Auteur Sujet: Un enfant du placard  (Lu 2037 fois)

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Hors ligne mirele

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Un enfant du placard
« le: 25 Janvier 2013 à 23:52:51 »
Bonsoir,
Vous ne me connaissez pas parce que j'écris sur le fil "deuil de son conjoint" et ""survivre au suicide d'un proche". Mon compagnon mon amour s'est en effet suicidé il y a 4 mois ce soir.
Mais ce n'est pas le sujet.
je ne sais pas pourquoi, je suis venue dans ce module sans y penser, je ne me sentais pas concernée, mais alors pas du tout. Je suis venue par désoeuvrement, croyais-je, par solitude.

En fait, non.
en lisant l'intitulé de ce fil, j'ai réalisé que je suis concernée. J'ai perdu mon petit frère lorsqu'il avait 3 mois et moi 3 ans. J'en ai 45 à présent !!  Sa mort a été pour moi la fin de l'insouciance et de la sécurité affective et le début d'une longue, longue phase de douleur (dont je n'avais pas conscience) qui a pris fin il y a à peine 4 ou 5 ans après de longues années de thérapie.

Ce bébé qui a à peine vécu est aussitôt devenu tabou dans la famille. Mes parents n'en parlent jamais, encore maintenant. J'ai donc grandi dans un silence plus assourdissant que tous les cris, entre un père amer et une mère dépressive. Une petite soeur est venue ensuite, que je n'ai jamais pu aimer...

deux ou trois fois, quand j'étais toute petite, mes parents m'ont emmenée au cimetière. Mais j'étais épouvantée parce que, même des années après, ils n'ont jamais fait mettre de pierre tombale. Je trouvais très triste que mon frère adoré n'ait ni pierre tombale, ni petite statue comme les autres enfants. Juste ce petit tas de terre noire. Je me demandais avec terreur si moi aussi je venais à mourir, si mes parents mettraient une pierre sur ma tombe pour me protéger. Ces angoisses ont duré des années. J'ai à présent fait mon deuil de ce tout petit frère. J'ai réussi à aller u cimetière il y a 3 ans (en cachette de mes parents), et j'ai appris que la concession avait expiré...on a juste pu me montrer l'endroit approximatif mais cette visite m'a apaisée et m'a permis de passer à autre chose.
Voilà, c'était juste un témoignage, une manière de laisser ici une trace de ce frère qui a totalement disparu depuis bien des années.
Et de dire aussi, mais vous le savez déjà, qu'il ne faut jamais, jamais, laisser le silence s'installer. Nos chers disparus, il faut en parler et les raconter encore si on a besoin de le faire, et peu importe l'entourage. On dervrait toujours dire la vérité aux petits enfants. La mort est finalement plus douce à supporter que le terrible silence qui permet aux angoisses de s'installer pour de longues longues années.

Je vous souhaite une nuit aussi douce que possible et vous remercie de m'avoir lue jusqu'au bout

Muriel

Hors ligne asia

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Re : Un enfant du placard
« Réponse #1 le: 26 Janvier 2013 à 09:27:22 »
Bonjour Muriel,

Ton histoire est terrible, il n'y a pas d'autres mots...
Ce "tout petit frère" dont tu parles, n'est pas venu pour rien puisque tu l'aimes. Malgré son passage éclair sur cette Terre, malgré le temps qui passe, il fait toujours partie de toi et ça c'est magnifique.
Tu as bien fait de venir parler de lui, de le faire "vivre" à nouveau...
Parfois, on pense protéger les enfants (de quoi au juste???) en gardant le silence mais c'est pire que tout. Mon frère, Flo et les enfants font partie de moi, de mon histoire familiale, c'est la même chose pour ma fille de 6 ans. C'est pourquoi on parle d'eux (j'ai laissé leurs photos sur le frigo, on allume tous les jours une bougie, on leur offre des fleurs...), de sa cousine Lou et de son cousin William... Je ne veux pas que ma fille oublie alors j'entretiens leur souvenir en sachant que pour le moment elle se souvient d'eux (seulement 6 mois qu'ils sont morts) mais que je ne sais pas ce que cela donnera dans plusieurs années. J'espère qu'il en restera quelque chose...

Je te souhaite beaucoup de courage...
Douce journée
Sandra

Hors ligne madâme

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Re : Un enfant du placard
« Réponse #2 le: 26 Janvier 2013 à 10:31:48 »
Bonjour Mirele,

Et merci d'être venue nous voir! Ton témoignage est édifiant et bouleversant à la fois. Edifiant parce qu'il montre qu'on peut ne pas avoir partagé de longs moments avec son frère ou sa soeur, et avoir des difficultés à accepter sa mort malgré tout. On se rend compte qu'on doit faire le deuil de tout ce qu'on a vécu, mais aussi de tout ce qui ne se vivra pas…Et c'est peut-être ça le plus difficile. Etre dans l'impossibilité de se projeter alors que l'être humain par nature se projette.
Bouleversant parce qu'il montre (et tous les membres de ce site qui se livrent le savent très bien) que lorsque l'on nie sa douleur, sa perte, on est condamné à rester en "mode survie". Tes parents ont cru te et se protéger en niant les faits. Pas de pierre tombale avec le nom de leur fils écrit dessus, donc pas de preuve tangible. Seulement cette tombe anonyme, comme s'ils se recueillaient sur la tombe d'un autre enfant. Je les plains pour leur aveuglement et je te dis bravo d'avoir eu le courage de voir un thérapeute pour retourner à la vie.

Je te souhaite beaucoup de courage pour ton deuil récent. N'hésite pas à "repasser nous voir", même si c'est pour parler de ton compagnon. Nous pouvons imaginer ce que c'est de perdre son compagnon, encore plus par suicide avec toutes les questions qui se posent.

Bien à toi,

Madâme

Hors ligne Méduse

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Re : Un enfant du placard
« Réponse #3 le: 26 Janvier 2013 à 19:18:42 »
Bonjour Muriel,

Je suis bouleversée aussi par ton témoignage. Tu n’es pas la seule malheureusement, d’avoir vécu ce tabou puisque je connais une jeune femme qui me racontait la même douleur. Elle avait appris que je venais de perdre ma fille ainée de 25 ans. Je crois que d’une part, elle avait besoin de parler de sa peine et d’autre part, elle faisait appel à moi pour que je ne néglige pas ma seconde fille de 23 ans ce que je faisais effectivement pendant les premiers mois après le départ de mon ainée.

Ce n’est pas facile à gérer le deuil dans la continuité de la vie de famille. Tes parents ont sans doute pensé vous protéger ainsi. D’autres seront peut-être tentés de faire de même. Ne pourrais-tu pas copier ton message et ouvrir deux nouveaux fils, l’un dans la rubrique « être un parent en deuil » et l’autre dans « accompagner un enfant en deuil ». Je pense que c’est important pour les parents de pouvoir lire ton message.

J’ai lu dans un autre fil que tu as envie de hurler parfois. Fais-le, cela libère. Je le faisais de nombreuses fois dans ma voiture. Ne garde pas ta rage pour toi.

Je te souhaite une douce nuit ainsi qu’aux autres

Méduse