Auteur Sujet: Mea Culpa  (Lu 4401 fois)

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Hors ligne Nekomimi

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Mea Culpa
« le: 21 Décembre 2014 à 20:40:43 »
Mardi 17 décembre 2013, le cauchemar a commencé, mon univers s’est écroulé. Depuis ça ne fait qu’empirer.

Un peu plus tôt dans la soirée, j’avais eu maman au bout du fil et le couperet était tombé sans crier gare : il n’y avait plus rien à faire pour toi, tu étais condamnée. J’ai eu l’impression d’être aspirée dans une autre dimension. Je n’ai rien compris. J’ai crié à maman mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible...

Le matin, maman était apaisée, tu avais passé une bonne nuit et les nouvelles étaient positives.

A 14h00, rien n’allait plus, tu ne voyais plus rien et on t’avait amenée d’urgence faire un scanner. Maman avait très peur. L’angoisse a commencé à me torturer.

Maman devait me rappeler une heure plus tard pour me donner les résultats. J’ai attendu, attendu mais le téléphone est resté muet. J’étais paralysée par l’angoisse mais au bout d’une heure et demie, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai appelé. Pas de réponse. J’ai essayé de me calmer en me disant que de toute façon dans les hôpitaux, les horaires n’étaient jamais respectés… ça n’a pas marché alors je me suis mise à tourner comme un lion en cage et toutes les 5 minutes, toutes les minutes, toutes les 30 secondes, j’ai téléphoné mais rien, rien, rien de rien. J’en ai tellement voulu à maman de me laisser dans l’ignorance. J’étais tellement loin d’imaginer l’horreur de ce qu’elle allait m’annoncer. Tu avais eu un ACV, toutes les cellules de ton corps s’étaient affolées, ton cancer se généralisait, les médecins avaient décidé d’arrêter tous les traitements, tu ne le savais pas mais tu étais sur le point de mourir.
 
Quand j’ai posé le téléphone, j’ai crié, j’ai pleuré, j’ai donné des coups de poings et de pieds sur tout ce qui se présentait devant moi, j’ai maudit le monde entier, la vie, papa, maman, moi. Je n’étais plus qu’une boule de haine et de désespoir. Ma foi qui était déjà branlante a pris définitivement fin ce jour-là.

Je n’ai pas dormi de la nuit, je ne croyais plus en Dieu mais il me restait les forces de l’univers alors je les invoquées pour que le lendemain, la mort se soit éloignée de toi. Mais, je ne suis pas shaman. Ça n’a rien donné.

Mercredi matin, ton unique ami, Patrick, est venu me chercher pour que nous te rendions visite. Deux heures et demie de route qui m’ont paru interminables et pourtant j’appréhendais tellement de te revoir dans de pareilles circonstances. En deux mois, je ne t’avais vue que 4 ou 5 fois et encore furtivement et toujours en présence de papa. Depuis que ta maladie s’était déclarée, le 27 août 2013, il n’avait eu de cesse de te pourrir la vie. En temps normal, nous avions l’impression qu’il te visait moins que nous avec ses sarcasmes et ses réflexions désobligeantes et quand c’était le cas, tu savais le remettre en place et le contrer avec une intelligence et une finesse que je t’enviais. Là, on aurait dit qu’il concentrait tout son venin sur toi. Tu ne t’es pas laissé faire et maman et moi faisions bloc pour te protéger mais à chaque fois il revenait à l’attaque de plus belle et à chaque fois tu perdais un peu plus de tes forces morales et physiques. Lui qui, en détournant nos propos, en entretenant des malentendus qu’il avait lui-même crées, en évitant que la communication circule... avait réussi à nous enfermer chacune dans un rôle qui servait ses intérêts et à nous tenir éloignées les unes des autres se sentait menacé par notre solidarité. Il perdait son emprise sur nous et ça ne pouvait pas durer, il fallait briser le trio.

