FORUM "LES MOTS DU DEUIL"

Comprendre et vivre son deuil => Vivre la perte d'un parent => Discussion démarrée par: elisa. le 18 Janvier 2017 à 19:40:42

Titre: silence
Posté par: elisa. le 18 Janvier 2017 à 19:40:42
Bonjour je suis âgée de 15 ans et il y a 4 mois ma mère a résolu de s'accrocher aux barreaux de mes escaliers. Cette mère a été violente physiquement contre moi jusqu'à mes 7 ans et s'est ensuite converti à la violence morale ( insultes, sourires en coins, rabaissements devant mon frère et ma sœur, silence pendant plusieurs mois et quelques humiliations trainent dans mon tableau maternel.) . La dernière fois que nous nous sommes vues ma mère a pété les plombs. Elle m'a accusé d'avoir ruiné sa vie, familiale, de mère et d'épouse après m'avoir lancé un bol de café dans les jambes et avoir voulu me frapper avec un tabouret. Elle a fini par me reprocher de vivre ( elle m'a poussé jusqu’à la tentative de suicide au collège ). J'ai tenté de la fuir mais elle m'a rattrapé et n'a pas cessé de m'hurler " Je vais disparaitre, si c'est moi le problème alors, je vais disparaitre ! ". Deux jours plus tard j'apprends qu'elle s'est accrochée a un barreaux de mes escaliers. Je ne saurais pas vous expliquer mes sentiments, je ne suis pas très triste je la trouve lâche et parfois elle me dégoute. Une étrange compression me prends dans la poitrine lorsque je rumine trop.
L'enterrement fut étrange. Je ne sais pas quoi faire pour réussir a repartir mes notes en cours sont catastrophiques et j'ai mentalement du mal a tenir. Si d'une façon ou d'une autre vous pourriez m'aider a avancer je vous remercie d'avance.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Laure R le 18 Janvier 2017 à 22:49:00
Bon sang, c'est terrible! Je ne sais pas comment je peux t'aider, mais je pense que tu pourrais te faire accompagner par un psy, car  cet acte n'est que le prolongement de ce que tu dis avoir subit comme violences, de la part d'un être, ta mère, qui devait être en souffrance elle aussi. Tu as tenté de la fuir, elle disparait! C'est d'une violence...
Il est très difficile d'élaborer ces sentiments mêlés et ça ne m'étonne pas que tu te sentes perturbée. Est ce qu'il y a des proches dans ta famille qui sont là pour toi? Pour te protéger? t'entourer? te rassurer?
N’hésites pas à venir ici, nous t'encouragerons comme nous le pourrons.
Donne-nous de tes nouvelles.
Quant à tes notes de cours, je pense que tes profs comprendront pourquoi elles sont catastrophiques. Tu viens de vivre un traumatisme.
A bientôt
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: souci le 19 Janvier 2017 à 09:02:34

    Quelle violence, je reste sans mots.

    Prends soin de toi et aime-toi très fort, c'est contre nature qu'une mère maltraite ses enfants !

    Tout existe hélas ...
    J'espère que tu trouveras des épaules fiables et constantes sur le chemin de ta vie, et que ce lourd passé deviendra un fantôme menaçant mais au pouvoir limité, et jamais un exemple à suivre ...

    Tu peux venir t'exprimer ici tant que tu veux, tu seras lue avec tendresse, tu es si jeune et ce que tu as vécu est si fou ...
    Bien désolée pour toi, et solidaire pour partager l'envie de vivre malgré le malheur, Martine.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Svetlana le 19 Janvier 2017 à 22:04:10
Bonsoir Elisa, cette compression dans ta poitrine s' appelle l'angoisse et c'est bien normal que tu soit aussi oppressée avec tout ce que tu as vécu depuis ton plus jeune âge. Tu dois ne pas trop savoir ou est ta place dans tout ça.  Dans un livre il y était dit c'est en s' eduquant soi même qu'on peux aider dans l'apprentissage de nos enfants. Ta mère n'a pas su faire ce travail sur elle et malheureusement  c'est toi qui à été pris à partis. Tu as raison pour sa lâcheté et c'est normal que tu ai ce sentiment de dégout . J'espère que tu va réussir à te construire un peu plus sereinement maintenant et je pense comme Laure R qu'une aide extérieure te ferais le plus grand bien  car plus on attend et plus c'est douloureux d'évoquer toute ces violences et humiliation qu'on a subit.Tu as 15 ans même si tu le sais déjà au fond de toi, tu n'ai aucunement responsable de tout ce que ta mère ta fait subir le problème était en elle et elle a choisi la solution de faciliter au lieu d'affronter ses peurs et ses démons intérieurs . Prends bien soin de toi et surtout surtout garde ta confiance en toi c'est le plus important.  Plein de pensés pour toi.
Svetlana
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Laure R le 02 Février 2017 à 23:11:12
Elisa, comment vas-tu?
Donnes nous des nouvelles.
Pensées pour toi
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 05 Mars 2017 à 10:10:05

J'ai appris il y a de ça une semaine que ma mère avait déjà fait des tentatives de suicide. Un urgentiste à dit dans le compte rendu du légiste l'avoir déjà rencontré pour cette raison. Ça me parait affreux que personne de son entourage proche n'aie été mis au courant. Comment ma mère a t-elle pu nous faire face après ? Encore une question sans réponse.

Les mères et les enfants dans la rue me font souffrir. Mon père ne croit pas véritablement, enfin si mais jusqu'à un certain stade mes souvenirs. Cette réaction est peu agréable c'est à lui que je me suis toujours confiée.

J'ai envie d'hurler au monde ce qui m'est arrivé, qui était ma mère et comme je souffre. Mais ce serait injuste les gens ont leurs propres problèmes.
Merci de m'avoir lu.
Une  fille un peu perdue.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: souci le 05 Mars 2017 à 10:53:53

   Oui, je t'ai lue, Elisa ...

   Je t'embrasse tendrement ...

   Exprime-toi aussi souvent que tu en ressens le besoin, les proches du suicide savent bien que les questions sont inextricables ...

   Émotion pour toi, chère petite, Martine.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 06 Mars 2017 à 20:57:06
Qui a été ma mère ?
Voilà la question qui me taraude. J'apprends à la "connaître" qu'une fois sa mort arrivée. Ça me parait bien pitoyable. Un trop plein de souvenirs merdiques m'assaillent, je ne sais pas comment réagir. Elle est morte depuis quelques mois tous de même et pourtant je trouve que j'évolue trop peu.

Le souvenir des coups et des insultes me bouffent. La non relation que j'ai eu avec elle me manque. Dans cet espèce d'équilibre que les autres semblent avoir. Ça m'énerve grandement.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Mononoké le 06 Mars 2017 à 22:03:00
Bonsoir Elisa,

Je viens t'écrire un petit message pour t'apporter tout mon soutien et toute ma tendresse,
j'ai du mal à trouver les mots, tant ils me semblent inappropriés face à ce que tu vis.

Reçois-tu une aide extérieure ? en éprouves-tu l'envie ? Ce que tu as vécu et ce que tu vis aujourd'hui est si difficile!
Je sais que dans les villes, il existe des maisons de l'adolescent, où les adolescents peuvent rencontrer un psychologue gratuitement et anonymement sans être obligé d'en informer sa famille, peut-être cela pourrait t'intéresser ?

Je t'embrasse bien tendrement
Puisse cette nuit t'apporter un peu de douceur et de répit

Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: souci le 06 Mars 2017 à 22:11:17
    Ce que tu écris là en dit long ...
    Tu n'évolues pas "trop peu", ces choses-là demandent du temps ...
    Comme tu dis, "les autres" semblent bénéficier d'un équilibre qui les protège ...
    Suite au décalage causé par un deuil, il arrive que nous ayons besoin de nouvelles amitiés, de trouver de la compréhension auprès de personnes fortement éprouvées, que ces dernières soient parvenues à dépasser le sentiment d'être perdu ou se trouvent dans la même panade ...

   Ta maman souffrait beaucoup, ce n'est bien sûr pas une "excuse" pour prendre son enfant comme bouc émissaire ...
   Elle ne savait probablement pas comment se respecter, se faire respecter, et donc, comment respecter ... elle avait des failles en elle, je devine, comme tous les parents qui cèdent à la violence envers leurs enfants ...
    Et les causes de ces failles étaient trop obscures pour elle, la violence est une carence ...

    Douceur à toi ... tendrement solidaire, Titine.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 23 Mars 2017 à 22:38:23
Je suis tombée sur le texte que j'ai écris à son enterrement. J'ai une curieuse envie de le partager.

Maman,
deux syllabes pour tellement de sentiments
5 lettres pour tellement d'incompréhensions
et un mot pour une déferlance d'amour.

Cet  amour qui lui semblait si dur a recevoir
et que je voulais tant  donner
avec le temps c'était devenu si dur

Aujourd'hui j'aurais tant voulu l'avoir serré dans mes bras.
Lui avoir hurlé je t'aime!
Par-ce que oui, je l'aime
je l'aime tant et tant que mon cœur se serre.

Et a me retrouver là
proche de toutes ces personnes qui, de près ou de loin l'aimaient.
J'aurais tant voulu qu'elle vous voient
vous, qui êtes réunis maintenant, pour elle.

Et a vous voir tous,là
je veux vous le dire vous suppliez
s'il vous-plait, dites le même si ça coince, même si ça vous paraît impossible, même si, même si ça vous semble sonner faux,
dites les ces mots, je t'aime,
car ces mots non prononcés ont fini pour moi par devenir des poids qui ne me lâchent pas.

J'aimerai aussi que vous connaissiez ma mère comme j'ai pu la connaître
Dure, exigeante méchante.
Brisée de l'intérieur. Brisée par son enfance.
Brisée car elle ne pouvait pas vivre positivement son présent.

On me dit « mère forte, mère fière »
Mais pour moi elle était mère tremblante, mère colère.
Dernier souvenir pour un dernier accrochage.
Elle ne devait pas mourir a cet age.

Elle a laissé mon père là,
Lui qui ne demandait qu'a l'écouter
Elle a laissé trois enfants seuls.
Qui garderont en eux un vide un manque si fort.

Maman,
deux syllabes pour cette  conversation que j'aurais aimé avoir avec toi
 5 lettres car nous étions cinq et un vide restera pour ne laisser que nous
 un mot qui  me fait tourbillonner dans un océan de questions,

Comme j'aimerai la retrouver, pour lui hurler qu'elle n'avait pas le droit de nous abandonner ...
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 24 Mars 2017 à 23:32:34
J'ai fais un drôle de rêve maman cette nuit. Un rêve dont tu étais la principale protagoniste. Un rêve dans lequel tu me disais des choses insensées. Tu me disais "Je t'aime". Comme quoi les rêves ont un côté ironique. Toi me dire une chose pareille? Même saoule maman, je ne t'imagine pas  dire une telle chose, ou alors avec un petit sourire en coin. Maman, il m'énerve de parler de toi au présent mais six mois, c'est court et long à la fois.
Maman, il m'énerve de devoir t'appeler par ce nom qui dans la bouche de mes camarades, est affectif. Maman ça revient a quelque chose de triste, d'incompréhensible et de révoltant pour ma petite personne.
Je crois Maman que tu m'as pourris fut un temps. Non, je ne le crois pas, il faut que j'arrête de me mentir n'est ce pas? J'en suis certaine dans ce cas. Maman tu es morte. Je n'aurais plus le moyen de me venger, de te balancer à la figure une foire de souvenirs grinçants.

Maman. Maman je t'en veux tellement; tes frères, tes sœurs ils parlent de pardon moi la colère m'anime! Le dégoût, aussi, parfois. Mon père dit qu'il faut regarder l'avenir, il n'a sûrement pas tort mais moi se sont ses souvenirs qui accaparent mon présent.
Maman tu m'énerves. C'est fatiguant de ruminer en perpétuité. Vraiment. Je repense a ce mercredi matin pourrit. Non à mon enfance. Et je pense aux photos, quel sourire tu as. Maudite femme. A côté de moi tu ne souris que par obligation et sur les photos, dieu, comme ton sourire est grand.

Tu es morte. Parfois ça me revient comme ça. Et merde me dis-je. Et là, boum. Souvenirs.
Tiens je te vois, nous sommes assis dans le salon, nous mangeons. Et dès que papa regarde ailleurs tu me lances quelques oeuillades discrètes,un petit sourire en coin, parfois un petit rire, mais il ne faudrait pas que papa comprenne. Comprenne quoi? Que tu joues avec mes nerfs, voyons. Maman j'ai sept ans putain, tu ne peux pas me laisser manger avec un coude sur la table sans me considérer comme une moins que rien?


Maman, dans la rue, tu fais semblant de rien. Tu souris aux voisins tu dis que je suis insupportable alors que, tu viens de me frapper dans le garage. Avec hargne, non, avec haine. Je t'ai fourni une bien pâle excuse j'avais oublié mon cartable dans le salon. Dieu quelle bévue. Sept ans toujours et une petite incompréhension de la signification du nom maman.

