd'hui, c'est déjà beaucoup. J'ignorais qu'on souffrait autant physiquement du deuil de son compagnon. J'ai perdu mon père à l'âge de 20 ans,, il y a 34 ans. Ma mère avait 56 ans, elle n'a jamais exprimé ou partagé sa douleur.

J'ai deux filles de 27 et 25 ans et nous parlons beaucoup de ce que nous ressentons, de la douleur de l'absence de Michel. J'ai vraiment l'impression que cela nous aide toutes les trois.
Puisque tu es seule dans une région où tu ne connais pas grand monde, j'imagine qu'il est difficile de partager, et c'est là que le forum est utile.
Continue à écrire, tu auras toujours une écoute attentive des membres du forum.

Hors ligne Pierre

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Re : En décalage
« Réponse #6 le: 20 Décembre 2016 à 16:39:13 »
Alexandra,
Et pourquoi ne pourrais tu pleurer?
Peur du regard des autres?
Mais on s'en fiche des autres!
Si pleurer te fait du bien (et cela fait du bien il me semble), et bien détend toi.
Le Yoga effectivement peut t'aider... si tu acceptes tes émotions.
Quand j'ai commencé la méditation (dans un groupe), j'ai passé les premières séances à pleurer.
Les larmes coulaient en silence.
Et petit à petit, elles se sont taries.
De temps à autre, la tristesse se rappelle à moi et puis s'éloigne.
A mon avis, il ne faut pas lutter contre ses émotions. Il faut au contraire les reconnaître, les accueillir et les laisser partir.
Tu peux y arriver, tu sais!!!
Pierre

Hors ligne *Ephémère*

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Re : En décalage
« Réponse #7 le: 20 Décembre 2016 à 21:57:43 »
Bonsoir,
Ce besoin ou ce refus de parler...
L'autre si désemparé dès que l'on ose évoquer notre peine...
Ou seulement notre aimé qui n'est plus.

Cet entre deux mondes.
Entre le monde d'avant ; celui de nous deux.
Et le monde  d'aujourd'hui ; celui de nous sans lui.
Nous sommes d'étranges animaux.
Semblables à ce que nous fumes, et pourtant si différentes.

Bon, ce matin, nous avons travaillé sur   un ancien agenda professionnel, et instantanément les yeux humides et la voix qui tremble. Face à mon patron qui a vraiment dû me prendre pour une folle.....
Ben oui, M'sieur, mais voilà, ce jour-là, c'était encore le temps d'avant...
Il est bien élevé, ce monsieur, alors il n'a rien laissé paraître.
Seulement trahi par  son regard, soudain un peu perdu ; inquiet.
Et moi,... juste assez de souffle pour péniblement terminer ma phrase.

Le temps qui passe adoucit la peine, c'est vrai ; je le sais bien.
Mais nom de nom.... l'émotion n'est pas loin.
Cette fichue période des fêtes de fin d'année, et la  pluie qui revient  sur les joues.
Rien de grave ; juste de quoi faire briller le regard.
« Modifié: 20 Décembre 2016 à 22:08:07 par *Ephémère* »
*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne qiguan

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Re : En décalage
« Réponse #8 le: 21 Décembre 2016 à 16:59:28 »
ayant côtoyé avant le décès et après (dans ma clientèle) des personnes veuves depuis très longtemps (plus de 30 ans) d'autres plus récentes j'avais pu constater
ce décalage
marquée par mes deuils jeunes
(petit rappel à 20 ma meilleure amie -accident-alors que j'étais dans ma nouvelle vie de femme enceinte et un ami d’enfance : leucémie , quelques mois après mon papa : cancer, deux ans plus tard mon beau père : cancer, puis d'autres)
 et en 2006 ma meilleure amie
tout ça m'a placée toute ma vie en équilibriste, en décalage permanent !
Si j'ai su jusqu'au deuil de mon aimé me relever au bout chaque fois de 1 à 2 ans là c'est et bien plus fort, plus profond, difficile à panser et penser ...
les paradoxes des rires et du désespoir intérieur (par rapport à la perte de mes meilleures amies de mon papa) ont été une constante
là de clown je crois être devenu l’ornithorynque  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ornithorynque) de mon livre d'images d'histoire d'enfant qui était mal et pas reconnu où qu'il aille ...
j'ai décidé d'apprendre à continuer à vivre en allant vers les autres qui parfois sont bienveillants, respectueux dans des milieux où on ne croirai pas spontanément trouver cela ...
la magie aussi des possibles beaux humains ...
ces lieux, milieux sont TRÈS rares mais me permettent un peu de vie sociale hors de celle obligatoire niveau pro.
chaleureusement que de l'apaisement vous visite de plus en plus
« Modifié: 25 Décembre 2016 à 14:06:19 par qiguan »
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char

Hors ligne *Ephémère*

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Re : En décalage
« Réponse #9 le: 21 Décembre 2016 à 19:46:20 »
Martine, ton clown monté sur échasses, il me plait bien.
Moi je crois que les bras grands ouverts, c'est un signe de générosité.
Avec ses longues longues jambes, il va pouvoir avancer plus vite sur les chemins qui s'ouvrent à lui.
Et puis c'est sur, de là-haut, le paysage doit être encore plus beau.
Mwoui, je l'aime bien ton clown.
Alors merci pour l'image.
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       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne Ela