En buvant le week-end du 19 octobre, je lui ai offert l’occasion en or. Jamais je ne me le pardonnerai, Vanessa et toute ma vie je porterai ce lourd fardeau. Le lundi 21 octobre, il a profité de ton premier rendez-vous chez l’oncologue pour venir à mon étage, forcer ma porte et me faire dévaler les escaliers en essayant de m’étrangler. Il n’a jamais aimé les gens qui buvaient et pourtant, il a entretenu avec délice ce problème chez moi. Pointer du doigt l’ivrogne que j’étais et la tenir responsable de tout ce qui n’allait pas était le meilleur moyen pour lui de nous faire oublier ses propres turpitudes, d’asseoir son autorité et de me discréditer auprès de maman et toi. Le soir quand vous êtes rentrées, il a profité de votre fatigue pour vous dire que j’avais essayé de le tuer et vous a trainées chez le docteur pour faire constater des griffures que je lui aurais faites sur le bras. Elles étaient en fait dues à ton fidèle Vassago, ton rottweiler adoré qui m’avait défendue et l’avait retenu avec ses pattes avant quand il avait voulu me faire tomber dans l’escalier.
Je ne vous avais pas vues de la soirée et le lendemain, sans avoir pu dire un mot, je me suis retrouvée dehors. Monsieur jouait les fanfarons devant les Policiers qu’il avait appelés et leur disait que finalement il ne porterait pas plainte puisque je partais sans difficultés. Quand je me suis retournée pour montrer les marques de strangulation que j’avais au cou et que je lui ai dit : « c’est vrai toi tu n’as rien à te reprocher », il m’a lancée devant tout le monde que je n’étais qu’une soiffarde qui s’était auto mutilée. A ce moment-là maman a compris la manigance et toi aussi.  Vous avez tout fait pour que je revienne mais lui n’a pas voulu et je ne me suis pas sentie capable de l’affronter. Pour moi, il était mort et je serais d’une plus grande aide loin de vous que près de vous. Il vous avez promis qu’une fois que je ne serais plus à la maison, l’ambiance serait calme et sereine. Tu parles, ce fut pire que jamais. Je ne voyais maman qu’entre deux portes et le peu de fois où j’ai pu t’approcher, il était là omniprésent. Il te faisait sourire et tu restais distante avec moi. Je ne comprenais pas. Je me suis dit qu’il était revenu à de meilleurs sentiments (comme s’il en avait jamais eus) et que tu m’avais définitivement écartée de ta vie. C’est vrai j’avais bu et je n’aurais jamais du, j’étais impardonnable et sans ça, il n’aurait pas eu l’occasion de se livrer à un mensonge éhonté mais quand même, la pilule avait du mal à passer avec tout ce qu’il t’avait fait endurer depuis le début de ta maladie. Maintenant que je sais la vérité, que pendant les 2 mois qui ont suivi, il vous a quasiment séquestrées et que par peur des représailles vous évitiez au maximum les contacts avec moi, je ne peux que me sentir plus minable que jamais, tellement responsable d’avoir joué son jeu et d’avoir sans le vouloir révélé à tes yeux l’ignominie de notre père à un moment où tu n’avais surtout pas besoin de ça. Toi qui croyais qu’il t’aimait t’a montré en abusant de ta maladie et de ta fatigue que le seul être qui comptait à ses yeux c’était lui, encore lui et toujours lui. Si au moins, je t’avais évité ça, tu serais sûrement encore là.

