Auteur Sujet: accompagner mes enfants dans le deuil de leur papa  (Lu 854 fois)

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Hors ligne cemoune44

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  • Le forum d'entraide durant un deuil
accompagner mes enfants dans le deuil de leur papa
« le: 28 octobre 2020 à 16:17:40 »
Bonjour,
Je viens ici un peu désemparée, je me sens seule et je n'ai personne pour me comprendre dans ces épreuves,
Mes enfants de 11 et 13 ans  ont perdu leur père (nous étions séparés) il y a 18 mois. Il est décédé d'un cancer mais n'ayant jamais accepté sa maladie et son issu, les enfants n'ont pas été préparés.
Je me retrouve seule face à leur chagrin, leur colère, leurs silences et l'absence.
Je ne sais trouver le juste milieu entre l'amour, l'éducation. De toutes manières, je n'arrive pas à les consoler et j'ai l'impression d'avoir perdu le lien qui muni à eux.
 Je suis moi-même fatiguée et très déprimée, j'ai peur de faire une dépression. Ces derniers temps, mes réactions sont parfois inadaptées, colère mal maîtrisée, paroles blessantes.
Bref, je perds pied et cela ne fait qu'empirer la situation.
Alors si d'une manière ou d'une autre, vous avez des conseils à me donner, des expériences à partager, je suis preneuse.
Ma plus grosse interrogation est que faire de leur colère qu'ils dirigent contre moi?

Hors ligne Eva Luna

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Re : accompagner mes enfants dans le deuil de leur papa
« Réponse #1 le: 28 octobre 2020 à 23:25:51 »
Bonsoir, j'ai lu ton histoire si triste...
tu es fragilisée par ce décès et pas toujours apte à soutenir tes enfants et c'est normal, toi aussi tu es en deuil, même si vous étiez séparés.Ta peine est grande et il faut pouvoir aussi la traverser.
La seconde année est très difficile.Cette sensation de perdre pied est un signal d'alerte, et
Si tu te sens déprimée, n'attends pas, parles en à ton médecin, pour ne pas sombrer.
Si tu le peux, active autour de toi les amis ou la famille qui pourraient prendre le relais de temps en temps pour te soulager, te soutenir toi.Demander de l'aide est parfois la meilleure solution.(grands parents, parrain, marraine...?)
L'aide d'un psy pourrait t'aider peut être à remettre les choses à leur place, entre ton chagrin à toi, celui des enfants et la colère qui vous étreint tous...
Etre parent solo d'ados est très complexe déjà, alors avec ce deuil c'est encore plus difficile...As tu quelqu'un dans ton entourage qui peut técouter et te soutenir?
Je te copie colle une partie d'un article sur CAIRN:les conséquences d'un deuil dans l'enfance.Le passage sur la colère est au milieu.ça peut t'aider  à mieux comprendre ce qui est en jeu dans leurs réactions si déroutantes...

Ce qui me vient c'est que toi aussi tu es en  colère contre lui , de te et leur faire vivre ce deuil si douloureusement car pas accompagné alors que la maladie aurait pu vous donner du temps...Ils savaient qu'il était malade leur papa?
Et leur colère te tombe dessus parceque tu es là  pour la recevoi r mais une grande partie lui est destinée à lui...mais on se sent très coupable d’être en colère contre un mort... et rien que pour ça, une rencontre avec une psy pourrait permettre une remise à sa juste place de cette colère, immense et légitime et qui permet de contenir le chagrin, au début...
C'est pas des conseils, hein, c'est des pistes ... fais comme ça te convient le mieux, avec les idées qui te parlent , en fonction de ta vie, de tes enfants, de la situation...et reviens nous dire comment tu vas... car tu as cette lucidité qui est une force mais qui fait mal aussi...
je t'embrasse, tu n'es pas seule...