Maman, un mercredi après midi tu as hurlé encore, et encore. Je ne savais pas quoi faire. J'ai pris une boîte très jolie, qui m'était chère. J'ai pris une feuille et j'ai découpé des cœurs encore, et encore. J'ai écris sur chacun d'eux " je t'aime" et je suis descendue te l'offrir. Si tu as dis merci ou non je ne sais pas mais j'étais enrhumée. Quel rapport? Je me suis mouchée et je suis allée jeter mon mouchoir à la poubelle. Pourquoi je raconte ça? Tu ne vois pas ce que tu as fais de mal? Au moment de mettre le mouchoir à la poubelle j'ai découvert tous mes cœurs dans celle-ci mélangés aux os du couscous du midi. J'ai vu la boîte et je l'ai ouverte, il y avait des trombones à l'intérieur. Maman tu n'as rien compris. Les trombones, c'est froid.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Mononoké le 25 Mars 2017 à 06:44:01
Elisa,
Je te lis, les mots ne me viennent pas facilement, tant ce que tu as vécu me semble intolérable, alors je te laisse ces quelques lignes pour que tu saches que je t'apporte tout mon soutien
bien tendremmemt
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Laure R le 25 Mars 2017 à 21:53:07
Elisa,
Ce que tu écris est touchant, poignant, et magnifiquement bien écrit... Sans doute as-tu trouvé ta solution : Écrire, nous écrire. Tu fais ce travail là, de deuil, non pas de ta mère, mais de la mère que tu aurais souhaité, et ce travail est éprouvant. Je crois qu'on fait le deuil d'une relation quand, du vivant de ses parents, lorsque ça s'est mal passé, on ne l'a pas fait. Viendra ensuite le deuil de la personne. Laisse aller, nous te lisons.
Amicalement,
A te lire
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 25 Mars 2017 à 22:55:36
Je suis retournée chez nous, chez toi. Dans cette maison, toute vibrante de souvenirs. J'y revois différentes scènes, différentes brûlures. Malheureusement malgré toutes ces pommades, telles que "ça va aller" ou encore "je sais que tu es forte", les marques restent, bien que la douleur s'estompe lentement. Mais il suffirait de gratter un peu la croûte ( une mère croisée au hasard dans la rue parfois me suffit,)  pour que le pus de ma rancœur sorte et se déverse.

Monter les escaliers n'est pas une épreuve si compliquée, mais les redescendre. Quelle horreur. Je me dis, sans véritablement réfléchir que ses marches tu ne les a pas redescendues ou alors qu'après avoir accroché ta corde pour aller te munir de ce ( pardon pour l'expression ) putain d'escabeau. Ma chambre, celle de mon frère, de ma sœur y es tu allée avant ton acte barbare ? T'es tu souvenue que tu avais donné naissance a trois êtres humains qui, a partir du moment ou tu les a nommés sont devenus à minimum dépendant de toi ? Ou t'es tu juste effacée en accusant le monde entier d'être contre toi.

Je m'acharne contre toi dis tu. Bien sûr. Je ne sais plus faire autrement, il n'y a pas de coupable.. certes, mais il est difficile de tous pardonner et ; quitte a en vouloir a quelqu'un, autant en vouloir a quelqu'un qui n'en souffrira pas/plus, car tu n'es plus là. Mon frère, ton fils ( je l'oubliais ) me tient aussi responsable que toi de notre relation. Je suis tombée de haut. Était-ce alors aussi ma faute ? Je me suis d'abord convaincue du contraire, après avoir pleuré à chaudes larmes du point de vue de ton fils, mon frère. Et s'il avait raison ? Et voilà, je doute. Tu jubiles hein.. tu es contente n'est ce pas même morte, tu me pourris la vie. Je te vois d'ici avec ton petit sourire de victoire. Je ne me laisserai pas faire.
Il estime que je n'ai pas fait d'efforts. Putain. Mais être a côté de toi était en sois un effort ! Ne pas me mettre a hurler, a balancer ma tête contre les murs, en bref, rester calme, c'était un effort, un énorme effort. En janvier je te l'ai dit. Ça m'a pris des mois. « Maman, j'ai des blocages sur toi. » Tu m'as dis que je ne faisais aucun effort. Tu venais de te remettre avec papa alors que vous étiez entrain de signer la procédure de divorce. Et moi, je ne faisais aucun effort ? J'en ai eu marre maman. Je n'en pouvais plus. En septembre je suis partie vivre chez  papa. J'ai eu la brève impression de respirer.

Et boum. Mois d'octobre. Papa formation, moi chez toi, trois phrases échangées, puis phrases dures -trop dures-, je quitte la maison, papy et mamie viennent me ramasser à la petite cuillère et deux jours plus tard . Mère suicidée. J'ai du annoncer à ma sœur, ta fille ( je l'oubliais une fois de plus ) que tu étais morte. Quelle horreur. Vlan. Comme une de tes baffes. Un moment déchirant et ou pourtant, nous n'avons jamais été si proches. Abandonner ta fille. Elle a 7 ans, comment lui parlera t-on de toi plus tard ? Mon frère chantera sûrement tes louanges, mon père sera modéré, et moi je ne sais pas.

Ton acte raisonne pour moi comme un doigt d'honneur. Nous mangions face aux escaliers. J'ai l'impression que la scène se serait déroulée sous nos yeux. Un espèce de «  puisque c'est comme ça » vengeur. Ah ces formidables repas, si quelqu'un du voisinage avait suivi l'un d'eux par caméra cachée il aurait vite compris que quelque chose ne tournait pas rond. Mais personne ne l'a fait. Personne n'est pas tombé dans ton talent de comédienne.  Et moi je n'était que l'ado qui se plaignait de sa mère et qui réagissait comme une ingrate.«  Sa mère a tous de même  trois enfants et elle est en plein divorce, elle devrait plutôt lui en être reconnaissante, elle... »

Ça n'en finissait pas. Maintenant ces mêmes personnes remettent tous en question. Ne pourraient- elles pas choisir dans quel camp elles sont ? Je suis perturbée quant elles se croient dans l'obligation de me faire deux bisous inutiles, sonores et insignifiants, un sur chaque joue.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 25 Mars 2017 à 23:01:30
J'ai essayé de faire mon deuil de son vivant, mais comme il était dur ne pas s'accrocher à l'espoir que par hasard ma mère qui se serait peut être égarée, puisse ressurgisse du fond du placard.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Laure R le 25 Mars 2017 à 23:25:46
Elisa,
Garde tes textes, c'est du Van Gogh.
Oui, ça se fait pas de dire ça alors que tu souffres terriblement. Lui aussi, il souffrait. Il était fou, et toi tu as pu échapper à la folie malgré le contexte familial.
Ou alors, l'auteur Eglof, du" seigneurs des porcheries".  Tu as leur puissance créatrice. Dans ta douleur, tu as une veine littéraire, j'en suis certaine. Tu as une force extraordinaire. T'es pas du tout du genre "victime demandant de l'aide". T'es posée, puissante, le sens-tu? Tu as déjoué la perversion, non?
Et papy et mamie, ils disent quoi?
De ce bordel, de ton attention à tes frères et sœurs?
Ils te soutiennent?
Ce que tu écris, c'est ta vie, tes ressentis, que je reçois ainsi, et que je reçois aussi, comme une création magnifique, le cygne chez les canards,tu sais le vilain petit canard... Ta douleur, oui, mais, aimes-tu lire, fais-tu ça par hasard, ou as-tu une notion de ton bonheur d'écriture? Et sinon, pourrais-tu t'y relier?
Il y a ta désespérance, ta colère, et en même temps, une énorme énergie. Tu fais quoi comme métier dans la vie, si c'est pas indiscret?
Bises
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Laure R le 01 Avril 2017 à 21:14:17
Elisa
Tu es en tous cas, quelqu'un qui écrit magnifiquement. Ne te fais pas d'illusions, je ne suis pas éditrice. Comme toi je lis beaucoup. Et j'écris, c'est parfois un désir impérieux, je peins, je sculpte, ça me tient, me recentre, m'enseigne, je ne sais quoi, mais m'enseigne. Parfois c'est aussi lutter contre ses censures pour que ce désir d'exprimer se déploie.
Apparemment tu es plutôt seule.
Aider, je ne sais pas, comment le recevoir, comment donner? J'ai plutôt en tête, partager. Partager, ce n'est pas aider, même si c'est aidant.  Tu prends conscience des besoins des autres, de tes besoins, tu vois ce que tu peux offrir, tu vois ce que tu peux recevoir. C'est juste de l'échange.
Et ici, on échange. Tu as besoin de dire, d'être entendue, ta situation, oui, c'est la merde, mais j'entends aussi ta capacité à créer, ton talent. Quel peut-être mon besoin? Avec toi? Je ne sais pas trop, peut-être que tu es pile poil dans ce que j'aime, dans mon art, et que j'éprouve avec toi une sororité. Et ça, la fraternité, c'est bien un besoin que j'éprouve en tant que fille unique...
Tu vois c'est simple d'échanger, de s'aider mutuellement.
Tiens bon
Cordialement
Laure
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 17 Mai 2017 à 21:29:00
Maman, voilà un moment que nous n'avons pas conversé. Il y a quelques jours je me suis embrouillée avec  ton fils, et j'ai éclaté, j'ai hurlé, j'ai pleuré. J'en suis même venu à dire que tu me manquais. Pour te dire à un tel point ça ne vas pas. Est-ce que tu me manques réellement ou est-ce juste ce manque, ce vide de ne plus posséder d'icône maternelle? Celle que mes camarades ne cessent, sans le savoir d'exhiber au monde les qualités de leur chères mères. Ne peux-tu pas me répondre juste une fois? Non, ce serait trop facile, un voisin m'a dit que le pire dans le suicide d'un proche c'est certainement les questions qui resteront sans réponses. Les avais-tu seulement toi-même?

Pourtant le monde continue de tourner, le soleil de briller, le cycle de l'eau de tourner. Mais un rouage, parmi mes sentiments les plus profonds n'est plus graissé. Il grince, il sabote mes émotions et ronge les moments de joie. C'est ce même rouage que tu as abîmé, maintes et maintes fois. La haine et le désir de vengeance contre ta personne était une faible graisse mais qui l'aidait à tourner maintenant j'ai du mal à le diriger. Maman, ce rouage, c'est celui de la relation mère fille.

Tiens, c'est presque drôle aujourd'hui. Quand j'ai fais ma tentative de suicide en 6ème ( Les livres n'avaient plus suffit à me faire sortir de ma vie le foulard était censé me libérer, enfin.), ma chère maman, tu es juste sortie de la chambre et tu as descendu les escaliers. Ce dont je me souviens le mieux, et c'est là le plus affreux; c'est le son de chacun de tes pas sur les marches dans l'escalier. Les deux premières marches et partant du haut ont grincées comme à leur habitude et je me souviens de n'avoir pu souffler qu'une fois après avoir entendu le frottement de tes chaussons sur le carrelage du salon. Je ne pense pas que nous aillons un jour parlé de cet incident ensemble, ou alors ma mémoire a décidé de ne pas remuer le couteau dans la plaie.

Et puis, maman, pourquoi était-ce si dur de te toucher? Un jour j'ai essayé, je le voulais. Tu étais entrain de conduire, j'étais sur le siège passager, tu ne faisais pas attention à moi. J'ai tendu mon bras, j'ai approché ma main de ton épaule j'ai presque senti ton manteau sous mes doigts. Mais ... je ne sais pas, mes doigts se sont repliés, ils se sont dérobés de tous contact affectif avec toi.
La première fois ou je me suis rendue compte du fossé physique entre nous, c'est arrivé durant les vacances d'hiver. Nous étions partis au ski, avec un couple d'amis à toi et papa. Ils avaient un fils et une fille. Le choc n'a eu lieu que le troisième ou quatrième matin de la semaine, alors que cette scène s'était déjà déroulée plusieurs fois sous mes yeux. C'était au petit déjeuner. Votre amie était en train de boire un café, je crois, quand sa fille est arrivée elle s'est penchée vers elle a tendue sa joue a obtenue non seulement un bonjour ( ce qui pour moi était déjà rare avec toi ) mais aussi un bisou! Je n'avais jamais remarqué ce vide mais ce jour là, il m'a semblé infranchissable.
Les deux derniers jours de ce voyage de ski furent pour moi une horreur. Chacun des gestes que faisait cette amie à sa fille me faisait souffrir.

J'aurais tellement aimé un câlin, ne serait-ce qu'une fois.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: souci le 18 Mai 2017 à 08:08:50

    Je t'ai lue, Elisa ...
   