Quand nous sommes arrivés à l’hôpital avec Patrick, j’avais les jambes en coton, le cœur lourd prêt à exploser et la boule au ventre. J’avais peur de mes réactions. Alors que j’aurais aimé te prendre dans mes bras, te dire que je t’aimais, que tu étais ma petite sœur adorée malgré tous les différends que notre père s’était fait un malin plaisir de semer entre nous, j’ai dû m’abstenir. Nous ne nous étions jamais dit ce genre de mots là. Tu aurais tout de suite compris que tu étais en train de nous quitter. Je n’avais pas le droit de te faire ça alors, j’ai ravalé mes larmes. Quand je t’ai embrassée et que tu m’as dit «excuse-moi Sonia, je ne te vois pas bien» ça m’a tordu les entrailles et les seuls mots bateaux que j’ai trouvés ont été «c’est pas grave Vanessa, c’est temporaire». Quand tu m’as répondu «j’espère», je ne sais pas où j’ai trouvé la force de ne pas fondre en larmes. J’étais totalement dépourvue. Je t’ai parlé ensuite de notre projet de partir en Transsibérien et tu m’as souri. Tu étais fatiguée et tu voulais te reposer. Je suis sortie et là je n’ai pas pu retenir plus longtemps mon chagrin, je me suis mise à pleurer, je me suis retenue pour ne pas crier. La main encore sur la poignée, j’ai dit à tout le monde que pour l’instant tu ne voulais voir personne mais notre père m’a bousculée en maugréant que lui irait te voir quand même. J’étais dégoutée. Par la suite, j’ai continué à le voir à l’œuvre et j’ai réalisé à quel point il était plus immonde encore que je ne l’avais jamais imaginé. J’espère que tu dormais et que tu n’as rien senti quand il s’attardait à t’embrasser. Ce n’étaient pas les baisers d’un père bienveillant, affectueux, sincère et sain d’esprit, c’étaient ceux d’un père tordu et malade, plus fasciné par la mort qui s’installait dans ton corps frêle et affaibli qu’anéanti par la perte de sa fille chérie. J’ai dû sortir à plusieurs reprises tellement les hauts le cœur m’étouffaient. Je me serais écouté, je me serais jeté sur lui et je crois que je l’aurais battu à mort.

Ton ami travaillait le lendemain, quant à moi j’étais en charge de tous les animaux de la maison que j’avais réintégrée avec la bénédiction paternelle. Patrick m’avait mise à l’aise et m’avait dit que nous partirions quand j’en aurais envie, notre père lui était pressé que je débarrasse le plancher. Sous ses faux airs prévenants, il m’a dit qu’il était temps que nous partions pour éviter les embouteillages et pour ne pas rentrer trop tard mais sa voix et son trépignement trahissaient son empressement à me voir dégager. Il ne nous avait pas suffisamment faites chier toute notre vie, il ne l’avait pas suffisamment bousillée comme ça, il fallait encore qu’il sabote les derniers instants que je partageais avec toi.

Pendant 8 heures, le jeudi tu es restée seule, notre père avait convaincu maman de venir à la maison chercher ton chéquier pour payer tes funérailles. Maman était effondrée et ne savait plus où elle en était ni où elle était. Quand elle est arrivée à la maison, elle était comme un zombie, notre père la pressait et l’engueulait parce qu’elle ne trouvait pas le chéquier. Devant ce comportement sordide, à vomir, je n’ai pas pu dire un mot. Une fois encore, je me serais écoutée, je me serais jeté au cou de ce monstre et je l’aurais tué.
 
Dans la nuit du 19 au 20 décembre, tu nous as quittés. Depuis ce jour-là, c’est tous les jours le cauchemar. Cauchemar parce que tu nous manques à en crever, cauchemar parce que c’est ton décès qui nous a réveillées de l’anesthésie générale dans laquelle ce père indigne nous avait plongées. Cauchemar parce qu’en se remémorant toute notre vie, nous avons compris que nous n’avions été que les jouets d’un chef d’orchestre machiavélique. Pourquoi a-t-il fallu que ce soit toi qui provoque le déclic ? Maman a décidé de se battre, personnellement je ne me battrais pas. Contre lui nous avons peu de chances et sans toi, il n’y aura plus de joie.

Veuillez m’excuser pour la longueur de mon texte et les propos de haine que j’ai à l’égard de mon père. Beaucoup d’entre vous ont perdu leur papa, en sont très malheureux et c’est tellement normal. Le mien ne fait pas partie des bons pères et pendant que vous pleurez le votre, j’aimerais voir le mien au fond d’un trou. Pendant que ma sœur qui aimait la vie, qui s’intéressait à tout et avait une vie saine, je suis là malgré l’anorexie, la boulimie et tout l’alcool que j’ai ingurgité. Quel sens peut-on donner à de telles injustices ? Aucun, à part peut-être que ma sœur et moi en n’ayant pas eu d’enfants, nous aurons stoppé une branche familiale malfaisante. C'est peut-être ça la mission que nous avions avant de venir sur Terre. Qui sait?

