Auteur Sujet: Un An et demi plus tard ...  (Lu 2569 fois)

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Un An et demi plus tard ...
« le: 26 Juillet 2013 à 11:57:29 »
Bonjour,

Voilà, je suis prète a raconter mon histoire.

J'ai 35 ans , et une vie bien réglée ... en couple depuis 16 ans , une petite fille de 5 ans , tous en bonne santé , propriétaires de notre foyer , en CDI tout les deux , ...
Nous avions comme projet un deuxieme enfant et un mariage . Comme je ne suis pas baptisée , j'ai fait 2 ans de catéchisme pour comprendre la signification de mon bapteme , et je suis tombée enceinte la même période. Amusant , l'accouchement est prévu à une semaine prés le jour de mon bapteme.

En femme responsable, ma grossesse se passe sans aucun écart : je ne fume pas (depuis 5 ans) , pas une goutte d'alcool , pas un  seul aliment risquant de me donner la toxoplasmose , pas de restaurant (au cas ou ) , je surveille mon alimentation ,j'arrete le travail à 6 mois car je suis trop fatiguée, je prend soin de moi ( siestes + marche de 30 mn par jour ) et fait mes examens tout les mois .
Visite du début du 9 ème mois chez le docteur , tout va bien, 11 kg pris au total , le bébé va bien. Il me dit que je risque d'accoucher avant le terme mais que ce n'est pas un soucis, le bébé est parfaitement développé. il était vendredi soir , du coup je fais vite mes dernières prises de sang pour la péridural.
Le week-end se passe bien et le lundi je ressens une extrême fatigue , je met ça sur le compte du week end et finalement le soir perte du bouchon muqueux . Je téléphone au mon docteur mais pas de soucis, cela veut dire que je vais accoucher dans les 24h.
Nous préparons tout, la valises, les papiers , on prévient papi et mamie pour garder notre fille etc ... et mardi soir, contractions

Direction clinique , nous sommes à la fois heureux et impatients de faire enfin la connaissance de notre fille. on nous installe dans une salle et la sage femme essaye d'installer le monitoring mais n'y arrive pas. Elle cherche sur mon ventre , me dit qu'elle a un probleme de materiel et sort. 30 mn plus tard nous voyons mon docteur débarqué, à notre grande surprise et nous amene dans une autre salle. Franchement à ce moment là on a aucune inquiétude , pas de doute, tout va bien .

Je me rappelle du regard de mon docteur et de ses mot : "je suis désolé, il n'y a plus de rythme cardiaque"

C'est le choc, on se regarde avec mon chéri avec une même idée, ce n'est pas possible , on n'y croit pas ...
Je tremble, je claque des dents , puis les larmes viennent et c'est l'incomprehension ...
On m'explique alors qu'il faut que j'accouche quand même et a ce moment , je ne veux pas. j'ai demandé s'ils pouvaient m'ouvrir le ventre car je ne voulais pas accoucher en sachant que ma fille n'allait pas respirer, mais ce n'était pas possible ...
Il a donc fallu que souffre l'accouchement en sachant que malgré mes efforts c'était fini , je ne donnais pas la vie, mais je donnais la mort, et cela entourée des cris des bébés qui naissaient dans les salles à côté. Après examen on ne sait pas pourquoi son cœur s'est arrété , elle pesait 3kg150 et était parfaitement viable.

A ce moment là je suis dans le rejet et le deni le plus total , je ne veux pas pousser , je ne veux pas la voir, je ne veux rien si ce n'est mourir avec elle. et dans notre malheur , elle est née et morte à 1h15 du matin, le jour de l'anniversaire de mon ainée...
En fin d'après-midi , mon compagnon est venu à la clinique avec ma fille pour que je lui souhaite un bon anniversaire, et j'ai souri , je l'ai embrassé et j'ai fait comme si ... on lui a dit que sa petite sœur était montée au ciel et qu'elle s'était transformée en ange.
Les obsèques ont eu lieu quelques jours plus tard , son cerceuil était si petit ....

Retour à la vie normal , je supporte et je fais face pour ma fille et pour ne pas faire pitié .Je commence à faire beaucoup de sport (25h par semaine) contre l'avis de mon medecin . Je pense que je vais bien et je reprend le travail 3 mois après. Mais quelques mois plus tard j'ai eu le retour de flamme, grosse dépression tout en essayant de préserver ma fille et mon couple de la detresse dans laquelle je me trouve  mais j'arrive à peu prés à m'en sortir , même si j'ai pas été loin de me faire du mal.

