Auteur Sujet: Suicide de mon mari  (Lu 2347 fois)

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Hors ligne LaetitiaMcL

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #15 le: 01 Octobre 2017 à 12:14:28 »
Bonjour Aline,

Je viens de lire ton histoire. Tes mots font écho en moi. Nos histoires se ressemblent par certains aspects.
 Accepter la violence liée au suicide est pour moi encore mission impossible, mais comme certains disent " à chaque jour sa peine".

Chez certaines personnes, on peut dire que le suicide est plus ou moins prévisible. Mais ça n'empêche pas de vivre avec bon nombre d'interrogations. Je me remets aussi en cause alors que je savais que mon compagnon pouvait passer à l'acte à n'importe quel moment. Et dans mon cas, juste au moment où le bonheur était à porté de main, il a décidé de partir. Les "pourquoi" et les "si" me hantent depuis 4 mois... mais nous n'auront malheureusement jamais les réponses.



Courage à toi
Amicalement
Laetitia


Si le paradis existe, nous nous retrouverons, puisqu'il ne peut y avoir de paradis sans toi...

Hors ligne Alba1985

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #16 le: 02 Octobre 2017 à 23:01:47 »
Bonjour Laetitia,

Je suis contente de te lire et te remercie. Aujourd'hui je ne sais pas si j'aurais voulu qu'il me laisse un mot. Je me demande souvent pourquoi il n'a pas pense a moi mais en même temps ça me rassure en me disant que même lui a été dépassé par ce geste. 

Il est vrai que je croyais jusqua présent que le suicide était prévisible qu'il y avait des personnalités à fleur de peu mais je m'en rend compte qu'en fait non et que ça peut nous tomber dessus sans crier gare et même si on pense savoir. Alors ne culpabilise pas.

Affectueusement

Aline

Hors ligne LaetitiaMcL

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #17 le: 03 Octobre 2017 à 16:04:45 »
Bonjour Aline,

Je pense que le mot que mon compagnon m'a laissé  renforce ma culpabilité. Alors des fois  je préfèrerais ne jamais avoir eu de message.

Ton mari a peut être pensé à toi mais ce qui est sûr, comme tu le dis, c'est qu'il a été dépassé par son geste. Je suis persuadée que mon copain attendait que je réagisse à  temps et que j'appelle les secours plus tôt, c'est pour ca qu'il m'a laissé  de nombreux messages. Et ce sentiment de culpabilité, je ne le souhaite à personne.

Le suicide est malheureusement imprévisible  et déstructeur. Et il reste  encore trop tabou dans notre société.


Au plaisir de te relire

Affectueusement
Laetitia
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Hors ligne Sabie

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #18 le: 03 Octobre 2017 à 21:30:05 »
Bonsoir a tous,

J ai la conviction que si nos défunts avaient pensés à nous ils  n auraient pas fait ce geste. Je pense qu  au moment du passage a l acte ils ne pensent pas ils sont dans une bulle. C est une pulsion.  Un acte pour allé mieux vers une nouvelle vie sans douleur, sans démons. Ils ne partent pas pour la mort mais sur un autre chemin.

Cet  question du pourquoi reviens sans cesse également. Et cette culpabilité de n avoir rien fais le  moment où je l ai trouvé.  J etais pétrifié mon cerveau n imprimait  pas ce que je voyait. Je m en veux tellement de ne pas avoir agit. Même si je sais qu il etait déjà parti depuis quelques heures déjà.  On se dit toujours "SI "....

Hier soir je me suis encore endormi avec mes larmes tellement douloureuses. Tellement seule. Tellement injuste. La vie nous a " joué " un mauvais tour. Mais comment s en relever?  Comment trouver cette force de  continuer à rire a sortir a faire la fête, comme mes amis le voudraient. ....Comment ?

Douce nuit à vous tous

Sab

Hors ligne Alba1985

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #19 le: 03 Octobre 2017 à 22:21:16 »
Bonjour à toutes,

Je vous comprends et vous lire me fait du bien. Je me sens moins seule dans ma douleur.

J'essaye de m'occuper tous les jours, soit en faisant du sport soit en voyant des copines. L'ennui est mon pire ennemie. Justement des que jai du temps je commence à réfléchir et broyer du noir.

Jai l'impression que je ne pourrais jamais pu compter sur d'autres personnes. La seule personne En qui javais une confiance absolue était mon mari. Mais jai cette impression qu'il m'a abandonné. Je n'arrive pas à admettre qu'il ne m'a pas mise dans la balance au moment de faire ce geste.

Je me demande comment peut on vivre après quand on vit ce que nous sommes en train de vivre.

Bisous les filles

Hors ligne Helpa

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #20 le: 03 Octobre 2017 à 22:49:45 »
Bonsoir,

Moi je crois qu'ils ont pensé à nous avant de faire ce geste, mais qu'ils se sont dits que nous nous en remettrions. En somme ils se sont dévalorisés au point de croire qu'ils avaient peu d'importance pour nous. Ce n'est pas un manque d'amour, c'est un manque total de lucidité.

Ma fille a laissé un mot pour nous, ses parents, en disant entre autres : "J'espère que ça va aller" et plus loin : "Vous allez me manquer".

En ligne souci

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #21 le: 04 Octobre 2017 à 00:03:27 »

    Solène, la jeune fille de P.P.D.A.,
    avait écrit ceci, terrible ... :
    "Je vous aime, mais je n'aime pas la vie" ...
    Tristement et tendrement, Martine.
J'aime donc je suis !

