Auteur Sujet: silence  (Lu 9354 fois)

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silence
« Réponse #45 le: 07 Février 2018 à 22:33:23 »
J'ai écouté ton silence. Le silence c'est assommant, grinçant. C'est ton cœur qui grince? Ah non. Il est mort. Il marche plus. C'est lourd le silence. Alors je mets du Piaf ou Lynda Lemay ou Mano Solo et puis je vide mes tripes, avec eux. Je brise ton silence, je crache dans ton silence. Et puis le silence avale ma voix. Ca a de l'appétit un silence. Ca me dévore, ton silence me grignote, il me regarde, se lèche les doigts. La salive lui monte à la bouche et puis, il attaque. Dans le silence d'un contrôle d'anglais. Dans la morsure du sourire de la prof. Prof qui est maman, une maman bavarde.
Le silence c'est lourd de reproches. Après les cris, la voix éraillée, les sanglots retenus, les reniflements, le tabouret qui rencontre violement le sol, la tasse de café qui s'écrase à mes pieds; après tout ça, après ce capharnaüm sonore, le silence.
Le silence d'un acte. Le vide d'une non réponse, d'une non-explication, un silence. Le souvenir d'un entre cri et silence, le son d'un jeudi soir – soir ou tu meurs – le téléphone qui sonne. Mon cœur qui bat, qui a envie de t'entendre vivre et puis la peur de ta voix. Heureusement ou malheureusement tu ne réponds pas.
Silence. Sonnerie. Silence. Sonnerie. Silence.
On finit sur le silence, un vide qui demande a être rempli mais qui restera vide parce que c'est un silence gouffre. Un silence qui engloutit. Un silence, qui dévore.
Pas végétarien, pas végan, omnivore. Tous les bruits, tous les tintements, ils se perdent dans le gouffre. Un joli gouffre. Le seul pont silencieux avec toi. Mais il faut rester accroché à la rampe des amis, de l'amour et de la famille. Parfois je trébuche. Je lâche. Il me manque mon casque, je voudrai faire éclater mes tympans pour un silence qui deviendrait quotidien pas un silence qui englouti mais un silence qui est. Parce que toi tu es plus. Mes sentiments c'est la cacophonie. Ce sont les musiciens de l'opéra qui s'accordent. C'est de la merde. Tout suinte de merde.
Petite je répétais "mère de" pleins de fois et vite. On dirait les vieilles blagues débiles de la primaire. Ca m'a soulagé pendant un temps. Je pouvais enfin le dire, mère de merde.

J'en ai marre du silence. Je rêve de dialogues, de longues tirades, de petits silences – affectifs?- de monologues, d'explications. Juste un témoignage de respect à travers du bruit? Un bruit autre qu'un silence au téléphone interrompu par un bip grinçant. Mais qui ne grince pas comme ton cœur. Lui il peut toujours faire du bruit. Ton numéro finissait par 99.28. Je ne l'ai jamais su en entier. Quand on se perd dans le silence on se souvient de vieux trucs à la con. "99.28"un autre bruit qui n'existe plus.
Les larmes ça ne fait pas de bruit. Pourtant elles sont là. Ta haine et ton amour, ta maladie et ton toi, rien ne fait de bruit. Tout est muet. Ta reconnaissance est muette. Putain de mutisme de merde. Parle. Écris-moi! Merde maman, pourquoi tu ne veux pas que j'entende ton cœur grincer?
Je m'en fou moi, qu'il grince. Je veux être l'huile. Je ne veux pas enserrer ton cou comme le fil bleu mais desserrer tes cordes vocales. Te faire chanter avec moi. Gueuler. Mettre un sol à mon gouffre silencieux.  Tu pourras marcher sur moi, je veux être ton sol mais tu me replies comme un vulgaire sac de couchage qu'on range au fond du placard, pas digne d'intérêt. Un sac à merde. Allé merde. J'ai toujours pas assez mal! Tu dis toujours rien.
Boum.
Boum.
Nan tu te fous de ma gueule. C'est toujours le même silence.