Hors ligne Eva Luna

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Re : Mea Culpa
« Réponse #1 le: 21 Décembre 2014 à 21:24:30 »
C'est difficile de te répondre...il y a tant de choses violentes dans ton long message...

j'ai d'abord envie de te dire que tu n'as pas grand chose à te reprocher.. tu as été là pour ta sœur.. elle le savait... tu l'as protégée à la toute fin , de trop d'angoisse en la protégeant de la vérité.. c'est ce que font presque toutes les familles... prenant sur eux la vérité et laissant un mince espoir qui adoucit les derniers jours de leur aimé...tu as fait ça pour elle, en dépit de ta propre peine...

Ensuite.. si le père que tu décris t'a fait tant de mal, t'a précipitée dans l'alcool, les troubles alimentaires.. il est temps de t'éloigner totalement de lui,de quitter cette emprise...de couper totalement les ponts pour te protéger... de te rétablir un peu... avec l'aide d'un psy parcequ'on ne se sort pas seule de ce type de relation...je le sais, j'en suis sortie...mais aussi peut être en portant plainte contre lui... prend l'avis d'un avocat, à la mairie il y a des consultions gratuites..tu sauras si c'est judicieux et surtout si c'est bon pour toi...

Avec l'aide de ta mère.. vous re-formerez une famille ... autour du souvenir et de la vie de Vanessa.. qui vous donnera la force...

Parcequ'il faudra aussi que tu  traverses la douleur du deuil et du chagrin de cette mort injuste,des regrets et de la culpabilité..pour ta soeur...Ce sera un deuil compliqué à cause de la fragilité qui est en toi avec la vie qu'il t'a fait mener...mais tu peux t'en sortir... je le sais...

C'est déjà très courageux d'avoir écrit ta triste histoire...pour nous...il y a de la force en toi.. ne serait ce que celle de la colère...
Trouve une_un psy... près de chez toi.. le CMP peut t'aider...vraiment
Sabrina, tu as fait le premier pas vers une autre vie...tu ne peux pas y croire maintenant...trop de chagrin trop de haine, trop de rancœur...mais une autre vie est possible... plus douce...dans un futur que tu vas construire...

Hors ligne Mamoure

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Re : Mea Culpa
« Réponse #2 le: 21 Décembre 2014 à 23:08:39 »
difficile de te répondre , en effet
accroche toi , accroche toi à la vie , ne te laisse plus détruire par cet homme
fais toi aider , c'est nécessaire
courage

Hors ligne delphinita

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Re : Mea Culpa
« Réponse #3 le: 22 Décembre 2014 à 00:10:08 »
Tu n'as rien à te reprocher, c'est lui qui est coupable.
Tu es une victime tout comme ta soeur.
Ne le laisse pas gagner, bats-toi pour elle, pour ta maman et pour toi-même.
Je te souhaite plein de courage,
Douces pensées,
Delphine

Hors ligne vol du papillon

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Re : Mea Culpa
« Réponse #4 le: 22 Décembre 2014 à 11:26:12 »
Je n'ai pas plus de courage que toi, ma fille, mais je vais  faire tout ce qui m'est possible pour arriver à faire justice contre cet être toxique, comme tu dis il nous a assez pourri la vie.
Il est des pères égoïstes, et indignes, j'ai lu le message de Magalilou et je comprends sa colère, j'espère qu'elle va trouver rapidement une solution pour sa petite fille qui souffre tant.
Nos colères sont légitimes. Nous souffrons déjà tellement d'avoir perdu un être très cher.
Courage

