Auteur Sujet: Mon père...parti trop tôt  (Lu 1180 fois)

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Hors ligne Mandie

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Mon père...parti trop tôt
« le: 19 Novembre 2017 à 22:38:01 »
Mes salutations,

J'ai vu récemment votre forum et j'ai longuement hésité avant de m'y inscrire et poster un message. Auparavant, je n'aurais jamais écrit sur ce type de forum. Lorsque j'ai vu à quel point vos échanges étaient aussi soudés, je me suis dit que ça ne me ferait pas de mal de partager à mon tour une certaine partie de ma vie, ainsi qu'échanger des ondes positives, ce dont tout le monde a besoin.

Pour vous expliquer brièvement, voici ma situation : J'ai 22 ans, j'ai perdu mon père il y a presque un an, précisément le 23 Novembre 2016. Une date horrible, que je n'oublierai jamais. Il est décédé suite à un cancer fulgurant, qui touchait l’œsophage, le côlon et l'estomac. Nous étions bien sûr sous le choc, mais nous avions toujours eu espoir. Il était au top de sa forme, très actif dans tous les domaines, avec ce besoin de se surpasser en permanence. Il était bon vivant, toujours prêt à faire la fête, voir ses proches, autant la famille que ses amis.  Il avait 46 ans.
Au début, c'était très localisé. Nous avons bien sûr réagit très rapidement, avec diverses analyses, puis l'enchaînement d'un traitement intensif. Dans les premiers temps, mon père était très faible, il ne pouvait pas faire grand chose. Après certaines habitudes, il s'est remis sur pieds, avec notre plus grande surprise. Il s'est stabilisé, ma mère et moi avions fait en sorte de le soutenir et l'écouter au maximum. Son fort caractère avait tendance à nous désespérer, mais il avait un grand cœur.
Je citerai pas les détails que les médecins expliquaient, à vrai dire, je n'étais jamais présente lors des rendez-vous. Ce que je peux vous dire, c'est que les derniers mois ont été difficiles. A partir du mois de Septembre, il se plaignait d'avoir des douleurs articulaires. On pensait qu'il s'agissait d'effets secondaires, car il avait souvent mal au dos durant cette année. Après avoir passé un été à faire des ballades en moto, manger plus qu'à sa faim, visiter divers endroits et voir ses proches, la transition était bien plus brutale. Il ne pouvait plus bouger, du moins très peu à part pour manger, aller aux toilettes etc... Les médecins avaient prévu un nouveau mode de traitement, qui pouvait s'avérer efficace mais considéré comme un "essai". Sa maladie était complexe et rare de ce que j'ai compris. Je suis désolée pour mes explications très vagues, si je ne m'exprime pas correctement. Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile.
Enfin,  la dégringolade a réellement commencé au mois d'Octobre, où on a vraiment commencé à se poser des questions. On devait attendre pour son nouveau traitement, il n'avait plus de chimio mais il avait d'autres médicaments et traitements à suivre (Mon vocabulaire médical est peu développé ^^" J'espère que ce sera assez clair).  Et le pire, le mois de Novembre.
Il ne pouvait plus bouger. Manger s'avérait être un calvaire. Douleurs stomacales, aux articulations, quelques vomissements, un froid permanent. Il s'est donc déplacé en clinique, pour ne plus jamais y repartir.
2 semaines. 2 semaines dures, à se poser je ne sais combien de questions. Mais en même temps, je ne pouvais pas croire le pire. Je m'y préparais... Seulement, je pensais qu'il allait passer au-delà de tout ça. Qu'il allait guérir, lentement mais sûrement. Alors l'attente a été très longue. Heureusement, durant cette période ma mère et moi ne travaillions pas. Mon père, aimé tel qu'il était, très entouré, soutenu et encouragé... Je pense qu'il savait ce qu'il allait se passer. Ma mère aussi, même si elle ne me le disait pas. 
Le foie a été touché, à partir de là, on savait que c'était fini. Une infime partie de mon esprit ne voulait pas y croire.

Je l'ai vu partir. Je l'aurai suivi jusqu'au bout. Jusqu'à la dernière seconde, à prendre sa main, avec ma mère et mes grands-parents. J'étais paralysée. Profondément choquée, larmes aux yeux mais je ne pouvais pas pleurer de toutes mes forces, sortir ma colère et ma tristesse qui envahissaient mon coeur. Quand j'ai vu ses yeux, sa respiration qui était sur le point de s'arrêter, saccadée, en 3, 4 temps...la fin... bref... J'ai toujours ces images en tête. Se dire que quelqu'un qui nous a donné la vie peut partir du jour au lendemain. Partir en cendres, être partout et nulle part à la fois...
Honnêtement, je trouve mon message décevant car je pensais m'exprimer d'une meilleure façon, sans autant d'approximations... Comme si mon esprit préférait oublier et mettre de côté tout ça, qui je pense est tout à fait légitime. Je n'ai plus les mots. Mais les images, elles, sont là, dans ma tête.

