Auteur Sujet: Le départ brutal de mon petit frère  (Lu 4653 fois)

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Hors ligne Lil

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Le départ brutal de mon petit frère
« le: 25 Juin 2013 à 22:49:28 »
Bonjour à tous et à toutes,

Mon petit frère s’est suicidé il y a cinq semaines, il s’est pendu. Il avait des soucis financiers importants et, depuis quelques mois, il se sentait accablé par un poids, une sorte de malchance chronique. Je ne culpabilise pas ; jamais je n’aurais pu imaginer qu’il en viendrait là (lui non plus d’ailleurs je pense). La veille, pour mes trente ans, il était encore chez moi avec toute la famille. Il parlait de ses soucis comme d’une situation qui ne pouvait que s’arranger, et je n’aurais de toute façon pas pu faire grand-chose pour y remédier. Rien n’est resté en suspens entre nous, il sait que je l’aime profondément. Je ne lui en veux pas : il serait encore avec nous s’il avait cru d’autres solutions possibles. Je suis contente qu’il n’ait pas laissé de mot, cela veut peut-être dire que ça c’est décidé et fait très vite, dans un moment de désespoir…

Quand je l’ai appris j’ai hurlé, j’ai pleuré, je me suis jetée par terre. Mais j’avais surtout mal pour lui, pas pour moi. Pendant une semaine, j’ai été terrifiée par les images de ses dernières minutes, que j’ai imaginées, par la souffrance morale et physique qu’il avait du ressentir. Grâce à mon compagnon qui s’est renseigné pour moi, j’ai appris qu’avec la méthode qu’il a utilisée, il a sans doute perdu conscience avant de s’en aller, doucement. J’ai aussi compris que maintenant il ne souffre plus.

Depuis, il ne se passe plus rien… Je n’arrive pas à pleurer, je n’arrive pas à être triste, à être en colère, je n’arrive pas à entamer mon deuil. J’arrive à parler de ce qu’il s’est passé comme je le fais maintenant, mais j’ai l’impression de parler de quelqu’un d’autre, que je ne connais pas.

Même si je l’ai vu sans vie, pour moi mon frère n’est pas mort, c’est impossible. Il est impossible que mon petit frère, si optimiste, si joyeux, un si bon père pour ses enfants, avec qui j’ai grandi presque comme une jumelle (nous avons un an de différence), mon complice de toujours, ne revienne jamais. Je ne peux pas croire qu’il ait fait ça. C’est un autre qui est mort, mon frère s’est absenté un peu mais reviendra. Si, rationnellement, je sais reconnaître les faits, inconsciemment je les refuse et je refuse de m’y confronter. Je fais comme s’il ne s’était rien passé. Il paraît que ce n’est pas anormal.

J’ai refoulé aussi tous les souvenirs, comme s’il n’avait jamais existé. Je n’arrive pas à dire son prénom, je n’arrive pas à lui parler. Quand je me force à penser, les vannes s’ouvrent quelques secondes mais se referment immédiatement. Je lutte de toutes mes forces pour nier les faits et leurs conséquences et refouler la boule que j’ai au ventre. C’est plus facile pour moi de nier que pour les autres, je ne le voyais pas tous les jours.

Je sais que je fais ça pour me protéger et que l’armure que j’ai revêtue m’empêche d’exploser, mais j’ai l’impression d’être un monstre froid, sans sentiments. C’est comme si je ne l’aimais pas assez pour le pleurer, comme si je continuais à vivre, à rire même, alors que je devrais pleurer, ou au moins ressentir une quelconque tristesse. La place vide à la table de mes parents, le dimanche, ne provoque chez moi aucune émotion. Voir sa femme et ses enfants sans lui, non plus. Je dis que je vais bien, et ce n’est pas faux. J’ai parfois envie de me gifler, juste assez fort pour faire sortir quelques larmes et expulser la boule que j’ai dans la gorge mais que je n’arrive pas à relier à la mort de mon frère.

Ma mère me dit que c’est normal et que mes deux autres jeunes frères ont la même réaction de déni. Peut-être qu’en tant que frères et sœurs, nous avons l’impression que notre peine est moins légitime que celle de nos parents, de sa femme et de ses enfants, que nous ne voulons pas les accabler davantage. Mais mon compagnon s’inquiète beaucoup de mon absence de réaction et en craint les conséquences. Il me conseille d’en parler à quelqu’un qui ne fait pas partie de mon entourage, un psychologue peut-être.