L'approche de leur anniversaire à était très difficile , j'ai été a fleur de peau depuis le début du mois et le jour fatidique j'étais vraiment mal, la gorge serrée , les larmes au bord des yeux. j'ai offert à chacune un cadeau , un cadeau à ma grande et un cadeau à ma fille disparue que je conserve dans une boite souvenir.

Un fois ce jour passé je me sens forte, comme si j'étais une survivante , mais parcequ'en fait c'est ce que je suis, une survivante.
Néanmoins, aujourd'hui cela fait 1 an 4 mois et 12 jours que ma fille est partie , et pas un seul jour ne passe sans que je revois l'image de son cerceuil couvert de roses blanches.
J'ai vu et lu que c'est important de voir son bébé mort pour tourner la page et tout ça , mais moi je n'en ai pas était capable à ce moment là, je ne le regrette pas car je prefere avoir l'image de son cerceuil en tête , entourée de toute sa famille qui l'aime. Sa photo prise par la sage femme est encore scellée dans une enveloppe, je n'ai pas encore pu l'ouvrir, le moment viendra peut etre plus tard et je sais que ce sera le bon moment.

Aucune culpabilité dans mes mots, juste de la tristesse ... je ne pensais absolument pas qu'un tel drame pouvait arriver dans ma petite vie si bien réglée . J'ai lu quelque part ces mots : " la perte d'un parent, c'est le deuil des moments du passé mais la perte d'un enfant , c'est le deuil du futur et de nos projets "
C'est un peu ça pour mon compagnon et moi , nous qui avions toujours des buts a atteindre ... maintenant on voit la vie d'une toute autre perspective, on ne sais pas ce que la vie nous réserve et on vit chaque moment présent comme si c'était le dernier.

Merci à tous et à toutes, vous qui me comprenez , de m'avoir permis de m'exprimer
Je ne veux pas jouer les calimero , juste raconter mon histoire sans avoir ce regard face à moi (de la pitié? ou plutot de la surpeise que je veuille  justement en parler car j'en ai besoin?)

Hors ligne N@t

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Re : Un An et demi plus tard ...
« Réponse #1 le: 26 Juillet 2013 à 13:37:50 »
Salut trinity et malheureusement bienvenue parmi nous
("malheureusement" car ce n'est jamais une heureuse circonstance que de se diriger vers une communauté dédiée aux endeuillés)


J'ai vu très peu de témoignages comme le tien ici mais j'espère que malgré tout tu trouveras ta place avec nous, tu verras que nos histoires sont toutes différentes et malgré tout le ressenti reste le même. N'hésite pas à aller faire un tour dans les autres sections, les deuils qui peuvent nous paraitre "différents" sont parfois plus proche du notre que nos a priori ne nous l'avaient laisser croire initialement. J'ai découvert avec beaucoup de surprise en les lisant beaucoup de similitudes dans les ressentis des conjoints endeuillés et des frères et soeurs endeuillés et mon vécu de maman endeuillée.

Il existe aussi une video sur le deuil périnatal sur le site
http://deuil.comemo.org/
Ainsi que plusieurs modules sur les parties "communes" du deuil

Le deuil périnatal est un deuil très particulier et assez incompromis de la grande majorité de la population mais avec d'une façon générale une communauté très présente sur le net, malheureusement très renfermée sur elle-même. J'avoue ne pas m'être attardée dans ces communautés de mamans à cause de cette impression d'être une extra-terrestre avec le deuil de mon "grand" (presque 13 ans)

Je n'ai pas beaucoup de recul par rapport à mon propre deuil, qui est encore récent, je peux juste te dire que je comprend ta tristesse et que ici tu n'auras jamais a avoir honte de dire ce que tu ressens, la peine, la colère, même les pires des choses que l'on n'ose pas dire à nos proches ou à notre psy, parce que ici personne ne te jugera, on sait ce que c'est, on sait ce que l'on ressent des jours, des mois, des années après ... (par "on" j'entend la communauté dans son ensemble) et on sait tous que personne n'oublie jamais et que même si la douleur s'amenuise un peu, elle reste toujours présente. On ne tourne pas la page, on apprend à vivre avec notre douleur, c'est très différent. Il n'existe pas de formule magique, de "bonne chose" à faire, si tu n'as pas souhaité voir ta fille, si c'était trop difficile, alors c'est que tu as fait ce qui était le mieux pour toi, surtout si toi-même tu es en paix avec cela, n'écoutes pas ceux qui te diront le contraire voir même qui te diront que c'est nécessaire ou obligatoire car en matière de deuil il n'y a pas de marche à suivre idéale, chacun gère à sa manière. Surtout que la plupart de ces personnes n'y connaissent rien ou trop peu (y compris les professionnels, j'ai moi-même du "lutter" contre mon psy qui pensait que pour "bien faire mon deuil et ne pas tomber dans le deuil pathologique" je devais enlever les photos de mon fils pendant quelques temps)