Hors ligne Nekomimi

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Re : Mea Culpa
« Réponse #5 le: 25 Décembre 2014 à 18:00:40 »
Merci pour vos réponses et merci pour tes conseils Eva Luna. Les psy(chologues/chiatres) du CMP, je les fréquente depuis un peu plus de 7 ans et là ça fait un mois que j’ai tout arrêté. Ils n’ont jamais réussi à comprendre pourquoi je buvais, je ne suis même pas sûre que ça les ait un jour intéressés. Je bois par manque de volonté, un point c’est tout. Je suis architecte, je ne suis pas à la rue, mon mal être est celui d’une nantie de la société, c’est en résumé ce qui est pratiquement toujours ressorti de nos rencontres.
J’ai vu d’autres psy extérieurs au CMP et c’était le même son de cloche. Pourtant, je n’ai jamais pratiqué la langue de bois et à travers mon parcours de vie, mes relations familiales, mes relations sociales, sentimentales… ils auraient dû saisir que quelque chose ou plutôt quelqu’un  m’empêchait d’avancer, de m’épanouir et me tirait vers le bas, mais il n’en a jamais été question. Je pensais pourtant que les psy devaient nous aider à trouver l’origine du mal qui nous rongeait !!! 
Si eux ne l’ont même pas entrevue, je comprends mieux pourquoi, même si j’en avais la vague impression, je n’ai pas complètement réalisé que c’était mon père qui était à l’origine de mon mal être et je comprends mieux pourquoi, alors que ma mère, ma sœur et moi avions le nez dans le guidon, nous n’avons pas réalisé dans quel jeu diabolique et mortel il nous avait lentement mais sûrement entrainées. Notre petite Vanessa en a payé de sa vie et nous, nous sommes à jamais orphelines.
Je sais qu’avec des si, on met Paris en bouteille, et pourtant je ne peux m’empêcher de me dire que si les psy avaient pris mon cas un peu plus au sérieux, j’aurais pu démasquer mon père et révéler son effet destructeur sur nous trois. J’aurais pu ouvrir les yeux de ma mère et de ma sœur et nous aurions peut-être fui à temps… avant que l’irréparable ne se produise… Mais si j’ai décidé de ne plus aller au CMP, c’est aussi et surtout parce que mon psy ne connait de toute évidence rien au deuil et,  que du coup, il me blesse. Au final, je ressors de chez lui plus démolie qu’à mon arrivée. Je ne vais pas le voir pour qu’il me dise ce que tout le monde me dit pour me rassurer quant au sentiment de culpabilité qui me mine, quant à la part de responsabilité que je ressens dans le départ précipité de ma sœur, quant aux regrets que j’aie de l’avoir si mal connue, de ne pas avoir été une grande sœur à la hauteur, de ne pas m’être aperçue qu’elle était malade…  Je sais que ses sentiments font partie du deuil mais je ne veux pas qu’on me dise que j’ai fait ce qu’il fallait, ce que  je pouvais, que je n’y suis pour rien… Si, j’y suis pour quelque chose et personne ne pourra me faire penser le contraire. Ce que j’attendais de mon psy c’étaient des outils pour porter ce fardeau, pour soulager ma peine, pour vivre avec. Il ne les a pas, d’ailleurs personne ne les a pour autrui, comme pour beaucoup d’autres choses, dans ce cas-là, on est seul et on ne peut compter que sur soi. Alors autant rester dans mon coin et essayer de  trouver ces fameux outils par mes propres moyens. Ca passera ou ca cassera, peu m’importe.

Pour le reste, j’ai porté plainte contre mon père en juillet dernier la dernière fois qu’il m’a frappée. Il n’a plus le droit de me toucher pendant 3 ans. Suite à ça, il a quitté la maison familiale et ma mère (vol de papillon) a entamé une procédure de divorce. La première audience de non conciliation du 20 octobre a été repoussée au 15 décembre mais mon père ne pouvant, comme par hasard, pas être disponible ce jour-là, cette dernière a été repoussée au 4 février. Nous croisons les doigts pour que cette fois-ci ce soit la bonne.
Ma mère a également porté plainte contre lui sur le conseil du procureur de la République et le 7 janvier prochain, je dois apporter mon témoignage au commissariat de Police du coin relativement à cette plainte.
Mon père a pris bien soin de ne pas partir trop loin et comme la ville à côté de laquelle nous habitons est toute petite, nous le croisons malheureusement parfois et puis, il sait ne pas se faire oublier à coup de sms mielleux qui puent la récupération et de factures qu’il envoie à ma mère alors qu’il sait très bien qu’elle ne peut pas les payer… Donc pour l’éloignement, ce n’est pas encore ça et je ne sais même pas si un jour ce le sera. Il faudrait que ma mère puisse vendre la maison mais tant que le divorce n’est pas prononcé, il n’en est pas question et puis, sans vouloir être pessimiste, après notre retour forcé du Québec, il y a 10 ans, c’est mon père qui a choisi le coin où la maison familiale se trouverait, et c’est un coin sinistre et sinistré où beaucoup de maisons sont à vendre mais où peu trouvent acquéreurs. 