Tu effaces Léonard Cohen. Tu le mets en arrière fond. Tes cris se mêlent à ton silence. C'est quoi le vrai? Je sais plus moi. Ta maison est vide, ça empeste l'absence, sa crie le silence! Mon amour est obstrué par les non-dits et les mots crachés, que je me plais a dire non réalisés, pas réfléchis. J'essaie d'installer un décor alors parles! Expliques moi, c'était quoi ton carton? Quelle forme tu lui as donné? Pourquoi cette couleur? Tu t'es pendue parce qu'on est des mauvais acteurs? Ou que j'ai fais tomber le rideau mercredi matin?

Mais punaise j'ai mal. J'en peux plus du silence. Je suis fragile moi, toi tu te pends. Du coup tu es encore plus fragile que moi. Ca veut dire quoi tout ça? Je sais plus quoi dire. Ton acte c'est le silence. Tu me dis de me taire? Ou  trouves tu juste ma parole inutile?
On me comprend pas. Tu pourrais essayer. Au moins les gens essaient. Je me comprends pas non plus. Je veux plus de psy. Le psy ça comprend pas les silences. Ils comprennent pas que je suis enfermée dans le silence, ils me demandent de parler.

Dormir ça fait peur. J'ai peur de mes rêves. Heureusement je m'en souviens pas. Parfois je me réveille et j'ai peur. C'est le silence dans la maison tout le monde dort. C'est comme quand j'enlève mon casque. Du silence. Trop de silence, j'en peux plus je vais crier.

Bonne nuit maman, je te souhaite de chanter.



« Modifié: 25 Février 2018 à 09:06:58 par elisa. »

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silence
« Réponse #46 le: 07 Février 2018 à 22:57:15 »
J'ai mal. Tu te souviens, tu m'as frappé. Tu te souviens ou pas? Tu as juste arrêté parce que papa l'a dit pour t'influencer, que lui il arrêtait. Je tremble  maman. J'ai tellement peur ce soir. J'ai peur et je peux pas aller voir l'infirmière du lycée. J'ai arrêté de pleurer mais pour le coup je suis vraiment triste. J'ai peur.

Tu étais qui? Tu t'es fait frappée par ton papa c'est ça? Je suis désolée maman. Je savais pas. Quand il est mort je savais pas. Tu as du vouloir me tuer mais je savais vraiment pas. Je pouvais pas deviner. Je l'ai pleuré et tu m'as demandé pourquoi je pleurai je pouvais pas savoir j'avais 8 ans. Le correcteur me fait chier. Il m'empêche de m'énerver tranquillement. C'est contradictoire comme mots pas vrai? Ca fait antithèse dirait la gentille prof de français. T'as vu? La vie elle continue. Pourtant ta mort ta mort a toi elle est finie pourquoi. Pourquoi tu continues de vivres à travers moi? J'en peux plus. Plus du tout.
Tu fais vraiment pas d'efforts, laisses moi!!!
J'ai mal aux dents, je suis tellement stressée et énervée que mes dents se serrent. Mes jambes tremblent. Putain même mon corps veut pas me laisser l'impression que je vais à peu près bien. J'ai froids. Tu te rappelles le carrelage de la maison aussi il était froids. Tu te rappelles tu as bien dû marcher dessus pour aller te pendre non? Et bah voilà, cette sensation désagréable que tu as ressentis dans tes pieds et qui es remontée le long de ton corps c'est ce que je ressens.
Tu te rappelles quand tu t'énervais parce que je mangeais la bouche ouverte en CE1? Tu te rappelles? Ca t'insupportait pas vrai? Figures toi que ton silence de merde m'insupporte profondément. Espèce de vieille suicidée énervante parce que tu étais encore jeune et puis tu es pas ma suicidée, tu es ma mère. Je te cache pas que j'en suis pas franchement ravie. Ou alors je sais pas moi. Démerdes toi pour me faire parvenir un soupçon, une légère pincée d'un possible et supposé doux parfum (je ne peux ici que supposer car il s'agit d'un objet de fantasme si tu es censée en être l'expéditrice) d'amour maternel!

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Re : silence
« Réponse #47 le: 22 Février 2018 à 22:43:12 »
Bonsoir Elisa,

 Je suis tombée sur tes messages et ça m'a pris aux tripes.
Effectivement, je trouve également que tu écris plutôt bien pour une jeune fille de 15 ans, je t'aurais d'ailleurs cru plus âgée.

