Auteur Sujet: Un carton, deux cartons, trois cartons...  (Lu 415 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne LaPépette

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 100
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Un carton, deux cartons, trois cartons...
« le: 27 Juin 2018 à 13:41:02 »
Une après midi, alors que j'étais chez mon père (enfin chez mes parents......), il me demande d'aller regarder dans les cartons d'affaires de ma mère, s'il y a des choses que je veux garder. Car ma tante, sœur extrêmement proche de ma mère, veut également des affaires et va passer dans peu de temps.

Je ne réfléchis pas, j'y vais.... j'essaie de ne penser à rien, j'ouvre les cartons. Je regarde, ce qui peut m'aller, ce que je ne pourrais jamais mettre. Je fais différentes piles... j'avance, assez vite. Un carton, deux cartons, trois cartons... J'essaie de pas penser, surtout pas penser...
Malgré tout, une affaire m'a transpercé le cœur, je voyais tellement ma mère dedans ! Je fais quoi ? Je garde ? Et si c'est trop dur de le garder ? Mais si je regrette de m'en séparer ?
Plus le temps passait, plus le tri devenait difficile, j'étais assaillie de souvenirs, les larmes aux yeux.

Je ressentais une profonde tristesse et un sentiment d'injustice.
Comment est-ce possible que je sois là, en train de trier les vêtements de ma mère décédée à tout juste 50ans ?

Quand elle était là, et que je redoutais sa mort, je pensais aux moments que je ne pourrais plus partager avec elle, mais je n'avais pas pensé plus que ça aux vêtements. Or, les vêtements, c'est comme le parfum, ça fait voyager en arrière.
Surtout pour les gens qui ont une bonne mémoire comme moi. Ah tiens, cette robe là, elle l'avait porté à un anniversaire chez mes grands parents, quand on mangeait tous en famille au sous sol. Je la vois dedans, je la vois sourire, avec ses yeux pétillants maquillés au crayon kaki. Etc. etc.
J'ai finalement terminé le "tri" de tous les vêtements en une seule fois.

Hier soir, ma tante me dit qu'elle vient chez mon père, qu'elle va regarder les affaires, que je lui manque... je me doute qu'elle préfère que je sois là, à la fois pour la soutenir dans ce moment difficile et pour la conforter dans l'idée que bien sûr que oui, elle est en droit de prendre des affaires de Maman, et d'ailleurs c'est ce que Maman aurait voulu, puisqu'elle me l'a dit en personne.
"Mes affaires, c'est simple, c'est M*** qui les récupérera", elle m'avait dit.

Donc voilà, ce soir, rebelote. J'y retourne. Je prends sur moi. Je fais ce qu'il y a à faire, comme je l'ai fait depuis qu'elle n'est plus là. Je mets mon cerveau en mode "PAUSE", du moins j'essaie, et je libérerai mes émotions plus tard...
Je ne me force pas pour ma tante, car je l'adore, et Maman aussi l'adorait. Je fais ça de bon cœur pour elle, et pour Maman, car elle serait contente de savoir qu'on va faire ça ensemble. Qu'on fasse en sorte que tout se passe au mieux, qu'on est là les uns pour les autres.  Mais je me doute de comment ça va se passer. Ma tante va pleurer, je vais avoir du mal à me contenir.
Je vais ressentir un pression presque insoutenable dans ma tête.
Quand ce sera fini, je vais rentrer chez moi, comme un zombie.  Je craquerai soit en rentrant chez moi, soit à un autre moment. Je ne sais pas faire autrement, je n'aime pas craquer devant les plus proches.

Trier les affaires, c'est un des trucs les pires à faire. On peut pas rester dans le déni quand on fait ça.
On peut pas s'inventer une histoire, quand on est là, avec tous ces cartons d'affaires de la personne qu'on a tant aimée.
On se dit "voilà, c'était à elle, elle n'est plus là.....". Le "elle n'est plus là..." résonne dans ma tête, me martèle le cœur.