Bref, je sais que toutes ces préoccupations n’ont rien à voir dans ce forum et je vous prie de m’en excuser, c’est juste qu’elles s’ajoutent à la douleur du départ de Vanessa et qu’elles nous empêchent de nous concentrer sur elle, même si nous pensons à elle à chaque seconde qui passe.

Merci de m’avoir lue et excusez-moi encore pour le hors sujet et la longueur de mon texte. Je ne pense pas revenir sur le forum même si vous êtes tous formidables et que nous faisons maintenant malheureusement tous partie de la même famille. Je n’arrive déjà pas à aider ma mère alors comment pourrais-je le faire pour vous qui êtes à la fois si proches et si loin ?
 
Bon courage à toutes et à tous.
Affectueusement.
Sonia

PS: Bonne idée maman d'avoir choisi Kurt Cobain en avatar, Nirvana faisait partie des groupes favoris de Nessou. Qu'est-ce qu'on a pu faire les folles sur cette musique toutes les deux! C'était une époque où le ver était déjà dans la pomme mais où il n'avait pas encore fait trop de ravages. Quoique...

Hors ligne Eva Luna

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Re : Mea Culpa
« Réponse #6 le: 25 Décembre 2014 à 22:34:40 »
J'avais décidé de rien écrire pour Noël.. de faire une pause...j'ai rien d’intéressant à dire...
et je ne peux pas ne pas te répondre, en espérant que tu repasseras sur le forum un petit coup quand même...
D'abord pardon Sonia.. je t'ai appelée Sabrina, je ne sais plus le  pourquoi de cette erreur.
Ma réponse sera un peu en vrac, mais bon, c'est l'après noël et ...
*ce n'étaient pas des conseils.. je sais trop comme les conseils sont énervants quand on va mal...juste des pistes..pour ouvrir des possibles dans une situation si difficile...
*"Je bois par manque de volonté, un point c’est tout" Euh! t'es sûre?un matin tu t'es dit tiens si je buvais plus que de raison?juste pour le fun, c'est cool!ma vie est cool et c'est une petite expérience rigolote de la vie!! et un autre matin , plus loin dans le temps, tu t'es dit tiens si j’arrêtais de boire?Ah zut, je suis une pauvre fille sans aucune volonté!

Je ne crois pas que ça se soit passé comme ça....je ne crois pas que ça soit par manque de volonté...

* Si les psy divers que tu as vu n'ont rien compris à ton malêtre de "nantie "qui a toutpouretreheureuse et se paie le luxe de déprimer avec un si beau métier.. et gnan gnan gnan....et gnan gnan gnan....!!! n'ont pas été capable de voir que tu vivais dans une famille dysfonctionnelle ( c'est comme ça que ça s’appelle aussi, les familles toxiques...)c'est soit que tu l'as bien caché, soit que toi même ne t'en rendais pas compte,soit que lui était si manipulateur que à distance ça manipulait aussi l'entourage...soit qu'ils n’étaient pas bons... ou un détonant mélange dont toi seule connait le dosage...

*les regrets et les si et si et encore si... on les a tous au coeur.. toi encore plus... et ta culpabilité est "normale" et durera encore très longtemps ,même peut être que jamais tu ne t'en débarrasseras..mais ce que tu réussiras à faire c'est de  n'en garder que l'essentiel et à te pardonner un peu ...comme ta soeur le ferait surement si elle pouvait...ou toi si ça avait été le contraire...les places de chacune interverties...et à réussir à vivre avec ces pensées...
*les psy ne sont pas tous à l'aise avec l'accompagnement des endeuillés...c'est certain...Vois plutôt s'il n'y pas une association dans ton coin qui peut t'en conseiller un, spécialiste du deuil... ou au moins pour des entretiens téléphoniques...c'est un deuil compliqué que tu dois faire, compliqué par une situation familiale explosive...