"A moyen terme, un deuil dans l’enfance peut avoir pour conséquence, l’apparition de symptômes qui demandent bien souvent à être décryptés. Ces manifestations gênantes, voire même invalidantes, témoignent d’une souffrance qu’il convient d’entendre et de comprendre afin de l’apaiser.
La dépendance anxieuse


Le décès d’un parent oblige l’enfant à se défaire de l’illusion sécurisante selon laquelle ses parents sont invulnérables et immortels. Cette prise de conscience peut être source d’une forte angoisse se traduisant par une dépendance anxieuse.


Cette dépendance anxieuse se caractérise par un attachement excessif à l’autre, sur un mode régressif. L’enfant se montre en permanence insatisfait de sa relation aux membres de son entourage, toujours insuffisamment présents. En général, ses interlocuteurs, irrités par ces sollicitations sans fin, ont tendance à réagir par des mouvements de rejet ou d’agressivité. Mais si l’enfant se montre si anxieux, si inquiet à l’occasion de toute séparation ou à la simple idée de séparation, c’est parce qu’il craint que ceux qu’il aime ne viennent à disparaître à leur tour. Cette peur se fonde, notamment, sur l’anticipation angoissée d’éventuels accidents ou malaises qui risqueraient d’emporter les proches auxquels l’enfant est attaché. Parfois encore, l’enfant a peur d’être kidnappé ou de se perdre, d’être tué ou victime d’un accident. Les situations de séparation sont propices à l’émergence d’une telle angoisse : le fait de devoir rester seul à la maison, d’aller à l’école… Le mal-être qui en découle s’exprime au travers de plaines somatiques, de colères, de comportements de refus et d’opposition…


« Sur le plan psychique, l’impossibilité à supporter la séparation correspond à l’incapacité d’évoquer en pensée, l’image sécurisante de l’absent. En effet, pour pouvoir se séparer physiquement d’une personne, il faut avoir suffisamment de présence interne de celle-ci en soi. Dans le cas contraire, un fonctionnement de collage et d’agrippement perceptif à l’autre prédomine. La dépression profonde du parent endeuillé restant peut être à l’origine de ce genre de réaction chez l’enfant. La mort de l’être cher suscite généralement chez l’adulte une grande détresse émotionnelle. Plongé dans sa douleur, dans ses pensées, coupé du monde et des autres, ce parent est vécu comme inaccessible, comme absent. A ce moment-là, la crainte majeure de l’enfant réside dans le fait que son parent puisse le laisser tomber psychiquement et l’oublier. Sous le coup de cette menace, le jeune endeuillé va développer une hypervigilance et surveiller son proche qu’il ne peut désormais plus lâcher des yeux [1] ». Ce surinvestissement du perceptif s’effectue au détriment du représentatif (soit je vois l’autre, soit je me le représente). Il peut en résulter d’importantes difficultés de symbolisation dans les apprentissages scolaires.

Dans un tel contexte, l’aide directe que l’on peut proposer à l’enfant n’est pas toujours suffisante. Un soutien psychologique destiné au parent se révèle souvent indispensable.

La colère


La colère peut avoir diverses origines qu’il faut tenter de déterminer avec l’enfant. Parfois, elle est due à la déception ou au ressentiment : l’enfant qui s’est vu écarté des funérailles peut en garder le goût amer. A d’autres moments, c’est parce que l’enfant craint de perdre le parent qui lui reste qu’il ne tolère plus la moindre séparation et manifeste son désarroi en malmenant son entourage.

D’une façon générale, la colère est un sentiment assez mal toléré par les adultes. Souvent, ceux-ci ne comprennent pas ce qui la motive, la trouve injustifiée et y répondent par la sanction ou la punition. La colère et l’anxiété de l’enfant ne disparaissent pas pour autant. Elles ont même plutôt tendance à augmenter dans la mesure où le sentiment d’abandon de l’enfant gagne en intensité. Ces réactions en chaîne finissent par verrouiller le cycle anxiété/colère et comme la colère explosive éloigne des autres, l’enfant se retrouve isolé au moment même où il a le plus besoin d’être entouré et soutenu.


