Auteur Sujet: Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.  (Lu 424563 fois)

0 Membres et 2 Invités sur ce sujet

En ligne Bmylove

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 1845
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1635 le: 27 Septembre 2018 à 08:59:30 »
Comment oublier ceux qu'on aime tant ?
C'est impossible.

Affectueusement
If I look hard enough into the settin' sun
My love will laugh with me before the mornin' comes

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1636 le: 27 Septembre 2018 à 12:55:04 »
Bien sùr que je sais qu'on ne les oublie pas...
je constate seulement que ne reste que l'idée de la personne morte, son empreinte, sa trace en nous, dans nos vies... mais plus rien d'elle en vrai...
je ne pense presque plus à ma soeur morte...
je ne veux pas de ce destin pour ma fille...



Hors ligne Faïk

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 807
  • Terra Incognita
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1637 le: 27 Septembre 2018 à 16:14:52 »
Et pi quoi ? Epigénétique peut-être ...

On n'oublie pas ceux qu'on aime. Jamais.
A moins d'être lobotomisé, alzheimerisé...
Si le fait d'avoir vécu dans leur environnement n'a pas modifié notre ADN, l'expression de notre code génétique en a été influencé pour toujours.
"Je suis", grâce à lui, eux, elle ...  C'est notre héritage, c'est ce qu'ils nous ont laissés. A jamais.

Mais cela ne suffit pas : il manque cruellement de la chair pour enrober nos souvenirs, de la chaleur, des odeurs, un souffle, une pensée. Toute réalité d'eux qui ne s'exprime plus se dissout dans les limbes du temps.
A ne plus les regarder, les toucher, les sentir, nos propres sens s'émoussent et ainsi s'affadissent le grain de leur peau, le soyeux de leurs cheveux, la lueur dans leurs yeux...

Et ça c'est juste insupportable ! Là est cette forme d'oubli. N'est-ce pas les laisser mourir un peu plus ?
Enfin, je crois ...

Je pense à toi, je pense à vous.
« Modifié: 28 Septembre 2018 à 12:28:35 par Faïk »

Hors ligne Mircea

  • Membre Senior
  • ****
  • Messages: 411
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1638 le: 28 Septembre 2018 à 09:29:27 »
il manque cruellement de la chair pour enrober nos souvenirs, de la chaleur, des odeurs, un souffle, une pensée. Toute réalité d'eux qui ne s'exprime plus se dissout dans les limbes du temps.
Oui, même si on l’écrit pour essayer de ne pas oublier (le son de la voix, du rire, son regard, son corps ...) , ça manque cruellement de vie ….

J’espère, je veux croire que face à ce que l’on risque de perdre peu à peu de la personne que l’on aime, on a la possibilité (?), le choix (?) la responsabilité (?) (je ne trouve pas le mot) de la rendre alors plus présente dans nos vies d’une autre façon ….

Pour illustrer ma pensée :
je n’ai pas connu mon grand-père. Mais une personne de la famille (qui n’avait pas un lien « privilégié » avec lui, n’était ni son épouse, ni l’un de ses enfants, ni sa mère …) en parlait régulièrement, évoquait des souvenirs, disait aussi face à des petites situations de notre quotidien : ton grand-père aurait dit ça, aurait fait ça, aurait ri etc …. et surtout les mots étaient entourés de sentiments, d’émotions : elle parlait de mon grand-père avec plaisir, avec affection etc …. (je ne sais pas s’il y avait de la tristesse, je ne l’ai pas perçue ….).
Cet homme que je n’ai pas connu de son vivant, aujourd’hui je peux parler de lui, il a une présence dans ma vie (peut-être même plus que certains vivants).

Même si ça n’enlève pas le chagrin, le manque, je pense que l’on a peut-être encore la possibilité de ne pas" les laisser mourir un peu plus" ... tout au moins le temps du reste de notre vie ....

Hors ligne souci

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2656
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1639 le: 28 Septembre 2018 à 09:50:56 »

    Une photo de ma roseraie débutante (11 plants, et j'en ai placé un beau chez ma maman)
    Piocher pour pas crever ...

   

    Éperdument déraillée, M.

