Auteur Sujet: Deuils multiples à 20 ans  (Lu 702 fois)

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Hors ligne Northvw

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Deuils multiples à 20 ans
« le: 16 Juin 2018 à 19:15:45 »
Bonjour,

J'ai 24 ans, et c'est la première fois que j'écris sur ce forum.
Il y a 10 ans, mon père est mort d'un cancer. Sa maladie a été horrible. Voir le corps de mon père se dégrader de jour en jour, jusqu'à ressembler à un quasi-squelette, sans cheveux. Lui qui n'avait que 45 ans, était sportif, était beau et fort. Sa mort a été un véritable choc, d'autant que j'étais très proche de lui.
J'ai découvert la sensation du vide absolu pour la première fois de ma vie. Quel sens avait l'existence ? Quel était le but de tout cela ? Cet événement m'a traumatisée. A cette époque, malgré la douleur, je pense que je ne m'en suis pas trop mal sortie. J'allais au collège puis au lycée, j'avais de bons résultats et j'avais une furieuse envie de vivre. Je pensais à lui, je lui parlais tous les soirs, j'écrivais beaucoup, il me donnait de la force et une rage démesurée de m'en sortir.

Je pensais avoir vécu le pire.
Deux ans après, peu avant mes 16 ans, ma seule et unique cousine, la personne de qui j'étais le plus proche dans ma famille, se suicide par pendaison à 18 ans. Je me souviendrais toujours du moment où ma mère me l'a annoncé, la voix tellement grave. J'ai été glacée. J'avais déjà expérimenté cette sensation d'effondrement une fois. Je ne pensais pas qu'il était possible que ça arrive encore. A ce moment là, je me suis juste dis : p o u r q u o i ?
Qu'est-ce qu'on avait fait pour mériter ça ? Est-ce que c'est une sorte de mauvais sort jeté sur notre famille ? Est-ce que c'est un message, un but ?
Je ne crois pas en Dieu, ça m'aurait peut-être aidé. Parce que la réponse est que ça n'a aucun sens. ça arrive, c'est tout. Comme à des milliers d'autres personnes. Comme vous tous sur ce forum. ça n'a aucun sens.
Deux ans après, à mes 18 ans, ça a été au tour de mon grand-père, le père de mon père. De qui j'étais très proche aussi évidemment. Un homme très intelligent, très cultivé et enjoué. Il est mort de manière brutale, d'une attaque cardiaque. ça ne m'a pas surprise, même si j'étais très triste. J'étais déjà un peu anesthésiée.

Avant mes 18 ans, j'ai perdu trois membres très importants de ma famille. C'est difficile de se construire avec ça quand on est jeune. C'est difficile de continuer à vivre en sachant ça. La vie, et la mort, n'ont aucun sens.
Pendant toutes ces années, j'ai continué à vivre. Ma technique a été de faire comme si de rien n'était. J'ai continué mes études, continué à voir mes amis, à sortir, boire.
J'ai appris a tellement bien masquer ma douleur que parfois je ne sais même plus qui je suis. Par tous, je suis considéré comme quelqu'un de drôle, de fêtard, de léger. Et je me garde bien de montrer à qui que ça soit ce qu'il y a réellement au fond de moi. J'ai eu un amoureux pendant plusieurs années, mais même lui ne m'a jamais connu réellement. J'ai toujours été forte face à lui, celle qui décide et prend les décision. Je refuse de laisser qui que ça soit me toucher émotionnellement.

10 ans après la mort de mon père, le 1er janvier dernier, j'ai eu une sorte de révélation. je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à vivre comme ça. Parce que c'est trop dur. Il faut que je m'ouvre, que j'arrête le déni, que j'accepte ma tristesse et mon malheur. ça commençait à aller mieux, tout doucement.

Il y a quelques jours, ma grande soeur de 27 ans a appris qu'elle était malade. Il ne savent pas encore exactement ce qu'elle a. Une maladie auto-immune ou un truc comme ça. Elle attend les résultats. Peut-être que ça n'est pas grave. Mais cette nouvelle m'a a nouveau plongé dans une torpeur absolue. Tout est remonté à la surface. Le vide, le non-sens de la vie. Je l'imagine déjà morte alors que si ça se trouve ça n'est rien. Et ça m'a juste fait réaliser à quel point la douleur de tous ces deuils était encore si vive. Si il lui arrivait quelque chose, je ne pense pas pouvoir survivre à ça. Comment survivre. Que faire de ma vie. Pourquoi vivre. C'est trop. Beaucoup trop pour mes épaules de jeune fille de 24 ans.

Et il y a la vie à côté de ça. La terre qui continue a tourner, et il faut bien faire quelque chose. Mais comment continuer quand on est tellement en décalage avec les autres ? Depuis trois jours, depuis que j'ai appris que ma soeur avait peut-être une maladie grave, je ne vois plus le but de rien. Je ne veux plus continuer à sortir, à faire la fête, à avoir des conversations à la con avec des gens de mon âge qui ont des préoccupations si futiles par rapport aux miennes. Je me sens complètement inadaptée à la vie réelle.