 Ma pauvre Elisa, on ressent tellement de souffrance dans tes textes et tant de haine s'y mêlent...
J'ai eu envie de t'écrire, est-ce que ça pourra t'apporter quelque chose...
Je n'en sais rien...mais je l'espère de tout mon coeur.

 Je t'ai lu ce soir et me suis rendue compte que tu avais commencé à écrire l'année dernière..
J'ai lu ton dernier écrit et je constate que tu es toujours dans le même shéma...

 Je pense que tu dois te diriger vers le pardon...
je pense que tu dois le faire pour avancer dans la vie et pour que tu te réalises.
J'ai peur qu'autrement tu ne te renfermes dans une sorte de rancoeur amère et indélébile...qui te ferai passer à côté de tout un tas de choses merveilleuses.

 Lorsque j'avais ton âge, 15 ans, j'en voulais énormément à ma mère....
Elle m'a négligé en tout point et je ne comprenais pas, je ne me sentais pas aimé...
« Modifié: 22 Février 2018 à 23:15:26 par Alexandra p »

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Re : silence
« Réponse #48 le: 22 Février 2018 à 23:12:29 »
....Je continu mon texte...J'ai fais une mauvaise manip...désolé.

 ...  Elle m'a négligé en tout point et je ne comprenais pas, je ne me sentais pas aimée...
J'en ai énormément souffert et j'ai du faire un gros travail sur moi pour me reconstruire et prendre un peu de confiance.

 Cela m'a pris quelques années mais j'ai réussi à lui pardonner, je l'ai aussi excusé car il y a toujours des circonstances atténuantes, qui peuvent se cacher dans l'enfance de ta maman par exemple...
Des choses que tu ignores peut-être...et qui pourraient t'aider à mieux la comprendre...
 
 Je sais..., c'est difficile de pardonner à quelqu'un que l'on aime et qui nous en a foutu plein la gueule mais, je t'assure que malgré tout, ta mère devait t'aimer, à sa façon certe, mais, a-t-elle pu s'aimer, elle...?

 Beaucoup de courage à toi Elisa, bats toi pour les bonnes raisons...

 Avec toute mon amitié
Alexandra

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Re : silence
« Réponse #49 le: 07 Mars 2018 à 23:43:03 »
Ca se fini un deuil?
Parce que je crois qu'on est des condamnées maman. Toi? Bah... toi tu es morte, donc bon on peut considérer que tu es définitivement condamnée. Et moi? Justement, tu es morte. Je suis condamnée à vivre avec ta mort, a imaginer tes réactions.

Ca veut dire quoi " traverser un deuil?" Je ne le traverse pas moi. Je suis bloquée avec moi qui te parle. Comme ça, tu ne meurs pas complètement. Les mots te font vivre. C'est Paul Auster qui m'a expliqué ça la semaine dernière.

Je veux parler à tête reposée. Bon, je suis fatiguée mais je ne suis pas rongée par la tristesse ni dévorée par la colère. C'est juste histoire d'essayer de nous regarder. Aujourd'hui, pas d'hier quand je ne vais pas mal.
Aujourd'hui tu es juste un vide. J'ai été à une performance de slam. J'ai eu envie de prendre la parole, mais pas pour parler de toi.
J'aimerai réussir à mettre un contour à ce que tu n'es pas aujourd'hui. Tu n'es pas le présent. Enfin tu le représente sans y prendre part. Tu laisses une empreinte. Je suis empreinte de toi, de qui tu pourrais être aujourd'hui et puis la réalité. Celle que tu n'es pas et que tu ne pourras plus être.

Je devrai dire ça quand on me parle de toi. Elle ne peut plus être.

Aujourd'hui le mot maman est un peu abstrait. Je ne ressens rien de bien positif quand il s'agit de toi, la mienne. Mais cette compréhension est troublée par la rencontre d'autres mères. Elles, elles sont toujours. Et elles veulent être; plus que toi tu ne l'as voulu. Ou alors pour rester un toi que tu voulais sauvegarder (l'apparence de femme parfaite?) l'ultimatum vie mort?

