Auteur Sujet: silence  (Lu 6973 fois)

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Hors ligne elisa.

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Re : je te pardonnerai?
« Réponse #45 le: 28 Janvier 2018 à 09:03:56 »
Mélancolie?
Mamancolie.

C'était ça, ta fameuse maladie. De la mélancolie. Mélancolie, ça sonne poète mélodramatique au bord de l'eau. En réalité, une maladie à peine décelée qu'elle mérite déjà l'hospitalisation. Le suicide est l'un des symptômes.

Je t'ai connue? Pas toi, mélancolie de merde, mais toi, ma mère. Je t'ai connue? Ou n'ai-je grandis qu'avec de la maladie? Une maladie vénéneuse qui t'aura mangé. Dévorée, rongée, suicidée. Je ne sais plus à qui en vouloir, à quoi en vouloir.
Aujourd'hui c'est un mal-être linéaire. Un état de moyen ambiant.

Quand tu m'as donné mon prénom, tu as donné un peu du tiens. Tu m'as donné un prénom, tu m'as donné une humanité, quelque chose à quoi me raccrocher. Et puis tu as enlevé ta vie. Tu as tué ton prénom, tu as écorché le miens. Ca fait mal un prénom froissé.
Elisa. Tu m'as nommé Elisa. Aujourd'hui, je suis retournée, Elisa à l'envers ça donne Asilé. Tu comprends? Je me sens condamnée à penser à toi. A ruminer du toi.

On n'aura jamais parlé. Dans les films, leur phrase préférée est "ta mère n'aurait pas voulu ça", moi je ne sais pas. Quand je faisais ce que tu voulais, ça n'allait pas non plus.

J'ai compris que tu étais morte. Mon enfance et mes souvenirs, je m'y ferai. Mais ton acte final, non. Je n'arrive pas à comprendre. Tu aurais pu partir avec le premier homme que tu voulais et refaire des gosses ou je ne sais pas réessayer. Non. Tu t'es pendue. Aucune chance de rédemption pour personne.

Ou était-ce toi et ou était-ce la mélancolie. Au final vous n'étiez qu'une n'est-ce pas?
Alors, mamancolie.

Hors ligne elisa.

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silence
« Réponse #46 le: 07 Février 2018 à 22:33:23 »
J'ai écouté ton silence. Le silence c'est assommant, grinçant. C'est ton cœur qui grince? Ah non. Il est mort. Il marche plus. C'est lourd le silence. Alors je mets du Piaf ou Lynda Lemay ou Mano Solo et puis je vide mes tripes, avec eux. Je brise ton silence, je crache dans ton silence. Et puis le silence avale ma voix. Ca a de l'appétit un silence. Ca me dévore, ton silence me grignote, il me regarde, se lèche les doigts. La salive lui monte à la bouche et puis, il attaque. Dans le silence d'un contrôle d'anglais. Dans la morsure du sourire de la prof. Prof qui est maman, une maman bavarde.
Le silence c'est lourd de reproches. Après les cris, la voix éraillée, les sanglots retenus, les reniflements, le tabouret qui rencontre violement le sol, la tasse de café qui s'écrase à mes pieds; après tout ça, après ce capharnaüm sonore, le silence.
Le silence d'un acte. Le vide d'une non réponse, d'une non-explication, un silence. Le souvenir d'un entre cri et silence, le son d'un jeudi soir – soir ou tu meurs – le téléphone qui sonne. Mon cœur qui bat, qui a envie de t'entendre vivre et puis la peur de ta voix. Heureusement ou malheureusement tu ne réponds pas.
Silence. Sonnerie. Silence. Sonnerie. Silence.
On finit sur le silence, un vide qui demande a être rempli mais qui restera vide parce que c'est un silence gouffre. Un silence qui engloutit. Un silence, qui dévore.
Pas végétarien, pas végan, omnivore. Tous les bruits, tous les tintements, ils se perdent dans le gouffre. Un joli gouffre. Le seul pont silencieux avec toi. Mais il faut rester accroché à la rampe des amis, de l'amour et de la famille. Parfois je trébuche. Je lâche. Il me manque mon casque, je voudrai faire éclater mes tympans pour un silence qui deviendrait quotidien pas un silence qui englouti mais un silence qui est. Parce que toi tu es plus. Mes sentiments c'est la cacophonie. Ce sont les musiciens de l'opéra qui s'accordent. C'est de la merde. Tout suinte de merde.
Petite je répétais "mère de" pleins de fois et vite. On dirait les vieilles blagues débiles de la primaire. Ca m'a soulagé pendant un temps. Je pouvais enfin le dire, mère de merde.

