Auteur Sujet: Le deuil de la colère  (Lu 681 fois)

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Le deuil de la colère
« le: 26 Février 2017 à 22:39:30 »
Bonjour à toutes et à tous.
Je rejoins ce groupe enfin de rencontrer des frères et sœurs dans ma situation. Des personnes qui pourront peut être m'aider à réapprendre à vivre sans la personne aimée. Je pense que tout d'abord il faut que vous puissiez connaître les circonstances qui m'ont emmener sur cette page aujourd'hui, 16 mois et 22 jours plus tard.

Il est un peu moins de 5h du matin, qu'est ce que c'est que ce bruit ? J'ouvre les yeux et je vois les appels en absences de Maman Et Geoffrey (mon frère) , j'entends encore  le fixe  sonner. . Je rappelle Maman, elle hurle et pleure je lui incombe de se calmer. Immédiatement je pense à ma grand mère, non elle me dit que c'est ma sœur, Axelle, elle a eu un accident il faut que je vienne vite à l'hôpital.
Un jean, des chaussures Et je suis dans la voiture, tres vite j'y arrive, dans ce lieu où tout à changer où je ne suis plus la meme ou ma vie d'avant n'est plus.
Je rentre par la porte de service là où un médecin m'attrape au passage seulement pour me dire que ma sœur a eu un accident.  À ce moment là, à 22 ans, ayant une sœur qui en a 30 on ne peut que se dire que ca va aller que c'est un accident de voiture banale. Mais je continue Et j'arrive dans la pièce où ma mère et mon frère sont là dans les bras l'un de l'autre Et ma sœur est allongée les yeux fermées sur ce lit, branchée a des tuyaux. Et les mots sortent de la bouche de maman, c'est fini ... Comment ça peut être fini ? Elle est la elle respire elle est belle est n'a que quelques bleus. Comment ça peut se produire ? Les questions se bousculent, apparemment tout à déjà été tenter mais en vain ils nous attendaient afin de la débrancher, ce mot si horrible que l'on n'entend que dans les films. On doit prévenir la famille pour un dernier au revoir
Il est 07h03 quand tu t'en vas. Tu as attendu que tout le monde soit la Et deja tu nous fais signe par ces deux chiffres qui nous correspondent à tous les quatre.

Un accident, c'est ce qu'on nous a dit ce 4 octobre 2015, ce jour qui a changé nos vies et pris la tienne.
Mais pourtant ce n'en était pas un, l'homme dont tu étais éprise qui t'as rentré dedans en voiture, t'envoyant t'écraser contre ce fichu platane, ce salop qui t'a sortie de ta voiture pour t'emmener à l'opposer de l'hôpital Et qui t'as fait subir un deuxième accident 4 km plus loin pour enfin te jeter dans un fossé contre des poubelles.  Cet homme qui aujourd'hui est dehors en attendant son procès, ce fumier qui vit respire et n'assume aucun des faits qui lui sont reprochés ...

Voilà grossièrement notre histoire,

Je m'appelle Alyssa, j'ai bientôt 24 ans et je suis une sœur endeuillée depuis presque 17 mois, ma maman fait parti d'un groupe de parents endeuillés dans notre région (Bayonne 64)  mais il n'existe rien pour les frères et sœurs.
Y a t il ici des personnes de mon âge ou presque ?
Avez vous connu ou êtes vous dans notre situation, en attente d'un procès ?
Comment gérez vous tous cette colère, que dis-je cette rage qui grouille ?

Je remercie ceux qui me lieront et qui prendront la peine de répondre à mes questions.
Courage à vous et à nous.

