Auteur Sujet: je vais craquer maman  (Lu 4920 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne elisa.

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 19
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #15 le: 25 Mars 2017 à 23:01:30 »
J'ai essayé de faire mon deuil de son vivant, mais comme il était dur ne pas s'accrocher à l'espoir que par hasard ma mère qui se serait peut être égarée, puisse ressurgisse du fond du placard.

Hors ligne Laure R

  • Membre Junior
  • **
  • Messages: 78
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #16 le: 25 Mars 2017 à 23:25:46 »
Elisa,
Garde tes textes, c'est du Van Gogh.
Oui, ça se fait pas de dire ça alors que tu souffres terriblement. Lui aussi, il souffrait. Il était fou, et toi tu as pu échapper à la folie malgré le contexte familial.
Ou alors, l'auteur Eglof, du" seigneurs des porcheries".  Tu as leur puissance créatrice. Dans ta douleur, tu as une veine littéraire, j'en suis certaine. Tu as une force extraordinaire. T'es pas du tout du genre "victime demandant de l'aide". T'es posée, puissante, le sens-tu? Tu as déjoué la perversion, non?
Et papy et mamie, ils disent quoi?
De ce bordel, de ton attention à tes frères et sœurs?
Ils te soutiennent?
Ce que tu écris, c'est ta vie, tes ressentis, que je reçois ainsi, et que je reçois aussi, comme une création magnifique, le cygne chez les canards,tu sais le vilain petit canard... Ta douleur, oui, mais, aimes-tu lire, fais-tu ça par hasard, ou as-tu une notion de ton bonheur d'écriture? Et sinon, pourrais-tu t'y relier?
Il y a ta désespérance, ta colère, et en même temps, une énorme énergie. Tu fais quoi comme métier dans la vie, si c'est pas indiscret?
Bises

Hors ligne elisa.

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 19
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #17 le: 25 Mars 2017 à 23:39:13 »
Mes grands parents? Mon grand-père est celui qui a découvert le corps de celle qui aurait pu me servir de mère. Alors il dit un peu ce qu'il veux. Parfois quand je reprends mon frère ou m'a sœur il me lâche un " tu es bien la fille de ta mère" et, à cette occasion mon cœur se serre, j'angoisse à l'idée de lui ressembler réellement. J'ignore s'il dit cela pour me faire mal ou parce qu'il le pense mais dans les deux cas la phrase reste blessante.
Bien sur que si, je demande de l'aide. Sinon que ferais-je ici? Mais comment le recevoir ou comment l'offrir? Car je suis désireuse d'aider ( sûrement car pour moi, on le l'a pas fait ou tous du moins pas à l'échelle que j’espérais).
J'écris quand le besoin m'en viens. Quand la rage devient trop forte. Quand la cocotte minute qu'est en ce moment mon cerveau siffle un peu trop fort.  J'espère ainsi éviter la folie, Van Gogh y a perdu une oreille si ma mémoire est bonne, j'espère ne pas devoir aller jusque là.

Et du haut de mes 15 ans je n'ai pour l'instant pas de travail. Je suis d’ailleurs une férue de la lecture.
« Modifié: 25 Mars 2017 à 23:41:29 par elisa.ollivier »