Je poste ce message ici car j'aimerais avoir des témoignages d'autres personnes ayant vécu des choses similaires. Je ne vois plus le but de rien pour le moment, et je ne sais pas si il est possible de continuer à vivre dans ces conditions.

Hors ligne Mircea

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Re : Deuils multiples à 20 ans
« Réponse #1 le: 17 Juin 2018 à 10:53:49 »
Comment survivre. Que faire de ma vie. Pourquoi vivre. C'est trop. Beaucoup trop pour mes épaules de jeune fille de 24 ans.

Et il y a la vie à côté de ça. La terre qui continue a tourner, et il faut bien faire quelque chose. Mais comment continuer quand on est tellement en décalage avec les autres ?

Je poste ce message ici car j'aimerais avoir des témoignages d'autres personnes ayant vécu des choses similaires. Je ne vois plus le but de rien pour le moment, et je ne sais pas si il est possible de continuer à vivre dans ces conditions.
je t'accueille bien tristement ici Northvw et j'espère que ce forum pourra t'aider un peu.
 Oh oui tant de deuils violents à un si jeune âge, c'est bien trop lourd !
Tu as déjà pensé à te faire aider ? (psy ou autre ?)
Chercher un sens à la vie, être en décalage avec les autres, être débordé par la souffrance .... : nous sommes malheureusement bien nombreux ici à vivre cela.
Ce que tu ne peux pas évoquer avec d'autres à cause du décalage etc ..., n'hésites pas à l'écrire ici, à le crier ....  il y aura toujours des personnes pour comprendre.
Douceur et tendresse
Catherine

Hors ligne Bmylove

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Re : Deuils multiples à 20 ans
« Réponse #2 le: 17 Juin 2018 à 12:25:31 »
Je t'accueille moi aussi, avec toute la douceur dont tu as besoin...
Non, ça n'a aucun sens.
A nous de tricoter notre histoire avec ce que cette garce de vie nous donne comme bouts de laine.
Certains tricotent leur vie avec une pelote de laine bien moelleuse. Pas nous, c'est comme ça.
L'essentiel, c'est que la couverture te plaise, qu'elle te protège et qu'elle te réchauffe dans les moments difficiles.
Ce sera long, il faudra parfois détricoter pour recommencer, mais on peut y arriver, paraît-il.
Tu as toute ta vie devant toi, tu fais preuve de beaucoup de forces, mais tu as le droit de flancher.
Personne ne te demande d'encaisser sans broncher, au contraire.
Peux-tu parler de tout ça avec ta mère ? une amie ?

Tu trouveras ici des personnes qui ont vécu la même chose que toi, ou pas tout à fait, mais qui partagent l'expérience de la ou des pertes, du deuil, de la souffrance et du sentiment d'isolement.

Tu es la bienvenue, tu peux déposer tes questions, tes doutes, ton vécu et ton ressenti, ou juste lire les histoires de nos compagnons d'infortune.
« Modifié: 17 Juin 2018 à 12:29:56 par Bmylove »
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Hors ligne Northvw

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Re : Deuils multiples à 20 ans
« Réponse #3 le: 17 Juin 2018 à 19:15:24 »
Bonjour, merci pour vos réponses.

Je peux parler un peu de tout ça à ma mère bien sûr, mais je ne lui dis pas tout. Elle est déjà bien trop inquiète pour moi, alors je ne veux pas en rajouter une couche. Je ne lui dis pas que je pense que ma vie n'a aucun sens. Je ne lui raconte pas toutes les pensées qui me traversent et toutes les situations horribles dans lesquelles j'ai pu me mettre. J'essaye d'être forte. Je n'ai pas le choix.

J'ai vu un psy pendant quelques semaine. ça soulage un peu. Mais ça ne résout pas tout. L'absurdité de la vie est quelque chose de profondément ancré en moi. J'ai réussi à vivre avec jusque là. Mais si il arrive quelque chose à ma mère ou ma soeur, je serais achevée.

Hors ligne Bmylove

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Re : Re : Deuils multiples à 20 ans
« Réponse #4 le: 17 Juin 2018 à 19:33:23 »
Je peux parler un peu de tout ça à ma mère bien sûr, mais je ne lui dis pas tout. Elle est déjà bien trop inquiète pour moi, alors je ne veux pas en rajouter une couche. Je ne lui dis pas que je pense que ma vie n'a aucun sens. Je ne lui raconte pas toutes les pensées qui me traversent et toutes les situations horribles dans lesquelles j'ai pu me mettre. J'essaye d'être forte. Je n'ai pas le choix.

J'ai vu un psy pendant quelques semaine. ça soulage un peu. Mais ça ne résout pas tout. L'absurdité de la vie est quelque chose de profondément ancré en moi. J'ai réussi à vivre avec jusque là. Mais si il arrive quelque chose à ma mère ou ma soeur, je serais achevée.

