Auteur Sujet: Le couple, une référence  (Lu 319 fois)

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Le couple, une référence
« le: 26 Février 2019 à 22:36:11 »
Après une vie mouvementée, je rencontrais en août 2011 celle qui allait devenir ma compagne "de fin de vie", enfin c'est que je pensais, c'est ce que nous pensions l'un et l'autre. Nous étions déjà dans la soixantaine, elle veuve, mois divorcé. Ni elle ni moi n'étions extraordinaires...mais nous l'étions l'un pour l'autre.  En mai 2013, nous scellions cet amour par mariage, nous disant mutuellement à la blague que ce contrat avait une durée de 25 ans, renouvelable à échéance si nous avions été gentils l'un pour l'autre.  Sachant qu'il était possible que l'un plie les genoux avant l'autre, nous nous engagions mutuellement à prendre soin l'un de l'autre si le malheur devait frapper.  Mais jamais nous n'aurions cru que cette éventualité allait arriver aussi tôt
À l'automne 2017, ma compagne a commencé à présenter des changements de comportements et de personnalité que ni elle ni moi n'arrivions à expliquer, encore moins à comprendre.  Jusque là, elle était physiquement en forme, sure d'elle même, active, sa vie assez routinière sans être monotone.  Et puis, elle a commencé par voir son sommeil perturbé, et au fil des semaines, elle est devenue paranoiaque, insécure, elle perdait intérêt à ce qui motivait son quotidien jusque là, ses jambes devenaient plus faibles, elle perdait sa référence au temps, etc...

En juin 2018, nous sommes allés en voyage pour la dernière fois.  Ses capacités cognitives étaient encore présentes, mais elle avait beaucoup de difficulté à marcher, et elle n'avait plus la notion du temps.  Dans les semaines qui ont suivi, son état s'est mis à se dégrader à vitesse grand V; chaque journée qui s'amenait était pire que la veille. Bref, rendu en septembre ses jambes ne la portaient plus, ses capacités cognitives étaient affectées.  Elle a été hospitalisée en octobre pour évaluation, le diagnostic est tombé au début novembre: Maladie de Creutzfeld-Jakob, elle n'en avait plus que pour quelques semaines à vivre. Elle est décédée le 29 décembre 

Durant les mois qui ont précédé sa mort, je me suis occupé d'elle, j'ai mis ma vie entre parenthèse, elle est devenue ma seule et unique préoccupation au quotidien.  Je pense avoir fait pour elle ce qu'elle aurait fait pour moi, conformément à l'engagement que nous avions pris l'un envers l'autre. Malheureusement, la situation a évolué tellement rapidement que ni elle ni moi n'avons venu la fin venir au moment où elle était encore lucide, de telle sorte que son départ laisse un dossier ouvert.  Nous n'avions pas de conflits non réglés, mais elle est partie sans que nous puissions échanger sur notre bilan de vie, sans que nous puissions échanger sur sa fin prochaine. Le souvenir heureux qui me reste des dernières semaines de sa vie c'est de voir la lumière briller dans le coin de ses yeux quand je m'amenais à son chevet alors qu'elle ne me reconnaissait déjà plus; j'étais pour elle une présence chaleureuse dans un décors qui lui était étranger.  Et cette lumière ne durait que quelques secondes...elle retournait rapidement dans son univers inanimé, qui semblait non habité.

J'étais présent à son chevet à son décès.  Il me reste l'image insupportable d'un décès par détresse respiratoire provoquée par pneumonie; je vous fais grâce des détails.  Dans les jours qui ont suivi, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, vous pouvez imaginer.  Je n'avais que ça à faire, son corps étant réclamé par Santé Canada pour autopsie et sa famille proche ne résidant pas dans le coin, je n'avais pas de cérémonie funéraire à organiser ni à vivre dans le court terme. Une semaine plus tard j'ai décidé de vider la maison de ses affaires et là, j'ai vécu un tsunami de larmes.  Avec le recul je ne regrette pas de l'avoir fait.  Pour quelques semaines avant son départ et dans les semaines qui ont suivi, j'ai eu recours à un suivi psychologique pour m'aider à vivre cette onde de choc. 

Le constat que je fais après deux mois, c'est que bien évidemment ma compagne me manque, mais le deuil que j'ai à faire est aussi celui du couple.  En partant, elle est partie avec le couple, je n'ai plus de repère, ma vie est devenue une sorte de vide sans but.  Je me sens comme quelqu'un qui se retrouverait à une croisée de route, sans direction à prendre.  J'ai 73 ans, j'ai encore la santé, je suis autonome financièrement, mais je n'ai plus de projet, plus de rêve pour le lendemain.

