Auteur Sujet: je vais craquer maman  (Lu 4899 fois)

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Hors ligne Ela

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #30 le: 12 Août 2017 à 01:32:03 »
Chère Elisa,
Il m'est impossible d'éteindre mon ordinateur sans te laisser un petit message pour te manifester un peu de soutien, de réconfort...  Ces dernières semaines, j'ai fréquemment pensé à toi, à ton histoire, à ce poids oppressant qui t'écrase. Parce que tu es si jeune encore... tout juste un peu plus âgée que ma belle-fille. Et l'idée que tu doives explorer si tôt, les sentiments si chaotiques et effrayants qui s'agitent dans les profondeurs de la "psyché" humaine me bouleverse... Pour d'autres raisons, j'ai connu cette fin brutale de l'innocence quand j'étais un peu plus âgée que toi, et je sais à quel point c'est douloureux, perturbant... Un cataclysme sur le plan identitaire...
J'aimerais simplement te dire que même si parfois tu as l'impression d'être écrasée par tout ce que tu as vécu, qu'il n'y a pas d'issue possible... la vie transforme les choses pas à pas. Rien n'est jamais acquis bien sur. Je ne te dis pas que tout ira mieux du jour au lendemain comme par magie.... Simplement de t'accrocher, parce que cette impression d'être à jamais coincée dans une impasse, c'est une illusion. Tout comme le fait de croire que la vie est toujours facile et dénuée de souffrance est une illusion... Mais entre les deux, viendra un jour où tu pourras à nouveau entrapercevoir des perspectives, inaccessibles jusqu'alors. Comment? Je ne sais pas... je te dis simplement que c'est ce que j'ai vécu. Ce que l'expérience m'a appris... Et je crois sincèrement que ce potentiel de transformation existe pour tous, même si lorsqu'on va mal, on est persuadé que dans son cas c'est différent. Qu'on est un cas désespéré. Moi je te dis: accroche toi.
Tu fais preuve d'une lucidité impressionnante face à ce deuil plein de paradoxes...Une capacité d'analyse que tu dois détester parfois mais qui en même temps, te permet d'ores et déjà de survivre et d'avancer. Faire la paix avec ce que l'on est, avec ce qu'on est devenu à cause? grâce? aux autres... quel long chemin que celui de la rédemption. Et pourtant, tu arrives déjà à identifier que c'est le chemin que tu aimerais emprunter. Bravo. Pour ma part, je crois que pardonner, ce n'est pas un acte de sado-masochisme dans lequel on prend sur soi de dire "ce n'est pas grave", alors qu'on a déjà tant morflé... Pardonner, pour moi, c'est justement l'inverse. C'est trouver comment déposer ce qui nous a fait du mal afin que ça ne nous empêche plus de vivre. Et parfois, il faut d'abord crever l'abcès de la rage et de la colère pour pouvoir entrapercevoir la suite du chemin.
Je comprends que tu culpabilises face à tous ces sentiments extrêmes, à cette colère qui te déborde. La culpabilité est un sentiment "normal" dans le deuil... Mais j'aimerais te dire qu'il n'est pas obligatoire. Tu n'as pas à t'en vouloir d'être en colère. Tu n'as pas à t'en vouloir du geste de ta maman, ni de tout ce qu'elle n'avait pas réussi à régler de son vivant. Tu n'as pas à t'en vouloir, à te punir de ce que tu ressens, même si les sentiments et pensées qui te débordent te choquent ou t'effrayent. T'autoriser à ne pas culpabiliser de ce que tu ressens vis à vis de ta maman, quelle que soit la nature de ces émotions, ne fera pas de toi quelqu'un de mauvais. Mais je devine, chez toi, chez moi, chez d'autres... comme elle peut être tyrannique, cette idée qu'on se fait de la loyauté... Mais là encore, tiens bon.
Tu m'as envoyé un petit message il y a quelques semaines. Je n'ai pas répondu de suite, puis j'ai oublié... Ma propre souffrance alimente parfois mon égocentrisme. Je suis désolée... Je tiens simplement à te dire que je t'ai lue. Que je te lis, et que ton histoire me touche. Je ne te connais pas, mais tes mots me touchent. Avoir besoin que d'autres lisent ce qui nous est arrivé, c'est humain. Ce n'est pas une preuve de faiblesse ou de l'orgueil mal placé. Juste un besoin élémentaire de reconnaissance. Un besoin de se sentir encore faire partie de ce monde, lorsque tout semble partir à vau-l'eau. Alors viens écrire ici aussi souvent que tu le souhaites.
Voila. J'espère ne pas avoir été trop longue. Je t'embrasse chère Elisa. Prends grand soin de toi. Je te souhaite, petit à petit, d'accueillir un peu d'apaisement, quelques éclaircies... toujours plus nombreuses. Tu y as droit, tous ici nous y avons droit.