Découvrir les rouages d’un tel système donne les moyens à l’enfant de s’en délivrer.
L’hyperactivité

Le comportement de l’enfant est désordonné, brouillon. Il commence une activité sans vraiment s’y investir. Il a du mal à rester en place. Ces moments alternent parfois avec des phases de prostration. Sur le plan émotionnel, l’enfant ne manifeste aucun chagrin (ce qui ne signifie pas qu’il n’éprouve rien, bien au contraire). Mais la mise en acte vient en lieu et place de ce qui ne peut s’exprimer par les larmes ou par une verbalisation de la tristesse. La plupart du temps, ce comportement est renforcé par l’attitude familiale qui refuse non seulement les signes extérieurs de sa peine, mais aussi ceux de l’enfant.


L’hyperactivité peut également être comprise comme un moyen défensif destiné à faire face à l’angoisse de mort : pour l’enfant, la mort est avant tout associée à la passivité et à l’immobilité.
Les troubles du sommeil

Peu avant le coucher, l’enfant se plaint de douleurs diverses. Il ne joue plus et s’accroche aux membres de sa famille, cherche à repousser le moment d’aller dormir. Dans la nuit, il se relève, vient retrouver son parent et ne s’endort qu’avec un adulte à ses côtés.


Ces troubles du sommeil traduisent, d’une part, la crainte de voir disparaître l’adulte, dès lors que celui-ci n’occupe plus son champ de vision et d’autre part, une forte angoisse de mort. Concernant ce dernier point, rappelons que la pensée infantile associe la mort et le sommeil : s’endormir équivaut à ne plus se réveiller.


Les cauchemars répétitifs témoignent quant à eux de l’existence d’une importante culpabilité consciente et/ou inconsciente.
Les phénomènes d’identification au défunt


Le jeune endeuillé présente, de façon durable ou transitoire certains troubles somatiques s’apparentant aux symptômes manifestés par l’être cher peu avant sa mort. Il peut s’agir d’une toux, d’une dyspnée, de maux de ventre… Ces identifications, de par leur caractère invalidant, témoignent de la culpabilité infantile : à défaut de n’avoir pu réparer la partie du corps malade du corps de leur proche, ces enfants semblent en porter la douleur.


Les identifications sont également un moyen, pour l’enfant, de maintenir la présence du défunt à travers lui. Par cette « présentification », le jeune endeuillé peut tenter d’empêcher le parent restant de se déprimer, en lui évitant le vécu de la perte (illustration clinique).


D’une façon générale, on observe une résurgence des mouvements identificatoires à chaque date anniversaire du décès. L’inconscient n’oublie pas…

Les plaintes somatiques

L’enfant se plaint de maux divers (douleurs abdominales, céphalées…) sans qu’aucune cause organique ne soit découverte.


Dans certains cas, le corps reste la seule trace d’inscription possible d’une souffrance dépressive qui ne parvient pas à s’exprimer autrement. L’enfant peut craindre, s’il donne libre cours à ses émotions douloureuses, que sa propre peine n’augmente celle de ses proches. Parfois encore, la réprobation familiale, explicite ou implicite, à l’égard de l’expression du chagrin génère la répression massive de ces sentiments de tristesse.

Les somatisations apparaissent également dans un contexte d’expiation douloureuse. Elles sont alors à interpréter comme le prix de fautes à payer. Consciemment ou inconsciemment, l’enfant, extrêmement culpabilisé, pense avoir provoqué la mort de l’être cher.

Les symptômes corporels permettent aussi au jeune endeuillé d’atteindre, sans qu’il en ait véritablement conscience, l’objectif suivant : rester auprès de ceux qui le protègent et le rassurent.

L’enjeu du travail psychothérapeutique consiste à favoriser le passage d’un mode de communication corporel invalidant à une élaboration plus mentalisée de la souffrance.