Je sais qu'il s'agit d'une étape du deuil, d'une étape de vie. Je voulais simplement le partager, comme une sorte de thérapie peut-être, pour moi et à partager pour celles et ceux d'entre vous qui avez à vivre pareille situation.
   

Hors ligne Norbert

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Re : Le couple, une référence
« Réponse #1 le: 26 Février 2019 à 23:19:32 »
Bonsoir,
Ton histoire rejoint les nôtres, toute aussi bouleversante. On a besoin de parler, de faire revivre nos aimé(e)s, et il est vrai que partager sur un forum avec des personnes qui peuvent nous comprendre semble réconforter un peu notre peine.
C'est vrai que lorsque l'on perd sa compagne ou son compagnon, on perd un peu de son identité, de sa mémoire, des souvenirs que l'on pouvait se remémorer ensemble et que l'on a peur d'oublier avec le temps. On perd aussi le présent qui est devenu fade et le futur qui n'est plus vraiment à construire, du moins pour un temps peut-être :  Quid des voyages en tête à tête, de petits restaurants chaleureux, de longues balades main dans la main... Difficile de s'y retrouver dans tout ça et de construire une journée !
Je vois que tu as décidé de vider la maison de ses affaires. C'est effectivement ce que j'ai fait avec l'aide de mes enfants, je n'aurai pas eu le courage de le faire seul, je comprends la difficulté que tu as pu avoir à le faire. Ces affaires ne sont pas bien loin en fait, dans une pièce, mais j'aurai également eu du mal à les voir à chaque détour d'une porte de placard.
Tu parles également des étapes du deuil, mais difficile de savoir où l'on se trouve, bien trop personnel pour en faire une référence je pense. J'ai cessé de me demander à quelle étape j'en étais !
Alors voilà, on avance tous tant bien que mal. Je te souhaite tout le courage qu'il est possible d'avoir, et il nous en faut pour poursuivre...
A bientôt.

Hors ligne qiguan

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Re : Le couple, une référence
« Réponse #2 le: 27 Février 2019 à 05:57:33 »
Avec tristesse je t'accueille
dans le fil
http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/en-guise-de-table-des-matieres/msg63228/#msg63228
tu trouveras à lire une partie en lien avec le deuil des hommes et bien d'autres liens

ce forum peut servir http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/role-du-forum-pour-nous-c'est-quoi/
de bouée de maintien à flot ... les témoignages des "anciens" si précieux !

Chaque deuil est unique mais des thématiques reviennent lire les autres a été pour moi ma bouée, répondre une manière de faire exister ma survie
peu importe le chemin, la durée l'essentiel étant de survivre

tu es au bon endroit pour partager dans un espace sans jugement et bienveillant
bien affectueusement
"il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé" A. Einstein
"Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque" René Char

Hors ligne malome

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Re : Le couple, une référence
« Réponse #3 le: 27 Février 2019 à 10:48:11 »
bonjour mmouisse
Aucune de nos "histoires" ne sont   les mêmes et pourtant elles ont toutes pour résultat le chagrin , le manque , la peine etc...  nous avons le même âge , peut importe combien de temps partagé avec l'être aimée , c'est l'intensité de cet échange qui compte,  l'amour l'un pour l'autre , la complicité et tout ce qui fait la vie d'un couple heureux
 moi j'ai eu la "chance d'avoir connu 50 ans de bonheur intense , il me fut enlever brutalement un aller sans retour , en pleine forme à 16 h  un petit bisou a tout à l'heure (chaque jour il faisait une ballade de 2h environ dans les bois ) 18h c'est la police que j'ai vu arriver cela fera 4 mois le 02/03,  pour te dire la brutalité , le choc , aujourd'hui encore je suis dans les montagnes russes  les dates sont cruelles la première année enfin pour mois ,
deux  mois  c'est encore tout récent on ne s'en remet pas comme ça d'un coup de baguette magique , tu as le droit de dire ta peine , de pleurer de hurler
ici l'échange que nous avons ne guérit pas mais c'est un soutient extraordinaire , nous pouvons soulager nos coeurs parfois trop lourds
douceur à toi et ta bien-aimée qui est tout près de toi