Tu me manques atrocement, Maman....
Je pense à toi chaque jour, Mamoune, toi que j'aimais plus que tout. Je t'aime d'un amour éternel

Hors ligne katrinap

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 104
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #1 le: 27 Juin 2018 à 14:39:10 »
plein de courage, une grande pensée tendre pour toi
bizzzz
katrin

Hors ligne vortex

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 100
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #2 le: 27 Juin 2018 à 20:23:10 »
Qu'est-ce que je te comprends et je t'encourage à le faire à deux, le moment sera peut-être moins pénible et la peine en quelque sorte, elle sera divisée et vous allez pouvoir vous soutenir si l'une d'entre vous craque.

Si trier commence à te peser, je te conseillerai vivement de faire une pause, de sortir prendre l'air.

C'est très vrai ce que tu écris au sujet des vêtements, que c'est des choses auquel nous ne faisons pas attention jusqu'aux jours ou la personne n'est plus de ce monde.

Pour ce qui est de garder en souvenir certain affaire, si cela peut te faire du bien, je ne vois pas ce qu'il y a de mal à le faire.

C'est ce que nous avons fait pour certaine des affaires de ma mère, par-exemple, le sac à main, nous ne lavons pas jeté :)





Hors ligne LaPépette

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 100
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #3 le: 28 Juin 2018 à 11:09:32 »
Merci à vous deux pour vos réponses.

Comme je l'ai pensé, cela a été difficile. Pas au départ, puisque j'avais essayé de me "préparer" psychologiquement mais au fur et à mesure...
Étonnamment, ce qui me fait le plus mal au cœur, c'est de voir ses pyjamas. Car les souvenirs qui me viennent d'elle à ce moment là, sont des moments où elle se repose, où elle est bien dans son lit. Souvent, c'était des moments où elle était moins douloureuse, car ses anti-douleurs faisaient effet.
Ça réveille aussi pour moi le moment où j'habitais chez mes parents, et j'en suis extrêmement nostalgique.

Je suis nostalgique de tout. Quand je dis "tout", ça va jusqu'aux anciennes publicités qui passaient dans les années 90 par exemple que je viens de voir sur Facebook. C'était ce que j'appelle "la bonne époque". Cette période où on était gamins, où on ne se faisait pas de soucis. On se contentait d'aller à l'école, de s'amuser avec les copains de classe, de rentrer manger le bon plat de Maman... Ces moments où tout était encadré, et où on avait qu'à se laisser guider. Où l'amour et la bonne humeur régnaient. Pas comme ce climat de tristesse et d'anxiété que je perçois aujourd'hui dans mon quotidien.

Oh la claque, en plus du décès, de se rendre compte que c'est ça la vie d'adulte, que tout n'est pas beau et rose, que la vie nous amène de nouveaux êtres et que la mort vient en prendre d'autres...
Que la mort d'un parent nous amène de nouvelles responsabilités, que pour certaines choses on va devoir se débrouiller tout seul ou demander de l'aide à quelqu'un d'autre.
Les larmes n'ont pas fini de couler.....
Je pense à toi chaque jour, Mamoune, toi que j'aimais plus que tout. Je t'aime d'un amour éternel

Hors ligne katrinap

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 104
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #4 le: 03 Juillet 2018 à 12:17:44 »
je t'embrasse fort ma belle et je pense à toi
je comprends la nostalgie, et c'est fou pour moi je ne sais pas toi, c'est comme si j'avais le sentiment d'avoir un corps d'adulte et un esprit d'adulte dans une psyché émotionnelle régressée à l'état d'enfant
quad on était enfants on avait le sentiment que le temps passait lentement, on a maintenant le sentiment d'un temps fugace qui passe à toute allure
cela te fait il ça? et à vous tous? et c'est peut être aussi ça le plus dur, voir les mois s'enfiler s'éloigner un peu plus nos disparus et sans avoir le sentiment d'avoir eu le TEMPS de les pleurer
bises
katrin

Hors ligne LaPépette

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 100
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #5 le: 04 Juillet 2018 à 17:13:13 »
Merci beaucoup pour ton message Katrin et ta compréhension qui me touche.