    Tu as ton intelligence pour toi, pour arriver à comprendre, peut-être, un jour, les faiblesses de ta mère, ses troubles profonds, parce qu'il y en avait, inavoués, pas soignés.
    Peut-être, peut-être, que ce n'était pas "vraiment elle" qui faisait ce mal, peut-être qu'elle s'était perdue ... ou carrément jamais trouvée ... égarée dans d'inextricables méandres de faussetés ...
    Je sais, ce n'est pas une raison pour en vouloir à qui que ce soit, et surtout pas pour s'en prendre à ... son enfant, bon sang, s'il est FACILE de faire du mal à son enfant ...
    Quel petit triomphe retirait-elle du fait de t'humilier, quelle importance cela pouvait lui rendre ? Ou peut-être ainsi, se prouvait-elle ce qu'une personnalité malade veut se répéter: qu'elle est indigne ?
    Tant d'insanités sont remuées dans la maltraitance ...
    Je ne comprends que partiellement ce que tu as vécu.
    Ta limpidité intellectuelle t'aidera à faire les bons choix dans l'intimité de ton cœur, afin de connaître malgré les carences et les contre-exemples connus dans ton enfance, de belles réussites dans ta vie affective.
    Un pont au-dessus de ce vide pour accéder aux autres formes de liens d'amour, d'amitié, même si rien ne remplace le mal qui t'a été fait par du bien.
    De temps en temps, tu iras t'y recueillir, y jeter une rose, pour la tendresse qui n'a pas été, pour toutes les attentes d'amour restées sans suite de ce pauvre monde.
    Mon respect et ma solidarité vers toi, chère jeune Elisa.
    Sourire sincère, Martine.
       
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 31 Mai 2017 à 22:40:17
Cesses de tourner la tête à chaque question…
Cesses de boucher tes oreilles au moindre reproche,
Cesses d'être présente dans chacun de mes mouvements,
Cesses d'apparaitre à l'aube de chacune des mes espérances,
Cesses de les amener à peine nées à la tombée de ma déception.
 
Reviens,
Reviens et dis-moi que tu regrettes,
Reviens, et dis-moi ses mots que je n'ai jamais cessé d'attendre.
Dis-moi, dis-moi que jamais tu n'aurais du me frapper,
Reviens, j'ai besoin d'un câlin; d'un vrai
Pas d'un comme celui que tu as pu me servir, parfois.

Non. Ne reviens pas, reste loin,
Si tu venais, revenais de je ne sais ou,
Alors chère mère, j'aurais peur.
Peur de ton regard, peur de ta pensée.
Peur de ses hontes que tu ressentais,
Au plus profond de toi-même a mon sujet.
Peur de l'enfant que tu as été,
Peur du miroir dans lequel tu te voyais a travers moi.

Je suis en colère.
Mangeuse d'enfance, ogresse d'amour!
Convertisseur de joie, au plus profond des désarrois.
Tu nous as laissé. Lâche.
Tu aurais pu montrer que de nous, tu te souvenais toujours.
Tu as répudié tes parents, tes frères, tes sœurs!
Et ce "sacrifice" était –il censé changer quelque chose?

Triste .
Ou es-tu?
Cette non-relation entre nous me ronge.
Pas même foutue d'articuler un bonjour.
Mais, chère mère, je l'attendais, du fond du cœur, de mon amour.
J'ai attendu longtemps.
Et puis overdose d'attente.
Tassement d'émotions diverses, abandon d'espoir.

Cesses donc de me manquer.
Cesses donc d'être morte !
Cesses d'être se souvenir, qui me ronge, trop.
Trop pour rester sain.
Et puis, s'il te plait m'man
Expliques-moi,
Je t'ai fais quoi ?

Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: souci le 31 Mai 2017 à 23:51:10

   Terrible, Elisa, tu écris terriblement.

   S'il n'y avait eu qu'une non-relation ... mais il y a eu une relation de mauvais sentiments ... un plaisir malsain à faire mal ... a-t-elle reproduit des choses vécues dans sa propre enfance ?
   Étrange attirance pour un  mal pourtant subi ?
   Des eaux bien troubles, aucune transparence.
   Qui pardonnera ?
   Qui rompra l'enchaînement de la haine ?
   Tu lui demandes qui elle était.
   Je ne pense pas qu'elle ait pu savoir elle-même, enrôlée dans l' indécence.
   Elle était sous influence - de QUOI ?
   C'est son mystère. Son mal en scaphandre.
   Son mal, elle te l'a fait. Irréparable.
   Et son suicide en clôture.
   Ta colère ne peut dissocier la femme qui t'a mise au monde et ses troubles de personnalité.
   Et comment le pourrais-tu, cette femme il fallait bien qu'elle soit ta maman, ta douce maman, répondant à ton instinct d'Amour ...
   C'était pourtant simple !
   Mais non, tu n'y a pas eu droit.
   Est-ce sa faute à elle, ou bien au destin qui laisse passer des monstruosités ...
   C'est une ÉNORME faute qui assombrit ta jeune vie, chère et émouvante Elisa. Dénonce, enfant d'Humanité.
   Émouvante car l'Amour est resté vivant en toi, blessé mais vivant.
   Prends-en grand soin.
   Je t'embrasse très doucement, très délicatement. Martine.
   
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Denpaolig le 01 Juin 2017 à 01:21:30
Bonsoir Elisa,

Je t'ai lu, Elisa. Avec mes tripes qui se tordaient, avec mon cœur qui saignait pour l'enfant abandonné que tu as été, que tu es à nouveau depuis son suicide. Alors, oui, elle était là mais sans l'être réellement pour toi. Je comprends l'ambivalence que tu ressens. Quand elle était vivante, elle n'était pas présente en tout cas pas comme tu l'aurais voulu, pas comme elle aurait dû. Maintenant qu'elle est morte, elle est encore plus présente qu'avant mais cette présence  est nocive pour toi. Dur combat que tu dois mener là.
J'ai été une enfant à qui on a répété, répété et encore répété (j'ai 46 ans aujourd'hui) qu'elle n'avait pas été voulu, que ma mère avait tout fait pour me "faire passer". J'ai entendu ça jusqu'à mes 44 ans jusqu'à ce que j'ose dire à ma mère tout le mal qu'elle instillait en moi. Elle ne s'en était pas rendue compte... Grandir en étant délaissée, je connais un peu. Quand j'étais petite, j'étais introvertie et silencieuse, celle dont on oublie la présence voire même jusqu'à l'existence parce qu'en tant qu'enfant pas voulu, on ne veut surtout pas faire de vague... Mais contrairement à toi, je n'ai pas connu la maltraitance physique, juste celle qui vous fait perdre confiance en vous si tant est que vous en aillez eu un tant soit peu... On m'a laissé dans un lit à barreaux jusqu'à mes 22 mois. Pas le temps de s'occuper de moi... J'ai marché à 23 mois et on m'a mise à l'école à 23 mois et demi parce qu'il n'y avait plus personne de disponible pour s'occuper de moi. Tu penses bien que je ne m'en souviens pas de mes 2 ans mais on me l'a répété, répété et encore répété avec cette volonté farouche d'humilier.

Aujourd'hui, je suis une maman à mon tour. J'ai trois enfants (18, 14 et 11 ans) que j'aime et que je "louve" : je les couve comme une louve le ferait avec ses petits (c'est une collègue de boulot qui a trouvé que ce mot me qualifiait bien au sujet de mes enfants). J'ai fait tout l'inverse de ma mère. J'ai pris des congés parentaux pour m'occuper d'eux. Je ne travaille pas les mercredis pour être auprès d'eux. Je suis à leur écoute. Je les ressens dans chacune de mes fibres... Les copains et copines de mes enfants me trouvent géniale et demandent souvent à mes enfants si je suis comme ça seulement quand ils sont là ou si je suis comme ça tout le temps ? C'est chouette et c'est une sacrée revanche sur mon passé !

Ce que ta mère t'a fait endurer, tu ne le sais sans doute pas mais tu le transformeras en force un jour. Pour le moment, ta colère et  ta révolte sont à la hauteur de ce qu'elle a pu te faire vivre. Et c'est bien normal ! Il serait étonnant que ça te glisse dessus, non ?

Et puis cette injustice de ne pas trouver de soutien au sein même de ta famille, tu la craches ici et c'est bien que ça sorte. D'une voix forte et non d'une petite voix comme dans mon enfance, je te dis qu'ici sur ce forum, tu as trouvé des oreilles attentives, de la bienveillance. Je suis là et si tu veux qu'on échange, ce sera avec un immense plaisir.

Elisa, tu as un don. Le don de grands écrivains qui arrivent avec des mots à bouleverser, secouer, faire prendre conscience. J'espère que jamais tu ne lâcheras ta plume. Jamais.

J'ai découvert ce forum par pur hasard au gré de mes recherches pour trouver une association qui pourrait m'aider à traverser un terrible drame. J'ai découvert des histoires lourdes, des vécus souvent douloureux mais j'ai trouvé l'essence même de la vie. La solidarité.

Je te souhaite de trouver l'apaisement nécessaire à ton épanouissement.
Je me permets de t'embrasser très fort, Elisa. Tu seras dans mes pensées et je reviendrais sur ton forum prendre de tes nouvelles. Je reste disponible si tu veux qu'on échange en privé.

Prends bien soin de toi, Elisa.

Muriel.

Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: Denpaolig le 19 Juin 2017 à 03:59:52
Comme tous tes écrits, celui-ci est juste magnifique...
Oh Elisa, comme je voudrais te prendre dans mes bras et te donner la tendresse, la compréhension, l'attention et l'amour dont tu as manqués... Tu es dans mon cœur...
Muriel.
Titre: Re : ma mère s'est supprimée
Posté par: elisa. le 30 Juin 2017 à 22:46:08
J'ai envie de vent. D'une bourrasque, qui soit forte, puissante. Assez imposante pour emporter mes pensées. Je voudrais pouvoir me perdre dans le vent, hurler ta mort en lui. Que chacune de mes paroles devienne incompréhensible, que je sente l'irritation au fond de ma gorge à force d'hurler ma haine, ma tristesse, mon incompréhension.
Je voudrais tourbillonner tant et tant, que j'en oublierai mes repères, tanguer,  me rattraper, me relever et puis, marcher. Comme si, j'avais enfin pu me vider de toutes ses rancœurs, comme si, désormais, je pouvais sereinement ouvrir mon cœur.
Mais voilà, j'ai bien compris que jamais je ne me détacherais des chaines que représentent aujourd'hui mes souvenirs. Peut-être qu'au fur et à mesure ils se transformeront "juste" en des ombres noires, lointaines et menaçantes.

Je veux oublier ton corps qui était devant moi. Allongé sur se brancard métallique. On ne voit que ton visage, tes cheveux et un foulard autour de ton cou. Le reste de ton corps est sous un drap blanc et sous celui-ci se trouve une housse plastique blanche. Tu as la bouche ouverte, les lèvres bleues, violettes. Les lèvres d'une morte. On aperçoit tes dents que j'ai vu tant de fois, mais si rarement d'un sourire qui m'était destiné. Tes cheveux eux aussi, semblent morts. Je les caresse. Je pleure. Ils me font penser a du plastique. Je touche ta peau. Ils ont du te mettre au frigo car elle est gelée. Avais-tu des boucles d'oreilles? Je ne sais plus.
Je frappe le pied du brancard. Il roule se déplace légèrement. Reviens! Ne t'éloignes pas, même morte tu veux me fuir.. On m'a tant de fois dit que je te ressemblais. Je ne veux pas te ressembler.

Tes amies m'attendaient dans l'espèce de salon du crématorium. Elles ont du m'attendre un moment. Toujours est-il que quand je suis ressortie, je les ai rejointe et sois certaine que là, j'ai remis les choses bien en place. Fini l'idéal colporté de vous, madame ma mère! Je t'ai remise a ta place. Ta méchanceté, ton mépris, tes moqueries, tous, je leurs ai tous dit! Tu aurais vu leurs têtes. Je m'en suis un peu voulu. J'aurais peut-être du les laisser pleurer leur chère amie. A la place je leur ai ouvert les yeux. Et puis après tous qu'en as-tu à faire. Tu n'avais qu'as ne pas partir.

Maman, je voudrais te vomir. Me vider les tripes, le cerveau. Vider la boîte a souvenirs. Vomir ton soit disant amour.

Tu avais préparé ton coup. Salope.
Je suis allée à ton travail. J'ai vu ses collègues que tu as détesté. Je n'en ai rien dit, rien dit de tes souffrances. Je leur ai demandé si tu n'avais rien laissé qui soit à toi. J'avoue avoir espéré qu'une lettre y ai été. Mais non, ne me reproches pas de rêver. Ils m'ont répondu que tu avais repris toutes tes affaires de ta classe trois jours avant, ton, fameux acte. Alors, tu avais vraiment prémédité de te supprimer! Que personne ne me parle plus d'acte irréfléchis. De " elle a fait ça sur un coup de tête ". Personne.

Que vais-je mettre sur les feuilles que nous donne les profs en début d'année, dans la case mère. Ton nom et ton prénom? Fort bien je le ferais. Et que devrais-je mettre sur la catégorie profession? Un slash ou bien, morte à temps plein, ou encore, a attenté a sa vie un matin ( ou un soir, nous l'ignorons enfin, cela fait plus poétique, un matin donc ) d'octobre dernier, depuis elle restée plutôt inactive?
Hein, que dois-je mettre? Que dois-je dire? Comme puis-je vivre avec ce vide que tu me laisses dans le cœur, dans ma vie, dans ma maison, dans mon quotidien, dans mon amour.