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #31 le: 14 Août 2017 à 22:32:00 »
Chère Elisa,

Je t'avais déjà dit combien tes mots m'avaient bousculée, chamboulée, émue. Je trouve unique ce que tu écris. Unique parce que ton histoire est unique, elle n'appartient qu'à toi. Je trouve tes mots sans concession et c'est formidable de pouvoir ainsi essayer de se libérer par les mots. Tu alternes entre des mots doux et des insultes, je comprends.

Oh Elisa, je voudrais te prendre dans mes bras et t'apporter toute la tendresse dont je suis capable. Je ne peux le faire que virtuellement... Tu es dans mon cœur, dans mes pensées... Je t'embrasse bien fort. Prends soin  de toi, Elisa.
Muriel.

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #32 le: 07 Septembre 2017 à 23:48:58 »
Je suis dégoulinante de jalousie. Elle cavale de mes yeux jusqu'à mon menton, elle coule sur mes joues. Elle laisse une trainée salée sur ma peau. Elle se rajoute sur mes plaies, encore ouvertes. Je tente de la faire disparaître de mon corps, vainement. Elle revient, sans cesse, au moindre effort. A la moindre baisse d'attention.
Elle aime ses moments ou je regarde des mères dans les jardins d'enfants. Elle se pointe d'abord de manière douce, presque innocente. Tiens, ils en ont de la chance ses enfants me dis-je. Ensuite, elle monte, gravit les escaliers, arrive sur le perron. Moi aussi j'en voudrais bien une comme ça.
A partir de cette phrase, elle a gagné. Chacune de mes pensées seront habitées par elle. Ma jalousie, que je découvre sans limite. Je suinte de jalousie. J'empeste la jalousie.

Je suis jalouse de ceux qui peuvent pleurer une mère aimée. J'envie, la manière qu'ont la façon de prononcer le mot maman de certaines personnes. J'envie le sourire des enfants à la sortie de l'école devant leur chère icône maternelle. J'envie cette détermination que je possédais encore a mes 12 ans quant aux chances que je pouvais avoir d'arracher un sourire à ma mère. J'envie ce sourire que j'affichais sur les photos. Ce sourire qui me trompait. Ce sourire qui- j'essayais de m'en convaincre- me reflétait mieux que celle que je pouvais être dans le car me menant au collège. Ce sourire que je portais m'a tant fait souffrir lorsque j'ai réalisé sa fausseté. Mais après tout, il est possible que ses personnes que j'envie, affichent tout simplement ce même sourire d'apparat que celui des photos. Ou alors un sourire non complet. Pas assez complet.