Est-ce que je devrais apprécier ma chance de ne pas être au fond de mon lit à pleurer, et attendre tranquillement le retour de bâton s’il arrive, ou le provoquer ? Certains parmi vous ont-ils réagi de cette manière ? Je suis perdue… C’est maintenant que je veux réagir, lui rendre hommage, lui dire au revoir.

Merci de m’avoir lue, et pardon de vous demander des conseils pour aller au devant de la douleur, vous qui tentez de la traverser et de l’apaiser.

Lil

Hors ligne asia

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #1 le: 26 Juin 2013 à 09:39:00 »
Bonjour Lil,

Je te dirais tout d'abord d'être douce avec toi même car chacun fait comme il peut avec son deuil, avec sa souffrance.
Ne te juge pas sévèrement car tu ne le mérites pas et je dois dire que pour moi ta réaction prouve ta souffrance. Tu as fermé les vannes, tu as bloqué tes émotions pour survivre et je pense que c'est normal au début (5 semaines c'est encore le choc)... Il y a encore du déni en toi et c'est tout à fait normal, encore une fois ton deuil est tellement récent (à 11 mois il y a encore certains jours où je suis dans le déni!).
Un jour, tu recommenceras à sentir des choses, à pleurer ton frère mais cela arrivera quand ta tête et ton coeur seront prêts.
Surtout, ne te compare pas aux autres car personne ne peut vivre ça à ta place, chacun réagit à sa façon à la mort d'êtres chers.
Je crois que tu devrais regarder les modules d'accompagnement du site et notamment celui concernant la 1er étape du deuil, cela devrait te rassurer.

En ce qui concerne ton frère, tu lui diras au revoir et tu lui parleras lorsque tu seras prête... Ne t'inquiète pas pour ça...

Je t'envoie plein de courage
Asia

Hors ligne madâme

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #2 le: 26 Juin 2013 à 12:02:10 »
Bonjour Lil,

Rien n'est étonnant en matière de deuil, surtout pas 5 semaines après l'annonce du suicide de son frère. Tu en es à la phase où tu sais qu'il est mort, mais où tu ne peux pas l'intégrer, même si tu l'as vu mort, même si tu as assisté aux obsèques, même s'il n'est plus avec sa famille…Tu es dans le déni, parce que tu n'es pas prête à te laisser submerger par la vague de la perte de ton frère.
Comme Asia, je pense que tu devrais visionner les vidéos pour te rassurer par rapport à ta réaction.
En attendant, ne t'inflige pas des critiques, et vis au jour le jour, l'un après l'autre. Et si un jour, tu laisses la digue s'effondrer, n'hésite pas à venir te confier sur ce fil.
L'un ou l'une d'entre nous sera toujours là pour t'épauler.
Je te souhaite beaucoup de courage,

Madâme

Hors ligne angelik

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #3 le: 26 Juin 2013 à 17:36:14 »
Bonjour Lil

Je rejoins Asia et Madame pour te dire que tout ce que tu ressens est normal. C'est un tel choc que notre cerveau bloque toutes les émotions pour nous protéger.

Les vidéos de ce site sont très utiles pour comprendre ce processus naturel, et puis il y a les livres de Christophe Fauré et notamment "Après le suicide d'un proche" qui m'a beaucoup aidé et que je relis parfois pour me soutenir sur ce difficile chemin.

Lire les autres et ce qu'ils ont vécu permet de se sentir moins seuls. C'est un moyen pour trouver un peu d'apaisement.

Chaleureusement
Corinne
chaque fois que tu sentiras le vent sur ton visage, c'est moi qui vient t'embrasser...

Hors ligne Lil

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #4 le: 27 Juin 2013 à 00:28:38 »
Merci infiniment pour vos réponses et votre soutien.
J'avais déjà regardé ces vidéos et lus les sujets, qui décrivent effectivement plus ou moins ce que je vis. Je ne pensais pas cependant que cette étape pouvait être si longue pour moi, sans aucun sursaut de conscience ou d'émotions. Avant de vivre cette épreuve, j'étais loin d'imaginer la complexité d'un deuil, rien n'est prévisible. La tentation de brûler les étapes est grande... Je vais laisser le temps au temps et attendre d'être prête pour le pleurer, ne rien forcer. Ça m'a fait beaucoup de bien d'écrire.
Je suis de tout cœur avec vous aussi.
Lil

Hors ligne marieso

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #5 le: 02 Juillet 2013 à 18:12:13 »
Bonjour Lili,

Mon petit frère est parti dans les mêmes circonstances que le tiens, et j'ai réagit un peu comme toi. Comme Asia, Madâme et Angelik l'ont si bien dit, c'est un processus normal.