Hors ligne Faïk

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 807
  • Terra Incognita
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1640 le: 28 Septembre 2018 à 12:37:11 »
Eperdument déraïée, F.

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1641 le: 28 Septembre 2018 à 20:56:34 »

Mais cela ne suffit pas : il manque cruellement de la chair pour enrober nos souvenirs, de la chaleur, des odeurs, un souffle, une pensée. Toute réalité d'eux qui ne s'exprime plus se dissout dans les limbes du temps.
A ne plus les regarder, les toucher, les sentir, nos propres sens s'émoussent et ainsi s'affadissent le grain de leur peau, le soyeux de leurs cheveux, la lueur dans leurs yeux...

Et ça c'est juste insupportable ! Là est cette forme d'oubli. N'est-ce pas les laisser mourir un peu plus ?
Enfin, je crois ...

Ah... j'avais pas les mots , juste le ressenti... et tu me prêtes  les tiens... de quelqu'une qui comprend...ce que je ne sais que maladroitement dire...

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1642 le: 28 Septembre 2018 à 20:57:48 »
Une roseraie en gestation... belle création pour lutter contre le néantissement qui participe à l'oubli ...

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1643 le: 28 Septembre 2018 à 21:03:54 »
Peut être je suis mélancolique?

http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/labsence_de_loubli_de_la_mort

L'absence de l'oubli de la mort            Jackie Pigeaud

"La souffrance et la force du mélancolique*, c'est d'abord son refus d'oublier la présence de la mort au sein de la vie et ensuite son désir de donner un impossible sens à l'absurde de la mort ou à l'aporie d'une vie associée à la mort.
There have been men in all ages who have been impelled as by an instinct to propose their own nature as a problem, and who devote their attempts to its solution. (Coleridge, Biographia litteraria)

«Il y a toujours eu des hommes, en toutes les époques, qui ont été poussés comme par un instinct à proposer leur propre nature comme problème, et qui vouent tous leurs efforts à sa solution.»

J'ai toujours admiré cette phrase de Coleridge, où le mot nature est ambigu: désigne-t-il la nature humaine, ou le donné qui nous échoit?

Quand on parle de la mélancolie, il ne faut pas avoir peur des grands mots. Aux grands maux, les grandes paroles. La naissance et la mort par exemple. J'ai assisté à la naissance et à la mort. Je ne dirai pas que c'est le même événement. Mais l'un et l'autre entrouvrent une porte qui laisse étonné, j'entends foudroyé devant une révélation; l'évidence de la brutalité de la nature. Une béance; l'occasion de saisir d'un coup d'œil l'étrange, l'étrange absolu, le non-sens et la force.

Dans les deux événements, c'est la violence de la nature qui paraît. Une violence radicale, sans concession. On a là sans doute la seule fenêtre qui nous soit permise sur la nature. La nature n'est pas absurde; elle n'a tout simplement pas de sens. Elle est pure force. C'est nous qui lui donnons du sens. Dans le cas de la naissance, le sens est tout préparé; le monde, la civilisation, la culture, le foyer attendent l'enfant; c'est l'accueil de celui qui ne parle pas encore. Dans le cas de la mort, il faut travailler à donner un sens à cet événement. C'est le deuil*. Et puis on oublie, pour retourner à la vie ordinaire. L'absence de cet oubli de la mort s'appelle mélancolie. Ceux qui n'ont pas eu la grâce de cet oubli s'appellent mélancoliques. Proposition occasionnelle, toute provisoire et presque ironique. On ne peut faire de la métaphysique de bazar, parce qu'il y a maladie et souffrance. La mélancolie, c'est autre chose; mais quoi? Vivre le rapport nature-culture dans la souffrance; prétendre que cette souffrance a un sens, élabore du sens; partir à la recherche de ce sens, telle est la charge insensée du mélancolique, tel est le fond de sa maladie. Telle est sa force."


Source: Jackie Pigeaud, De la mélancolie. Fragments de poétique et d'histoire, Paris, Dilecta, 2005, p.153-154.