Bien sûr, ils possèdent leurs souffrances, toutes plus dures les unes que les autres, mais je n'en peux plus de la mienne. Cette mère qui ressurgit de tous les coins, sans arrêt sans jamais me demander mon avis.
Elle, elle s'en fou d'être bientôt partie depuis un an. Moi c'est dur. Dur de ne plus me rappeler de sa voix autrement qu'en train d'hurler. Dur de me rendre sur sa tombe. Dur de devoir être forte pour papa. Dur de devoir me convaincre d'être forte. Dur de ne pas me mettre a hurler. Dur de ne plus pouvoir hurler tant je me sens vidée de mon énergie. Dur de vivre avec des souvenirs qui ressurgissent au détour d'une phrase d'une amie. Dur de parler d'elle.

Mais les choses seraient plus dures encore si elle vivait. J'aimerai pourtant qu'elle vive encore.

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #33 le: 08 Septembre 2017 à 06:13:56 »

   Tant que les sentiments négatifs nous sabordent,

   oui, c'est DUR ...

   On écope tout en ramant ... mon esquif est troué aussi ...  ... ...
   
   c'est pas ta mère qui te noie, même si elle t'a laissée seule à la mer !
   Courage, Elisa, il y a plein d'îlots sympas ... peuplés de sots en bandana et d'idiots lambdas ... rarement, des âmes-mères et des âmes-sœurs, mais il y en a ...

   Tendresse et solidarité pour toi, Elisa.
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Re : je vais craquer maman
« Réponse #34 le: 26 Octobre 2017 à 23:16:57 »
J'ai un peu mal, mais ça va. Juste un peu, parfois. En allant au lycée parfois les larmes me montent aux yeux et puis, elles coulent. Et je crois que c'est bien. C'est bien car, tu me manques mais mon cœur ne s'arrache plus, ou tellement moins.
Je ne veux pas d'enfant. Personne ne m'écoute vraiment lorsque je leur dis cela mais je n'en veux pas, réellement. Regardes toi, ta mère était violente, ton père pire encore, et pourtant tu as reproduis cette violence. Je ne veux pas prendre le risque de faire souffrir un être humain qui n'a rien demandé. Car moi, je n'avais rien demandé et je t'en veux pour ça. Je t'en veux, tu n'avais qu'a te pendre avant si tu voulais te pendre. Papa a souffert, nous aussi, tes enfants et je t'en veux de m'avoir fait. Maintenant je suis là, je vais rester mais pourquoi m'avoir fait naître si tu étais incapable de m'avoir? Je ne veux pas reproduire cette haine et finir comme toi. Au bout d'une corde, ou, sans aller jusque là quelqu'un que je ne veux pas être.
Comprends-tu cela?

J'ai peur. J'ai des restes de toi, des accès de haine. De la rancœur, elle est si forte. J'ai peur lorsque je repense à nous deux. A ce jeu que j'ai instauré, petite, pour te résister. Ne pas pleurer devant toi et ce peu importe le taux de violence que tu pouvais m'infliger. Puis je montais dans ma chambre, et je pleurais dans l'oreiller, à m'étouffer, je pleurais. C'est ça, mes souvenirs de nous. Pas de bons souvenirs, toujours gâché par la peur de ton regard. Par l'appréhension de tes futures remarques.

Je n'étais pas assez féminine pour toi. Décidemment, quel boulet j'ai pu être! Pourtant, en primaire, c'est toi qui m'a trainé chez le coiffeur et qui a dit à la coiffeuse de raccourcir mes cheveux à l'oreille. Je chialais et toi tu riais avec la coiffeuse " comme on est attaché à ses choses là à leur âge".

Pourquoi souriais-tu lorsque ton fils arrivait alors qu'avec moi tu détournais le regard?
Je n'étais pas bonne en math? J'en suis désolée maman.
Je n'étais pas assez belle? C'est dans les gênes ça maman.
Je n'aimais pas les robes? J'en mets désormais maman.
Je ne rangeais pas ma chambre? Papa ne m'a pas reniée pour autant.
Je préférais lire plutôt que de jouer à la poupée? Je continue de penser que c'est mieux maman.
Je cherchais trop d'affection de ta part? Au moins maintenant j'ai fini d'espérer.