Je ne peux que te comprendre et j'ai l'impression que j'aurais pu écrire ton premier message. Sache que le temps fait son oeuvre, et que le cerveau humain est une chose complexe qui permet de franchir les étapes une à une pour survivre aux pires épreuves.

Pour te donner ma propre expérience, il m'a fallut presque 3 mois avant de réaliser vraiment. C'est un évènement anodin qui m'a plongé dans la "seconde étape" : le jour où son téléphone portable a été coupé. D'un coup, le "numéro n'était plus attribué". Et là, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps.

Laisse faire les choses, nous réagissons tous différemment. Petit à petit...

Amicalement,

Hors ligne madâme

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #6 le: 02 Juillet 2013 à 19:19:19 »
Bonjour Lil, bonjour Marieso,

Je peux tellement comprendre ta réaction Marieso. Ce sont comme tu le dis parfois des détails qui nous permettent de réaliser vraiment la perte définitive. Pour ma soeur, le chemin du deuil se fait, et je n'ai pas été dans le déni, certainement parce que je l'ai accompagnée dans la maladie jusqu'à son dernier souffle. Mais un suicide est tellement violent. Il n'y a aucune préparation mentale à la perte.
J'ai accompagné ma soeur, et pourtant, je n'ai toujours pas effacé son prénom de mes contacts…Geste hautement symbolique, donc…

Douces pensées pour toi,

Madâme

Hors ligne Lil

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #7 le: 10 Juillet 2013 à 22:56:55 »
Chère Marieso, chère Madâme,

Merci pour vos messages. J'ai lu vos histoires, tellement émouvantes, et je viens de voir que les derniers jours n'ont pas été faciles pour vous, puisqu'ils vous ont vu perdre des personnes chères. Je suis de tout cœur avec vous.

Je suis retombée par hasard sur un mail que j'avais écrit à ma maman, qui venait d'apprendre que son petit frère n'en avait plus que pour quelques mois à vivre. Je lui disais "Je comprends ce que tu ressens, il me suffit de me mettre à ta place". J'ignorais à ce moment-là que j'allais perdre mon propre frère (et elle son fils) deux jours plus tard... Cela fait maintenant presque deux mois qu'il n'est plus là et je n'arrive toujours pas à le pleurer. Mais comme pour vous, des détails me font doucement prendre conscience de sa disparition et le sentiment d'injustice commence à poindre. J'ai bien l'intention d'aller un de ces jours faire un tour dans les bois, où personne ne peut m'entendre, et hurler ma colère contre la vie et la mort.

Comme toi Marieso j'ai peur pour ceux qui m'entourent. J'ai pris conscience que notre monde tel qu'il est, avec les personnes qui le composent et sans lesquelles nous ne pouvons imaginer vivre, ne tient qu'à un fil. Puisque c'est inéluctable, je vais m'efforcer de prendre soin d'eux et de les laisser prendre soin de moi. Cela nous aidera peut-être tous à nous reconstruire, petit à petit.

Amicalement,

Lil


 

Hors ligne madâme

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #8 le: 11 Juillet 2013 à 00:12:04 »
Bonsoir Lil,

Oui, Lil, on se sent fragilisé quand on a vécu plusieurs deuils. On a peur pour nos proches, nos enfants, nos conjoints, nos parents, nos amis. On se sent parfois comme un animal acculé, apeuré…On doit se raisonner pour cesser d'avoir peur que l'un de nos Aimés soit à son tour emporté par la mort.
C'est pourquoi il faut rester pleinement conscient de la présence de ceux qui sont encore là à nos côtés, ne pas les oublier. Profiter de leur présence dès que nous le pouvons, leur dire que nous les aimons, de vive voix, par texto, par un geste tendre. Il n' y a que ça qui compte, l'amour pour ceux que nous aimons, ceux que nous allons rencontrer peut-être, sur notre lieu de travail, chez des amis, lors d'un voyage, sur ce site. Etre conscient de notre capacité à donner de l'amour pour nous sentir pleinement exister…