Tu es aussi ton nom de famille. Ta famille. Je les appelle par leur nom. C'est une partie qui, passé comme présent, nous échappe. On est étrangers, on est pas prêts de savoir, on saura pas. L'ombre nom de famille alors.
Tu as beaucoup d'ombres.

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Re : silence
« Réponse #50 le: 12 Mars 2018 à 16:18:47 »
Bonjour Elisa,

As-tu lu le premier sujet, première page, le sujet webmaster, tout en haut de la liste, dans la rubrique "soulagement et culpabilité"?
Il y a aussi la méthode "Fauré", qui parle des étapes du deuil.
Cela pourra peut-être t'aider, ne serait-ce qu'un peu...
Beaucoup de courage à toi
Tendrement

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Re : silence
« Réponse #51 le: 20 Mars 2018 à 20:54:12 »
Maman tu t'effaces, doucement, t'éloignes. Je t'imagine marcher, j'essaie de te représenter nu-pied. Décontractée.
Souriante?

Je veux créer cette image en moi. La rendre toi. Réduire mes souvenirs à cela. Un sourire, une antithèse de ce que j'imaginerai et de ce que tu étais.
Je peux te changer? Sans les photos, jamais je ne me souviendrai de tes traits. Je peux les changer? Et ainsi me permettre d'oublier que je te ressemble.
Oh s'il-te plait, dis moi oui. Oui. Tu m'autorise à changer mon souvenir pour te rendre plus belle que sur le brancard. Plus belle que lorsque ton visage se déformait sous la haine. En somme, plus belle que mes souvenirs.

M'autorises-tu à te changer pour t'aimer plus simplement? C'est rageant tu sais. J'aimerai que tu me dises non. Que c'est dégueulasse. Sauf que ça fait plus d'un an que tu dis rien. Du coup j'ai pas d'excuses, ma mémoire te fait moche et je te voie moche.
Je n'arrive pas à te sublimer. Ni pour autant à arrêter de t'aimer.

Bientôt on m'appellera Mme. Ovier. J'en frissonne d'avance. Combien de fois ai-je répondu au téléphone que Mme. Ovier était morte. Je suis la future Mme. Ovier. Une future morte donc? C'est vrai que ça sonne drôle.


Je dis que tu t'effaces, que tu t'éloignes doucement. C'est pas si vrai. Mon cœur m'impose des larmes, des hurlements de maman je veux pas t'oublier. T'oublier physiquement. Après il ne restera que les souvenirs de tes cris, de tes attitudes.
Tes yeux et les miens sont les mêmes.

Et nos voix? Il faudrait que je hurle pour comparer. Je ne me souviens de la tienne qu'ainsi, entrain d'hurler.

Je n'aime pas penser à la profondeur de ton acte. Mais c'est profond quand même. Tellement que je n'ose pas dérouler le mètre. J'ai peur de tomber avec dans le gouffre et de ne pas réussir a m'accrocher à la corde. Tu as pas réussi toi et c'est le fil électrique qui t'as fait monter. Qui sait, peut-être plus haut que nous ne sommes. Bon j'y crois pas trop et puis si tu as pas changé toi non plus. C'est juste plus joli comme image. Plutôt que nous dire que ton corps est resté en bas, coincé sous terre.

Pff... c'est con la maladie. On l'apprend qu'une fois que tu n'es plus. Quand un de tes frères après ta mort a dit que tu devais être malade, j'ai eu envie de lui cracher à la gueule. Toi? Je te pensais maîtresse de toi, juste désespérée. C'est fou la puissance d'un choc. J'avais oublié le mercredi, enfin oublié c'est un grand mot. Tu m'as quand même un peu traumatisée.

Dimanche, je présente la maison à Théo. C'est mon amoureux ( je trouve ça plus joli que "copain" et puis tu feras avec ). On s'aime. Je veux lui montrer qui j'ai été et qui a été cette maison, ce qu'elle représente et lui faire comprendre la joie de me séparer d'elle. De tenter de t'éloigner de moi.

Allez vas, éloigne moi doucement, effaces toi...
« Modifié: 22 Mars 2018 à 21:02:08 par elisa. »

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Re : silence
« Réponse #52 le: 25 Mars 2018 à 21:04:09 »
Triste tutoiement.
Pitoyables illusions
Amour de fiction
Pendant un long moment

15 ans de: je t'aime
Qui finissent par un point
Qui se terminent par rien
On ne récolte pas toujours ceux que l'on aime.