L'anniversaire de ta mort est passé. Ta famille ne s'est pas manifestée. Quelle bande de, je ne sais pas comment les décrire. De personnes décevantes? Oui, c'est pas mal.
Je n'étais pas la fille que tu voulais et même si j'en ai chié, que je complexe toujours aujourd'hui et bien je suis heureuse de ne pas être la fille en polystère que tu souhaitais. Je suis heureuse de pouvoir m'habiller avec des vêtements discordants et pleins de couleurs, heureuse de ne me coiffer les cheveux que lorsque l'envie m'en viens, et malheureuse que tu n'aies pas pu m'accepter comme telle. Telle que je suis. Et la fille que je suis t'aime, je commence à m'y faire.

Maman faiblesse.
Maman douleur.
Maman regrets.
Maman colère.
Maman qui tremble.
Maman qui hurle.
Maman qui pleure.
Maman qui souffre.

Retranscris ces phrases avec un " ta fille ", si ce n'est que ta fille, elle ne se suicidera pas.
« Modifié: 26 Octobre 2017 à 23:21:42 par elisa. »

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #35 le: 04 Novembre 2017 à 22:37:11 »
En y réfléchissant il me semble que pendant les grandes vacances tu avais fait des efforts. Mais tu ne t'es pas excusée. C'était trop pour toi et c'était ce qui aurait été mon point de départ. Tu essayais d'apprivoiser une porte fermée. Tu proposais une grillade à un végétarien, du sucre à une personne au régime. Rien que penser à toi me mettait en colère, alors t'avoir en face de moi était insoutenable. Papa me demandait de fournir des efforts car il disait en faire de son côté. Il tentait de calmer le jeu entre toi et moi sans rien en dire à l'autre. Mais vous étiez à nouveau ensemble après tout ce que j'avais subi. J'avais l'impression que tout allait recommencer, toi qui me martyriserai et papa qui ne voudrait pas m'entendre. Ca me semblait si injuste, je pensais qu'il voulait juste te défendre, que je cesse de gâcher votre nouveau bonheur.
Ton fils et ta fille étaient plutôt heureux. Vous étiez tous les deux ensemble mais dans deux logements différents. Lorsque vous avez commencé votre "nouvelle histoire" je vous l'avais dit. D'accord, faites comme vous le souhaitez mais je ne veux pas avoir a être mêlée à ça. J'ai été assez naïve pour le croire. Au bout d'un mois il était courant que nous allions chez papa lorsque nous étions chez toi ou inversement mais ça, c'était encore soutenable. Mais après, vous avez fait fort. Vous avez instaurés les sorties en famille! Dans un premier temps, venait qui le désirait: je ne venais pas. Et puis ça ne vous plaisait pas, vous avez proposés le camping sauf qu'il ne fallait pas me laisser seule. Vous m'avez forcée à venir et là; tu as tari tout envie en moi de me rapprocher de toi.
Tu ne faisais jamais les choses dans le bon sens. J'étais toujours perdue, je me sentais prise pour un déchet. Tu me regardais comme un déchet. Je me sentais déchet.

Pourquoi est-ce que je te pleure aujourd'hui?
Car tu es ma mère. Celle qui censée aider, m'apprendre ce qu'est une femme. La pilule c'est le docteur qui m'a expliqué, pas toi. Mon premier copain, tu ne l'as pas rencontré. L'épilation, c'est internet qui m'a expliqué, rassurée. Ma première robe, je n'ai eu que le sourire de papa, pas les conseils d'une mère.

Peut-être que si j'avais mis de côté ma rancœur quelque chose aurait pu arriver. Un déclic?
Il est dur de penser qu'une corde t'ai été plus utile que moi. Qu'une corde t'ai apporté plus de soutiens.
Tu t'es pendue aussi. C'est dur de se pendre. Tu devais te sentir tellement mal pour aboutir à ça.
 Mais je, c'est dur a accepter et puis je ne voudrai pas que tu comprennes mal. Je suis soulagée que tu sois partie, c'est mieux pour moi, pour notre famille. Tu ne me fliques plus. Je souris, on sourit maintenant. On ne redoute pas de rentrer chez nous. Mais j'aurai voulu que nous puissions vivre cela ensemble avec les hauts et les bas mais, ensemble. Pas dans le bas uniquement.

