Auteur Sujet: déplacement d'un sujet de la section livres  (Lu 94 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne strawberry

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 26
  • Le forum d'entraide durant un deuil
déplacement d'un sujet de la section livres
« le: 20 Juin 2019 à 21:01:34 »
Bonjour à tous,

Je me suis inscrit ici, il y a presque cinq ans, peu après le décès de ma femme. Je continue de venir régulièrement, même si je poste peu. J'ai aussi parfois du mal à lire toute cette souffrance et cette douleur.

Je ne suis toujours pas remis de ce décès, même si bien sûr, c'est moins à vif.

Ma façon de tenter de guérir a été d"écrire. J'ai terminé un premier roman que j'avais commencé avant le décès de mon épouse.  Il a été édité et rencontré un succès d'estime.

Là, mon deuxième livre vient de paraître. Il traite bien évidemment du sujet qui nous concerne tous. Je ne donne pas de solution , mais j'ai mis en mots, cette épreuve et ma façon de la vivre, à travers un personnage qui me ressemble. Sans pathos, me semble-t-il. C'est ce que pense mon éditeur.

Je ne sais pas, mon but n'est pas d'en vendre des millions, mais peut-être que ce roman pourrait être utile à certaines personnes, ici. C'est en tout cas, une expérience parmi d'autres.

Je peux en parler en mp, si ça s'apparente trop à de la publicité.

Bien à vous

Christophe

Hors ligne strawberry

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 26
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : déplacement d'un sujet de la section livres
« Réponse #1 le: 20 Juin 2019 à 21:03:12 »
Quelques extraits :


Éric Debussy n’a pas été le mari idéal ; il découvre qu’il est encore plus difficile d’être le veuf idéal.
Veuf, ce mot est inélégant. Éric a cherché un synonyme moins gênant dont il aurait pu s’affubler, mais il n’en existe pas. L’unique terme que les linguistes autorisent est « seul ». Mais « seul » ne rend compte que d’un aspect subalterne de veuf. Il peut être un état transitoire.
Veuf a peu de concurrents quand il s’agit de jeter un froid dans une conversation.
— Je suis veuf, indique-t-il pourtant sobrement.
— Ah…
Quelquefois, il n’obtient même pas de réponse.
Éric ne voit guère que pédophile ou meurtrier en série comme indication plus sulfureuse sur une carte de visite.
L’administration n’a rien prévu pour améliorer ou au moins édulcorer sa condition. Les personnes à mobilité réduite, les déficients visuels, les pupilles de la nation s’en tirent à bon compte. Lui, il est veuf.


Les gens qui entourent Éric souhaitent une cicatrisation rapide.
— Courage, ça va être dur au début, mais…
— Le temps efface la douleur.
« Ob-La-Di, Ob-La-Da », comme l’a dit Paul McCartney.
Les psychologues – qu’on lui recommande de consulter – ont listé les grandes étapes du deuil. D’ici trois ans, il sera tiré d’affaire. Il les déjoue en s’engageant dans le deuil pathologique.
Tous ces spécialistes qui théorisent ont-ils déjà perdu Cécile ?
Son médecin lui a prescrit des somnifères, mais Éric met des heures à trouver le sommeil. Les questions existentielles le hantent. Et surtout la principale : pourquoi a-t-il si longtemps refusé d’acheter un sèche-linge à Cécile ?


Éric a un jeu qui le soulage mieux qu’une ordonnance d’antidépresseurs. Il en a inventé les règles, et il est le seul à le pratiquer. Il entre en contact avec Cécile à l’aide du 44, l’âge où sa femme est morte. Éric le débusque à l’arrière des voitures – « CD 44 ». Il le traque dans les flashs d’informations – 44 morts dans un attentat au Nigéria. Il le découvre caché dans les appareils de toutes sortes – ralentissez, 44. Il le surprend sur flanc d’une vache qui en combat une autre, dans un jeu de village, en Italie.
Le 44 domine le monde, et l’univers, sûrement. Il balaie tous les autres chiffres et nombres. Il sort en cascade de la bouche des gens, des plus anonymes aux plus connus. Dans la première vidéo qu’Éric a regardée sur YouTube, depuis le décès, Bernard Hinault s’est extirpé de la neige et du froid de Liège-Bastogne-Liège avec un numéro 44 en piteux état, mais qui donne un éclat particulier à sa légende.
Les 44 vont se nicher dans les endroits les plus improbables et surgissent comme des lueurs : « Oui, mon chéri, c’est moi, Cécile ! Je suis là, avec toi ! »
La nuit, il lui arrive de se réveiller en sursaut. Une voix intérieure, impérative, lui enjoint de se tourner vers son radio-réveil. Celui-ci indique 21 h 44 ou 2 h 44. La seconde d’après, le 44 se mue en 45, comme un clin d’œil digital supplémentaire.
Éric sait que les 44 retrouveront leur usage normal quand il ira mieux.

Hors ligne qiguan

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 4498
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char