Hors ligne Laure R

  • Membre Junior
  • **
  • Messages: 78
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #18 le: 01 Avril 2017 à 21:14:17 »
Elisa
Tu es en tous cas, quelqu'un qui écrit magnifiquement. Ne te fais pas d'illusions, je ne suis pas éditrice. Comme toi je lis beaucoup. Et j'écris, c'est parfois un désir impérieux, je peins, je sculpte, ça me tient, me recentre, m'enseigne, je ne sais quoi, mais m'enseigne. Parfois c'est aussi lutter contre ses censures pour que ce désir d'exprimer se déploie.
Apparemment tu es plutôt seule.
Aider, je ne sais pas, comment le recevoir, comment donner? J'ai plutôt en tête, partager. Partager, ce n'est pas aider, même si c'est aidant.  Tu prends conscience des besoins des autres, de tes besoins, tu vois ce que tu peux offrir, tu vois ce que tu peux recevoir. C'est juste de l'échange.
Et ici, on échange. Tu as besoin de dire, d'être entendue, ta situation, oui, c'est la merde, mais j'entends aussi ta capacité à créer, ton talent. Quel peut-être mon besoin? Avec toi? Je ne sais pas trop, peut-être que tu es pile poil dans ce que j'aime, dans mon art, et que j'éprouve avec toi une sororité. Et ça, la fraternité, c'est bien un besoin que j'éprouve en tant que fille unique...
Tu vois c'est simple d'échanger, de s'aider mutuellement.
Tiens bon
Cordialement
Laure

Hors ligne elisa.

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 19
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #19 le: 17 Mai 2017 à 21:29:00 »
Maman, voilà un moment que nous n'avons pas conversé. Il y a quelques jours je me suis embrouillée avec  ton fils, et j'ai éclaté, j'ai hurlé, j'ai pleuré. J'en suis même venu à dire que tu me manquais. Pour te dire à un tel point ça ne vas pas. Est-ce que tu me manques réellement ou est-ce juste ce manque, ce vide de ne plus posséder d'icône maternelle? Celle que mes camarades ne cessent, sans le savoir d'exhiber au monde les qualités de leur chères mères. Ne peux-tu pas me répondre juste une fois? Non, ce serait trop facile, un voisin m'a dit que le pire dans le suicide d'un proche c'est certainement les questions qui resteront sans réponses. Les avais-tu seulement toi-même?

Pourtant le monde continue de tourner, le soleil de briller, le cycle de l'eau de tourner. Mais un rouage, parmi mes sentiments les plus profonds n'est plus graissé. Il grince, il sabote mes émotions et ronge les moments de joie. C'est ce même rouage que tu as abîmé, maintes et maintes fois. La haine et le désir de vengeance contre ta personne était une faible graisse mais qui l'aidait à tourner maintenant j'ai du mal à le diriger. Maman, ce rouage, c'est celui de la relation mère fille.

Tiens, c'est presque drôle aujourd'hui. Quand j'ai fais ma tentative de suicide en 6ème ( Les livres n'avaient plus suffit à me faire sortir de ma vie le foulard était censé me libérer, enfin.), ma chère maman, tu es juste sortie de la chambre et tu as descendu les escaliers. Ce dont je me souviens le mieux, et c'est là le plus affreux; c'est le son de chacun de tes pas sur les marches dans l'escalier. Les deux premières marches et partant du haut ont grincées comme à leur habitude et je me souviens de n'avoir pu souffler qu'une fois après avoir entendu le frottement de tes chaussons sur le carrelage du salon. Je ne pense pas que nous aillons un jour parlé de cet incident ensemble, ou alors ma mémoire a décidé de ne pas remuer le couteau dans la plaie.

Et puis, maman, pourquoi était-ce si dur de te toucher? Un jour j'ai essayé, je le voulais. Tu étais entrain de conduire, j'étais sur le siège passager, tu ne faisais pas attention à moi. J'ai tendu mon bras, j'ai approché ma main de ton épaule j'ai presque senti ton manteau sous mes doigts. Mais ... je ne sais pas, mes doigts se sont repliés, ils se sont dérobés de tous contact affectif avec toi.
La première fois ou je me suis rendue compte du fossé physique entre nous, c'est arrivé durant les vacances d'hiver. Nous étions partis au ski, avec un couple d'amis à toi et papa. Ils avaient un fils et une fille. Le choc n'a eu lieu que le troisième ou quatrième matin de la semaine, alors que cette scène s'était déjà déroulée plusieurs fois sous mes yeux. C'était au petit déjeuner. Votre amie était en train de boire un café, je crois, quand sa fille est arrivée elle s'est penchée vers elle a tendue sa joue a obtenue non seulement un bonjour ( ce qui pour moi était déjà rare avec toi ) mais aussi un bisou! Je n'avais jamais remarqué ce vide mais ce jour là, il m'a semblé infranchissable.
Les deux derniers jours de ce voyage de ski furent pour moi une horreur. Chacun des gestes que faisait cette amie à sa fille me faisait souffrir.

