Auteur Sujet: plus d'1 an après la perte de ma fille Chloé (23 ans) et c'est encore plus dur  (Lu 4051 fois)

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Hors ligne Maminou

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Bonjour à tous,

Je viens de m'inscrire sur ce site... J'ai perdu ma fille Chloé , en août 2010 d'une chute accidentelle en montagne. Elle avait tout dans les mains pour être heureuse, elle était éblouissante de vie, elle souhaitait devenir secouriste en haute montagne. Elle s'était battue à fond pour réaliser ses rêves et était sur la bonne voie. Elle avait un vrai talent d'alpiniste mais un rocher s'est détaché. Au début, on a été fort entouré. J'ai "tenu le coup" en écrivant un livre sur elle, en me disant qu'elle ne souhaitait pas qu'on soit détruit par sa passion. Nous avions aussi à soutenir notre fille ainée qui attendait un bébé seule. Mais maintenant, j'ai l'impression de perdre pied, comme si je m'étais empêchée de pleurer toutes les larmes de mon coeur. Les amis sont plus lointains. La plupart estiment qu'après un an, les choses évoluent alors que c'est maintenant que j'aurais besoin de soutien. En plus, dans le milieu de la montagne, il y a tellement d'accidents mortels que les autres parents ou montagnards préfèrent ne pas trop aborder le sujet,comme si on était contagieux. J'ai un petit fils, je l'adore mais l'un ne remplace pas l'autre. Je ne parviens pas à me sentir soutenue par mon mari qui vit son deuil différemment. Je pense que c'est encore plus dur après un an. On n'est plus dans le traumatisme , on vit l'absence à fond. Je ne parviens pas facilement non plus à téléphoner aux amis, j'ai peur de les ennuyer en parlant de tout cela ... du coup , je me retrouve si seule à vivre ce chagrin sans fond. Je pense que sur ce site, je serai comprise par les autres parents . Merci de tout coeur,

Hors ligne nathalie

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Bonjour Maminou,

Moi, j'ai perdu ma fille Chloé, 14 ans 1/2, rupture d'anévrisme cérébral, le 13 février 2011.
Demain, cela fera 10 mois!!!  10 mois d'absence, 10 mois sans la voire, la toucher, l'embrasser....c'est trés dur.

Nos amis, (les vrai), sont présents...ceux que je croyais avoir, eux ne font aucuns signes, au début j'avais du mal à comprendre pourquoi??  mon psy, m'explique que nous sommes le noyau, au centre de ce qu'il y a de plus terrible dans une vie, PERDRE SON ENFANT. Et que les gens ont peur, car ils ont imaginé au moin une fois, que ça aurait pu etre eux, que ça pourrait etre eux...et que c'est telement dur pour eux qu'ils nous evitent...
Je ne trouve pas ça juste, mais je me dis ok, et en même temps, je ne leur donne pas de mes nouvelles..
Et il y a ceux, qui pensent que c'est comme ça ! et il faut avancer...!! et là, j'ai de mauvaises pensées...ça veut dire quoi avancer??

J'ai une amie..qui ma demandé si pendant les vacances de noel, j'allais prendre en vacances une amie de ma fille, ça me changerait les idées!!!!!  comment on peut dire des conneries comme ça ?!

Je n'ai pas les mots pour te donner un peut de paix, mais ici, tu trouveras que des mamans et des papas qui vivent la même chose, et ça fait beaucoup de bien de partager notre douleur, notre chagrin avec des personnes qui nous comprennent...c'est télement important.
J t'embrasse, Nathalie

Hors ligne Unpapa

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Maminou,

Tu n'es pas seule sur ce site à vivre ce cauchemar, mais pour ceux qui t'entourent et qui t' aiment tu n'as d'autre choix que d'avancer...
Rapproches-toi encore plus des gens qui te prouvent chaque jour qu'ils t'aiment. Ton mari, vis la chose de l'intérieur, car comme beaucoup d'hommes, il n'ose montrer son chagrin, mais il souffre lui aussi en silence, j'ai été dans ce cas avant de craquer et de lâcher mes larmes qui engloutissaient mon coeur...

Je te souhaite de trouver le chemin qui te permette d'avancer malgré l'absence physique de ton Ange Chloé, ressens la en toi pour qu'elle t'accompagne dans ton quotidien.

Je te tiens la main et j'adresse des pensées d'AMOUR à ton ANGE CHLOE

Philippe le papa de Jérôme un Ange désormais

Hors ligne Maminou

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Merci à vous tous pour vos messages. Cela fait très chaud au coeur.

En fait, la première année, je pense que j'ai été dans le traumatisme de l'accident. On est aussi fort entouré et puis j'ai pu exprimer mes sentiments à travers l'écriture d'un livre (Il était une fois une fée au pays de la grimpe).
Après un an, la douleur de l'absence se marque encore plus. Jamais plus son sourire, jamais plus la prendre dans les bras. J'ai l'impression d'avoir des bras qui ne servent plus à rien. Heureusement que notre petit fils est là. Parfois quand il dort, j'ai tellement peur qu'il s'endorme à jamais.
Notre fille habitait à Grenoble alors que nous sommes belges. Nous la voyions souvent mais elle n'habitait plus à la maison depuis quelques années. Elle est partie à 18 ans en montagne pour assouvir sa passion. Je pense que c'est la raison pour laquelle son absence se marque plus douloureusement maintenant. On pouvait presque se dire qu'elle était en expédition longtemps...
Je me dis qu'il faudra vivre pendant des années avec cette douleur et ce vide au coeur. A certains moments, j'en ai des angoisses et du mal-être physique rien que d'y penser. C'est aussi difficile de parler aux amis, j'ai l'impression de répéter toujours la même chose et j'ai peur de déranger. Heureusement qu'il y a ce forum.
Le plus terrible est l'absence et le fait de ne pas pouvoir donner du sens à cette perte . Mes pourquoi restent sans réponse, car il n'y en a pas.
Chaque fois que j'entends à la télé par exemple que des parents ont perdu un enfant , je suis effondrée pour eux. 
Pourquoi faut-il vivre une telle horreur ? Nos enfants étaient tellement vivants ! A jamais vivants en nous ...