*la plainte que tu a déposée... c'est une première étape.. pour être reconnue comme victime...c'est courageux.. surtout dans ta situation...Pas facile, l'audition à venir..mais nécessaire...
*protège toi au maximum.. si tu le croises...ne te laisse plus approcher, abimer...Et s'il faut vendre la maison en dessous de sa valeur..après le divorce...ou qu'il rachète sa part...pour partir ailleurs reconstruire une autre vie... ta mère le fera peut être et se libérera de ce chapitre de sa vie... en s'éloignant...l'essentiel est votre relation ...votre avenir...
*le Québec...vous y avez été bien?j'aime ce pays....
Voilà!moi aussi je suis longue et un peu hors sujet du deuil..mais c'est ta vie.. il y a tout ça dedans et ça t’empêche d'user ta douleur de sœur. de la vivre.....prise dans tant et tant d'autres soucis...
courage, ça va aller.. aller mieux, un peu...

Hors ligne Nekomimi

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Re : Mea Culpa
« Réponse #7 le: 27 Décembre 2014 à 12:18:39 »
Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire et de m’écrire si longuement Eva Luna. Si tu me le permets je te répondrai en MP.

Aujourd’hui est une mauvaise très mauvaise journée. Le 27/12/2013, ma petite sœur était incinérée. C’est la dernière fois que j’ai vu son visage de porcelaine et que je l’ai embrassée. Ce fut atroce. En fait, il n’y a même pas de mots pour exprimer le sentiment ni la sensation que j’ai eus dans ces moments-là. J’aurais tellement aimé qu’elle se réveille et qu’elle me dise « ah, ah, je t’ai bien eue ». Elle avait quelquefois un sens de l’humour bien particulier…

Hier, j’ai écouté les groupes que nous avions en commun Vanessa,  ceux que l’on avait découverts ensemble, nos groupes à nous, ceux que ni papa ni maman n’aimaient (excuse-moi maman, mais heureusement, nous avons eu, un peu, notre propre univers. Il était déjà tellement étriqué et parasité). J’ai revu la vidéo de Cypress Hill au festival des Vieilles Charrues. Nous l’avions vue chacune de notre côté fin 2012 mais qu’est ce qu’on avait pu en parler après. On regrettait de n’avoir pas su qu’ils étaient venus en France. On devait se rattraper et guetter tous nos groupes préférés pour ne pas les manquer.

Début août 2013, parmi nos projets, il y avait celui d’aller au Wave-Gotik-Treffen festival de Leipzig en 2014. Du haut de mes 44 ans, j’avais peur d’avoir l’air d’une vieille peau sur le retour et de te faire honte. Tu m’avais chahutée en me disant: « Bien sûr, t'a vraiment l’air d’une mémé » et puis tu m’avais montré sur l’ordi que de toute façon, il n’y avait pas que des jeunots qui y allaient. Le dress code, tu t’en occupais.
 
Ben oui, mais tu m’as laissée. Et maintenant, je suis comme une conne sans toi. Sans toi, je ne suis plus rien, rien, rien et rien de rien. Je ne suis qu’un buvard et encore, qui ne fait même pas son devoir.
Vivement que ça finisse.


« Modifié: 27 Décembre 2014 à 12:48:40 par Nekomimi »

Hors ligne Mamoure

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Re : Mea Culpa
« Réponse #8 le: 27 Décembre 2014 à 12:34:03 »
je t'envoie un peu de courage pour cette journée difficile
surtout ne dis pas que tu n'es plus rien
tu es importante pour tes proches ( je pense surtout à ta maman )
on a l'impression de n'être plus rien mais pour ceux qu'on aime et qui nous aime , on est beaucoup...

Hors ligne Méduse

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Re : Mea Culpa
« Réponse #9 le: 27 Décembre 2014 à 13:19:53 »
Je compatis à ta douleur.

Je suis d’accord avec Eva Luna.

Ne te dévalorise pas. Tu es la victime. Tu as fait selon tes connaissances et tes possibilités du moment. Nous ne sommes pas parfaits et devons accepter ce fait. Le passé, nous ne pouvons plus le changer mais nous pouvons essayer d’en tirer un enseignement pour les temps à venir et c’est ce que vous faites, ta mère et toi.

Continue à te battre, d’autant plus que tu connais maintenant la cause de ton mal-être avant même le décès de ta soeur. Ne laisse pas vaincre ton père.

As-tu déjà essayé d’aller voir une psychomotricienne ? Leur approche est bien différente, doit être dans le non-jugement et dans l’échange. Cela vaudrait la peine de voir si cela peut être une béquille pour toi.