Douce nuit à toi, Lil, et je t'envoie beaucoup de courage,

Madâme

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #9 le: 15 Juillet 2013 à 15:56:33 »
Bonjour Lil,

J'ai perdu l'un de mes trois fils en l'an dernier, il s'est jeté sous un train. Je me suis demandé comment mes deux autres fils vivaient la perte de leur frère....et je viens de perdre mon frère dans d'autres circonstances et là je comprends mieux ce que l'on peut ressentir quand on perd un frère ou une soeur.
On perd une partie de son enfance, de toutes ces choses qui font que ce lien est si fort, c'est une partie de soi qui n'est plus là et nous plonge dans la douleur. C'est dur, très dur de perdre son frère, comme je te comprends.
Le mien vivait à l'étranger, je n'ai pas pu assister à ses obsèques, pas pu être aux côtés de mes neveux ni de ma belle-soeur et j'ai parfois l'impression que ce n'est pas vrai, que mon petit frère n'est pas parti.
Je dois aller les voir à la fin de l'été et j'avoue que j'ai un peu peur d'être confronté au vide, à l'absence. je sais que le voyage sera difficile d'autant que je veux ramener ses cendres en France. J'ai peur de la réalité mais je sais qu'il faudra l'affronter.
Tu verras le chemin est long et difficile, avec des hauts et des bas, laisses-toi aller à crier et à pleurer. ( un jour lorsque personne n'était à la maison l'an dernier, j'ai tout fermé et j'ai pleuré et crié ma douleur sans me retenir, cela m'a fait du bien, essaies )
Je te souhaite plein de courage, et de douceur pour toi et tous les tiens. C'est l'amour qui nous aide à tenir debout.
Stellarose
 

Hors ligne madâme

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #10 le: 16 Juillet 2013 à 15:02:09 »
Bonjour Stellarose,

Tu es à nouveau frappée par un deuil, celui de ton frère après celui de ton fils à un an d'intervalle. Cela fait beaucoup. On en est presque incrédule quand on est frappé par un deuil, ou un accident ou l'annonce d'une maladie peu de temps après une première perte. Il faut à nouveau mobiliser des forces pour faire face alors qu'on n'a pas encore apprivoisé l'absence de la personne déjà disparue.
Je suis de tout coeur avec toi Stellarose et t'envoie du courage pour pouvoir affronter cette double perte,
Courage et patience à toi aussi Lil et à ceux qui passeront sur ce fil,

Madâme

Hors ligne Sophie75

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #11 le: 06 Septembre 2013 à 00:32:16 »
Bonjour lyl, tu n es pas toute seule , j ai perdu ma petite sœur marie âgée de 26ans il y a 15 jours, a peu près dans les même conditions que ton frère, la seule différence c est moi qui l ai retrouvé, marie était la cadette d une fratrie de 3 , celle avec le plus de caractère, une battante, jolie...rien n aurait pu nous laisser présager un tel acte, elle est morte d amour, un garçon rencontre 3 mois auparavant sur internet, elle en été folle amoureuse, lui pas autant, je pense sincèrement qu il y a de la manipulation psychologique , elle l a appelé a l aide durant 4 jours, se sont envoyé des tas de texto, il n a pas souhaité entendre ses menaces et pire n a prévenu personne, le derniers message elle lui dit de venir tout de suite, lui ,il répond non et lui dit demain, elle lui répond demain ça sera trop tard ,tu apprendras mon décès dans les journaux, et bien c est ce qu il s est passé sauf que je l ai trouvé 2 heures trop tard pendu dans sa salle de bain et que ce garçon ne l a pas appris le lendemain dans le journal mais que c est ma petite maman qui l a appelé pour lui dire que marie ne l embêterai plus étant donné qu elle était morte. Je suis comme toi, même en l ayant vu je n arrive pas a admettre l inacceptable , je me refuse les souvenirs d elle car pour moi je refuse qu elle soit morte, j ai l impression d être en suspend, et que je vais me réveiller . Je ne suis pas prête à accepter ce que je sais déjà . Donc je te comprends j ai l impression en te lisant d avoir un effet miroir.
Sophie

Hors ligne marieso

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Re : Le départ brutal de mon petit frère
« Réponse #12 le: 13 Septembre 2013 à 15:14:27 »
Bonjour Lil,

Une douce pensée pour toi.

Marieso