Hors ligne *Ephémère*

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #1 le: 26 Février 2017 à 23:41:36 »
Il faut me pardonner, Alyssa.
Je viens écrire ici, alors que mon deuil n'est pas le même que le tien.
Alors que je n'ai pas de  réponse à tes questions.
Mais je ne puis glisser  en silence sur tes lignes.
Lire et refermer la porte, sans un bruit.
Ne pas te faire un signe d'amitié. De soutien.
Pas de conseil à donner.
D'ailleurs quelle légitimité aurais-je ?
Non, ce que nous avons en partage, nous tous qui venons là, c'est la douleur d'avoir perdu un être très cher.
Mais ce que tu nous livres de l'histoire de ta sœur, nous fait comprendre ta colère, ta rage.
Je l'ai souvent écrit ici, nous aimerions trouver les mots de la consolation.
Pour que cessent les tourments et la pluie salée sur les joues. Même pour un instant.
Un peu de répit dans l'impensable.
Mais tu le sais sans doute, notre impuissance est grande face à pareil chagrin.
Juste peut-être te dire que l'accompagnement  d'un professionnel est une bouée solide qui peut aider à affronter ce tsunami.
Et te dire encore que nous gardons bien au chaud au creux de nous, et pour toujours, ceux que nous aimons et qui ne sont plus.
Voilà, encore une fois, je te demande d'excuser cette "intrusion".
Ces lignes sous les tiennes.
C'est mon aimé que j'ai perdu.
Mais je sais la douleur.
Et ne pouvais quitter cette page sans te faire un signe de soutien.


« Modifié: 27 Février 2017 à 10:36:06 par *Ephémère* »
*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne Mononoké

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #2 le: 27 Février 2017 à 21:43:39 »
Bonsoir Alyssa,
Lire tes mots m'ont beaucoup touchée, je ne suis, moi mon plus, pas dans ta situation, mais j'avais envie de transmettre un peu de chaleur et de douceur si cela est possible par delà  mon clavier.
Si tu ne trouves pas les personnes que tu souhaitais rencontrer ici, mais si tu as envie de continuer à écrire, de partager tes émotions, sache que tu  seras bien accueillie ici, que tu seras entendue. (Ca ne fait pas très longtemps que je me suis inscrite mais j'y ai tout de suite trouvé chaleur et bienveillance.)
Je souhaiterai pouvoir t'offrir bien plus que ces quelques lignes mais malheureusement je ne le peux.
tendrement
"Tu ne sais jamais à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option". B. Marley

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Hors ligne souci

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #3 le: 28 Février 2017 à 10:16:47 »
    Bonjour Nyssa,

    Perdre brutalement, à 22 ans, sa sœur de trente ans, une énorme épreuve ...
    Mais les "circonstances" sont ici particulièrement révoltantes ...
    Sonder une telle noirceur, tout en constatant l'égoïsme du coupable ...
    Ce que vous vivez est terrible, terrible.
    Peut-être sur ce forum-ci trouveras-tu certains échos à ta souffrance, en rapport avec la perte de ta sœur,
    mais vous avez un véritable statut de victime envers un agresseur, et pour ce versant-là de ton deuil, tu rencontreras sans doute plus de personnes sur l'exacte longueur d'onde que toi, en contactant une association de victimes ?
    C' est terrible, je suis profondément choquée et navrée par la tragédie qui vous arrive ... je me sentirais répugnée ...
    Tu sais, j'ai vécu tout autre chose, je vivais une vie tranquille et harmonieuse, après une jeunesse difficile auprès de mon homme gentil ... puis un jour, coup de tonnerre dans le ciel (enfin!) plus bleu, j'apprends le suicide d'un de mes neveux, l'aîné de mon frère, 14 ans ...
    Cela va faire 4 ans, je suis toujours révoltée contre "ce" qui s'est passé dans sa tête au moment de décider et de FAIRE cela ...
    C'est une autre forme de "bombe humaine" ... qui fait des dégâts collatéraux aussi !

    Le "pauvre type" qui s'est conduit ainsi avec ta sœur, je sais bien qu'il est impossible de lui "pardonner" (!!!!!!!) SURTOUT s'il n'exprime pas de honte, d'accablement envers sa dérive inadmissible ...

    Tu liras ici, que peu importe la manière dont nous perdons nos proches, à partir du moment où il s'agit d'un proche ESSENTIEL, nous subissons une condamnation ...
   Dans certains cas, négligence médicale, accident de la route, meurtre pour toi, suicide chez nous, cette condamnation à notre fatalité d'être mortels auxquels la vie n'est pas acquise, s'assortit d'une peine de colère plus ciblée, car on peut accuser "des fautifs" ...
    Non, ce n'est pas facile ...
    En parler, ne pas étouffer avec "ça", c'est aussi ce que je ferais, jeune Nyssa.
    Je me doute bien que la paix ne reviendra pas avant longtemps dans ton esprit ni dans ton cœur ...
   