Accroche-toi, un jour après l’autre.

Hors ligne zabou

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Re : Mea Culpa
« Réponse #10 le: 27 Décembre 2014 à 13:36:59 »
Nekomimi,

C'est un peu tard que je lis ton récit , excuse moi.

Si tu bois , je suis d'accord avec Eva Luna, ce n'est pas pour faire joli, c'est peut être le seul moyen que tu as trouvé pour te protéger, c'est très certainement que tu ne peux faire autrement, en tout cas pour l'instant....

C'est aussi peut être, une manière de te punir, de cette culpabilité qui te ronge ,parfois l'autodestruction est la seule chose qui apaise.

En ce qui concerne les psy , il faut vraiment quelqu'un spécialisé dans le deuil, parce qu'il en connait les étapes, les dérives, tous les sentiments qui en découlent et bien d'autres choses encore ( j'en ai l'exemple avec la mienne), ensuite un psy " normalement" ne juge pas , il écoute , pose des questions, donne des pistes de réflexion ( à nous de travailler ensuite) et parfois explique au besoin.

Ne lâches pas , tu as besoin d'aide, au risque de t'enfoncer plus encore, ta maman aussi , à besoin de soutien, tu as perdu ta sœur, elle a perdu une fille, et n'a surement pas envie de voir sombrer la seconde....

Ce ne sont que des hypothèses, des peut être, et des si, tu es loin d’être une conne, tu es juste dans une douleur insupportable, sans aide, tu as trouvé un moyen de t’échapper parfois....

Et puis, si je puis me permettre" ne le laissez pas gagner ! "

Garde espoir, tient le coup , que cette journée soit moins difficile à vivre que tu ne le penses.

Je t'embrasse.

zabou
Le souvenir, c'est la présence invisible.
Si j'avais su que je t'aimais tant, je t'aurais aimé davantage.
Mon amour, plus qu' hier et moins que demain.

Hors ligne Eva Luna

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Re : Mea Culpa
« Réponse #11 le: 27 Décembre 2014 à 13:51:41 »
Bien sûr que tu peux me répondre en privé...

j'ai répondu sur ton fil de discussion car je crois que ça peut aider aussi parfois , d'autres qui sont dans la même épreuve et n'osent pas l'évoquer...mais le privé personnel s'échange en OF...
j'attends de tes nouvelles!
je t'embrasse

Hors ligne Nekomimi

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Re : Mea Culpa
« Réponse #12 le: 30 Décembre 2014 à 11:17:59 »
Merci pour vos messages pleins de bienveillance alors que vous traversez vous aussi des moments difficiles. Gros passage à vide ce week-end. Je reviendrai vous voir un peu plus tard sur le forum. Bien affectueusement.

Hors ligne Ludmilla 31

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Re : Mea Culpa
« Réponse #13 le: 21 Février 2015 à 16:37:56 »
Je n'ai pas lu encore toutes vos réponses ,je te comprends ,mon ex-mari remarié pour la 3 ième fois (sa dernière femme de 33 ans a pourri la vie de mon fils pendant toute sa maladie ) ,il a du même voir une psy 1 mois avant son décès ,suite aux conseils de son kiné qui venait lui faire des massages pour son corps meurtri .

Nous étions en plein préparatifs avec ma belle-fille ,ils n'ont pas arrêté de nous téléphoner car ils ne pouvaient pas nous aider financièrement et nous disaient "il y a des aides ,demandez des aides " seuls mots avant la cérémonie et le 5 novembre ,donc 2 jours après le décès de mon fils ,il nous a demandé si on prenait l'apéritif  pour son anniversaire (32 ans ) ?
Je vous laisse juger de sa bêtise pour être polie .

Ce sont des gens malveillants ,narcissiques ,pervers et manipulateurs ,moi qui pour mes enfants avais toujours ravaler mon ressentiment ,de tous les affronts qu'il m'avait fait (infidélité pendant ma grossesse ,me rabaisser  insidieusement ,jusqu'au jour où je l'ai mis à la porte après 15 ans de mariage .

Bon courage à vous ,pensez à vous car sinon il vous détruira à petit feu .