Demain c'est l'anniversaire de Tristan, il aurait du avoir 13 ans, même malade il aurait au moins du fêter cet anniversaire là ce qui me replonge sur le questionnement sans fin du "pourquoi est-il parti si vite?". Certes mon fils était malade, il avait un lymphome mais jamais la maladie n'évolue si vite chez un enfant de cet âge, en général ils ont plusieurs mois voir années de traitement avant le stade "terminal" et surtout il est extrêmement rare chez un enfant/ado que le coeur "tombe en panne" sans qu'il y ai une maladie cardiaque en dessous ou une maladie qui agisse sur le coeur (ce qui n'est pas le cas du lymphome). Il y a quelques jours je pensais à cette terrible ironie du sort car Tristan n'aurait peut-être jamais du venir au monde. En effet j'ai commencé à avoir des contractions avec col ouvert à 1 cm dès le 3eme mois de grossesse. Ma gyneco ne pensait pas que je passerais le 6eme mois, on s'attendait au mieux à un prématuré et pourtant mon petit gars s'est battu comme le lion qu'il était. Non seulement il s'est battu pour rester au chaud jusqu'au bout mais en plus en juillet les contractions ont cessé et il a donc fallut le pousser un peu dehors quand il a dépassé le terme ^^. Et il est venu comme un soleil dans nos vies en pleine forme, sans aucun soucis de santé jusqu'à ce qu'on découvre son cancer.

Quoiqu'il en soit tu verras que ici tu trouveras toujours une oreille attentive, sans préjugé, même si la plupart du temps nous ne pouvons nous empêcher de parler de nos propres enfants, ceci fait d'ailleurs aussi parti de ces choses que "les autres" (à l'extérieur) ne peuvent pas comprendre mais que nous nous comprenons parfaitement, ce besoin insassiable de parler d'eux, donc parle nous de ta fille autant que tu en a envie, ou de toi, de ce que tu ressens, de tes pleurs, de tes peurs, de tes angoisses, de la colère, de la rage, de la peine ou bien parfois des bons moments (et de la culpabilité de les avoir qui peut les accompagner).

bon courage a toi.
« Modifié: 27 Février 2014 à 16:05:16 par Webmaster »
Natacha, maman de Tristan, emporté par un lymphome foudroyant le 28 Avril 2013 peu avant ses 13 ans, après 7 semaines de combat acharné contre la maladie.

Hors ligne Real

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Re : Un An et demi plus tard ...
« Réponse #2 le: 27 Juillet 2013 à 00:21:36 »
Bonsoir Trinity?
J'ai lu ton histoire avec beaucoup d'émotion car j'ai eu la chance que ma fille ait le premier regard sur moi dans la salle d'accouchement (le plus beau jour de ma vie) et la malchance à ce qu'elle les ferme sur moi cinq ans après.
J'ai refusé que ma fille soit enterrée dans le "carré enfants" qui est sordide avec des enfants qui seraient centenaires pour certains. Elle est donc à l'écart, mais pas loin au point que je remarque une femme venir presque à chaque fois se rendre sur la tombe de son enfant. La fréquence devient suffisante pour qu'on se lie d'amitié. Le décès de ma fille à fait une vague terrible dans la région (et plus loin) car elle a été tué par sa mère. Donc son décès à même été médiatisé et dans un village de 800 habitants on n'a même pas besoin de cela. Tout ça pour dire que cette femme qui avait deux enfants (ils venaient au cimetière avec elle parfois) avait eu une histoire semblable à la tienne il y avait 10 ans... Elle me l'a raconté. A l'époque on lui avait dit "mais c'est rien...", "tu es jeune tu peux en refaire un..." Toutes ces phrases les plus indélicates qu'ils soient...  Devant la pression de son contexte social et de sa famille, elle s'est pliée à ces "bons conseils", à refoulé le deuil de sa petite et à fait deux autres enfants par la suite. Seulement voilà, il a fallu que 10 ans pour qu'un événement terrible vienne tout remuer en elle, ce qu'elle avait finalement négligée. Elle venait plusieurs fois par semaine au cimetière. Elle se rapprochait de plus en plus de moi au point où je me suis dit que ce n'était plus de la compassion... Son couple allait mal. Elle-même était mal, ressentait la douleur comme au premier jour. L'absence de deuil lui est revenu comme un boomerang.
Elle me disait qu'elle aurait aimé au moins la prendre dans ses bras. Comme toi, elle n'a eu qu'une photo.
Perdre un enfant de 20 ans, 45 ans, 5 ans, 1 minute... c'est perdre un enfant. C'est pas la même chose sur le point des liens,mais c'est perdre un enfant. Il ne faut absolument pas négliger le deuil d'un enfant, même s'il est mort dans ton ventre. Il faut en faire le deuil convenablement sans se remettre à en refaire un tout de suite... Sinon tôt ou tard le deuil nous rattrape comme s'est arrivé à cette femme que je connais et qui a failli mettre sa famille en péril. Les choses se sont arrangées depuis, fort heureusement car cela c'est passé il y a trois ans. J'ai appris sur son Facebook qu'elle attendait son quatrième enfant...