J'en ai marre du silence. Je rêve de dialogues, de longues tirades, de petits silences – affectifs?- de monologues, d'explications. Juste un témoignage de respect à travers du bruit? Un bruit autre qu'un silence au téléphone interrompu par un bip grinçant. Mais qui ne grince pas comme ton cœur. Lui il peut toujours faire du bruit. Ton numéro finissait par 99.28. Je ne l'ai jamais su en entier. Quand on se perd dans le silence on se souvient de vieux trucs à la con. "99.28"un autre bruit qui n'existe plus.
Les larmes ça ne fait pas de bruit. Pourtant elles sont là. Ta haine et ton amour, ta maladie et ton toi, rien ne fait de bruit. Tout est muet. Ta reconnaissance est muette. Putain de mutisme de merde. Parle. Écris-moi! Merde maman, pourquoi tu ne veux pas que j'entende ton cœur grincer?
Je m'en fou moi, qu'il grince. Je veux être l'huile. Je ne veux pas enserrer ton cou comme le fil bleu mais desserrer tes cordes vocales. Te faire chanter avec moi. Gueuler. Mettre un sol à mon gouffre silencieux.  Tu pourras marcher sur moi, je veux être ton sol mais tu me replies comme un vulgaire sac de couchage qu'on range au fond du placard, pas digne d'intérêt. Un sac à merde. Allé merde. J'ai toujours pas assez mal! Tu dis toujours rien.
Boum.
Boum.
Nan tu te fous de ma gueule. C'est toujours le même silence.

Tu effaces Léonard Cohen. Tu le mets en arrière fond. Tes cris se mêlent à ton silence. C'est quoi le vrai? Je sais plus moi. Ta maison est vide, ça empeste l'absence, sa crie le silence! Mon amour est obstrué par les non-dits et les mots crachés, que je me plais a dire non réalisés, pas réfléchis. J'essaie d'installer un décor alors parles! Expliques moi, c'était quoi ton carton? Quelle forme tu lui as donné? Pourquoi cette couleur? Tu t'es pendue parce qu'on est des mauvais acteurs? Ou que j'ai fais tomber le rideau mercredi matin?

Mais punaise j'ai mal. J'en peux plus du silence. Je suis fragile moi, toi tu te pends. Du coup tu es encore plus fragile que moi. Ca veut dire quoi tout ça? Je sais plus quoi dire. Ton acte c'est le silence. Tu me dis de me taire? Ou  trouves tu juste ma parole inutile?
On me comprend pas. Tu pourrais essayer. Au moins les gens essaient. Je me comprends pas non plus. Je veux plus de psy. Le psy ça comprend pas les silences. Ils comprennent pas que je suis enfermée dans le silence, ils me demandent de parler.

Dormir ça fait peur. J'ai peur de mes rêves. Heureusement je m'en souviens pas. Parfois je me réveille et j'ai peur. C'est le silence dans la maison tout le monde dort. C'est comme quand j'enlève mon casque. Du silence. Trop de silence, j'en peux plus je vais crier.

Bonne nuit maman, je te souhaite de chanter.



« Modifié: Aujourd'hui à 09:06:58 par elisa. »

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silence
« Réponse #47 le: 07 Février 2018 à 22:57:15 »
J'ai mal. Tu te souviens, tu m'as frappé. Tu te souviens ou pas? Tu as juste arrêté parce que papa l'a dit pour t'influencer, que lui il arrêtait. Je tremble  maman. J'ai tellement peur ce soir. J'ai peur et je peux pas aller voir l'infirmière du lycée. J'ai arrêté de pleurer mais pour le coup je suis vraiment triste. J'ai peur.