J'ai conscience d'écrire dans le vent. Je le sais. Tu ne lis rien. Tu es morte. Ce n'est qu'un monologue déguisé mais qui sait, peut-être qu'a force de parler plus ou moins seule je réussirai a faire abstraction de quelques plaies?  J'espère car, malgré le fait que la vie continue, j'ai toujours mal, moins, mais mal toujours.

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #36 le: 05 Novembre 2017 à 21:06:46 »

    Elle aurait dû HURLER à son père et à sa mère

    "Je vais craquer sous toute votre violence" ...

    Mais les violents n'entendent rien ...

    Ce sont toujours les tendres qui écoutent, qui consolent, qui supportent, qui pleurent ...

    Pensée émue pour les petites filles et les petits garçons maltraités qui pleurent dans leur oreiller ...

    M.
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Re : je vais craquer maman
« Réponse #37 le: 11 Décembre 2017 à 21:38:39 »

    :-*
   M.
   Ou quand une grande bavarde se rend compte de l'insuffisance des mots, et voudrait laisser son cœur.
   
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #38 le: 12 Décembre 2017 à 21:43:14 »
Je t'aime.
..
Je te hais.


Si on me dit maman, je n'ai pas d'image fixe. Juste un sentiment d'impuissance, qui s'empare de moi. Qui tout du long de ses 15 ans a grimpé et grandis au fur et à mesure de nos affrontements. Chaque jour, sur mon visage d'enfant d'abord, puis sur celui de l'adolescente, le masque du "je n'ai plus mal" qui cachait les larmes.
L'espoir de pouvoir trouver une maman, au détour de toi. Qui sait, peut-être que ce n'était que moi qui ne comprenais pas? J'ai d'abord cru que c'était de ma faute. Tu disais toujours que c'était ma faute.
Lorsque tu t'énervais, tu me faisais peur. Tu travaillais à mi-temps. Les jours où tu ne travaillais pas, tu nous faisais nous habiller, déjeuner, marcher jusqu'à l''école, tu venais nous chercher pour rentrer manger à la maison, nous y emmenais à nouveau, venais nous rechercher le soir et nous faisais goûter, les devoirs puis nous attendions papa et nous mangions. Tous se passait dans une telle violence. L'agression était permanente. Le rejet par la parole, le geste, jusque dans le regard.


C'était l'hiver. Il y avait un miroir sous l'escalier. Je mets mon manteau tu me dis de mettre une écharpe. Je la prends –je dois être en CE1- je tente de recouvrir mon cou. Tu me dis que c'est mal fait. Tu me craches un mets ça mieux. Je n'y arrive pas. Tu me dis que tu as pitié. Tu me traites de clocharde. De trainée. De gosse inutile et sale. De souillon. Tu me dis de bien me regarder dans le miroir. J'ai les yeux pleins de larmes.
Elouan est malade, tu me mets dehors et me dis d'aller à l'école seule. J'ai un peu peur. Je prends le même chemin que d'habitude. Je croise une nounou. Elle m'arrête, me dit de venir la voir et c'est elle qui me remet cette écharpe. Elle a pris le temps de me nouer ce bout de tissus, elle m'a accordé du temps sans y être obligée. C'est elle qui a eu le rôle de la maman décrite dans les livres. Pas toi.
Le mot souillon m'est resté. Je ne le comprenais pas. J'ai cherché dans le dictionnaire. J'ai pleuré sur un dictionnaire. Pleuré sur cette violence que je commençais à lire en toi, mais la définition, elle n'expliquait pas pourquoi c'était toi qui m'avais appris ce mot ainsi.