Un point qui fait du bruit
Une phrase en suspend,
- De l'amour branlant -
Un point qui dit "je fuis "

Douleur de l'interprétation
Tristesse face à l'abandon
Lourde envie de pardon
Une haine à sensations

Angoisse, mon cœur croasse
Je ne veux pas qu'on sache
Derrière moi quelle mère se cache
Mes certitudes se froissent

Plus d'élément maternel
Pour dire que je suis le vice
Soupirer que je ne vaux pas ses sacrifices
Que je suis une poubelle

Plus de mère non plus
Pour espérer un revirement
Une assurance, son enterrement.
Ca c'est du vécu.

Mais un vécu antérieur
A cette touche supprimer
D'un universel clavier
A cet acte qui me fait terreur

Je crie injustice
Sur le long film muet de l'humanité
Qui déborde de pitié
Pour ceux qui sont sortis de ses cuisses.

Ceux qui sont sortis,
Qui cherchent a se réinsérer
D'un enfer a aimer
Y'en a pas non plus, de CDI

Pour les ex-tolards
Pas d'uniforme de prisonniers
On leur demande de se mélanger
A ceux qui ne pleuraient pas dans le noir.

C'est là que ça crisse
D'autres ont eu mes rêves
Sensation que l'on me pompe ma sève
Elle veut que je fléchisse,

Ma conscience.
Mais mon cœur s'esclaffe
Me met une baffe
Dit que j'ai laissé ma mère perdre sa chance.



« Modifié: 25 Mars 2018 à 21:16:07 par elisa. »

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Re : silence
« Réponse #53 le: 01 Avril 2018 à 14:04:32 »
Elle tenta de se représenter sa mère, elle ferma ses yeux. Retranscrivit ses traits, les superposa aux siens. Marqua au gras les différences. Priant pour avoir échappé au pire, aux sourcils arqués par la haine, aux non fossettes criblées par les souvenirs, à ses paupières fermées qui gardaient en elle la vérité.
Elle voulu se la représenter souriante. Elle n'y arriva pas, elle alla chercher dans les albums photos. Malgré ces images, ce sourire qu'elle trouva continua de lui sembler improbable.
Dans ses albums, elle croisa le sien, de sourire. Elle se scruta. Le trouva faux. Elle s'était alors dit qu'en cela leur ressemblance était forte. Elle se souvint du nombre de fois ou l'on lui avait dit que sa mère et elle se ressemblaient tellement. Une larme ne coula pas sur sa joue, mais un regret profond s'empara d'elle, celui de ne pas réussir encore aujourd'hui à dépasser cette enfance qui lui revenait toujours, aussi froide et glaçante.
La fille sourit souvent. Il est souvent vrai, mais parfois elle se souvient du jour ou sa mère avait perdu une dent. Ou son sourire était si laid, même si à cette occasion elle n'avait pas beaucoup sourit. A ce souvenir donc, ses yeux se faisaient moins rieurs, mais elle s'interdisait de cesser d'étirer les lèvres. Elle se traitait alors de crétine, se disant qu'elle imitait là sa mère. Sa mère qui était si fausse dehors. En dehors de chez elle, qui cachait ses fissures à ses amies. Mais la fille avait comprit la dernière fois. Elle en avait un peu parlé, le visage de son amie c'était fermé, elle avait senti sa gêne, sa supplique silencieuse de " tais toi, je ne veux pas savoir ". Maintenant s'il lui fallait en parler, de sa mère, de cette horreur, elle avait toujours peur de déranger.