J'aurais tellement aimé un câlin, ne serait-ce qu'une fois.
« Modifié: 17 Mai 2017 à 21:33:35 par elisa.ollivier »

Hors ligne souci

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2175
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #20 le: 18 Mai 2017 à 08:08:50 »

    Je t'ai lue, Elisa ...
   
    Tu as ton intelligence pour toi, pour arriver à comprendre, peut-être, un jour, les faiblesses de ta mère, ses troubles profonds, parce qu'il y en avait, inavoués, pas soignés.
    Peut-être, peut-être, que ce n'était pas "vraiment elle" qui faisait ce mal, peut-être qu'elle s'était perdue ... ou carrément jamais trouvée ... égarée dans d'inextricables méandres de faussetés ...
    Je sais, ce n'est pas une raison pour en vouloir à qui que ce soit, et surtout pas pour s'en prendre à ... son enfant, bon sang, s'il est FACILE de faire du mal à son enfant ...
    Quel petit triomphe retirait-elle du fait de t'humilier, quelle importance cela pouvait lui rendre ? Ou peut-être ainsi, se prouvait-elle ce qu'une personnalité malade veut se répéter: qu'elle est indigne ?
    Tant d'insanités sont remuées dans la maltraitance ...
    Je ne comprends que partiellement ce que tu as vécu.
    Ta limpidité intellectuelle t'aidera à faire les bons choix dans l'intimité de ton cœur, afin de connaître malgré les carences et les contre-exemples connus dans ton enfance, de belles réussites dans ta vie affective.
    Un pont au-dessus de ce vide pour accéder aux autres formes de liens d'amour, d'amitié, même si rien ne remplace le mal qui t'a été fait par du bien.
    De temps en temps, tu iras t'y recueillir, y jeter une rose, pour la tendresse qui n'a pas été, pour toutes les attentes d'amour restées sans suite de ce pauvre monde.
    Mon respect et ma solidarité vers toi, chère jeune Elisa.
    Sourire sincère, Martine.
       
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.

Hors ligne elisa.

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 19
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #21 le: 31 Mai 2017 à 22:40:17 »
Cesses de tourner la tête à chaque question…
Cesses de boucher tes oreilles au moindre reproche,
Cesses d'être présente dans chacun de mes mouvements,
Cesses d'apparaitre à l'aube de chacune des mes espérances,
Cesses de les amener à peine nées à la tombée de ma déception.
 
Reviens,
Reviens et dis-moi que tu regrettes,
Reviens, et dis-moi ses mots que je n'ai jamais cessé d'attendre.
Dis-moi, dis-moi que jamais tu n'aurais du me frapper,
Reviens, j'ai besoin d'un câlin; d'un vrai
Pas d'un comme celui que tu as pu me servir, parfois.

Non. Ne reviens pas, reste loin,
Si tu venais, revenais de je ne sais ou,
Alors chère mère, j'aurais peur.
Peur de ton regard, peur de ta pensée.
Peur de ses hontes que tu ressentais,
Au plus profond de toi-même a mon sujet.
Peur de l'enfant que tu as été,
Peur du miroir dans lequel tu te voyais a travers moi.

Je suis en colère.
Mangeuse d'enfance, ogresse d'amour!
Convertisseur de joie, au plus profond des désarrois.
Tu nous as laissé. Lâche.
Tu aurais pu montrer que de nous, tu te souvenais toujours.
Tu as répudié tes parents, tes frères, tes sœurs!
Et ce "sacrifice" était –il censé changer quelque chose?