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Re : En décalage
« Réponse #10 le: 21 Décembre 2016 à 20:15:31 »
Qigan.... Depuis toujours, je me sens très "ornithorynque" moi aussi... Les accidents de parcours, qui font de nous des gueules cassées, transformées, difficiles à intégrer, en apparence, à certains paysages... Mais tout comme l'ornithorynque, on apprend à avancer en clopinant, cahin caha... On apprend à nager pour ne pas couler. On apprend à se défendre face à l'adversité. On apprend à ne pas toujours être compris.   Moi je veux bien continuer à patauger et claudiquer avec toi et d'autres sur ce forum. Car oui, heureusement, il reste toujours des clowns tristes et bienveillants, des ornithorynques et autres animaux étranges et sympathiques à rencontrer sur les chemins de traverse des accidentés de la vie. Je vous embrasse bien fort.

Hors ligne Alexandra

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Re : En décalage
« Réponse #11 le: 22 Décembre 2016 à 09:42:57 »
Merci à toutes et à tous pour vos réponses, je crois que ce matin pour la première fois depuis quelques semaines, ça va un peu mieux. J'avais l'impression d'être une horrible chimère à trois têtes, je préfère de loin ressembler à un ornithorynque, un peu étrange, mais au moins pas repoussant.

Merci Pierre aussi, j'ai eu envie de méditer après ton message et certaines sensations qui font du bien sont remontées à la surface, je les garde bien au chaud pour le prochain creux de la vague.

Une grosse pensée pour vous toutes et vous tous.

Hors ligne Alexandra

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Re : En décalage
« Réponse #12 le: 26 Décembre 2016 à 11:34:13 »
Fausse alerte mon amour,
c'est déjà le creux de la vague, je coule, je m'étouffe, je replonge. Ces jours-ci, je replonge, je n'ai plus envie de rien. Je ne peux pas, je ne peux plus, je suis épuisée, je veux juste que ça s'arrête, mourir avec toi pour de bon. Je n'en peux plus de me réveiller le matin, de me dire que ce matin ça va, et d'ailleurs pourquoi je me dis ça, ah oui, ça y est, je me souviens, mon amour, tu es mort... Pas "parti", tu n'es même pas ailleurs, et tu me manques et tu ne le sais même pas. Parce que ça y est, c'est pour de vrai, j'aurai beau pleurer reviens, reviens, reviens, non tu ne reviendras pas. J'aurai beau t'aimer de toutes mes forces, ça n'aura pas d'importance, tu ne le sauras jamais.

J'en ai tellement marre, je veux juste que ça s'arrête, je ne veux même plus t'aimer. Et pourtant, il y a ton rire qui résonne, tes yeux qui rient, ta belle barbe rousse en pagaille, je cherche encore ta main, je me glisse encore dans tes bras sur le canapé,  je m'endors encore contre toi... mais je me réveille seule avec le chat contre moi. Je deviens complètement zinzin, je perds les pédales, j'écris à un souvenir, c'est pas beau à voir. J'en ai marre de cette foutue fracture du cœur, quand est-ce que ça s'arrête? 

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Re : En décalage
« Réponse #13 le: 26 Décembre 2016 à 13:21:11 »
Notre malheur nous a projetées sur de gigantesques montagnes russes.
Contre notre gré.
Moi qui n'ai jamais aimé ces manèges à sensations, me suis trouvée, comme toi, confrontée à des moments où la douleur se faisait plus discrète.
Sans savoir ni comment ni pourquoi.
Et puis dans la minute suivante, pliée en deux à vômir d'avoir trop sangloté de désespoir.
Oh Alexandra, comment adoucir un peu ta peine ?
Je crains de déclencher ta colère si je te dis  qu'aussi incroyable que cela puisse paraître, le temps qui nous entraîne comme fétus de paille dans l'oeil du cyclone, oui, que le temps adoucit peu à peu notre peine.
Je crois bien que j'aurais hurlé de rage, et mordu, si on m'avait dit pareille chose dans les premiers mois de ma vie sans lui.

Le temps à suturé la plaie, et fait cesser l'hémorragie.
Bien sûr qu'il pleut encore sur mes joues, parfois.
Mais je suis debout.
Etonnée de l'être, car moi non plus, je ne pensais pas pouvoir survivre à cette abomination.
Ne plus penser pour effacer un présent invivable ; se réfugier dans des rêves d'où la souffrance serait bannie.

Puis peu à peu, j'ai recommencé à accepter de penser ; j'ai retrouvé mon humanité.

A résister pour ne pas sombrer, à lutter pour préserver un semblant d'équilibre, j'ai craint de perdre mon adoré dans une sorte de déni ; peur de perdre son image, le son de sa voix ; les souvenirs.
Mais les souvenirs sans les larmes.

Oh Alexandra, j'aurais tant voulu t'aider, et voilà que je te parle de moi....
Me croiras-tu si je t'écris que le temps arrondit notre peine, et que si notre coeur se fait lourd dans les moments de grisaille, il ne se déchire plus à chaque battement ?
« Modifié: 07 Juin 2017 à 19:18:22 par *Ephémère* »
*Ephémère*

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Re : En décalage
« Réponse #14 le: 26 Décembre 2016 à 22:02:38 »
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