Hors ligne coeur

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Re : Un An et demi plus tard ...
« Réponse #3 le: 27 Juillet 2013 à 21:56:50 »
Votre histoire aux unes et aux autres ne m'apporte à l'esprit que ces quelques mots :

Douces pensées à vous.


Quelque soit le deuil, il est toujours très douloureux et le chemin long et difficile pour trouver une certaine sérénité.
La perte d'un enfant, à quelque âge que ce soit, me semble effectivement la chose la plus "inhumaine" qui soit !

Catherine
"Coeur"
"Tenir, toujours tenir ! Tenir le cap ! Envers et contre tout ! Dans la continuité de ton Amour !"

Hors ligne Darwin

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Re : Un An et demi plus tard ...
« Réponse #4 le: 28 Juillet 2013 à 11:34:50 »
Bonjour,
mon fils est également "mort-né", mort fœtale in utero... Il y a bientôt 8mois. Je comprends ce que tu vis, je suis encore sur cette espèce de montagne russe où tout ce qui se rapporte à un nouveau-né me fend le cœur (notamment l'actualité avec l'héritier d'Angleterre).
"mort-né" , mort avant la naissance... Cette expression a désormais un sens pour nous.
J'ai également un fils aîné qui m'aide à me raccrocher à la vie, au quotidien, pour lequel je me dois d'avancer..

Courage

Hors ligne Trinity

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Re : Un An et demi plus tard ...
« Réponse #5 le: 12 Novembre 2013 à 13:11:06 »
Bonjour,

Pour Real , je me souviens qu'un soir, alors que cela faisait quelques semaines que mon bébé était parti , j'ai vu votre témoignage sur une chaine télé et écouté votre histoire et celle de votre petite Rose . Chacun des mots que vous avez prononcé ce jour là m'a profondément touché et m'émeut encore aujourd'hui en y repensant. Depuis, à chaque fois que j'ai le cœur à entrer dans une église, je brule un cierge pour ma fille et un pour Rose . Merci pour votre message

Pour Darwin , chaque phase du deuil est difficile et compliquée .Même si le temps nous apaise, il y a toujours une part de nous qui souffrira indéfiniment . Vivre et avancer pour sa famille , c'est ce que je me disais, mais non, il faut avancer pour soi avant tout et le reste suivra. Votre bien-être rend forcement votre famille heureuse , alors soyez égoiste et pensez à vous.

Pour Catherine, merci beaucoup pour votre message .Perdre un enfant , à n'importe quel stade de la vie, est une épreuve qu'effectivement seuls ceux qui l'ont vécu peuvent comprendre ...


De mon côté je vais mieux , la psychologue m'a beaucoup aidé , et le fait d'en parler autour de moi me soulage et distille ma peine.
Même si j'ai beaucoup hésité , nous avons décidé de retenter notre chance et je suis à nouveau enceinte. Depuis je fais très attention à moi, point de vue alimentaire et visites médicales très fréquentes . Au début je me disais "j'espere que ... " et puis le déclic, maintenant je me dis que "tout ira bien et qu'il n'y pas de raison que le foudre s'abbat deux fois au même endroit ". Même si je sais ça, mon inconscient me joue un drôle de manège, je suis devenue insomniaque et mes courtes nuits sont habitées de cauchemars horribles desquels je me réveille en pleurs. Du coup je prend des trucs aux plantes et revois ma psychologue régulièrement . J'ai aussi des difficultés à accepter la venue d'un petit garçon ... je ne veux pas d'un bébé de substitution pour ma fille disparue , ça c'est clair dans ma tête, mais c'est compliqué à expliquer ,  je me suis si longtemps projetée avec deux filles à la maison , que d'avoir un garçon, c'est un peu comme mettre une pièce du puzzle qui n'a rien avoir avec son ensemble .La première fois que j'ai entendu mes propres mots sortir de ma bouche, c'était déjà comme une délivrance , et je suis en phase d'acceptation .

Merci à vous pour pour vos encouragements et merci à ce forum de permettre aux gens de s'exprimer quand les mots sont compliqués à dire de vive voix.

Trinity