Triste .
Ou es-tu?
Cette non-relation entre nous me ronge.
Pas même foutue d'articuler un bonjour.
Mais, chère mère, je l'attendais, du fond du cœur, de mon amour.
J'ai attendu longtemps.
Et puis overdose d'attente.
Tassement d'émotions diverses, abandon d'espoir.

Cesses donc de me manquer.
Cesses donc d'être morte !
Cesses d'être se souvenir, qui me ronge, trop.
Trop pour rester sain.
Et puis, s'il te plait m'man
Expliques-moi,
Je t'ai fais quoi ?


Hors ligne souci

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2175
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #22 le: 31 Mai 2017 à 23:51:10 »

   Terrible, Elisa, tu écris terriblement.

   S'il n'y avait eu qu'une non-relation ... mais il y a eu une relation de mauvais sentiments ... un plaisir malsain à faire mal ... a-t-elle reproduit des choses vécues dans sa propre enfance ?
   Étrange attirance pour un  mal pourtant subi ?
   Des eaux bien troubles, aucune transparence.
   Qui pardonnera ?
   Qui rompra l'enchaînement de la haine ?
   Tu lui demandes qui elle était.
   Je ne pense pas qu'elle ait pu savoir elle-même, enrôlée dans l' indécence.
   Elle était sous influence - de QUOI ?
   C'est son mystère. Son mal en scaphandre.
   Son mal, elle te l'a fait. Irréparable.
   Et son suicide en clôture.
   Ta colère ne peut dissocier la femme qui t'a mise au monde et ses troubles de personnalité.
   Et comment le pourrais-tu, cette femme il fallait bien qu'elle soit ta maman, ta douce maman, répondant à ton instinct d'Amour ...
   C'était pourtant simple !
   Mais non, tu n'y a pas eu droit.
   Est-ce sa faute à elle, ou bien au destin qui laisse passer des monstruosités ...
   C'est une ÉNORME faute qui assombrit ta jeune vie, chère et émouvante Elisa. Dénonce, enfant d'Humanité.
   Émouvante car l'Amour est resté vivant en toi, blessé mais vivant.
   Prends-en grand soin.
   Je t'embrasse très doucement, très délicatement. Martine.
   
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.

Hors ligne Denpaolig

  • Membre Junior
  • **
  • Messages: 96
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #23 le: 01 Juin 2017 à 01:21:30 »
Bonsoir Elisa,

Je t'ai lu, Elisa. Avec mes tripes qui se tordaient, avec mon cœur qui saignait pour l'enfant abandonné que tu as été, que tu es à nouveau depuis son suicide. Alors, oui, elle était là mais sans l'être réellement pour toi. Je comprends l'ambivalence que tu ressens. Quand elle était vivante, elle n'était pas présente en tout cas pas comme tu l'aurais voulu, pas comme elle aurait dû. Maintenant qu'elle est morte, elle est encore plus présente qu'avant mais cette présence  est nocive pour toi. Dur combat que tu dois mener là.
J'ai été une enfant à qui on a répété, répété et encore répété (j'ai 46 ans aujourd'hui) qu'elle n'avait pas été voulu, que ma mère avait tout fait pour me "faire passer". J'ai entendu ça jusqu'à mes 44 ans jusqu'à ce que j'ose dire à ma mère tout le mal qu'elle instillait en moi. Elle ne s'en était pas rendue compte... Grandir en étant délaissée, je connais un peu. Quand j'étais petite, j'étais introvertie et silencieuse, celle dont on oublie la présence voire même jusqu'à l'existence parce qu'en tant qu'enfant pas voulu, on ne veut surtout pas faire de vague... Mais contrairement à toi, je n'ai pas connu la maltraitance physique, juste celle qui vous fait perdre confiance en vous si tant est que vous en aillez eu un tant soit peu... On m'a laissé dans un lit à barreaux jusqu'à mes 22 mois. Pas le temps de s'occuper de moi... J'ai marché à 23 mois et on m'a mise à l'école à 23 mois et demi parce qu'il n'y avait plus personne de disponible pour s'occuper de moi. Tu penses bien que je ne m'en souviens pas de mes 2 ans mais on me l'a répété, répété et encore répété avec cette volonté farouche d'humilier.