    Tu es bienvenue "chez nous" pour partager, par-delà les différences, les émotions du deuil ...
    Quelqu'un vient de proposer l'écoute d'une superbe chanson en espagnol, bien entendu j'ai dû aller chercher la traduction sur le moteur de recherche, il s'agit de "Siempre me querada", l'auteur-interprète est Bebe.
    C'est une chanson douce et profonde, dont le sens s'associe parfaitement au deuil, cependant, j'ai appris avec surprise, sur le site "la coccinelle", que Bebe l'avait écrite en s'identifiant à la souffrance d'une anorexique ...
    "Les humains se différencient dans ce qu'ils montrent, ils se ressemblent dans ce qu'ils cachent" ... de Paul Valéry, je crois.
    Alors bonne lecture et bonne écriture à toi si tu choisis de rester un peu ici ...
    Chaleureusement, solidairement, Martine.
   
   
« Modifié: 28 Février 2017 à 10:19:32 par souci »
J'aime donc je suis !

Hors ligne Nyssa

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #4 le: 28 Février 2017 à 21:03:20 »
Je voudrais tout d'abord vous remercier, " Éphémère ", " Mononoké" et " Souci " lire vos lignes me font me sentir moins seule si je puis dire. 
C'est la première fois que j'ose en parler et raconter mes impressions même sans rentrer dans les détails, je n'ose pas parler de ma souffrance à mon entourage car j'ai l'impression qu'ils en ont assez de me voir "mal".
Devant ma mère je ne le veux absolument pas je dois être forte pour elle car c'est elle qui a perdu un enfant, mon frère lui réagit comme s'il était le seul à avoir perdu quelqu'un ...
Effectivement mon cas est peut être particulier car nous sommes dans l'attente d'un jugement qui ne se fera pas avant encore un an ...  et depuis 6 mois,  depuis la judicieuse décision de la juge des libertés conditionnelles le meurtrier est dehors, lui  se promène, rigole,  sort, respire, vit tout simplement à deux pas de nous.
Nous vivons dans une "petite" région, tout le monde sort dans les mêmes endroits. Et depuis nous vivons reclus car que se passera t il si nous le croisions ? Ce n'est pas la peur qui nous enferme mais la colère et sa gestion ...
chaque deuil est différent, mais que ce soit par la main d'autrui, la sienne ou même la maladie, il y a toujours  de colère dans l'incompréhension de ceux qui restent
Comment l'avez vous gérée ?
J'ai vu une professionnelle, ce n'est pas vraiment pour moi je pense, ou alors je ne suis pas tombée sur la bonne.

Hors ligne souci

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #5 le: 28 Février 2017 à 21:51:59 »

    Salut Nyssa,
    Je t'avais répondu puis mauvaise manip, message perdu ! Zut ...
    Je te ré-écrirai soigneusement demain, amitié, M.
J'aime donc je suis !

Hors ligne Mononoké

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #6 le: 28 Février 2017 à 23:03:54 »
Bonsoir Alyssa,

j'ai envie de te dire que tu n'es pas obligée d'être forte pour les autres, tout le monde souffre, les douleurs sont, et ne se comparent pas, il n'y a pas de degré.

Colère, oui nous avons certainement tous dû y faire face.
Pour ma part, elle est toujours là, elle s'en va et revient, elle sort parfois de façon inadéquate sur des choses futiles, sur des prétextes. (Un homme a renversé mon mari qui faisait tranquillement du vélo, il l'a tué.) Le procès n'a pas encore eu lieu, je ne sais pas si j'irai, je ne sais pas si j'ai envie de le voir. J'espère vraiment qu'il dira la vérité sur ce qu'il faisait, qu'il assumera.
Pour ma part, a colère, je ne la gère pas, je la laisse sortir, quand je suis seule chez moi, je la crie, je la hurle. Quand j'ai le courage je sors marcher à m'enivrer, à m'étourdir. j'essaie de ne pas l'étouffer, de ne pas la nier. Après, je pense qu'il n'y a pas de règle, pas de manuel, et ce que tu as vécu, ce que vous avez vécu est inacceptable, indigeste et votre colère ne peut être que d'une extrême intensité.