Apparu alors le forum. Forum des mots du deuil. Rubrique suicide? Elle n'en eu pas la force. Rubrique perte d'un parent. Ça c'est bien c'était-elle dit. Enfin bien, mieux.
Ici elle eu le sentiment de ne pas déranger lorsqu'elle parlait. Mais elle n'arrive pas à répondre à ceux qui lui répondent. Ils ne sont pas en face, elle ne sait jamais quand elle les gênera, quand elle ira trop loin dan sa réflexion alors elle lit leur réponses. S'en imprègne. Mais n'arrive pas à répondre.
Elle s'en excuse.
Je m'en excuse.
« Modifié: 09 Avril 2018 à 21:29:01 par elisa. »

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Re : silence
« Réponse #54 le: 02 Avril 2018 à 08:40:22 »
Hier, ce fut la douceur de la 3ème personne du singulier. L'agréable sensation de ne faire que s'inspirer de soi, l'impression que ce n'est plus mon histoire. Alors qu'il s'agit peut-être de ce qui est le plus sincère dans le flux d'information car  je peux me mettre au second plan contrairement à ce gros "je" qui me force à me concentrer sur moi.
Ce "elle", à travers lui, une difficulté de rédaction, il faut pouvoir continuer de comprendre qui parle. Mais à travers lui, cette ressemblance que je redoute se retrouve; le même pronom les définit. Cette sensation de lui ressembler est la pire, que l'on m'appelle Mme.Ovier est une peur profonde. Lorsque je réalise que nos traits se confondent, que nos caractères se ressemblent, même les parts positives de sa personne qui déteignent sur moi me donnent envie de changer. Nos traits communs? Les gommer, m'arracher la peau pour qu'elle soit aussi blanche que celle de papa. Mais alors je ne serai plus moi, or elle est aussi moi.
Elle n'a pas tailladé que mon prénom, elle a écorché mon corps. Autant dans les souvenirs de ses coups enfant, que dans la douleur de ses paroles; qui elles, ont bien failli mettre fin à mon corps. Elle n'avait pas conscience de tout. Mais elle savait qu'elle avait du pouvoir. Celui de faire peur.
Cette peur me revient. L'angoisse s'enfle dans ma poitrine, domine la personne que je deviens pour faire réapparaitre l'enfant et la préado rongées. D'habitude contenues. Ces deux fantômes hantent mon esprit et appesantissent mes gestes. Je deviens lourde. Mon rire est lourd, quasiment impossible à sortir. Dans ces moments je rêve pourtant de rires libérateurs. Or, ils sont pesants. Je vomis chaque risette difficilement articulée et j'affiche ce vomi et le reconvoque. Je suis une sorte d'anorexique d'enfance. Je mange tous les jours ma vie, mais tous les jours revient l'enfant que je vomis.
L'enfant est toujours moi. Je sursaute toujours autant devant un film. Petite je me cachais derrière le canapé, aujourd'hui je ferme les yeux, tourne la tête. Toujours les mêmes faiblesses. Juste cachées différemment, avec de nouvelles tentatives d'approche, d'apaisement.

Ce que je mets en mots est toujours décousu. Tristement alambiqué. Ils partent dans tous les sens  possibles. Il me semble que le deuil c'est quand on a mit nos mots dans des jolies cases, elles mêmes numérotées dans l'ordre croissant et que l'on met un ruban autour pour se dissuader de les ouvrir, afin de rester devant cette apparente beauté.
Il est des jours ou je rêve intensément de ce deuil. D'oublier, se contenter du beau qui est exhibé par ceux qui la "connaissait". Le ruban donc.
Mais le souci de mes souvenirs, c'est qu'ils dégagent une forte odeur de haine. Le décor est cassé, entre la mère de la maison et la mère de dehors. Mes cases sont moches.
Ma tristesse et ma mémoire m'empêchent de mettre mes cases dans l'ordre. Je vis dans un calendrier surprise.

Sa maladie lui cachait des cases à ma mère. Moi mon handicap, c'est la case principale. La case société. Aujourd'hui, avec une maman qui était malade, pas soignée, avec qui j'ai grandis, avec qui je me suis hasardeusement construite, je me cogne contre les cases, bien plus qu'avant. Je ne comprends pas pourquoi chacun cours après une case en laquelle il ne croit pas vraiment.
La case "blagues à tout va sur les suicides" me laisse dans un sentiment désagréable. La case "ça fait plus d'un an quand même" me laisse dans un puissant état de béatitude devant autant de violence, dite en souriant. Et puis il y a celle du " tu ne peux pas continuer comme ça " ou ils ne finissent jamais la phrase. La fin de la phrase c'est un "j'en ai marre, en plus je peux pas t'aider".

« Modifié: Aujourd'hui à 08:58:18 par elisa. »