Aujourd'hui, je suis une maman à mon tour. J'ai trois enfants (18, 14 et 11 ans) que j'aime et que je "louve" : je les couve comme une louve le ferait avec ses petits (c'est une collègue de boulot qui a trouvé que ce mot me qualifiait bien au sujet de mes enfants). J'ai fait tout l'inverse de ma mère. J'ai pris des congés parentaux pour m'occuper d'eux. Je ne travaille pas les mercredis pour être auprès d'eux. Je suis à leur écoute. Je les ressens dans chacune de mes fibres... Les copains et copines de mes enfants me trouvent géniale et demandent souvent à mes enfants si je suis comme ça seulement quand ils sont là ou si je suis comme ça tout le temps ? C'est chouette et c'est une sacrée revanche sur mon passé !

Ce que ta mère t'a fait endurer, tu ne le sais sans doute pas mais tu le transformeras en force un jour. Pour le moment, ta colère et  ta révolte sont à la hauteur de ce qu'elle a pu te faire vivre. Et c'est bien normal ! Il serait étonnant que ça te glisse dessus, non ?

Et puis cette injustice de ne pas trouver de soutien au sein même de ta famille, tu la craches ici et c'est bien que ça sorte. D'une voix forte et non d'une petite voix comme dans mon enfance, je te dis qu'ici sur ce forum, tu as trouvé des oreilles attentives, de la bienveillance. Je suis là et si tu veux qu'on échange, ce sera avec un immense plaisir.

Elisa, tu as un don. Le don de grands écrivains qui arrivent avec des mots à bouleverser, secouer, faire prendre conscience. J'espère que jamais tu ne lâcheras ta plume. Jamais.

J'ai découvert ce forum par pur hasard au gré de mes recherches pour trouver une association qui pourrait m'aider à traverser un terrible drame. J'ai découvert des histoires lourdes, des vécus souvent douloureux mais j'ai trouvé l'essence même de la vie. La solidarité.

Je te souhaite de trouver l'apaisement nécessaire à ton épanouissement.
Je me permets de t'embrasser très fort, Elisa. Tu seras dans mes pensées et je reviendrais sur ton forum prendre de tes nouvelles. Je reste disponible si tu veux qu'on échange en privé.

Prends bien soin de toi, Elisa.

Muriel.


Hors ligne Denpaolig

  • Membre Junior
  • **
  • Messages: 96
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #24 le: 19 Juin 2017 à 03:59:52 »
Comme tous tes écrits, celui-ci est juste magnifique...
Oh Elisa, comme je voudrais te prendre dans mes bras et te donner la tendresse, la compréhension, l'attention et l'amour dont tu as manqués... Tu es dans mon cœur...
Muriel.

Hors ligne elisa.

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 19
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : ma mère s'est supprimée
« Réponse #25 le: 30 Juin 2017 à 22:46:08 »
J'ai envie de vent. D'une bourrasque, qui soit forte, puissante. Assez imposante pour emporter mes pensées. Je voudrais pouvoir me perdre dans le vent, hurler ta mort en lui. Que chacune de mes paroles devienne incompréhensible, que je sente l'irritation au fond de ma gorge à force d'hurler ma haine, ma tristesse, mon incompréhension.
Je voudrais tourbillonner tant et tant, que j'en oublierai mes repères, tanguer,  me rattraper, me relever et puis, marcher. Comme si, j'avais enfin pu me vider de toutes ses rancœurs, comme si, désormais, je pouvais sereinement ouvrir mon cœur.
Mais voilà, j'ai bien compris que jamais je ne me détacherais des chaines que représentent aujourd'hui mes souvenirs. Peut-être qu'au fur et à mesure ils se transformeront "juste" en des ombres noires, lointaines et menaçantes.