Oui maman je sais. Je sais, tu souffrais. Je sais, je l'ai vu, je l'ai compris. POURQUOI n'as-tu rien fais pour te faire aider? Hein, dis-moi. Dis-moi pourquoi tu ne parlais jamais de ce qui n'allait pas. Allez dis moi, laisses moi avancer.
Je le réalise en l'écrivant. Tu me manques plus que je ne le pense. Les larmes me sont montées aux yeux en l'écrivant.
Je sais, d'habitude mes conversations avec toi sont plus organisées, mais…,  mais trop de choses se bousculent en moi ce soir.



Pardon, je ne voulais pas m'énerver. Mais tu me manques maman. Tu le comprends? Tu me manques. Tu n'étais pas cette mère que je rêvais, mais, mais tu étais ma mère et je l'ai compris on n'en a qu'une. De maman; et moi et bien, tu es morte. Et pas dans un accident de la route, pas assassinée par un fou, pas d'une grave maladie. Non toi tu t'es pendue. Avec un fil électrique bleu clair, et toi, ma maman pendue, tu me manques.




Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: souci le 01 Juillet 2017 à 21:36:18

   Ma chère Elisa,

   Il est déchirant de te lire, une nouvelle fois, mais rassure-toi, ch'uis pas du genre à fuir une douce enfant qui souffre ...
   Je te lis, oui, j'ai envie de te "consoler", ce n'est pas possible hélas ...
   Car ce qui est arrivé et arrivé, n'est-ce pas ...
   Ces souvenirs moches, d'une maman si mal dans sa peau qu'elle fait mal là où elle sait faire mal ... et qui va jusqu'au bout de sa destruction, sa décision d'en finir ...

   En tant que proche d'une personne suicidée (oh, c'est très différent pour moi, Elisa, tu sais, j'ai 50 piges, mon gentil neveu de 14 ans s'est tué voici 4 ans ...) mais, en tant que proche survivante à un suicide, je suis également confrontée à l'impossibilité de "nettoyer" la tache, l'empreinte mortifère d'un geste aussi violent et sans appel.

   On ne peut pas changer des faits horribles ...
   Mais il y a énormément de progrès possibles pour s'efforcer d'aller moins mal, nettoyer ses pensées, et conquérir certaines libertés de se se sentir BIEN, parfois, malgré ces passages très glauques, très marquants du passé.

   OUI, ma petite chérie, tu as des forces en toi pour penser plus sainement que ta pauvre maman restée engluée dans ses "pièges" ...

   Évite les pièges, douce Elisa, les pièges que sont le découragement, la violence, le désespoir, le cynisme ...
   Surfe témérairement sur les vents déchaînés si tel est ton tempérament, mais réussis des atterrissages en souplesse, dans le doux ...
   Prends soin de toi, bisou, solidairement, Titine.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: Ela le 02 Juillet 2017 à 01:20:34
Elisa...
La vie est un putain de combat... Beaucoup ne s'en aperçoivent pas pleinement parce qu'ils partent au front en dernière ligne. Ils pressentent le malaise, ils ont peur... Parce qu'ils entendent loin devant les cris de ceux qui sont en première ligne, mais ils préfèrent ne pas y penser... se boucher les oreilles, les yeux... fermer les écoutilles.
Toi tu es en première ligne. Peut être que tu as peur. Que tu es terrifiée par moment, sans doutes. Mais pas de cette inquiétude lancinante qui précède l'impact.  Tu es déjà au cœur de la bataille... Du haut de tes quinze ans...
Je ne vais pas te mentir: ça me sert le cœur, de te lire... de savoir que tu dois affronter ça si jeune... Un enfant-soldat. Il n'y a sans doutes aucun âge où on mérite de souffrir ainsi...  bien sûr. Mais le monde semblerait sans doute moins sombre s'il pouvait préserver l'innocence de la jeunesse...
Mais Elisa... lorsque je te lis... je vois aussi de la lumière qui jaillit de toutes parts. Tu as peur, tu enrages, tu as mal à en hurler... comment pourrait-il en être autrement? Mais malgré tout, tu affrontes vaillamment, lucidement ce qui se présente. N'ais pas peur de cette force, qui parfois même se fait rage. Elle t'a été nécessaire pour survivre. N'ais pas peur d'elle, de son apparente froideur, car entre les lignes, chacun ici peut lire aussi ta sensibilité, ta fragilité, ta vulnérabilité... Une plume d'ange dans un écrin d'acier.
Je ne sais pas quelles souffrances ont conduit ta maman à de telles extrêmes. Pourquoi cette violence, cet élan de destruction...
Tu n'es pas ta maman, chère Elisa. Tu n'es pas et ne sera jamais ta maman. Tu mets ta force au service de ta fragilité... l'acier au service de la plume. C'est ce qui transpire de chacun de tes mots. L'acier seul n'aurait pas touché les cœurs comme tes mots ont su le faire.
La vie ne t'a pas laissé d'autres choix que d'être forte. Que de répondre à la dureté de ce que tu as vécu par la justesse cinglante et percutante de ton regard. Un regard dur, qui révèle la réalité crue, nue, dérangeante... N'ais pas peur des armures qu'il te faut revêtir, des armes qu'il te faut saisir pour faire face... Simplement souviens toi toujours, dans un coin de ton esprit, qu'armes et cuirasses sont là pour protéger cette jolie plume, tout au fond de toi, que rien ne peut atteindre. Tous ici nous la voyons, cette jolie plume.
Prends grand soin de toi Elisa.
Je t'embrasse et suis de tous cœur avec toi.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: elisa. le 12 Août 2017 à 00:04:31
Bonsoir maman,
Aujourd'hui j'ai pensé à toi 7 fois, ou tous du moins je me souviens de ses 7 fois . J'ai mangé des bonbons avant le repas, je me suis dit que si maman me voyait; elle me tuerait.
J'ai ensuite mangé une tartelette aux framboises, même pensée. Si elle me voyait; elle me tuerait.
J'ai mangé et puis je me suis dit, ouf j'ai finis mon assiette elle ne va pas pouvoir me gronder.
Je me suis assise sur le canapé et je me suis dit que tu allais dire que je ne fais rien de mes journées. Alors je suis allée finir de débarrasser.
J'ai vu une pub qui parlait des poux et j'ai pensé à toi et ton enfance.
J'ai vu notre chat et je me suis dit que tu aurais pété un câble devant les poils qu'il perd.
J'ai regardé la poussière sur le sol et je t'ai imaginé te saisir du balai.

Au final je pense beaucoup à toi.
Trop à toi.

J'aurais préféré que tu te fasses inhumée. Que ta haine se soit envolée aux quatre coins de la terre ou juste aux quatre coins du jardin. A la place de ça tout est réuni dans une boîte en bois. Je trouve ça dommage.

Je ne veux plus m'énerver contre toi.
Juste pardonner ou juste, réussir à passer au dessus de tout ça. Bon ça n'arrivera pas mais j'aimerai bien.

Peut-être devrai-je cesser de te tutoyer, alors que tu n'es plus. Peut-être devrai-je accepter que j'ai besoin que des gens, n'importe qui  lise ce qui m'est arrivé. Je devrais dire "elle" pour parler de toi.
Mais dire "tu" permets en même temps de te maintenir à peu près vivante.

Meurs, meurs dans ton cœur, mais surtout meurs dans mon cœur. Meurs la haine qui reste niché au fond du tiens, du miens. Meurs la culpabilité qui se terre en moi, meurs la meurtrissure dont je n'arrive pas à me dépêtrer et puis maman; meurs cette salissure qui s'est incrusté au plus profond de moi.
Allez, va t-en.

Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: souci le 12 Août 2017 à 00:47:17

   Et toi, Elisa,
   reviens-nous souvent ...
   On ne pourrait pas t'inventer ...
   Chaleureusement, M.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: Ela le 12 Août 2017 à 01:32:03
Chère Elisa,
Il m'est impossible d'éteindre mon ordinateur sans te laisser un petit message pour te manifester un peu de soutien, de réconfort...  Ces dernières semaines, j'ai fréquemment pensé à toi, à ton histoire, à ce poids oppressant qui t'écrase. Parce que tu es si jeune encore... tout juste un peu plus âgée que ma belle-fille. Et l'idée que tu doives explorer si tôt, les sentiments si chaotiques et effrayants qui s'agitent dans les profondeurs de la "psyché" humaine me bouleverse... Pour d'autres raisons, j'ai connu cette fin brutale de l'innocence quand j'étais un peu plus âgée que toi, et je sais à quel point c'est douloureux, perturbant... Un cataclysme sur le plan identitaire...
J'aimerais simplement te dire que même si parfois tu as l'impression d'être écrasée par tout ce que tu as vécu, qu'il n'y a pas d'issue possible... la vie transforme les choses pas à pas. Rien n'est jamais acquis bien sur. Je ne te dis pas que tout ira mieux du jour au lendemain comme par magie.... Simplement de t'accrocher, parce que cette impression d'être à jamais coincée dans une impasse, c'est une illusion. Tout comme le fait de croire que la vie est toujours facile et dénuée de souffrance est une illusion... Mais entre les deux, viendra un jour où tu pourras à nouveau entrapercevoir des perspectives, inaccessibles jusqu'alors. Comment? Je ne sais pas... je te dis simplement que c'est ce que j'ai vécu. Ce que l'expérience m'a appris... Et je crois sincèrement que ce potentiel de transformation existe pour tous, même si lorsqu'on va mal, on est persuadé que dans son cas c'est différent. Qu'on est un cas désespéré. Moi je te dis: accroche toi.
Tu fais preuve d'une lucidité impressionnante face à ce deuil plein de paradoxes...Une capacité d'analyse que tu dois détester parfois mais qui en même temps, te permet d'ores et déjà de survivre et d'avancer. Faire la paix avec ce que l'on est, avec ce qu'on est devenu à cause? grâce? aux autres... quel long chemin que celui de la rédemption. Et pourtant, tu arrives déjà à identifier que c'est le chemin que tu aimerais emprunter. Bravo. Pour ma part, je crois que pardonner, ce n'est pas un acte de sado-masochisme dans lequel on prend sur soi de dire "ce n'est pas grave", alors qu'on a déjà tant morflé... Pardonner, pour moi, c'est justement l'inverse. C'est trouver comment déposer ce qui nous a fait du mal afin que ça ne nous empêche plus de vivre. Et parfois, il faut d'abord crever l'abcès de la rage et de la colère pour pouvoir entrapercevoir la suite du chemin.
Je comprends que tu culpabilises face à tous ces sentiments extrêmes, à cette colère qui te déborde. La culpabilité est un sentiment "normal" dans le deuil... Mais j'aimerais te dire qu'il n'est pas obligatoire. Tu n'as pas à t'en vouloir d'être en colère. Tu n'as pas à t'en vouloir du geste de ta maman, ni de tout ce qu'elle n'avait pas réussi à régler de son vivant. Tu n'as pas à t'en vouloir, à te punir de ce que tu ressens, même si les sentiments et pensées qui te débordent te choquent ou t'effrayent. T'autoriser à ne pas culpabiliser de ce que tu ressens vis à vis de ta maman, quelle que soit la nature de ces émotions, ne fera pas de toi quelqu'un de mauvais. Mais je devine, chez toi, chez moi, chez d'autres... comme elle peut être tyrannique, cette idée qu'on se fait de la loyauté... Mais là encore, tiens bon.
Tu m'as envoyé un petit message il y a quelques semaines. Je n'ai pas répondu de suite, puis j'ai oublié... Ma propre souffrance alimente parfois mon égocentrisme. Je suis désolée... Je tiens simplement à te dire que je t'ai lue. Que je te lis, et que ton histoire me touche. Je ne te connais pas, mais tes mots me touchent. Avoir besoin que d'autres lisent ce qui nous est arrivé, c'est humain. Ce n'est pas une preuve de faiblesse ou de l'orgueil mal placé. Juste un besoin élémentaire de reconnaissance. Un besoin de se sentir encore faire partie de ce monde, lorsque tout semble partir à vau-l'eau. Alors viens écrire ici aussi souvent que tu le souhaites.
Voila. J'espère ne pas avoir été trop longue. Je t'embrasse chère Elisa. Prends grand soin de toi. Je te souhaite, petit à petit, d'accueillir un peu d'apaisement, quelques éclaircies... toujours plus nombreuses. Tu y as droit, tous ici nous y avons droit.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: Denpaolig le 14 Août 2017 à 22:32:00
Chère Elisa,

Je t'avais déjà dit combien tes mots m'avaient bousculée, chamboulée, émue. Je trouve unique ce que tu écris. Unique parce que ton histoire est unique, elle n'appartient qu'à toi. Je trouve tes mots sans concession et c'est formidable de pouvoir ainsi essayer de se libérer par les mots. Tu alternes entre des mots doux et des insultes, je comprends.