Ici, tu peux tout dire, tout lâcher, on t'aidera de notre mieux.
Les pensées et situations horribles, ça nous connaît.

 ;)
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Hors ligne Mononoké

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Re : Deuils multiples à 20 ans
« Réponse #5 le: 17 Juin 2018 à 22:43:09 »
a mon tour de t'accueillir tristement ici,
mettre des mots sur mes mots m'a été salutaire, déverser mes angoisses, mes douleurs, mes peines, mes questionnements ici, m'a fait beaucoup de bien,
Lorsque j'ai été accueillie ici (j'avais envie d'écrire recueillie), on me disait de venir user ma peine, et l'écrire, partager mes émotions,
 me sentir comprise ne pouvait pas faire de miracle, non, mais m'a permis d'apprivoiser ma peine, de faire sauter mes angoisses, de me sentir moins folle, ici, de ne pas être en constant décalage, et surtout d'être entendue, comprise. Ici, on ne me disait pas : "il faut que tu fasse ci ou ça", "pense à autre chose, change toi les idées", "essaie de ne pas te mettre en colère".. non ici, chacune de mes émotions, chacun de mes sentiments était accueillis,
Ici je me suis sentie en sécurité, et ce forum m'a apporté bien plus que je ne pouvais imaginer.
Alors si tu sens qu'écrire ici peut te faire du bien, alors viens, il y aura toujours quelqu'un pour te lire, et souvent quelqu'un pour te laisser un petit mot, un peu de chaleur

tendrement
Mononoké
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Re : Deuils multiples à 20 ans
« Réponse #6 le: 18 Juin 2018 à 17:53:39 »
Merci à toutes pour vos messages.

Je crois que j'ai vraiment besoin d'aide. Je pensais gérer  plus ou moins jusque-là, et je me rends compte maintenant que c'est plus possible. Je craque total. Je ne sais pas pourquoi, à 24 ans. Peut-être parce que je quitte véritablement l'enfance maintenant, que je suis sur le seuil de ma vie d'adulte et que je me rends compte de tous les trucs qui clochent.

Tous les deuils sont difficiles. Mais perdre son père, puis tous ce autres repères aussi jeune, c'est insupportable. Je ne sais pas comment les autres font. J'ai 24 ans et je me rends compte que j'ai perdu beaucoup de mes amis. Je suis incapable d'avoir des relations profondes avec qui que ce soit. Je fais des études qui ne me plaisent pas. Je ne sais absolument pas quoi faire de ma vie. J'ai vécu dans plusieurs pays différents, mais nulle part je ne me sens à ma place. Je n'ai pas de vie amoureuse. Je suis complètement paumée. Sauf les moments ou je suis dans le déni, ou je fais comme si de rien n'était. Le déni me sauve la vie, même si maintenant je me rends bien compte que ça n'est plus suffisant.

J'aimerais bien des témoignages d'autres personnes ayant perdu l'un de leur parent jeune. Comment vous faites dans la vie. Comment vous comblez le manque. Comment vous vous en êtes sortis, si vous vous en êtes sortis.



Merci à vous.

Hors ligne Mononoké

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Re : Deuils multiples à 20 ans
« Réponse #7 le: 19 Juin 2018 à 08:45:38 »
Je ne peux te répondre en mon nom, car j'ai perdu mon conjoint, mais j'ai vu mes cousins de 4, 12 et 15 ans perdre leur papa. Ils ont vécu un traumatisme géant, ils se sont construit avec cette blessure. Aujourd'hui, les 2 grands sont en couple et ont des enfants, la plus jeune s'installe dans sa vie active, nous parlons souvent de leur papa avec les filles, mon cousin est bien plus silencieux, les larmes montent encore aux yeux, mais ils respirent la vie. Mes cousines ont éprouvé le besoin de se faire accompagnées (tard). Je crois que ça leur a été bénéfique.
J'ai discuté après la mort de mon mari avec un couple, dont les 2 avaient perdu leur papa lorsqu'ils avaient 10 ans, ils ont expliqué à mes enfants que ce n'étaient pas par hasard qu'ils s'étaient mis ensemble, ils se comprenaient, ils avaient l'air bien ensemble et heureux.
J'ai parlé avec 2 amis de ma belle fille (2 frères jumeaux âgés de 30 ans), qui ont perdu leur papa à l'âge de 10 ans, ils m'ont dit que ce n'est pas facile, qu'ils se construisent encore, qu'ils se cherchent encore, que ce qui était dur pour eux, c'était que le bonheur de leur maman ne passait que par eux, et que c'était une charge, un poids pour eux.

Je ne sais pas si ces témoignages peuvent te servir, mais je te les partage
en espérant que tu trouves d'autres témoignages
tendrement
Mononoké
« Modifié: 19 Juin 2018 à 22:23:55 par Mononoké »
"Tu ne sais jamais à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option". B. Marley

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