Auteur Sujet: Ma fille, Calixte  (Lu 220 fois)

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En ligne Anic

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Ma fille, Calixte
« le: 15 Juillet 2019 à 22:01:37 »
Bonjour. Il y a 4 ans je perdais brutalement ma fille, elle avait 19 ans. Ma vie s est effondree ce soir la. Il y a 2 ans je perdais mon mari, handicape depuis 10 ans, il avait 56 ans. On etait tetanisee par notre deuil, mais on s entraidait comme on pouvait. Nos souvenirs communs de notre fille, on ne peut plus les echanger, meme cela nous aura ete refuse par cette vie. J ai un fils qui a 27 ans, qui est gentil et tres actif mais qui habite loin, qui parvient a evoquer son pere mais jamais sa soeur. Toute la famille nous a laisses tomber ainsi que nos connaissances. J ai reussi a me faire quelques nouvelles amies, mais qui me connaissent peu, qui n ont connu ni ma fille ni mon mari. J ai beaucoup ecrit, je peint, je vais dans la nature. Je travaille a mi temps. Mais ... c est tres dur. C est un sentiment d horreur. Je vis pour ne pas abandonner mon fils. Par moments j ai de l energie, je voudrai faire ' quelque chose ' pour elle, ensuite je me dis que tout est si derisoire, triste, inutile, et je suis comme paralysee.  L abandon de ma famille me decourage encore plus. Je me sens comme une naufragee en pleine mer.  Et je me demande quoi faire maintenant du temps qui me reste. Je ne sais pas. Je survis pour mon fils mais je n aime plus la vie.  Je lutte mais c est tres dur.  Vous comprenez tout cela. Nouvelle sur le forum, merci de m avoir lue. Courage a vous toutes/tous. 
« Modifié: 16 Juillet 2019 à 22:20:31 par Anic »

Hors ligne résilience et silence

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Re : Ma fille
« Réponse #1 le: 16 Juillet 2019 à 09:25:39 »
Merci Anic des souhaits de courage que tu adresses à notre grande communauté du deuil. Nous sommes nombreu(x)ses à avoir éprouvé cette perte du goût de vivre, cet abandon familial, cette lutte d'un quotidien rendu si vide de sens. Mes enfants vivants n'évoquent pas non plus leur soeur décédée mais je pense que c'est en partie leur façon d'activer en nous les forces vives qu'il nous reste, en-deça de leur propre douleur, de leur propre cheminement. Face à Méduse, qui peut l'approcher de face sinon en miroir? J'ai la conviction que c'est dans cet espace qu'il nous faut être tout en acceptant qu'un jour, Méduse nous transforma en désolation de pierre...ré-apprendre à rester ouvert tant à nos enfants défunts qu'à nos enfants vivants demande tant d'énergie, de force intérieure. Je te prie de recevoir ces mots, simples et sincères, ainsi que mon respect pour ton propre courage.
Pascal.
« Modifié: 16 Juillet 2019 à 15:40:51 par résilience et silence »
C'est dans les situations les plus difficiles et les plus désespérées que les individus trouvent le courage de se battre pour leur conviction. Tecumseh.

En ligne Anic

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Re : Ma fille
« Réponse #2 le: 16 Juillet 2019 à 22:17:02 »
Bonjour Pascal et merci de votre message qui m a fait du bien. Votre reference a Meduse est venu en echos a une pensee de Boris Cyrulnik : parents en deuil, on est sideres, effondres, paralyses par la douleur, comme pris dans les yeux de Meduse. C est la realite brute. Et il y a notre possibilite de penser, de recomposer, de formuler un recit de cette vie. Selon Boris Cyrulnik, quand on parvient a mettre en mots en puisant dans l imaginaire voire la poesie, et cela est paradoxalement possible, cela peut nous proteger de l effroi.  C est alors en quelque sorte le reflet dans le bouclier miroir.
Personnellement j ecris et je peinds, des petites choses un peu poetiques qui evoquent ma fille, car elle etait la poesie de ma vie. J ai  compris aujourd hui  mon alternance entre une sorte de paralysie qui me cloue des jours entiers soumise a des images dures qui me font renier toute creation et un leger apaisement quand j ecris ou quand je peinds ce qui s apparente a un reflet. Compendre et avoir une representation de ce que l on eprouve nous aide. Demeure la grande peine. Mais on a trouve un bouclier.
Merci. Courage a vous Pascal. Courage a toutes et a tous.
Anic