Oh Elisa, je voudrais te prendre dans mes bras et t'apporter toute la tendresse dont je suis capable. Je ne peux le faire que virtuellement... Tu es dans mon cœur, dans mes pensées... Je t'embrasse bien fort. Prends soin  de toi, Elisa.
Muriel.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: elisa. le 07 Septembre 2017 à 23:48:58
Je suis dégoulinante de jalousie. Elle cavale de mes yeux jusqu'à mon menton, elle coule sur mes joues. Elle laisse une trainée salée sur ma peau. Elle se rajoute sur mes plaies, encore ouvertes. Je tente de la faire disparaître de mon corps, vainement. Elle revient, sans cesse, au moindre effort. A la moindre baisse d'attention.
Elle aime ses moments ou je regarde des mères dans les jardins d'enfants. Elle se pointe d'abord de manière douce, presque innocente. Tiens, ils en ont de la chance ses enfants me dis-je. Ensuite, elle monte, gravit les escaliers, arrive sur le perron. Moi aussi j'en voudrais bien une comme ça.
A partir de cette phrase, elle a gagné. Chacune de mes pensées seront habitées par elle. Ma jalousie, que je découvre sans limite. Je suinte de jalousie. J'empeste la jalousie.

Je suis jalouse de ceux qui peuvent pleurer une mère aimée. J'envie, la manière qu'ont la façon de prononcer le mot maman de certaines personnes. J'envie le sourire des enfants à la sortie de l'école devant leur chère icône maternelle. J'envie cette détermination que je possédais encore a mes 12 ans quant aux chances que je pouvais avoir d'arracher un sourire à ma mère. J'envie ce sourire que j'affichais sur les photos. Ce sourire qui me trompait. Ce sourire qui- j'essayais de m'en convaincre- me reflétait mieux que celle que je pouvais être dans le car me menant au collège. Ce sourire que je portais m'a tant fait souffrir lorsque j'ai réalisé sa fausseté. Mais après tout, il est possible que ses personnes que j'envie, affichent tout simplement ce même sourire d'apparat que celui des photos. Ou alors un sourire non complet. Pas assez complet.

Bien sûr, ils possèdent leurs souffrances, toutes plus dures les unes que les autres, mais je n'en peux plus de la mienne. Cette mère qui ressurgit de tous les coins, sans arrêt sans jamais me demander mon avis.
Elle, elle s'en fou d'être bientôt partie depuis un an. Moi c'est dur. Dur de ne plus me rappeler de sa voix autrement qu'en train d'hurler. Dur de me rendre sur sa tombe. Dur de devoir être forte pour papa. Dur de devoir me convaincre d'être forte. Dur de ne pas me mettre a hurler. Dur de ne plus pouvoir hurler tant je me sens vidée de mon énergie. Dur de vivre avec des souvenirs qui ressurgissent au détour d'une phrase d'une amie. Dur de parler d'elle.

Mais les choses seraient plus dures encore si elle vivait. J'aimerai pourtant qu'elle vive encore.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: souci le 08 Septembre 2017 à 06:13:56

   Tant que les sentiments négatifs nous sabordent,

   oui, c'est DUR ...

   On écope tout en ramant ... mon esquif est troué aussi ...  ... ...
   
   c'est pas ta mère qui te noie, même si elle t'a laissée seule à la mer !
   Courage, Elisa, il y a plein d'îlots sympas ... peuplés de sots en bandana et d'idiots lambdas ... rarement, des âmes-mères et des âmes-sœurs, mais il y en a ...

   Tendresse et solidarité pour toi, Elisa.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: elisa. le 26 Octobre 2017 à 23:16:57
J'ai un peu mal, mais ça va. Juste un peu, parfois. En allant au lycée parfois les larmes me montent aux yeux et puis, elles coulent. Et je crois que c'est bien. C'est bien car, tu me manques mais mon cœur ne s'arrache plus, ou tellement moins.
Je ne veux pas d'enfant. Personne ne m'écoute vraiment lorsque je leur dis cela mais je n'en veux pas, réellement. Regardes toi, ta mère était violente, ton père pire encore, et pourtant tu as reproduis cette violence. Je ne veux pas prendre le risque de faire souffrir un être humain qui n'a rien demandé. Car moi, je n'avais rien demandé et je t'en veux pour ça. Je t'en veux, tu n'avais qu'a te pendre avant si tu voulais te pendre. Papa a souffert, nous aussi, tes enfants et je t'en veux de m'avoir fait. Maintenant je suis là, je vais rester mais pourquoi m'avoir fait naître si tu étais incapable de m'avoir? Je ne veux pas reproduire cette haine et finir comme toi. Au bout d'une corde, ou, sans aller jusque là quelqu'un que je ne veux pas être.
Comprends-tu cela?

J'ai peur. J'ai des restes de toi, des accès de haine. De la rancœur, elle est si forte. J'ai peur lorsque je repense à nous deux. A ce jeu que j'ai instauré, petite, pour te résister. Ne pas pleurer devant toi et ce peu importe le taux de violence que tu pouvais m'infliger. Puis je montais dans ma chambre, et je pleurais dans l'oreiller, à m'étouffer, je pleurais. C'est ça, mes souvenirs de nous. Pas de bons souvenirs, toujours gâché par la peur de ton regard. Par l'appréhension de tes futures remarques.

Je n'étais pas assez féminine pour toi. Décidemment, quel boulet j'ai pu être! Pourtant, en primaire, c'est toi qui m'a trainé chez le coiffeur et qui a dit à la coiffeuse de raccourcir mes cheveux à l'oreille. Je chialais et toi tu riais avec la coiffeuse " comme on est attaché à ses choses là à leur âge".

Pourquoi souriais-tu lorsque ton fils arrivait alors qu'avec moi tu détournais le regard?
Je n'étais pas bonne en math? J'en suis désolée maman.
Je n'étais pas assez belle? C'est dans les gênes ça maman.
Je n'aimais pas les robes? J'en mets désormais maman.
Je ne rangeais pas ma chambre? Papa ne m'a pas reniée pour autant.
Je préférais lire plutôt que de jouer à la poupée? Je continue de penser que c'est mieux maman.
Je cherchais trop d'affection de ta part? Au moins maintenant j'ai fini d'espérer.

L'anniversaire de ta mort est passé. Ta famille ne s'est pas manifestée. Quelle bande de, je ne sais pas comment les décrire. De personnes décevantes? Oui, c'est pas mal.
Je n'étais pas la fille que tu voulais et même si j'en ai chié, que je complexe toujours aujourd'hui et bien je suis heureuse de ne pas être la fille en polystère que tu souhaitais. Je suis heureuse de pouvoir m'habiller avec des vêtements discordants et pleins de couleurs, heureuse de ne me coiffer les cheveux que lorsque l'envie m'en viens, et malheureuse que tu n'aies pas pu m'accepter comme telle. Telle que je suis. Et la fille que je suis t'aime, je commence à m'y faire.

Maman faiblesse.
Maman douleur.
Maman regrets.
Maman colère.
Maman qui tremble.
Maman qui hurle.
Maman qui pleure.
Maman qui souffre.

Retranscris ces phrases avec un " ta fille ", si ce n'est que ta fille, elle ne se suicidera pas.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: elisa. le 04 Novembre 2017 à 22:37:11
En y réfléchissant il me semble que pendant les grandes vacances tu avais fait des efforts. Mais tu ne t'es pas excusée. C'était trop pour toi et c'était ce qui aurait été mon point de départ. Tu essayais d'apprivoiser une porte fermée. Tu proposais une grillade à un végétarien, du sucre à une personne au régime. Rien que penser à toi me mettait en colère, alors t'avoir en face de moi était insoutenable. Papa me demandait de fournir des efforts car il disait en faire de son côté. Il tentait de calmer le jeu entre toi et moi sans rien en dire à l'autre. Mais vous étiez à nouveau ensemble après tout ce que j'avais subi. J'avais l'impression que tout allait recommencer, toi qui me martyriserai et papa qui ne voudrait pas m'entendre. Ca me semblait si injuste, je pensais qu'il voulait juste te défendre, que je cesse de gâcher votre nouveau bonheur.
Ton fils et ta fille étaient plutôt heureux. Vous étiez tous les deux ensemble mais dans deux logements différents. Lorsque vous avez commencé votre "nouvelle histoire" je vous l'avais dit. D'accord, faites comme vous le souhaitez mais je ne veux pas avoir a être mêlée à ça. J'ai été assez naïve pour le croire. Au bout d'un mois il était courant que nous allions chez papa lorsque nous étions chez toi ou inversement mais ça, c'était encore soutenable. Mais après, vous avez fait fort. Vous avez instaurés les sorties en famille! Dans un premier temps, venait qui le désirait: je ne venais pas. Et puis ça ne vous plaisait pas, vous avez proposés le camping sauf qu'il ne fallait pas me laisser seule. Vous m'avez forcée à venir et là; tu as tari tout envie en moi de me rapprocher de toi.
Tu ne faisais jamais les choses dans le bon sens. J'étais toujours perdue, je me sentais prise pour un déchet. Tu me regardais comme un déchet. Je me sentais déchet.

Pourquoi est-ce que je te pleure aujourd'hui?
Car tu es ma mère. Celle qui censée aider, m'apprendre ce qu'est une femme. La pilule c'est le docteur qui m'a expliqué, pas toi. Mon premier copain, tu ne l'as pas rencontré. L'épilation, c'est internet qui m'a expliqué, rassurée. Ma première robe, je n'ai eu que le sourire de papa, pas les conseils d'une mère.

Peut-être que si j'avais mis de côté ma rancœur quelque chose aurait pu arriver. Un déclic?
Il est dur de penser qu'une corde t'ai été plus utile que moi. Qu'une corde t'ai apporté plus de soutiens.
Tu t'es pendue aussi. C'est dur de se pendre. Tu devais te sentir tellement mal pour aboutir à ça.
 Mais je, c'est dur a accepter et puis je ne voudrai pas que tu comprennes mal. Je suis soulagée que tu sois partie, c'est mieux pour moi, pour notre famille. Tu ne me fliques plus. Je souris, on sourit maintenant. On ne redoute pas de rentrer chez nous. Mais j'aurai voulu que nous puissions vivre cela ensemble avec les hauts et les bas mais, ensemble. Pas dans le bas uniquement.

J'ai conscience d'écrire dans le vent. Je le sais. Tu ne lis rien. Tu es morte. Ce n'est qu'un monologue déguisé mais qui sait, peut-être qu'a force de parler plus ou moins seule je réussirai a faire abstraction de quelques plaies?  J'espère car, malgré le fait que la vie continue, j'ai toujours mal, moins, mais mal toujours.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: souci le 05 Novembre 2017 à 21:06:46

    Elle aurait dû HURLER à son père et à sa mère

    "Je vais craquer sous toute votre violence" ...

    Mais les violents n'entendent rien ...

    Ce sont toujours les tendres qui écoutent, qui consolent, qui supportent, qui pleurent ...

    Pensée émue pour les petites filles et les petits garçons maltraités qui pleurent dans leur oreiller ...

    M.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: souci le 11 Décembre 2017 à 21:38:39

    :-*
   M.
   Ou quand une grande bavarde se rend compte de l'insuffisance des mots, et voudrait laisser son cœur.
   
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: elisa. le 12 Décembre 2017 à 21:43:14
Je t'aime.
..
Je te hais.


Si on me dit maman, je n'ai pas d'image fixe. Juste un sentiment d'impuissance, qui s'empare de moi. Qui tout du long de ses 15 ans a grimpé et grandis au fur et à mesure de nos affrontements. Chaque jour, sur mon visage d'enfant d'abord, puis sur celui de l'adolescente, le masque du "je n'ai plus mal" qui cachait les larmes.
L'espoir de pouvoir trouver une maman, au détour de toi. Qui sait, peut-être que ce n'était que moi qui ne comprenais pas? J'ai d'abord cru que c'était de ma faute. Tu disais toujours que c'était ma faute.
Lorsque tu t'énervais, tu me faisais peur. Tu travaillais à mi-temps. Les jours où tu ne travaillais pas, tu nous faisais nous habiller, déjeuner, marcher jusqu'à l''école, tu venais nous chercher pour rentrer manger à la maison, nous y emmenais à nouveau, venais nous rechercher le soir et nous faisais goûter, les devoirs puis nous attendions papa et nous mangions. Tous se passait dans une telle violence. L'agression était permanente. Le rejet par la parole, le geste, jusque dans le regard.


C'était l'hiver. Il y avait un miroir sous l'escalier. Je mets mon manteau tu me dis de mettre une écharpe. Je la prends –je dois être en CE1- je tente de recouvrir mon cou. Tu me dis que c'est mal fait. Tu me craches un mets ça mieux. Je n'y arrive pas. Tu me dis que tu as pitié. Tu me traites de clocharde. De trainée. De gosse inutile et sale. De souillon. Tu me dis de bien me regarder dans le miroir. J'ai les yeux pleins de larmes.
Elouan est malade, tu me mets dehors et me dis d'aller à l'école seule. J'ai un peu peur. Je prends le même chemin que d'habitude. Je croise une nounou. Elle m'arrête, me dit de venir la voir et c'est elle qui me remet cette écharpe. Elle a pris le temps de me nouer ce bout de tissus, elle m'a accordé du temps sans y être obligée. C'est elle qui a eu le rôle de la maman décrite dans les livres. Pas toi.
Le mot souillon m'est resté. Je ne le comprenais pas. J'ai cherché dans le dictionnaire. J'ai pleuré sur un dictionnaire. Pleuré sur cette violence que je commençais à lire en toi, mais la définition, elle n'expliquait pas pourquoi c'était toi qui m'avais appris ce mot ainsi.