Je veux oublier ton corps qui était devant moi. Allongé sur se brancard métallique. On ne voit que ton visage, tes cheveux et un foulard autour de ton cou. Le reste de ton corps est sous un drap blanc et sous celui-ci se trouve une housse plastique blanche. Tu as la bouche ouverte, les lèvres bleues, violettes. Les lèvres d'une morte. On aperçoit tes dents que j'ai vu tant de fois, mais si rarement d'un sourire qui m'était destiné. Tes cheveux eux aussi, semblent morts. Je les caresse. Je pleure. Ils me font penser a du plastique. Je touche ta peau. Ils ont du te mettre au frigo car elle est gelée. Avais-tu des boucles d'oreilles? Je ne sais plus.
Je frappe le pied du brancard. Il roule se déplace légèrement. Reviens! Ne t'éloignes pas, même morte tu veux me fuir.. On m'a tant de fois dit que je te ressemblais. Je ne veux pas te ressembler.

Tes amies m'attendaient dans l'espèce de salon du crématorium. Elles ont du m'attendre un moment. Toujours est-il que quand je suis ressortie, je les ai rejointe et sois certaine que là, j'ai remis les choses bien en place. Fini l'idéal colporté de vous, madame ma mère! Je t'ai remise a ta place. Ta méchanceté, ton mépris, tes moqueries, tous, je leurs ai tous dit! Tu aurais vu leurs têtes. Je m'en suis un peu voulu. J'aurais peut-être du les laisser pleurer leur chère amie. A la place je leur ai ouvert les yeux. Et puis après tous qu'en as-tu à faire. Tu n'avais qu'as ne pas partir.

Maman, je voudrais te vomir. Me vider les tripes, le cerveau. Vider la boîte a souvenirs. Vomir ton soit disant amour.

Tu avais préparé ton coup. Salope.
Je suis allée à ton travail. J'ai vu ses collègues que tu as détesté. Je n'en ai rien dit, rien dit de tes souffrances. Je leur ai demandé si tu n'avais rien laissé qui soit à toi. J'avoue avoir espéré qu'une lettre y ai été. Mais non, ne me reproches pas de rêver. Ils m'ont répondu que tu avais repris toutes tes affaires de ta classe trois jours avant, ton, fameux acte. Alors, tu avais vraiment prémédité de te supprimer! Que personne ne me parle plus d'acte irréfléchis. De " elle a fait ça sur un coup de tête ". Personne.

Que vais-je mettre sur les feuilles que nous donne les profs en début d'année, dans la case mère. Ton nom et ton prénom? Fort bien je le ferais. Et que devrais-je mettre sur la catégorie profession? Un slash ou bien, morte à temps plein, ou encore, a attenté a sa vie un matin ( ou un soir, nous l'ignorons enfin, cela fait plus poétique, un matin donc ) d'octobre dernier, depuis elle restée plutôt inactive?
Hein, que dois-je mettre? Que dois-je dire? Comme puis-je vivre avec ce vide que tu me laisses dans le cœur, dans ma vie, dans ma maison, dans mon quotidien, dans mon amour.


Oui maman je sais. Je sais, tu souffrais. Je sais, je l'ai vu, je l'ai compris. POURQUOI n'as-tu rien fais pour te faire aider? Hein, dis-moi. Dis-moi pourquoi tu ne parlais jamais de ce qui n'allait pas. Allez dis moi, laisses moi avancer.
Je le réalise en l'écrivant. Tu me manques plus que je ne le pense. Les larmes me sont montées aux yeux en l'écrivant.
Je sais, d'habitude mes conversations avec toi sont plus organisées, mais…,  mais trop de choses se bousculent en moi ce soir.



