FORUM "LES MOTS DU DEUIL"

Les mots qui apaisent => Les beaux textes => Discussion démarrée par: chrysanthème le 24 janvier 2026 à 07:04:42

Titre: On ne perd pas quelqu'un une seule fois
Posté par: chrysanthème le 24 janvier 2026 à 07:04:42
"On ne perd pas quelqu’un une seule fois.
On le perd chaque soir, quand les paupières se ferment.
Et chaque matin, quand les yeux s’ouvrent sur l’absence.
On le perd au fil des heures.
Dans une tasse à café qui reste intacte.
Une chaise vide.
Une paire de bottes qu’on ne bouge plus.
On le perd quand le soleil décline
Et que l’ombre s’installe doucement.
On le perd en cherchant le pourquoi,
Les yeux perdus dans un ciel constellé de silence.
On le perd les grands jours :
Les anniversaires, les fêtes, les diplômes, les mariages.
Mais aussi les jours ordinaires.
On le perd dans les gestes simples :
Un formulaire à remplir,
Une tâche ménagère,
Une habitude autrefois banale.
On le perd dans l’intime, le familier :
Une chanson fredonnée jadis,
Un parfum qui flotte encore,
Une part de tarte qu’ils aimaient tant.
On le perd dans les conversations qu’on ne tiendra jamais.
Et dans les mots qu’on n’a pas su dire.
On le perd dans tous les lieux qu’ils ont aimés.
Et ceux qu’ils rêvaient encore de découvrir.
On le perd dans ce qui aurait pu être.
Et dans les rêves partagés.
On le perd en ramassant les morceaux épars.
Et en réapprenant à vivre.
On le perd quand on comprend, enfin :
C’est ça, désormais, notre réalité.
Ils ne reviendront pas.
Peu importe à quel point
On les pleure,
On les réclame,
On les prie.
Ils sont partis.
Et nous devons continuer.
Seul.
On les perd encore, quand les saisons passent.
Quand la neige tombe,
Quand les fleurs éclosent,
Quand l’herbe pousse,
Quand les feuilles tombent.
On les perd sans fin.
Jour après jour,
Mois après mois,
Année après année.
Le temps avance, et les emporte un peu plus loin.
On les perd quand nos cheveux blanchissent,
Quand notre corps ploie,
Quand notre mémoire s’efface
Et que les contours deviennent flous.
Leur visage nous regarde,
Depuis une photo fanée.
Quelqu’un qu’on a aimé.
Autrefois.
C’était avant.
Quand on était entier.
On ne perd pas quelqu’un une seule fois.
On le perd chaque jour.
Encore et encore.
Jusqu’à la fin de notre vie."
Auteur inconnu