En effet, le temps passe à une vitesse folle. Peut-être parce qu'on est trop accaparé par plein de choses ? qu'on rumine, on fait ce qu'on a à faire et ensuite on n'a pas le temps de se poser et de profiter de l'instant présent ? Probablement.
En tout cas, voilà à quoi ressemble mes journées. La méditation, avec des exercices de respiration, pourraient sans doute nous aider. Reste à prendre le temps pour le faire.
Ca pourrait permettre de nous détendre et de nous recentrer sur nous.

Bises
Je pense à toi chaque jour, Mamoune, toi que j'aimais plus que tout. Je t'aime d'un amour éternel

Hors ligne katrinap

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 104
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #6 le: 04 Juillet 2018 à 18:08:59 »
idem pour moi les journées sont très remplies, je r^ve de yoga, de relaxation et je cours tout le temps...
mai s je sens que je n'ai pas pu le, les pleurer comme j'en avais besoin, pas d'espace temps pour ça...
bises

Hors ligne arfaca

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 168
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #7 le: 04 Juillet 2018 à 21:42:30 »
Katrinap,
je comprends aussi ce temps fugace qui file ;ces mois qui passent et qui entérinent encore plus que rien ne sera comme avant et que ce cauchemar est une réalité .Bien que la solitude me pèse,les jours défilent sans que je ne puisse arrêter cet éloignement ....cela fait mal d avabcer tjrs ds la peine
Tendres pensées

Hors ligne katrinap

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 104
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #8 le: 05 Juillet 2018 à 10:04:40 »
tu as raison arfaca et que dire aussi du sentiment qu'on vieillit aussi et pour moi, je ne sais pas si c'est partagé le sentiment qu'on ne profite pas? comment le faire sans culpabiliser car nos disparus ne sont pas là pour en profiter? l'être humain a une capacité indéniable à se punir
c'est difficile et douloureux, mais il faut avancer pour sa famille, j'ai 3 enfants et ils ont besoin d'être heureux, parfois je souffre pour eux de leur douleur à leur tour quand ils nous perdront
je t'embrasse
katrin

Hors ligne LaPépette

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 100
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #9 le: 05 Juillet 2018 à 16:10:51 »
C'est vrai que chaque mort, surtout quand ça concerne nos aînés, font qu'on peut se questionner sur notre propre mort.

C'est normal de réaliser que la mort nous prendra nous aussi un jour. Cependant, je pense qu'il faut qu'on se concentre davantage sur la VIE que sur la mort. Comme je te disais dans un autre post, faire des choses qui peuvent nous rendre heureux ou au moins (car heureux est peut-être utopique) nous faire plaisir, faire en sorte qu'on soit plus épanoui...
Car on vit déjà beaucoup dans le passé par rapport à notre deuil, alors si en plus on pense à l'avenir le temps qu'il nous reste, il ne reste plus de temps du tout pour le présent...
Mais bon, c'est facile à dire comme ça, je le sais, je suis en plein dedans aussi mais voilà ma réflexion...

Bises ma belle
Je pense à toi chaque jour, Mamoune, toi que j'aimais plus que tout. Je t'aime d'un amour éternel

Hors ligne katrinap

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 104
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #10 le: 05 Juillet 2018 à 16:52:07 »
je suis à fond d'accord avec toi et n'étant pas mortifère, la vie prend souvent le dessus toujours pour autant entre le ying pulsion de vie et le yang souffrance de les avoir perdus
je donne souvent professionnellement et me l'applique à moi même, un conseil, faites vous un petit plaisir par jour,q uelqu'il soit, pour entretenir le plaisir de vie et se dire que nos disparus l'auraient voulu, profiter pour nous et aussi pour eux
bises mille
katrin

Hors ligne arfaca

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 168
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #11 le: 05 Juillet 2018 à 23:58:28 »
Bonsoir je reviens aussi sur cette capacité à se punir,je suis tout à fait dans ce sentiment ce moment et c est douloureux de ne pas reussir à profiter des petits plaisirs..de la même à se priver de vacances. ..pourtant je me force car moi aussi j ai 3 enfants et je ne veux pas les faire souffrir ...et je sais que mon aimé aurait voulu me voir vivre et profiter mais c est tellement irréel. ..alors oui il faut avancer,mais c est epuisant de faire face tjrs pour les autres,pour qu ils ne voient pas notre peine.. ..etre dans cette bipolarité..rire faire semblant d etre dans la vraie vie et dès que tous ont le dos tourné,sombrer et être dégouté de cette vie.!