Pardon, je ne voulais pas m'énerver. Mais tu me manques maman. Tu le comprends? Tu me manques. Tu n'étais pas cette mère que je rêvais, mais, mais tu étais ma mère et je l'ai compris on n'en a qu'une. De maman; et moi et bien, tu es morte. Et pas dans un accident de la route, pas assassinée par un fou, pas d'une grave maladie. Non toi tu t'es pendue. Avec un fil électrique bleu clair, et toi, ma maman pendue, tu me manques.




« Modifié: 30 Juin 2017 à 22:51:41 par elisa.ollivier »

Hors ligne souci

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2175
Re : je vais craquer maman
« Réponse #26 le: 01 Juillet 2017 à 21:36:18 »

   Ma chère Elisa,

   Il est déchirant de te lire, une nouvelle fois, mais rassure-toi, ch'uis pas du genre à fuir une douce enfant qui souffre ...
   Je te lis, oui, j'ai envie de te "consoler", ce n'est pas possible hélas ...
   Car ce qui est arrivé et arrivé, n'est-ce pas ...
   Ces souvenirs moches, d'une maman si mal dans sa peau qu'elle fait mal là où elle sait faire mal ... et qui va jusqu'au bout de sa destruction, sa décision d'en finir ...

   En tant que proche d'une personne suicidée (oh, c'est très différent pour moi, Elisa, tu sais, j'ai 50 piges, mon gentil neveu de 14 ans s'est tué voici 4 ans ...) mais, en tant que proche survivante à un suicide, je suis également confrontée à l'impossibilité de "nettoyer" la tache, l'empreinte mortifère d'un geste aussi violent et sans appel.

   On ne peut pas changer des faits horribles ...
   Mais il y a énormément de progrès possibles pour s'efforcer d'aller moins mal, nettoyer ses pensées, et conquérir certaines libertés de se se sentir BIEN, parfois, malgré ces passages très glauques, très marquants du passé.

   OUI, ma petite chérie, tu as des forces en toi pour penser plus sainement que ta pauvre maman restée engluée dans ses "pièges" ...

   Évite les pièges, douce Elisa, les pièges que sont le découragement, la violence, le désespoir, le cynisme ...
   Surfe témérairement sur les vents déchaînés si tel est ton tempérament, mais réussis des atterrissages en souplesse, dans le doux ...
   Prends soin de toi, bisou, solidairement, Titine.
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.

Hors ligne Ela

  • Membre Senior
  • ****
  • Messages: 276
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : je vais craquer maman
« Réponse #27 le: 02 Juillet 2017 à 01:20:34 »
Elisa...
La vie est un putain de combat... Beaucoup ne s'en aperçoivent pas pleinement parce qu'ils partent au front en dernière ligne. Ils pressentent le malaise, ils ont peur... Parce qu'ils entendent loin devant les cris de ceux qui sont en première ligne, mais ils préfèrent ne pas y penser... se boucher les oreilles, les yeux... fermer les écoutilles.
Toi tu es en première ligne. Peut être que tu as peur. Que tu es terrifiée par moment, sans doutes. Mais pas de cette inquiétude lancinante qui précède l'impact.  Tu es déjà au cœur de la bataille... Du haut de tes quinze ans...
Je ne vais pas te mentir: ça me sert le cœur, de te lire... de savoir que tu dois affronter ça si jeune... Un enfant-soldat. Il n'y a sans doutes aucun âge où on mérite de souffrir ainsi...  bien sûr. Mais le monde semblerait sans doute moins sombre s'il pouvait préserver l'innocence de la jeunesse...
Mais Elisa... lorsque je te lis... je vois aussi de la lumière qui jaillit de toutes parts. Tu as peur, tu enrages, tu as mal à en hurler... comment pourrait-il en être autrement? Mais malgré tout, tu affrontes vaillamment, lucidement ce qui se présente. N'ais pas peur de cette force, qui parfois même se fait rage. Elle t'a été nécessaire pour survivre. N'ais pas peur d'elle, de son apparente froideur, car entre les lignes, chacun ici peut lire aussi ta sensibilité, ta fragilité, ta vulnérabilité... Une plume d'ange dans un écrin d'acier.
Je ne sais pas quelles souffrances ont conduit ta maman à de telles extrêmes. Pourquoi cette violence, cet élan de destruction...
Tu n'es pas ta maman, chère Elisa. Tu n'es pas et ne sera jamais ta maman. Tu mets ta force au service de ta fragilité... l'acier au service de la plume. C'est ce qui transpire de chacun de tes mots. L'acier seul n'aurait pas touché les cœurs comme tes mots ont su le faire.
La vie ne t'a pas laissé d'autres choix que d'être forte. Que de répondre à la dureté de ce que tu as vécu par la justesse cinglante et percutante de ton regard. Un regard dur, qui révèle la réalité crue, nue, dérangeante... N'ais pas peur des armures qu'il te faut revêtir, des armes qu'il te faut saisir pour faire face... Simplement souviens toi toujours, dans un coin de ton esprit, qu'armes et cuirasses sont là pour protéger cette jolie plume, tout au fond de toi, que rien ne peut atteindre. Tous ici nous la voyons, cette jolie plume.
Prends grand soin de toi Elisa.
Je t'embrasse et suis de tous cœur avec toi.