Je ne veux plus écrire. Je veux juste réussir à me vider. Ecrire c'est dur. Ecrire ça remue, ça déchire, ça réveille de vieux souvenirs. Relire tout ça a réveillé pleins de choses. De vielles angoisses. De larges plaies.

Ai-je des remords? Aurais-je pu t'aider? Je ne crois pas. Tu étais jalouse de moi. Je l'ai réalisé il y a peu de temps. Jalousais-tu mon enfance car tu voyais à travers moi ce à quoi tu n'avais pas accès? Ou ne me supportais-tu juste pas? Pourquoi tes deux autres enfants pouvaient-ils avoir accès a un peu de ton affection? Pourquoi avoir mis au monde des enfants alors que tu n'en étais pas capable? Pourquoi ne jamais parler de toi?


Et puis dernière question, comme ça, au passage, pourquoi ne rien avoir laissé? On ne le méritait pas?

Mère mauvaise.
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: souci le 12 Décembre 2017 à 23:21:28

   Douce enfant,
   Moi non plus, je ne veux plus écrire "comme ça".
   Décrire l'inexplicable ne le rend pas plus clair, et certainement pas plus accessible aux autres.
   L'indécence est secrète.
   Se vider, tu dis. Peut-être. Mais de quoi. Le mal est fait.
   Tu as vu, j'écris des poésies de temps en temps, mais je fais ça sans me creuser la nènette, des fois je me pose, à la fenêtre, avec des calepins et un feutre, et j'attends que des mots tombent comme se détachent et tourbillonnent des feuilles mortes en automne, parce que c'est mûr, et que c'est prêt à s'en aller, pour mieux rester ... ou plutôt pour rester mieux ...
    Tendresse à toi, Elisa, j'espère que, que que, pour toi.  :) M.
   
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: elisa. le 13 Décembre 2017 à 22:01:09
Aujourd'hui, on m'a reconnue. On a reconnu l'enfant que j'étais, l'adolescente. Les paroles que je disais mais que personne n'écoutait. C'était impensable qu'une mère soit ainsi, impensable car cela signifiait voir plus loin que le bout de son nez. Et les gens n'aiment pas chercher. Ils n'aiment pas contrarier leurs décor alors ils regardent la télé. Ils s'abrutissent de préjugés et violent le besoin de reconnaissance de chacun car c'est accepter de remettre en cause le joli cocon que l'on aime a imaginer chez le voisin. Que l'on se plait à envier alors que le voisin n'a certainement pas une vie aussi reluisante que ce qu'on a tendance a convoiter et a imaginer. Enfin, aujourd'hui, on a reconnu ne pas m'avoir réellement apporté du crédit quand je parlais d'elle et de sa violence. On m'a dit qu'on avait mis ça sur le compte de l'adolescence, de la tension habituelle dans cette période. Ne pensez  pas que c'est désuet! Non, c'est pour moi un soulagement réel d'avoir de la reconnaissance.

C'est ce dont j'ai le plus souffert. Ne pas trouver dans mon quotidien quelqu'un qui ne remette pas en cause mes paroles, au moment ou les faits se produisaient. Au début papa ne voyait rien. J'ai eu très mal. Je me suis pensée anormale et comme ma mère me disait que c'était ma faute, que papa ne voulait pas voir j'ai voulu changer. J'ai fais des efforts. Beaucoup. Elle voulait que je range? J'ai rangé. Que je ferme ma bouche en mangeant? Je l'ai fait. Mais elle n'était toujours pas satisfaite et je me suis sentie sale et nulle. Incapable de satisfaire ma mère. Puis j'ai lu. Les livres m'ont sauvé. Enfin, un endroit ou les choses étaient remises en question et puis je ne sais plus par quel livre, par quelle histoire, j'ai compris que le problème pouvait venir d'elle. Là quelque chose c'est cassé. Nous sommes passés dans le Elisa ne se laissera plus faire. Nous nous sommes tapées dessus en paroles, en regards, en attentions pendant de longues années. Papa a fini par voir. Mais il jouait au gendarme entre sa fille et sa femme. La situation devait être bien trop délicate pour lui.

Souvent, le weekend ont s'enfuyaient avec papa. Je ne crois pas que mon frère venait avec nous. On partait visiter des musées, des églises, se promener sous la pluie. On parlait de maman aussi parfois. Enfin je questionnais et papa répondait du mieux qu'il pouvait. Pendant un moment elle a cessé de nous parler. Mon frère avait environ 7 ans. Elle était en conflit avec papa et elle a arrêté de me parler. Elle m'associait avec papa et à leur relation. Quand le pont se fait avec le mercredi ou nous nous sommes séparées, je me dis qu'elle pensait peut-être vraiment que tout était ma faute. Elle  ne répondait pas ou uniquement par mono syllabe, le pire était quand elle nous accordait une phrase, dure et sèche. J'ai le souvenir d'un repas à table, je voudrai vous faire comprendre que se construire dans du silence même difficilement comblé avec un père maladroit et aimant est dur. Je parle.
"Maman tu as passé une bonne journée?

- Tu as mangé quoi ce midi?

-Tu travailles demain?
- Bien sur que je travaille. On est mardi demain, me crache t-elle. "
Ca a duré un mois. Un long mois.

J'aime mon frère et ma sœur. Mais je leur en veux bien qu'ils soient innocents. Ils trouvaient parfois cette douceur en elle. Surtout ma sœur, petite, mignonne et coquette. Mon frère, bon à l'école, il s'aplatissait devant elle et son autorité. Moi il fallait pour trouver un lointain rapprochement à de l'affection faire semblant d'être malade. J'étais dans la cuisine je feignais un mal de ventre. Je lui ai demandé un câlin. Elle a eu une grimace presque imperceptible. J'ai tendu mes bras les ai enserrés autour d'elle. Ses bras sont restés ballants. Aujourd'hui une fois de plus j'associe cette image à mon mercredi "d'adieu". Après avoir eu son premier accès de rage je la revois. Les cheveux défaits. L'air fatigué. Les dents serrées. Et ses bras qui tombaient. Elle n'était jamais ainsi. Toujours en activité, l'ai concentré même absente constante dans sa présence. Là elle me faisait peur. Peur pour moi mais aussi peur pour elle. Peur en m'enfuyant pour mon frère et ma sœur restés seuls chez elle. Je n'en pouvais plus je me sentais incapable de rester.

Un jour nous étions en voiture. Sûrement l'année de 5ème. Elle était sur le siège du côté passager. L'enfant que j'étais a eu peur. Peur de ses sentiments et de l'affreuse que je pouvais être. Elle venait d'être odieuse avec moi. J'ai eu peur de ne plus l'aimer, de trop la haïr pour l'aimer encore. Alors je l'ai imaginé morte, pour vérifier que je la voyais toujours comme une maman, j'ai pleuré. Ca m'a rassuré. Il a fallut l'imaginer morte pour m'assurer de l'aimer. Si j'avais su que, un jour, je serai prisonnière de cet amour corrosif que je lui porte. 
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: souci le 14 Décembre 2017 à 00:08:05

     Dernièrement, en écrivant à un ami en deuil,
     j'ai sorti une sorte de lapsus homonymique:

     je lui ai dit que sa solitude était riche,
     car émouvante et mouvante .

     Digne d'être partagé avec toi, petite graine d'écrivain ...

     Une prison corrosive, oui, c'est vrai.
     Mais même à l'intérieur des prisons, on ne peut maintenir figés des esprits aspirant à la liberté.
     Et puis, y les parloirs, on y cause quand tu veux, quand tu peux, M.
   
Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: Real le 19 Décembre 2017 à 09:49:31
Bonjour Elisa,
En principe je parcours les post de  "Vivre la perte d'un enfant", mais je ne sais comment, je suis parvenu aux tiens.
Ta colère indescriptible  je la comprends - Tu cherches à comprendre pourquoi ta mère n'était pas la mère que tu escomptais (et je reste poli).
Excuse-moi  si je te parle trash, mais as-tu pensé qu'un jour ta mère aurait pu te tuer ?
Désolé d'être aussi direct et cru, mais peut-être que je vais t'aider au travers ma propre histoire à comprendre la complexité de ta mère. Je te pose cette question, car moi ce n'est pas ma mère, mais l'ex-conjointe avec qui j'ai partagé 15 années de ma vie.
Elle a fait ce que les psychiatres appellent en langage vulgarisé un suicide altruiste. Elle aurait du se suicider... Elle devait se suicider.  Mais au lieu de passer à l'acte sur elle-même,  elle a préféré tuer sa fille. Notre fille âgée de 5 ans. J'ai fait un long travail pour démêler et avoir le recul sur ce filicide qui s'est passé il y a un peu plus de sept ans seulement. cette femme à été déclaré schizophrène après cet acte horrible, en ne laissant rien pressentir. Pourtant j'avais remarqué qu'elle commençait à avoir des actes violents envers notre fille, notamment à la gifler spontanément. Elle ne la rabaissait pas comme pour toi, car Rose était encore petite. En revanche elle le pensait et croyait que notre fille n'arriverait à rien dans la vie. A la lecture de tes témoignages, je pense que ta mère souffrait d'une vraie pathologie. Après ce n'est peut-être que pas de la schizophrénie, mais je suis pas psychiatre, bien qu'aucun psy n'est décelé la folie de la mère de ma fille. Je ne t'en voudrais pas si tu ne réponds pas à ma question et je te souhaite beaucoup de courage Elisa.  Tu es en bonne voie, car tu en parles et verbalise beaucoup. Mais ça te rattrapera tôt ou tard. Je regrette juste de ne pas avoir fait ma psychothérapie à 20 ans plutôt qu'à 50. Cela m'aurait permis de reconnaitre de mauvais choix dans ma vie d'adulte. bien à toi

Titre: Re : je vais craquer maman
Posté par: elisa. le 21 Décembre 2017 à 19:33:55
Aujourd'hui il devrait pleuvoir. Pleuvoir beaucoup, pas comme cette brume pitoyable. Je sens les larmes qui veulent couler. Elles m'ont supplié toute la journée. Car derrière elles, tu es là. C'est ainsi que je t'exprime. Je t'exprime peu et aujourd'hui mon corps n'en peut plus. Mais ma tête peine également. Je peine a te reconnaître comme étant victime. Au final, je me dis que tu étais victime de l'enfant que je suis, que tu as subis et des deux autres qui ont suivi. Tu ne m'as jamais parlé de l'accouchement, c'est papa qui en parlait. C'est toujours papa qui parle jamais toi.

Ça fait vide de ne plus avoir de maman. Du coup je me sens vide. Mes sentiments raisonnent en moi, ils se cognent contre les parois du normal. Je suis couverte de bleus. Des bleus d'amour, qui mettent du temps à s'effacer. Regarde, il y a milles et une nuance de souffrances et de déceptions. Regarde maman, c'est le palais bleuté de l'amour maternel. Mon palais des glaces a moi. Mes sentiments se perdent et se fracassent contre les apparences. La foire des déceptions, la foire des enfants perdus.

Pourquoi tu n'as rien laissé? A part mon corps qui erre. Pourquoi n'as-tu pas laissé une lettre qui m’indiquerait, sans me montrer le chemin, une direction? Qui sait, peut-être celle du pardon. Au lieu de ça je courre dans les champs du remord qui n'ont pas été moissonnés depuis plus d'un an.

J'ai peur de comprendre tu sais. Mais c'est dur d'être dans le flou. Comment as-tu pu être aussi fragile. Aussi cassée. Aussi brisée. Pas de maman d'accord, mais te demander de vivre, c'eut été plus dur encore n'est-ce pas? On t'aimait tu sais. On t'aime toujours d'ailleurs. Tu es partie malgré l'amour. Tu as fais peur au miens. Je comprends ce que fait endurer cet amour. L'amour malgré la haine. Je te hais, mais putain.  Je t'aime.
Titre: Re : je te pardonnerai?
Posté par: Denpaolig le 25 Janvier 2018 à 21:22:05
Bonsoir Elisa,

Comment vas-tu ? Arrives-tu à prendre soin de toi ? Te sens-tu mieux ? Moins tiraillée entre l'amour et la haine que tu ressens ?

Je pense souvent à toi.
Muriel.
Titre: Re : je te pardonnerai?
Posté par: elisa. le 28 Janvier 2018 à 09:03:56
Mélancolie?
Mamancolie.

C'était ça, ta fameuse maladie. De la mélancolie. Mélancolie, ça sonne poète mélodramatique au bord de l'eau. En réalité, une maladie à peine décelée qu'elle mérite déjà l'hospitalisation. Le suicide est l'un des symptômes.