Tu étais qui? Tu t'es fait frappée par ton papa c'est ça? Je suis désolée maman. Je savais pas. Quand il est mort je savais pas. Tu as du vouloir me tuer mais je savais vraiment pas. Je pouvais pas deviner. Je l'ai pleuré et tu m'as demandé pourquoi je pleurai je pouvais pas savoir j'avais 8 ans. Le correcteur me fait chier. Il m'empêche de m'énerver tranquillement. C'est contradictoire comme mots pas vrai? Ca fait antithèse dirait la gentille prof de français. T'as vu? La vie elle continue. Pourtant ta mort ta mort a toi elle est finie pourquoi. Pourquoi tu continues de vivres à travers moi? J'en peux plus. Plus du tout.
Tu fais vraiment pas d'efforts, laisses moi!!!
J'ai mal aux dents, je suis tellement stressée et énervée que mes dents se serrent. Mes jambes tremblent. Putain même mon corps veut pas me laisser l'impression que je vais à peu près bien. J'ai froids. Tu te rappelles le carrelage de la maison aussi il était froids. Tu te rappelles tu as bien dû marcher dessus pour aller te pendre non? Et bah voilà, cette sensation désagréable que tu as ressentis dans tes pieds et qui es remontée le long de ton corps c'est ce que je ressens.
Tu te rappelles quand tu t'énervais parce que je mangeais la bouche ouverte en CE1? Tu te rappelles? Ca t'insupportait pas vrai? Figures toi que ton silence de merde m'insupporte profondément. Espèce de vieille suicidée énervante parce que tu étais encore jeune et puis tu es pas ma suicidée, tu es ma mère. Je te cache pas que j'en suis pas franchement ravie. Ou alors je sais pas moi. Démerdes toi pour me faire parvenir un soupçon, une légère pincée d'un possible et supposé doux parfum (je ne peux ici que supposer car il s'agit d'un objet de fantasme si tu es censée en être l'expéditrice) d'amour maternel!

Hors ligne Alexandra p

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Re : silence
« Réponse #48 le: 22 Février 2018 à 22:43:12 »
Bonsoir Elisa,

 Je suis tombée sur tes messages et ça m'a pris aux tripes.
Effectivement, je trouve également que tu écris plutôt bien pour une jeune fille de 15 ans, je t'aurais d'ailleurs cru plus âgée.

 Ma pauvre Elisa, on ressent tellement de souffrance dans tes textes et tant de haine s'y mêlent...
J'ai eu envie de t'écrire, est-ce que ça pourra t'apporter quelque chose...
Je n'en sais rien...mais je l'espère de tout mon coeur.

 Je t'ai lu ce soir et me suis rendue compte que tu avais commencé à écrire l'année dernière..
J'ai lu ton dernier écrit et je constate que tu es toujours dans le même shéma...

 Je pense que tu dois te diriger vers le pardon...
je pense que tu dois le faire pour avancer dans la vie et pour que tu te réalises.
J'ai peur qu'autrement tu ne te renfermes dans une sorte de rancoeur amère et indélébile...qui te ferai passer à côté de tout un tas de choses merveilleuses.

 Lorsque j'avais ton âge, 15 ans, j'en voulais énormément à ma mère....
Elle m'a négligé en tout point et je ne comprenais pas, je ne me sentais pas aimé...
« Modifié: 22 Février 2018 à 23:15:26 par Alexandra p »

Hors ligne Alexandra p

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Re : silence
« Réponse #49 le: 22 Février 2018 à 23:12:29 »
....Je continu mon texte...J'ai fais une mauvaise manip...désolé.

 ...  Elle m'a négligé en tout point et je ne comprenais pas, je ne me sentais pas aimée...
J'en ai énormément souffert et j'ai du faire un gros travail sur moi pour me reconstruire et prendre un peu de confiance.

 Cela m'a pris quelques années mais j'ai réussi à lui pardonner, je l'ai aussi excusé car il y a toujours des circonstances atténuantes, qui peuvent se cacher dans l'enfance de ta maman par exemple...
Des choses que tu ignores peut-être...et qui pourraient t'aider à mieux la comprendre...
 
 Je sais..., c'est difficile de pardonner à quelqu'un que l'on aime et qui nous en a foutu plein la gueule mais, je t'assure que malgré tout, ta mère devait t'aimer, à sa façon certe, mais, a-t-elle pu s'aimer, elle...?

 Beaucoup de courage à toi Elisa, bats toi pour les bonnes raisons...

 Avec toute mon amitié
Alexandra