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Re : Ma fille, Calixte
« Réponse #3 le: Hier à 08:35:14 »
Merci Anic, cette solidarité nous aide aussi à tenir notre fil. Mille pensées à Calixte et à vous. J'apprends à l'instant que Calixtlahuaca est un site archéologique des Indiens Matlatzincas vers Mexico. Quetzalcoatl, qui y est honoré, figure majeure et Divinité psychopompe m'a accompagné récemment lors d'un état de conscience modifiée pour m'aider à vivre un rituel de passage avec le corps de ma propre fille que je n'avais pu réaliser. Oui, Boris Cyrulnik a raison d'évoquer cette force de l'imaginaire, de la poésie comme autant de  ressources aidantes, voire soignantes. Car si le deuil n'est pas une maladie, il est si terriblement douloureux qu'il s'en rapproche. Et rien de pathologique la-dedans. Comme signifie Eva Luna dans un des ses posts, quelle infamie que celle de qualifier un deuil d'un an qui n'est pas encore accompli comme une forme de pathologie! Misère,  à nous de tenir bon dans cette lucidité qu'il nous incombe de garder. Force à nous!
Pascal.
C'est dans les situations les plus difficiles et les plus désespérées que les individus trouvent le courage de se battre pour leur conviction. Tecumseh.

Hors ligne Eva Luna

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Re : Ma fille, Calixte
« Réponse #4 le: Hier à 14:45:14 »
Bonjour Anic,
j'ai tardé à te répondre mais je t'avais lue avec émotion...je ne trouvais pas les mots à partager...alors je te livre en vrac mes pensées
la mort brutale de ta fille est une tragédie...
4 ans... c'est à peine hier et ce que tu décris me semble "normal"... un chemin de deuil personnel et incontournable, où tu parais  avoir de belles ressources qui te portent et t'aideront au fil du temps...écrire, peindre,marcher...
même si la mort  récente de ton mari vient percuter le fragile équilibre de survie que vous aviez su construire, tout est est refaire...
l'oscillation permanente des émotions est épuisante...à 4 ans j’étais comme toi naufragée en pleine tempête  ballottée par les éléments...avec les mêmes questions, les mêmes peurs...
"Et je me demande quoi faire maintenant du temps qui me reste. Je ne sais pas. Je survis pour mon fils mais je n aime plus la vie.  Je lutte mais c est très dur.  "
[/b]
J'aurai pu l'écrire, je peux encore en écrire des bouts..mais c'est devenu moins viscéralement insoutenable... j'ai appris à vivre avec ...je suis sortie du mode survie...

Pour ton fils... la mort de sa soeur est  impartageable... ça arrive souvent...
ma fille a participé à une journée d'échanges sur la mort d'un frere ou d'un soeur, ça lui a fait du bien d’en parler, d'écrire sur le groupe dédié sur FB... mon fils dit que ça serait bien  mais que ce n'est pas son genre.. chacun fait comme il peut...


Voilà... fais le tri dans ce message, ne garde que ce qui te parle...en ce moment...
Je reviens te lire bientôt....


En ligne Anic

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Re : Ma fille, Calixte
« Réponse #5 le: Aujourd'hui à 09:11:14 »
Merci beaucoup Eva Luna, Pascal,  vos mots m ont fait du bien : un echange, une perspective, un lien.
Ce sentiment d etrangete aux autres et a moi meme ( parfois je ne me reconnais plus et je n arrive pas a me souvenir vraiment de comment je ressentais les choses et les gens avant ) cela isole de l interieur. Le silence de la famille et des connaissances cela coupe les liens. L impression d etre Neanderthal, d une autre espece.
Ma fille aimait la nature et etait sensible a sa protection. Elle avait un pull avec un ours blanc dessus, sa facon de commencer a s engager car elle avait peur qu ils disparaissent. Depuis qu elle n est plus la, j ai l impression d etre parachute sur la banquise ou sur un iceberg a la derive. Et je pense aux ours blancs. Je peinds des mers bleu acier et des paysages de brume. Parce qu elle aimait ce qui est beau je me suis dit que desormais, vivre c est decorer mon iceberg : quelques touches de couleur floues a l aquarelle, quelques textes et poesies sur elle, quelques nouvelles amies que j adore, les livres sur le deuil comme compagnie fidele, mon jardin en permaculture pour acceuilir les insectes, mon fils. Mais cela reste un iceberg : nuit polaire, falaises de glace, effondrements au moindre rechauffement, solitude des ours, situation de survie. Et maintenant je vous apercois depuis mon radeau iceberg, vous qui etes, bien malgre vous, la grande communaute humaine de ce forum.  L impression chaleureuse et rassurante de rencontrer des semblables. Je vous salue toutes et tous et vous envoie une de mes petites phrases : " capter l instant inespere ou miroite l iceberg que nous sommes " . Bien a vous.
Anic

En ligne Bmylove

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Re : Ma fille, Calixte
« Réponse #6 le: Aujourd'hui à 09:48:25 »
Ton image de l'ours polaire me parle... Merci.
If I look hard enough into the settin' sun
My love will laugh with me before the mornin' comes