Hors ligne elisa.

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 19
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : je vais craquer maman
« Réponse #28 le: 12 Août 2017 à 00:04:31 »
Bonsoir maman,
Aujourd'hui j'ai pensé à toi 7 fois, ou tous du moins je me souviens de ses 7 fois . J'ai mangé des bonbons avant le repas, je me suis dit que si maman me voyait; elle me tuerait.
J'ai ensuite mangé une tartelette aux framboises, même pensée. Si elle me voyait; elle me tuerait.
J'ai mangé et puis je me suis dit, ouf j'ai finis mon assiette elle ne va pas pouvoir me gronder.
Je me suis assise sur le canapé et je me suis dit que tu allais dire que je ne fais rien de mes journées. Alors je suis allée finir de débarrasser.
J'ai vu une pub qui parlait des poux et j'ai pensé à toi et ton enfance.
J'ai vu notre chat et je me suis dit que tu aurais pété un câble devant les poils qu'il perd.
J'ai regardé la poussière sur le sol et je t'ai imaginé te saisir du balai.

Au final je pense beaucoup à toi.
Trop à toi.

J'aurais préféré que tu te fasses inhumée. Que ta haine se soit envolée aux quatre coins de la terre ou juste aux quatre coins du jardin. A la place de ça tout est réuni dans une boîte en bois. Je trouve ça dommage.

Je ne veux plus m'énerver contre toi.
Juste pardonner ou juste, réussir à passer au dessus de tout ça. Bon ça n'arrivera pas mais j'aimerai bien.

Peut-être devrai-je cesser de te tutoyer, alors que tu n'es plus. Peut-être devrai-je accepter que j'ai besoin que des gens, n'importe qui  lise ce qui m'est arrivé. Je devrais dire "elle" pour parler de toi.
Mais dire "tu" permets en même temps de te maintenir à peu près vivante.

Meurs, meurs dans ton cœur, mais surtout meurs dans mon cœur. Meurs la haine qui reste niché au fond du tiens, du miens. Meurs la culpabilité qui se terre en moi, meurs la meurtrissure dont je n'arrive pas à me dépêtrer et puis maman; meurs cette salissure qui s'est incrusté au plus profond de moi.
Allez, va t-en.

« Modifié: 26 Octobre 2017 à 23:32:58 par elisa. »

Hors ligne souci

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2175
Re : je vais craquer maman
« Réponse #29 le: 12 Août 2017 à 00:47:17 »

   Et toi, Elisa,
   reviens-nous souvent ...
   On ne pourrait pas t'inventer ...
   Chaleureusement, M.
Heureuse d'être inconsolable, j'Aime.