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1644 le: 29 Septembre 2018 à 13:28:23 »
Quand je serai morte,
Que restera t il de moi?
Qui se souviendra de moi, de ma vie, de mes espoirs et de mes peines?
Qui aura sa vie dévastée par ma disparition?
Qui pensera à moi chaque jour?
Chaque semaine,chaque mois?
Pour qui aurai je compté?

Il y aura bien de l'oubli et de l'effacement progressif...

Hors ligne Mircea

  • Membre Senior
  • ****
  • Messages: 411
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1645 le: 29 Septembre 2018 à 23:36:58 »
Quand je serai morte,
Qui se souviendra de moi, de ma vie, de mes espoirs et de mes peines?
[..]
Pour qui aurai je compté?

pour les proches vivants qui t'aiment ...
mais oui il y aura de l'oubli et de l'effacement progressif quand eux aussi mourront ...
Je pense que je peux comprendre que c'est justement cela que tu ne veux vraiment pas pour ta fille Emmanuelle ...

Nous n'avons peut-être pas la même façon d'appréhender la mort mais j'apprécie de lire ce que tu peux écrire, les textes  que tu partages comme celui sur "l'absence de l'oubli de la mort", ça m'aide à voir sous un angle nouveau, différent .... je t'en remercie

Bien affectueusement
avec une douce pensée pour Emmanuelle

Hors ligne Kiné

  • Membre Complet
  • ***
  • Messages: 102
  • Le forum d'entraide durant un deuil
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1646 le: 30 Septembre 2018 à 14:50:36 »
Chère Eva Luna,
Je partage aussi cette crainte de l’oubli ... bien sûr, ce n’est pas de l’oubli en tant que tel que nous avons peur... nous n’oublierons jamais nos enfants... mais l’oubli de nos rêves les concernant peut-être, l’oubli de leur odeur, la sensation de leur toucher, de leur voix... et l’oubli des autres ... et quand nous ne serons plus là, comment continueront-ils à « exister », que restera-t-il d’eux...?
J’ai lu il y a quelques mois le livre « le bleu de la nuit » de Joan Didion ... elle l’ecrit si bien ce genre de sentiments...
Je t’embrasse Eva Luna...
« Le bonheur que l’on a vécu ou partagé nous appartient pour toujours. » Pièce Constellations de Nick Payne
❤️❤️❤️

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1647 le: 30 Septembre 2018 à 20:44:23 »
Ça me donne l'envie de le relire , ce livre...merci Kiné, je vais le repêcher dans ma bibliothèque...
ça me donnera des mots pour exprimer cette crainte de l'oubli qui me taraude...
pour laquelle je me sens parfois mal comprise...
pas le vrai oubli, comment oublier son enfant...
mais cet oubli progressif qui sépare les morts et les vivants,
ce détachement, normal me dit on, du deuil....

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1648 le: 30 Septembre 2018 à 20:51:14 »
Et merci aussi Mircéa de faire l'effort de tenter de comprendre ce que j'ai tant de mal à mettre en mots...

J'avais pris comme point de vue, ma propre disparition, plus facile à évoquer que celle d’Emmanuelle à ce moment du jour mais j'ai pu, plus tard, écrire la suite sur mon blog:

"(Questionnement)Qui cherche à masquer/dévoiler, en même temps, le questionnement sur l’absurde absolu de cette mort pour moi.Questions sans forme et sans mots donc sans réponses.

Que reste t il d'Emmanuelle...

Quelle trace dans nos vie, dans nos coeurs, dans nos esprits...

Elle laisse quoi...quelle empreinte...

Et à quoi ça rime, à quoi ça sert...

Le néant reste inhabité inhospitalier!

Qui pense encore à elle, hormis nous, le premier cercle souffrant...

Cette présence intérieure qui est censée nous accompagner pour le reste de nos vies, comment on la fait, cette intériorisation d'un défunt...

Quel mécanisme est donc grippé chez moi..."

Hors ligne Eva Luna

  • Membre Héroïque
  • *****
  • Messages: 2482
Re : Mamandeuil ou la vie après la mort de ma fille.
« Réponse #1649 le: 19 Octobre 2018 à 22:07:39 »
Depuis...
depuis, je vis en Absurdie...