concernant le professionnel, si tu souhaites en voir un autre, peut-être te faire conseiller par une asso de victimes qui ont le nom de ceux qui accompagnent ces situations si difficiles et qui ont les formations adéquates.

chaleureusement
« Modifié: 01 Mars 2017 à 21:54:40 par Mononoké »
"Tu ne sais jamais à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option". B. Marley

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #7 le: 02 Mars 2017 à 10:52:55 »

    Chère Alyssa,

    Je passe te faire un petit coucou et te manifester ma sympathie, surtout avec le coupable qui se balade libre, sous importante caution tout de même je suppose, en attendant son procès ... c'est odieux ...
    Que veux-tu, le système judiciaire, comme tout ce qui est systématique, n'épargne pas les sensibilités ...
     La révolte, c'est une énergie brute, tu peux choisir de la laisser détruire, te détruire, ou bien de l'utiliser comme "combustible" pour réaliser "des choses bien" ...
     En contre-réaction par rapport au suicide de mon neveu, j'ai pris l'initiative d'écrire, d'une part pour mieux comprendre les souffrances qui mènent à cet acte épouvantable, afin d'exprimer mon soutien et mes encouragements aux personnes en crise,
    d'autre part pour transmettre le meilleur de ce qui m'a été transmis, et qui me permet de garder vivant l'essentiel de l'essentiel, au profond de moi.
    La colère vient par vagues, entre-temps, j'ai toujours besoin de me ressourcer dans des choses douces, je glandouille, glandouille ... sans penser à rien de précis ... hors de portée de toutes les merdes ... faut bien se protéger un peu, le tourment devient invivable sinon.
    Prends donc bien soi de toi, respecte-toi, et exprime-toi pour purger l'abcès de ta blessure ...
     Bisou, Martine.
   
J'aime donc je suis !

Hors ligne *Ephémère*

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #8 le: 02 Mars 2017 à 13:16:03 »
Bonjour Alyssa,
La colère, présente dit-on, sur tous les chemins de deuil.

Pour moi,  sans visage ; non incarnée.
Car enfin, contre qui hurler de rage ?
Contre le destin ?
La camarde ?
La maladie ?

La colère....
Pour certains d'entre nous : bien campée, dès les premiers jours de chagrin.
Pour d'autres, sournoise, sans bruit,  elle s'insinue.
Trace son chemin durant des mois et des mois.
Puis se  dévoile. Brusquement.
Toute prête à surgir de notre bouche, parfois pour si peu de chose ...
Toute prête à nous transformer en mégère.
La colère, comme un état.
Un alien qui s'enfonce dans notre poitrine,
Et que l'on vomit pour un rien...

La colère, comme le dit si bien Martine, c'est aussi de l'énergie.
Qu'il faudrait parvenir à transformer.
Et puis, Martine, merci : bonne idée, que de s'en protéger en se ressourçant dans de la douceur.
Et dans un "ne rien faire" que l'on ne s'autorise pas toujours....
Tendresse, tendresse pour vous.
Alyssa, Martine, Mononoké...
 
*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne Faïk

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #9 le: 02 Mars 2017 à 13:40:28 »
La colère n'est pas toujours inutile et n'est pas toujours nuisible, que ce soit pour les autres ou pour soi-même. Ne dit-on pas parfois "une saine colère" ? Je crois plus d'ailleurs qu'il y a des colères ... elle n'est pas productive quand elle s'exprime à torts et à travers mais elle peut être salutaire, elle peut être éphémère également ...
Elle ne transforme pas toujours la moitié de l'humanité en harpies non plus ... heureusement !

Quoiqu'il en soit, je veux bien me ressourcer à votre douceur, et je vous en remercie  ... toujours.


« Modifié: 02 Mars 2017 à 14:14:34 par Faïk »

Hors ligne *Ephémère*

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Re : Le deuil de la colère
« Réponse #10 le: 02 Mars 2017 à 22:51:27 »
Alors, Faïk, douceur, douceur, et encore douceur.
Pour que tu puisses venir y puiser autant que tu le voudras.
A consommer sans modération...
*Ephémère*

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