Merci à tous,

Anne-Françoise

Hors ligne flemming

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Bonsoir Maminou,
J'ai vécu la meme chose avec la disparition de maman le 1er juillet 2010. Pendant les huit mois qui ont suivi, j'étais très triste, je pleurai un peu, j'étais fort occupée par du bénévolat (aux restos du coeur), puis en mars, j'ai eu un problème de santé sans trop de gravité (quatre fractures au bassin, fractures de fatigue). Et là, étant allitée à la maison, tout m'a explosé en pleine figure.....et maintenant au bout de 17 mois, maman me manque terriblement, je souffre de sa disparition..... et je fais simplemenet à ce jour "mon deuil"........
Les seules choses qui me permettent d'évoluer sont : ce site ou nous sommes tous dans le meme processus, et la psychologue d'une association, que je vais voir, et bientot en février commenceront les groupes de paroles.
Cela fait un immense bien de venir discuter sur ce site car il y a toujours  quelqu'un qui nous encourage, un autre a un petit mot gentil, et cela m'apporte un peu de baume au coeur complètement fracassé par la disparition de maman.

Perdre un etre qui nous est cher est d'une atroce souffrance. Notre entourage ne comprend pas vraiment ce que nous ressentons et il devient maladroit, embarrassé envers nous, de ce fait nous nous sentons seul, incompris...
Et voilà pourqoi je me retrouve  à cette heure sur mon ordi, car pour moi les nuits sont signes de nuits blanches....

Beaucoup de courage à tous ceux et celles qui ont le coeur brisé par la perte d'un etre très cher.

Hors ligne Maminou

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Merci beaucoup à tous pour vos messages.

En fait, la première année, j'étais bien sûr immensément dans le chagrin (les mots ne sont jamais assez fort pour l'exprimer). En fait , c'est indescriptible. Mais, je me suis forcée à rester debout en hommage à Chloé. Elle avait une volonté hors du commun pour réaliser tout ce qu'elle voulait. Pour suivre sa voie, je me suis obligée à ne pas casser. Elle ne l'aurait jamais voulu. Elle ne faisait pas de l'alpinisme pour nous détruire en cas d'accident. Elle nous voulait vivant. Par amour vis-à-vis d'elle et par respect de ce qu'elle a été, je ne voulais pas être une morte-vivante comme je disais, pour mes autres enfants aussi.

La plupart des amis m'ont donc vu "relativement" forte. Bien sûr , ils nous ont entouré mais en fonction de ce que j'acceptais de montrer. Je suis assez pudique sur mes sentiments profonds. En plus, il fallait être forte pour mes autres enfants et au boulot, il y avait des restructurations à gérer. Bref, j'ai essayé de tenir tout en me rendant compte que j'étais sur le fil du rasoir comme on dit.

Maintenant que je ne suis plus dans le traumatisme, dans la "gestion pratique " du deuil de Chloé (démarches administratives et autres -c'est horrible de devoir assurer tout cela pour son enfant ...) , que j'ai déménagé de 900 km pour être prêt de mon autre fille et de mon petit fils, que j'ai pu me "poser", que les amis ont pris leur distance (après un an, ils pensent sans doute que le plus gros est passé...), je perçois qu'il va falloir vivre avec ce vide au coeur jusqu'au bout. M'occuper de mes autres enfants et de mon petit-fils est bien sûr une joie, un apaisement mais en même temps réveille toute la tendresse que je ne peux plus vivre au quotidien avec ma Chloé chérie , même si je perçois bien qu'elle est en moi, à côté de moi pour me soutenir. Pendant toute la première année, je ne parvenais plus à rêver en dormant (du moins je ne m'en souvenais plus), je ne parvenais plus à me souvenir de Chloé petite  dans les gestes de tendresse. Il a fallu que j'aie mon petit-fils pour retrouver ces moments vécus avec Chloé. Le psy consulté me disait que c'était un mécanisme de protection face à un deuil terrible à vivre. Je vis donc une autre période dans mon deuil. Certains m'ont dit que la deuxième et troisième année étaient les plus difficiles; J'ai l'impression que c'est ce que je vis. Il faut retrouver une autre relation à Chloé ...Je vis avec un pied ici , dans notre monde et un autre, ailleurs , dans l'au-delà...

Merci pour toutes les personnes qui témoignent sur ce forum. Cela m'aide beaucoup. J'ai essayé le psy au début mais je ne trouvais pas cela concluant.  Je vais aussi essayer de participer à un groupe d'échanges avec d'autres parents désenfantés dans la région où j'habite. Je pense que cela pourra m'apporter beaucoup.

Je pense beaucoup à vous tous dans cette période particulière, de tout coeur avec tous nos enfants tellement présents