Je ne veux plus écrire. Je veux juste réussir à me vider. Ecrire c'est dur. Ecrire ça remue, ça déchire, ça réveille de vieux souvenirs. Relire tout ça a réveillé pleins de choses. De vielles angoisses. De larges plaies.

Ai-je des remords? Aurais-je pu t'aider? Je ne crois pas. Tu étais jalouse de moi. Je l'ai réalisé il y a peu de temps. Jalousais-tu mon enfance car tu voyais à travers moi ce à quoi tu n'avais pas accès? Ou ne me supportais-tu juste pas? Pourquoi tes deux autres enfants pouvaient-ils avoir accès a un peu de ton affection? Pourquoi avoir mis au monde des enfants alors que tu n'en étais pas capable? Pourquoi ne jamais parler de toi?


Et puis dernière question, comme ça, au passage, pourquoi ne rien avoir laissé? On ne le méritait pas?

Mère mauvaise.

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #39 le: 12 Décembre 2017 à 23:21:28 »

   Douce enfant,
   Moi non plus, je ne veux plus écrire "comme ça".
   Décrire l'inexplicable ne le rend pas plus clair, et certainement pas plus accessible aux autres.
   L'indécence est secrète.
   Se vider, tu dis. Peut-être. Mais de quoi. Le mal est fait.
   Tu as vu, j'écris des poésies de temps en temps, mais je fais ça sans me creuser la nènette, des fois je me pose, à la fenêtre, avec des calepins et un feutre, et j'attends que des mots tombent comme se détachent et tourbillonnent des feuilles mortes en automne, parce que c'est mûr, et que c'est prêt à s'en aller, pour mieux rester ... ou plutôt pour rester mieux ...
    Tendresse à toi, Elisa, j'espère que, que que, pour toi.  :) M.
   
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #40 le: 13 Décembre 2017 à 22:01:09 »
Aujourd'hui, on m'a reconnue. On a reconnu l'enfant que j'étais, l'adolescente. Les paroles que je disais mais que personne n'écoutait. C'était impensable qu'une mère soit ainsi, impensable car cela signifiait voir plus loin que le bout de son nez. Et les gens n'aiment pas chercher. Ils n'aiment pas contrarier leurs décor alors ils regardent la télé. Ils s'abrutissent de préjugés et violent le besoin de reconnaissance de chacun car c'est accepter de remettre en cause le joli cocon que l'on aime a imaginer chez le voisin. Que l'on se plait à envier alors que le voisin n'a certainement pas une vie aussi reluisante que ce qu'on a tendance a convoiter et a imaginer. Enfin, aujourd'hui, on a reconnu ne pas m'avoir réellement apporté du crédit quand je parlais d'elle et de sa violence. On m'a dit qu'on avait mis ça sur le compte de l'adolescence, de la tension habituelle dans cette période. Ne pensez  pas que c'est désuet! Non, c'est pour moi un soulagement réel d'avoir de la reconnaissance.

C'est ce dont j'ai le plus souffert. Ne pas trouver dans mon quotidien quelqu'un qui ne remette pas en cause mes paroles, au moment ou les faits se produisaient. Au début papa ne voyait rien. J'ai eu très mal. Je me suis pensée anormale et comme ma mère me disait que c'était ma faute, que papa ne voulait pas voir j'ai voulu changer. J'ai fais des efforts. Beaucoup. Elle voulait que je range? J'ai rangé. Que je ferme ma bouche en mangeant? Je l'ai fait. Mais elle n'était toujours pas satisfaite et je me suis sentie sale et nulle. Incapable de satisfaire ma mère. Puis j'ai lu. Les livres m'ont sauvé. Enfin, un endroit ou les choses étaient remises en question et puis je ne sais plus par quel livre, par quelle histoire, j'ai compris que le problème pouvait venir d'elle. Là quelque chose c'est cassé. Nous sommes passés dans le Elisa ne se laissera plus faire. Nous nous sommes tapées dessus en paroles, en regards, en attentions pendant de longues années. Papa a fini par voir. Mais il jouait au gendarme entre sa fille et sa femme. La situation devait être bien trop délicate pour lui.