Après son décès, j'ai voulu faire ma forte. Celle qui rien ne l'arrêtait. Alors oui je pleurais, de plus je suis une hypersensible. J'ai ce besoin d'extérioriser au risque de craquer. Pour moi, c'était un moyen d'avancer, et c'est ce qu'il aurait voulu. J'ai donc profité, avec ma mère, j'ai repris mes habitudes au fur et à mesure du temps. On a toujours été fusionnelles, du coup c'était plus facile de se soutenir entre nous. La pauvre, entre toutes les démarches administratives, la famille qui n'était pas forcément très tendre avec elle...
Enfin, j'ai donc repris un rythme normal. J'ai repris mes projets, fait une formation (j'étais en "pause" pendant un certain temps) d'orientation pour redéfinir mon avenir pro, travaillé petit à petit... Je me surprenais moi-même, à faire des choses que j'avais jamais osé faire auparavant. Cette force, je l'ai trouvée grâce à lui, il a fait en sorte de me la transmettre au maximum. Qu'importe ce que je veux faire, le principal est de parvenir à mes fins.

Je vais vous confier certaines choses, me concernant plus personnellement. Je n'ai jamais osé. Je ne me suis jamais écoutée avant tout ça, du moins pas réellement. J'ai toujours cru ce que je ne suis pas. Maintenant, avec du recul, je me suis complètement perdue. A force de penser des choses erronées par rapport à moi, qui vivait avec le regard des autres... Le fait d'avoir perdu un repère important a tout bouleversé.
Etant une fille très moyenne à l'école, que je n'ai jamais aimé d'ailleurs, j'ai préféré me spécialiser dans l'esthétique. Après la fin de mes études, j'ai donc longuement cherché du travail, sans réellement d'expérience sur le long terme. J'ai compris que ce secteur ne me correspond absolument pas, que je le sentais et que ça se voyait. Mon père est par la suite tombé malade, alors un cercle infernal est né...
Quelques mois après son décès, je me suis lancée avec une formation liée à pole emploi, concernant l'orientation qui m'a beaucoup apportée. Rien que le fait de reprendre un rythme normal et actif : se lever le matin, avoir des objectifs, être suivi... J'ai pu faire des stages, et mieux définir mon projet professionnel.
Je ne vais pas rentrer dans les détails car ce serait hors-sujet. Mais en bref : Je suis actuellement en formation pour avoir un niveau bac (diplôme d'accès aux études universitaires). J'ai pu combattre peu à peu une phobie qui m'a envahie pendant 10 ans, bien que je ne sois pas entièrement sortie de cela. J'ai pu faire des rencontres qui m'ont beaucoup apportée. J'ai le projet de partir seule cet été pour des cours à l'étranger. Ce que je veux résumer, c'est qu'il y a toujours moyen de retrouver sa force,  peu importe combien de temps, on finira bien par y arriver.
Seulement : Je ne pensais pas qu'autant de portes pouvait s'ouvrir soudainement. En ce moment, je rentre dans une phase difficile parce que ce mois me rapporte beaucoup de souvenirs. Sans parler de ces images que je revois. De tous ces gens qui pleuraient et me disaient "toutes mes condoléances" je ne réalisais pas... Et j'ai l'impression que tout me revient dans la face, désolée pour cette expression. Comme si cette tristesse que j'essayais tant de contenir se révélait aujourd'hui. Je me pose des questions existentielles : Pourquoi j'existe ? Comment est-ce la mort ? Je prends conscience d'éléments importants, aussi positifs que négatifs malheureusement...
Je ne veux pas échouer, me décevoir et décevoir les autres à nouveau. Je ne veux pas qu'on me revoit comme mon père m'a vue à la fin de sa vie. Molle, avec peu de perspectives... Je ne croyais plus aux études. Moins j'en faisais, mieux c'était.

Je suis désolée pour ce si long message, je crois que je vais m'arrêter là pour l'instant. Merci pour les personnes qui auront lu jusqu'au bout. Je vous souhaite à tous une agréable journée/soirée,

Mandie

En ligne souci

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Re : Mon père...parti trop tôt
« Réponse #1 le: 20 Novembre 2017 à 19:01:18 »

   Bonsoir Mandie,

   Effectivement ce forum fait preuve de belles solidarités ...
   Je suis bien désolée que ton papa soit tombé malade et qu'il n'ait pas été possible de remporter le combat.
   Le sort n'a pas épargné ta jeunesse et malgré tout, tu n'as pas baissé les bras.
   Cette force que tu as trouvée grâce à ton papa, je te souhaite d'y croire toujours.
   J'aime beaucoup la sensibilité avec laquelle tu t'es exprimée (un rien confusément mais pas grave  :-* :))
   Tu es à la fois battante et fragile, beau mélange, reste bien comme tu es et ne cesse jamais d'avoir confiance.
   Bien amicalement et solidairement, Martine.
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.

Hors ligne Charlottine

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Re : Mon père...parti trop tôt
« Réponse #2 le: 05 Décembre 2017 à 01:27:42 »
Bonjour,

C'est fou ce qu'on apporte comme importance à une date. Quand ma fille est née, un 22 novembre, je ne voulais absolument pas qu'elle sorte un 22 mais la vie en a fait autrement (ma mamie était partie un 22, du coup maintenant j'ai du mal avec ce chiffre : avec sa naissance ça a rééquilibré les choses si on veut). Alors je te dis ça sans aucun jugement de ma part parce que maintenant je déteste le jeudi et je compte les semaines depuis ce fameux jeudi où mon papa est parti. Du coup je comprends que pour toi le mois dernier ait été difficile.

La maladie c'est terrible, et comme tu le dis si bien on espère toujours, c'est humain.
Je suis vraiment désolée pour ton papa, mais je suis contente que tu aies trouvé la force de construire ta vie. Un bel exemple à suivre (j'en suis encore bien loin).

Bon courage.
Charlotte.