Je t'ai connue? Pas toi, mélancolie de merde, mais toi, ma mère. Je t'ai connue? Ou n'ai-je grandis qu'avec de la maladie? Une maladie vénéneuse qui t'aura mangé. Dévorée, rongée, suicidée. Je ne sais plus à qui en vouloir, à quoi en vouloir.
Aujourd'hui c'est un mal-être linéaire. Un état de moyen ambiant.

Quand tu m'as donné mon prénom, tu as donné un peu du tiens. Tu m'as donné un prénom, tu m'as donné une humanité, quelque chose à quoi me raccrocher. Et puis tu as enlevé ta vie. Tu as tué ton prénom, tu as écorché le miens. Ca fait mal un prénom froissé.
Elisa. Tu m'as nommé Elisa. Aujourd'hui, je suis retournée, Elisa à l'envers ça donne Asilé. Tu comprends? Je me sens condamnée à penser à toi. A ruminer du toi.

On n'aura jamais parlé. Dans les films, leur phrase préférée est "ta mère n'aurait pas voulu ça", moi je ne sais pas. Quand je faisais ce que tu voulais, ça n'allait pas non plus.

J'ai compris que tu étais morte. Mon enfance et mes souvenirs, je m'y ferai. Mais ton acte final, non. Je n'arrive pas à comprendre. Tu aurais pu partir avec le premier homme que tu voulais et refaire des gosses ou je ne sais pas réessayer. Non. Tu t'es pendue. Aucune chance de rédemption pour personne.

Ou était-ce toi et ou était-ce la mélancolie. Au final vous n'étiez qu'une n'est-ce pas?
Alors, mamancolie.
Titre: silence
Posté par: elisa. le 07 Février 2018 à 22:33:23
J'ai écouté ton silence. Le silence c'est assommant, grinçant. C'est ton cœur qui grince? Ah non. Il est mort. Il marche plus. C'est lourd le silence. Alors je mets du Piaf ou Lynda Lemay ou Mano Solo et puis je vide mes tripes, avec eux. Je brise ton silence, je crache dans ton silence. Et puis le silence avale ma voix. Ca a de l'appétit un silence. Ca me dévore, ton silence me grignote, il me regarde, se lèche les doigts. La salive lui monte à la bouche et puis, il attaque. Dans le silence d'un contrôle d'anglais. Dans la morsure du sourire de la prof. Prof qui est maman, une maman bavarde.
Le silence c'est lourd de reproches. Après les cris, la voix éraillée, les sanglots retenus, les reniflements, le tabouret qui rencontre violement le sol, la tasse de café qui s'écrase à mes pieds; après tout ça, après ce capharnaüm sonore, le silence.
Le silence d'un acte. Le vide d'une non réponse, d'une non-explication, un silence. Le souvenir d'un entre cri et silence, le son d'un jeudi soir – soir ou tu meurs – le téléphone qui sonne. Mon cœur qui bat, qui a envie de t'entendre vivre et puis la peur de ta voix. Heureusement ou malheureusement tu ne réponds pas.
Silence. Sonnerie. Silence. Sonnerie. Silence.
On finit sur le silence, un vide qui demande a être rempli mais qui restera vide parce que c'est un silence gouffre. Un silence qui engloutit. Un silence, qui dévore.
Pas végétarien, pas végan, omnivore. Tous les bruits, tous les tintements, ils se perdent dans le gouffre. Un joli gouffre. Le seul pont silencieux avec toi. Mais il faut rester accroché à la rampe des amis, de l'amour et de la famille. Parfois je trébuche. Je lâche. Il me manque mon casque, je voudrai faire éclater mes tympans pour un silence qui deviendrait quotidien pas un silence qui englouti mais un silence qui est. Parce que toi tu es plus. Mes sentiments c'est la cacophonie. Ce sont les musiciens de l'opéra qui s'accordent. C'est de la merde. Tout suinte de merde.
Petite je répétais "mère de" pleins de fois et vite. On dirait les vieilles blagues débiles de la primaire. Ca m'a soulagé pendant un temps. Je pouvais enfin le dire, mère de merde.

J'en ai marre du silence. Je rêve de dialogues, de longues tirades, de petits silences – affectifs?- de monologues, d'explications. Juste un témoignage de respect à travers du bruit? Un bruit autre qu'un silence au téléphone interrompu par un bip grinçant. Mais qui ne grince pas comme ton cœur. Lui il peut toujours faire du bruit. Ton numéro finissait par 99.28. Je ne l'ai jamais su en entier. Quand on se perd dans le silence on se souvient de vieux trucs à la con. "99.28"un autre bruit qui n'existe plus.
Les larmes ça ne fait pas de bruit. Pourtant elles sont là. Ta haine et ton amour, ta maladie et ton toi, rien ne fait de bruit. Tout est muet. Ta reconnaissance est muette. Putain de mutisme de merde. Parle. Écris-moi! Merde maman, pourquoi tu ne veux pas que j'entende ton cœur grincer?
Je m'en fou moi, qu'il grince. Je veux être l'huile. Je ne veux pas enserrer ton cou comme le fil bleu mais desserrer tes cordes vocales. Te faire chanter avec moi. Gueuler. Mettre un sol à mon gouffre silencieux.  Tu pourras marcher sur moi, je veux être ton sol mais tu me replies comme un vulgaire sac de couchage qu'on range au fond du placard, pas digne d'intérêt. Un sac à merde. Allé merde. J'ai toujours pas assez mal! Tu dis toujours rien.
Boum.
Boum.
Nan tu te fous de ma gueule. C'est toujours le même silence.

Tu effaces Léonard Cohen. Tu le mets en arrière fond. Tes cris se mêlent à ton silence. C'est quoi le vrai? Je sais plus moi. Ta maison est vide, ça empeste l'absence, sa crie le silence! Mon amour est obstrué par les non-dits et les mots crachés, que je me plais a dire non réalisés, pas réfléchis. J'essaie d'installer un décor alors parles! Expliques moi, c'était quoi ton carton? Quelle forme tu lui as donné? Pourquoi cette couleur? Tu t'es pendue parce qu'on est des mauvais acteurs? Ou que j'ai fais tomber le rideau mercredi matin?

Mais punaise j'ai mal. J'en peux plus du silence. Je suis fragile moi, toi tu te pends. Du coup tu es encore plus fragile que moi. Ca veut dire quoi tout ça? Je sais plus quoi dire. Ton acte c'est le silence. Tu me dis de me taire? Ou  trouves tu juste ma parole inutile?
On me comprend pas. Tu pourrais essayer. Au moins les gens essaient. Je me comprends pas non plus. Je veux plus de psy. Le psy ça comprend pas les silences. Ils comprennent pas que je suis enfermée dans le silence, ils me demandent de parler.

Dormir ça fait peur. J'ai peur de mes rêves. Heureusement je m'en souviens pas. Parfois je me réveille et j'ai peur. C'est le silence dans la maison tout le monde dort. C'est comme quand j'enlève mon casque. Du silence. Trop de silence, j'en peux plus je vais crier.

Bonne nuit maman, je te souhaite de chanter.



Titre: silence
Posté par: elisa. le 07 Février 2018 à 22:57:15
J'ai mal. Tu te souviens, tu m'as frappé. Tu te souviens ou pas? Tu as juste arrêté parce que papa l'a dit pour t'influencer, que lui il arrêtait. Je tremble  maman. J'ai tellement peur ce soir. J'ai peur et je peux pas aller voir l'infirmière du lycée. J'ai arrêté de pleurer mais pour le coup je suis vraiment triste. J'ai peur.

Tu étais qui? Tu t'es fait frappée par ton papa c'est ça? Je suis désolée maman. Je savais pas. Quand il est mort je savais pas. Tu as du vouloir me tuer mais je savais vraiment pas. Je pouvais pas deviner. Je l'ai pleuré et tu m'as demandé pourquoi je pleurai je pouvais pas savoir j'avais 8 ans. Le correcteur me fait chier. Il m'empêche de m'énerver tranquillement. C'est contradictoire comme mots pas vrai? Ca fait antithèse dirait la gentille prof de français. T'as vu? La vie elle continue. Pourtant ta mort ta mort a toi elle est finie pourquoi. Pourquoi tu continues de vivres à travers moi? J'en peux plus. Plus du tout.
Tu fais vraiment pas d'efforts, laisses moi!!!
J'ai mal aux dents, je suis tellement stressée et énervée que mes dents se serrent. Mes jambes tremblent. Putain même mon corps veut pas me laisser l'impression que je vais à peu près bien. J'ai froids. Tu te rappelles le carrelage de la maison aussi il était froids. Tu te rappelles tu as bien dû marcher dessus pour aller te pendre non? Et bah voilà, cette sensation désagréable que tu as ressentis dans tes pieds et qui es remontée le long de ton corps c'est ce que je ressens.
Tu te rappelles quand tu t'énervais parce que je mangeais la bouche ouverte en CE1? Tu te rappelles? Ca t'insupportait pas vrai? Figures toi que ton silence de merde m'insupporte profondément. Espèce de vieille suicidée énervante parce que tu étais encore jeune et puis tu es pas ma suicidée, tu es ma mère. Je te cache pas que j'en suis pas franchement ravie. Ou alors je sais pas moi. Démerdes toi pour me faire parvenir un soupçon, une légère pincée d'un possible et supposé doux parfum (je ne peux ici que supposer car il s'agit d'un objet de fantasme si tu es censée en être l'expéditrice) d'amour maternel!
Titre: Re : silence
Posté par: Alexandria le 22 Février 2018 à 22:43:12
Bonsoir Elisa,

 Je suis tombée sur tes messages et ça m'a pris aux tripes.
Effectivement, je trouve également que tu écris plutôt bien pour une jeune fille de 15 ans, je t'aurais d'ailleurs cru plus âgée.

 Ma pauvre Elisa, on ressent tellement de souffrance dans tes textes et tant de haine s'y mêlent...
J'ai eu envie de t'écrire, est-ce que ça pourra t'apporter quelque chose...
Je n'en sais rien...mais je l'espère de tout mon coeur.

 Je t'ai lu ce soir et me suis rendue compte que tu avais commencé à écrire l'année dernière..
J'ai lu ton dernier écrit et je constate que tu es toujours dans le même shéma...

 Je pense que tu dois te diriger vers le pardon...
je pense que tu dois le faire pour avancer dans la vie et pour que tu te réalises.
J'ai peur qu'autrement tu ne te renfermes dans une sorte de rancoeur amère et indélébile...qui te ferai passer à côté de tout un tas de choses merveilleuses.

 Lorsque j'avais ton âge, 15 ans, j'en voulais énormément à ma mère....
Elle m'a négligé en tout point et je ne comprenais pas, je ne me sentais pas aimé...
Titre: Re : silence
Posté par: Alexandria le 22 Février 2018 à 23:12:29
....Je continu mon texte...J'ai fais une mauvaise manip...désolé.

 ...  Elle m'a négligé en tout point et je ne comprenais pas, je ne me sentais pas aimée...
J'en ai énormément souffert et j'ai du faire un gros travail sur moi pour me reconstruire et prendre un peu de confiance.

 Cela m'a pris quelques années mais j'ai réussi à lui pardonner, je l'ai aussi excusé car il y a toujours des circonstances atténuantes, qui peuvent se cacher dans l'enfance de ta maman par exemple...
Des choses que tu ignores peut-être...et qui pourraient t'aider à mieux la comprendre...
 
 Je sais..., c'est difficile de pardonner à quelqu'un que l'on aime et qui nous en a foutu plein la gueule mais, je t'assure que malgré tout, ta mère devait t'aimer, à sa façon certe, mais, a-t-elle pu s'aimer, elle...?

 Beaucoup de courage à toi Elisa, bats toi pour les bonnes raisons...

 Avec toute mon amitié
Alexandra
Titre: Re : silence
Posté par: elisa. le 07 Mars 2018 à 23:43:03
Ca se fini un deuil?
Parce que je crois qu'on est des condamnées maman. Toi? Bah... toi tu es morte, donc bon on peut considérer que tu es définitivement condamnée. Et moi? Justement, tu es morte. Je suis condamnée à vivre avec ta mort, a imaginer tes réactions.

Ca veut dire quoi " traverser un deuil?" Je ne le traverse pas moi. Je suis bloquée avec moi qui te parle. Comme ça, tu ne meurs pas complètement. Les mots te font vivre. C'est Paul Auster qui m'a expliqué ça la semaine dernière.

Je veux parler à tête reposée. Bon, je suis fatiguée mais je ne suis pas rongée par la tristesse ni dévorée par la colère. C'est juste histoire d'essayer de nous regarder. Aujourd'hui, pas d'hier quand je ne vais pas mal.
Aujourd'hui tu es juste un vide. J'ai été à une performance de slam. J'ai eu envie de prendre la parole, mais pas pour parler de toi.
J'aimerai réussir à mettre un contour à ce que tu n'es pas aujourd'hui. Tu n'es pas le présent. Enfin tu le représente sans y prendre part. Tu laisses une empreinte. Je suis empreinte de toi, de qui tu pourrais être aujourd'hui et puis la réalité. Celle que tu n'es pas et que tu ne pourras plus être.