Souvent, le weekend ont s'enfuyaient avec papa. Je ne crois pas que mon frère venait avec nous. On partait visiter des musées, des églises, se promener sous la pluie. On parlait de maman aussi parfois. Enfin je questionnais et papa répondait du mieux qu'il pouvait. Pendant un moment elle a cessé de nous parler. Mon frère avait environ 7 ans. Elle était en conflit avec papa et elle a arrêté de me parler. Elle m'associait avec papa et à leur relation. Quand le pont se fait avec le mercredi ou nous nous sommes séparées, je me dis qu'elle pensait peut-être vraiment que tout était ma faute. Elle  ne répondait pas ou uniquement par mono syllabe, le pire était quand elle nous accordait une phrase, dure et sèche. J'ai le souvenir d'un repas à table, je voudrai vous faire comprendre que se construire dans du silence même difficilement comblé avec un père maladroit et aimant est dur. Je parle.
"Maman tu as passé une bonne journée?

- Tu as mangé quoi ce midi?

-Tu travailles demain?
- Bien sur que je travaille. On est mardi demain, me crache t-elle. "
Ca a duré un mois. Un long mois.

J'aime mon frère et ma sœur. Mais je leur en veux bien qu'ils soient innocents. Ils trouvaient parfois cette douceur en elle. Surtout ma sœur, petite, mignonne et coquette. Mon frère, bon à l'école, il s'aplatissait devant elle et son autorité. Moi il fallait pour trouver un lointain rapprochement à de l'affection faire semblant d'être malade. J'étais dans la cuisine je feignais un mal de ventre. Je lui ai demandé un câlin. Elle a eu une grimace presque imperceptible. J'ai tendu mes bras les ai enserrés autour d'elle. Ses bras sont restés ballants. Aujourd'hui une fois de plus j'associe cette image à mon mercredi "d'adieu". Après avoir eu son premier accès de rage je la revois. Les cheveux défaits. L'air fatigué. Les dents serrées. Et ses bras qui tombaient. Elle n'était jamais ainsi. Toujours en activité, l'ai concentré même absente constante dans sa présence. Là elle me faisait peur. Peur pour moi mais aussi peur pour elle. Peur en m'enfuyant pour mon frère et ma sœur restés seuls chez elle. Je n'en pouvais plus je me sentais incapable de rester.

Un jour nous étions en voiture. Sûrement l'année de 5ème. Elle était sur le siège du côté passager. L'enfant que j'étais a eu peur. Peur de ses sentiments et de l'affreuse que je pouvais être. Elle venait d'être odieuse avec moi. J'ai eu peur de ne plus l'aimer, de trop la haïr pour l'aimer encore. Alors je l'ai imaginé morte, pour vérifier que je la voyais toujours comme une maman, j'ai pleuré. Ca m'a rassuré. Il a fallut l'imaginer morte pour m'assurer de l'aimer. Si j'avais su que, un jour, je serai prisonnière de cet amour corrosif que je lui porte. 

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Re : je vais craquer maman
« Réponse #41 le: Hier à 00:08:05 »

     Dernièrement, en écrivant à un ami en deuil,
     j'ai sorti une sorte de lapsus homonymique:

     je lui ai dit que sa solitude était riche,
     car émouvante et mouvante .

     Digne d'être partagé avec toi, petite graine d'écrivain ...

     Une prison corrosive, oui, c'est vrai.
     Mais même à l'intérieur des prisons, on ne peut maintenir figés des esprits aspirant à la liberté.
     Et puis, y les parloirs, on y cause quand tu veux, quand tu peux, M.
   
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