Puis une bonne respiration et il faut repartir...
Douce nuit

Hors ligne LaPépette

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 100
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #12 le: 21 Juillet 2018 à 23:52:34 »
Je comprends ce que tu dis dans ton dernier message.

Moi aussi ça m'arrive assez souvent de ne pas profiter, mais plutôt dans le sens : la vie ne m'a pas permis de garder ma mère à mes côtés. La vie peut me présenter des bonheurs, je n'en ai rien à faire. Je ne veux pas jouer le jeu.
Rejeter tout, le bon comme le mauvais.
Je ne crois même pas que ce soit pour me punir. J'ai l'impression de vouloir provoquer l'univers.
Ca peut paraitre absurde... je me vois comme une petite fille qui tourne le dos de colère à la vie.
Je pense à toi chaque jour, Mamoune, toi que j'aimais plus que tout. Je t'aime d'un amour éternel

Hors ligne LaPépette

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 100
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Un carton, deux cartons, trois cartons...
« Réponse #13 le: 25 Juillet 2018 à 23:58:46 »
Maman, ce soir j'avais envie de regarder cet album de toi que j'ai créé après ton décès. Il est toujours sorti, sur ma table basse. Un besoin mêlé de crainte qu'un torrent infernal de douleur me submerge à nouveau.
La gorge nouée. Une sensation qui revient sans cesse. J'imagine que c'est une réaction psychosomatique; on dit "du mal à avaler" c'est ça ?

J'ai fini par ouvrir cet album, j'ai souri en pleurant, de te voir si belle. J'ai souri en voyant certaines de tes expressions de visage. Cette joie que tu exprimais, presque enfantine, sincère, spontanée.
Comment est-ce possible d'avoir l'impression que tu restes si proche de moi ? alors que tu n'es plus là?
Ce qui me rassure, c'est que cet amour pour toi reste intact. Je sais que je t'aimerai jusqu'à la fin de mes jours, avec la même intensité.
Par contre, j'ai cette peur d'oublier... je ne cesse de me rappeler le son de ta voix. Je t'imagine souvent, je me rappelle d'un câlin, et je répète ce souvenir dans ma tête en espérant qu'il laisse un souvenir indélébile.

Je ne veux pas t'oublier, oh non... toi qui m'a pour ainsi dire tout donné, tu as été une mère tellement extraordinaire...
Je préfère souffrir en pensant à toi, et en revenant dans nos souvenirs, que d'avancer et prendre le risque d'oublier.
Je sais que ce n'est sûrement pas sain dans le processus du deuil. Peut-être que cette peur va se dissiper, je n'en sais rien.

J'ai décidé grâce à Papa quel tatouage j'allais faire. C'est un symbole mère-fille. Je pense que tu aurais aimé. Il faut juste que je réfléchisse à la personnalisation.

Quelqu'un a déjà fait un tatouage en lien avec un proche décédé ?
J'ai un ami qui l'a fait, je pense que ça doit être relativement courant.
J'en avais parlé à ma mère ; car je voulais absolument son avis. Ça m'a coûté de lui demander, car je ne voulais pas qu'elle comprenne que je lui demandais à ce moment là de peur de ne pas pouvoir lui demander plus tard. J'ai dit... "Maman, je pense me faire un 3eme tatouage ; ce serait un truc qui nous symboliserait nous". Je pensais qu'elle m'aurait peut-être dit "un 3eme ? tu es sûre ?" mais au lieu de ça elle a dit "tu vas faire quoi ?".
Je l'ai regardée avec un air malicieux.
Je pense à toi chaque jour, Mamoune, toi que j'aimais plus que tout. Je t'aime d'un amour éternel