Je devrai dire ça quand on me parle de toi. Elle ne peut plus être.

Aujourd'hui le mot maman est un peu abstrait. Je ne ressens rien de bien positif quand il s'agit de toi, la mienne. Mais cette compréhension est troublée par la rencontre d'autres mères. Elles, elles sont toujours. Et elles veulent être; plus que toi tu ne l'as voulu. Ou alors pour rester un toi que tu voulais sauvegarder (l'apparence de femme parfaite?) l'ultimatum vie mort?

Tu es aussi ton nom de famille. Ta famille. Je les appelle par leur nom. C'est une partie qui, passé comme présent, nous échappe. On est étrangers, on est pas prêts de savoir, on saura pas. L'ombre nom de famille alors.
Tu as beaucoup d'ombres.
Titre: Re : silence
Posté par: Alexandria le 12 Mars 2018 à 16:18:47
Bonjour Elisa,

As-tu lu le premier sujet, première page, le sujet webmaster, tout en haut de la liste, dans la rubrique "soulagement et culpabilité"?
Il y a aussi la méthode "Fauré", qui parle des étapes du deuil.
Cela pourra peut-être t'aider, ne serait-ce qu'un peu...
Beaucoup de courage à toi
Tendrement
Titre: Re : silence
Posté par: elisa. le 20 Mars 2018 à 20:54:12
Maman tu t'effaces, doucement, t'éloignes. Je t'imagine marcher, j'essaie de te représenter nu-pied. Décontractée.
Souriante?

Je veux créer cette image en moi. La rendre toi. Réduire mes souvenirs à cela. Un sourire, une antithèse de ce que j'imaginerai et de ce que tu étais.
Je peux te changer? Sans les photos, jamais je ne me souviendrai de tes traits. Je peux les changer? Et ainsi me permettre d'oublier que je te ressemble.
Oh s'il-te plait, dis moi oui. Oui. Tu m'autorise à changer mon souvenir pour te rendre plus belle que sur le brancard. Plus belle que lorsque ton visage se déformait sous la haine. En somme, plus belle que mes souvenirs.

M'autorises-tu à te changer pour t'aimer plus simplement? C'est rageant tu sais. J'aimerai que tu me dises non. Que c'est dégueulasse. Sauf que ça fait plus d'un an que tu dis rien. Du coup j'ai pas d'excuses, ma mémoire te fait moche et je te voie moche.
Je n'arrive pas à te sublimer. Ni pour autant à arrêter de t'aimer.

Bientôt on m'appellera Mme. Ovier. J'en frissonne d'avance. Combien de fois ai-je répondu au téléphone que Mme. Ovier était morte. Je suis la future Mme. Ovier. Une future morte donc? C'est vrai que ça sonne drôle.


Je dis que tu t'effaces, que tu t'éloignes doucement. C'est pas si vrai. Mon cœur m'impose des larmes, des hurlements de maman je veux pas t'oublier. T'oublier physiquement. Après il ne restera que les souvenirs de tes cris, de tes attitudes.
Tes yeux et les miens sont les mêmes.

Et nos voix? Il faudrait que je hurle pour comparer. Je ne me souviens de la tienne qu'ainsi, entrain d'hurler.

Je n'aime pas penser à la profondeur de ton acte. Mais c'est profond quand même. Tellement que je n'ose pas dérouler le mètre. J'ai peur de tomber avec dans le gouffre et de ne pas réussir a m'accrocher à la corde. Tu as pas réussi toi et c'est le fil électrique qui t'as fait monter. Qui sait, peut-être plus haut que nous ne sommes. Bon j'y crois pas trop et puis si tu as pas changé toi non plus. C'est juste plus joli comme image. Plutôt que nous dire que ton corps est resté en bas, coincé sous terre.

Pff... c'est con la maladie. On l'apprend qu'une fois que tu n'es plus. Quand un de tes frères après ta mort a dit que tu devais être malade, j'ai eu envie de lui cracher à la gueule. Toi? Je te pensais maîtresse de toi, juste désespérée. C'est fou la puissance d'un choc. J'avais oublié le mercredi, enfin oublié c'est un grand mot. Tu m'as quand même un peu traumatisée.

Dimanche, je présente la maison à Théo. C'est mon amoureux ( je trouve ça plus joli que "copain" et puis tu feras avec ). On s'aime. Je veux lui montrer qui j'ai été et qui a été cette maison, ce qu'elle représente et lui faire comprendre la joie de me séparer d'elle. De tenter de t'éloigner de moi.

Allez vas, éloigne moi doucement, effaces toi...
Titre: Re : silence
Posté par: elisa. le 25 Mars 2018 à 21:04:09
Triste tutoiement.
Pitoyables illusions
Amour de fiction
Pendant un long moment

15 ans de: je t'aime
Qui finissent par un point
Qui se terminent par rien
On ne récolte pas toujours ceux que l'on aime.

Un point qui fait du bruit
Une phrase en suspend,
- De l'amour branlant -
Un point qui dit "je fuis "

Douleur de l'interprétation
Tristesse face à l'abandon
Lourde envie de pardon
Une haine à sensations

Angoisse, mon cœur croasse
Je ne veux pas qu'on sache
Derrière moi quelle mère se cache
Mes certitudes se froissent

Plus d'élément maternel
Pour dire que je suis le vice
Soupirer que je ne vaux pas ses sacrifices
Que je suis une poubelle

Plus de mère non plus
Pour espérer un revirement
Une assurance, son enterrement.
Ca c'est du vécu.

Mais un vécu antérieur
A cette touche supprimer
D'un universel clavier
A cet acte qui me fait terreur

Je crie injustice
Sur le long film muet de l'humanité
Qui déborde de pitié
Pour ceux qui sont sortis de ses cuisses.

Ceux qui sont sortis,
Qui cherchent a se réinsérer
D'un enfer a aimer
Y'en a pas non plus, de CDI

Pour les ex-tolards
Pas d'uniforme de prisonniers
On leur demande de se mélanger
A ceux qui ne pleuraient pas dans le noir.

C'est là que ça crisse
D'autres ont eu mes rêves
Sensation que l'on me pompe ma sève
Elle veut que je fléchisse,

Ma conscience.
Mais mon cœur s'esclaffe
Me met une baffe
Dit que j'ai laissé ma mère perdre sa chance.



Titre: Re : silence
Posté par: elisa. le 01 Avril 2018 à 14:04:32
Elle tenta de se représenter sa mère, elle ferma ses yeux. Retranscrivit ses traits, les superposa aux siens. Marqua au gras les différences. Priant pour avoir échappé au pire, aux sourcils arqués par la haine, aux non fossettes criblées par les souvenirs, à ses paupières fermées qui gardaient en elle la vérité.
Elle voulu se la représenter souriante. Elle n'y arriva pas, elle alla chercher dans les albums photos. Malgré ces images, ce sourire qu'elle trouva continua de lui sembler improbable.
Dans ses albums, elle croisa le sien, de sourire. Elle se scruta. Le trouva faux. Elle s'était alors dit qu'en cela leur ressemblance était forte. Elle se souvint du nombre de fois ou l'on lui avait dit que sa mère et elle se ressemblaient tellement. Une larme ne coula pas sur sa joue, mais un regret profond s'empara d'elle, celui de ne pas réussir encore aujourd'hui à dépasser cette enfance qui lui revenait toujours, aussi froide et glaçante.
La fille sourit souvent. Il est souvent vrai, mais parfois elle se souvient du jour ou sa mère avait perdu une dent. Ou son sourire était si laid, même si à cette occasion elle n'avait pas beaucoup sourit. A ce souvenir donc, ses yeux se faisaient moins rieurs, mais elle s'interdisait de cesser d'étirer les lèvres. Elle se traitait alors de crétine, se disant qu'elle imitait là sa mère. Sa mère qui était si fausse dehors. En dehors de chez elle, qui cachait ses fissures à ses amies. Mais la fille avait comprit la dernière fois. Elle en avait un peu parlé, le visage de son amie c'était fermé, elle avait senti sa gêne, sa supplique silencieuse de " tais toi, je ne veux pas savoir ". Maintenant s'il lui fallait en parler, de sa mère, de cette horreur, elle avait toujours peur de déranger.

Apparu alors le forum. Forum des mots du deuil. Rubrique suicide? Elle n'en eu pas la force. Rubrique perte d'un parent. Ça c'est bien c'était-elle dit. Enfin bien, mieux.
Ici elle eu le sentiment de ne pas déranger lorsqu'elle parlait. Mais elle n'arrive pas à répondre à ceux qui lui répondent. Ils ne sont pas en face, elle ne sait jamais quand elle les gênera, quand elle ira trop loin dan sa réflexion alors elle lit leur réponses. S'en imprègne. Mais n'arrive pas à répondre.
Elle s'en excuse.
Je m'en excuse.
Titre: Re : silence
Posté par: elisa. le 02 Avril 2018 à 08:40:22
Hier, ce fut la douceur de la 3ème personne du singulier. L'agréable sensation de ne faire que s'inspirer de soi, l'impression que ce n'est plus mon histoire. Alors qu'il s'agit peut-être de ce qui est le plus sincère dans le flux d'information car  je peux me mettre au second plan contrairement à ce gros "je" qui me force à me concentrer sur moi.
Ce "elle", à travers lui, une difficulté de rédaction, il faut pouvoir continuer de comprendre qui parle. Mais à travers lui, cette ressemblance que je redoute se retrouve; le même pronom les définit. Cette sensation de lui ressembler est la pire, que l'on m'appelle Mme.Ovier est une peur profonde. Lorsque je réalise que nos traits se confondent, que nos caractères se ressemblent, même les parts positives de sa personne qui déteignent sur moi me donnent envie de changer. Nos traits communs? Les gommer, m'arracher la peau pour qu'elle soit aussi blanche que celle de papa. Mais alors je ne serai plus moi, or elle est aussi moi.
Elle n'a pas tailladé que mon prénom, elle a écorché mon corps. Autant dans les souvenirs de ses coups enfant, que dans la douleur de ses paroles; qui elles, ont bien failli mettre fin à mon corps. Elle n'avait pas conscience de tout. Mais elle savait qu'elle avait du pouvoir. Celui de faire peur.
Cette peur me revient. L'angoisse s'enfle dans ma poitrine, domine la personne que je deviens pour faire réapparaitre l'enfant et la préado rongées. D'habitude contenues. Ces deux fantômes hantent mon esprit et appesantissent mes gestes. Je deviens lourde. Mon rire est lourd, quasiment impossible à sortir. Dans ces moments je rêve pourtant de rires libérateurs. Or, ils sont pesants. Je vomis chaque risette difficilement articulée et j'affiche ce vomi et le reconvoque. Je suis une sorte d'anorexique d'enfance. Je mange tous les jours ma vie, mais tous les jours revient l'enfant que je vomis.
L'enfant est toujours moi. Je sursaute toujours autant devant un film. Petite je me cachais derrière le canapé, aujourd'hui je ferme les yeux, tourne la tête. Toujours les mêmes faiblesses. Juste cachées différemment, avec de nouvelles tentatives d'approche, d'apaisement.

Ce que je mets en mots est toujours décousu. Tristement alambiqué. Ils partent dans tous les sens  possibles. Il me semble que le deuil c'est quand on a mit nos mots dans des jolies cases, elles mêmes numérotées dans l'ordre croissant et que l'on met un ruban autour pour se dissuader de les ouvrir, afin de rester devant cette apparente beauté.
Il est des jours ou je rêve intensément de ce deuil. D'oublier, se contenter du beau qui est exhibé par ceux qui la "connaissait". Le ruban donc.
Mais le souci de mes souvenirs, c'est qu'ils dégagent une forte odeur de haine. Le décor est cassé, entre la mère de la maison et la mère de dehors. Mes cases sont moches.
Ma tristesse et ma mémoire m'empêchent de mettre mes cases dans l'ordre. Je vis dans un calendrier surprise.

Sa maladie lui cachait des cases à ma mère. Moi mon handicap, c'est la case principale. La case société. Aujourd'hui, avec une maman qui était malade, pas soignée, avec qui j'ai grandis, avec qui je me suis hasardeusement construite, je me cogne contre les cases, bien plus qu'avant. Je ne comprends pas pourquoi chacun cours après une case en laquelle il ne croit pas vraiment.
La case "blagues à tout va sur les suicides" me laisse dans un sentiment désagréable. La case "ça fait plus d'un an quand même" me laisse dans un puissant état de béatitude devant autant de violence, dite en souriant. Et puis il y a celle du " tu ne peux pas continuer comme ça " ou ils ne finissent jamais la phrase. La fin de la phrase c'est un "j'en ai marre, en plus je peux pas t'aider".
Si bien que quand quelqu'un est prêt a m'écouter je n'y arrive plus. Alors j'écris et je ne tiens pas au courant ce quelqu'un de ses mots que vous avez sous les yeux.