Hors ligne LaetitiaMcL

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #22 le: 04 Octobre 2017 à 08:44:59 »
Bonjour à tous,

Sabie, moi je pense qu'il est possible qu'ils aient pensé à  nous mais à  ce moment la douleur a été plus forte que tout et ils n'ont pas vu d'autres solutions.

Dans son dernier message, mon compagnon  m'a dit qu'il était  à  bout mais surtout qu'il se sacrifiait pour que j'ai une vie meilleure, lui se sentant incapable de pouvoir me rendre heureuse.

Alors comment  se relever? Je n'en ai pas la moindre idée. Je me dis à  chaque jour sa peine et j'essaie de continuer comme je peux sans me préoccuper de demain.

Bon courage à  tous
Je suis de tout coeur avec vous
Laetitia

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Hors ligne Coccie

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #23 le: 09 Octobre 2017 à 15:14:21 »
Oui Aline, j'ai repris le travail le 21 août (il est mort le 5 juillet). J'y allais avec des pieds de plomb,  et paradoxalement ça m'a aidée.  La routine, les tâches, même "imbéciles" et sans sens aucun, occupent l'esprit, le corps, les mains... on "fait", sans se poser de questions. Chez moi, livrée à moi même, j'aurais cogité non -stop. Et mes collègues ont été sympas. J'ai eu de jolies surprises, et en majorité, chacun a eu la juste distance. Cela fait du bien aussi.
J'ai beaucoup lu sur le deuil  :"Vivre le deuil d'un proche au quotidien", le "Deuil par suicide", du  Dr. Fauré. Et puis le "Journal du deuil" de Roland Barthes, qui a couché au quotidien ses pensées nourries du deuil, douloureux, de sa mère. Je t'en cite une qui me revient : "Je ne suis pas en deuil, j'ai du chagrin"...
lu ici, des  témoignages qui expriment tous la même douleur, les mêmes émotions... on se sent moins seul quand les proches sont si maladroits, ou pour certains, carrément aux abonnés absents, ce qui est très surprenant. Certains amis sont là, les fidèles parmi les fidèles, d'autres se carapatent. ça permet de remettre des choses à leur juste place, de faire du tri dans cette "vie" nouvelle qui est devenue la nôtre...
J'ai aussi vu un médium. Je n'ai pas choisi le 1er sur une liste, mais quelqu'un de très connu. J'y suis allée pleine d'émotions, et j'en ai eu pour le temps passé, ça a été très émouvant. Je n'ai rien eu à dire, c'est lui qui m'a tout dit.  Certains trouveront ça ridicule, j'assume complètement. J'y retournerai d'ailleurs, je vais laisser passer quelques mois... d'ailleurs il n'est pas facile d'avoir un RV, l'attente est longue, j'ai eu de la chance, sur un désistement ! Comme quoi...
Cela m'a beaucoup apaisée et m'a confortée dans des croyances personnelles : la vie ne s'arrête pas "là". Ils sont ailleurs, différemment.  J'avais énormément besoin de ce "contact", ça m'a aidée. Je n'ai pas eu de réponses (on ne pose pas de questions,  le médium reçoit des messages ou images, à nous de les interpréter. Il m'a tout de même donné le nom de son frère, et m'a dit "il me montre un enfant très blond" - le fils de mon compagnon quand il était petit était très blond - et il a  ajouté : "je pense qu'il aimerait que son frère prenne soin de son fils, même adulte". Il m'a dit aussi : "il me montre un paysage de soleil sur la mer, très beau. " c'est là qu'il est mort, il s'est jeté d'une falaise, en bord de mer. Il m'a dit "ça n'est pas un suicide ? Parce qu'il me fait ce geste..." et il a fait mine de faire un pas en avant avec bascule sur son bureau. Bref, très troublant... je précise que je n'avais rien dit en arrivant, juste apporté une photo).
Bien sûr, je ne te dis pas d'avoir recours à ça, c'est une démarche personnelle, de plus, il ne faut pas en abuser, on y prendrait vite goût tant le besoin de contact est fort. Et puis nos disparus ont besoin de se "reposer" là où ils se trouvent. Ils sont souvent perturbés par ce nouvel environnement, et par la peine laissée sur terre. Le médium m'a aussi conseillé des lectures comme "Le pays d'après", que je lis en ce moment.
Toutes ces démarches aident un petit peu à apprivoiser le chagrin qui nous mine. Chacun essaie de trouver une réponse comme il peut, où il peut... mais je pense qu'il faut bien intégrer qu'une part de mystère restera pour toujours.
Le psy qui me suit m'a dit "Avec le temps, on accepte, ce qui ne veut pas dire comprendre, et encore moins valider". Il m'a aussi parlé, en ce qui concerne l'acte en lui-même et la façon de mettre en œuvre, qui sont tellement choquantes et nous renvoient l'image d'un inconnu, car notre proche pour nous était incapable de faire ça, de cette façon, et pourtant il l'a fait... il m'a donc parlé, sur le plan psychique, d'une "altération du discernement". A un moment, la personne suicidaire se bâtit un schéma comme une spirale qui l'entraîne, que le schéma soit véritablement fondé ou nourri de ses angoisses personnelles, d'une situation qu'il ressent comme inextricable pour lui. Il arrive dans un état d'angoisse où la situation est devenue tragique, et où il pense, à tort sans doute, que personne ne peut comprendre ce qu'il ressent, et surtout que la perspective du suicide est la seule solution pour lui.
C'est le paradoxe dans l'écrit que j'ai eu (et le psy m'a dit que j'avais eu de la "chance", car beaucoup de proches n'ont rien, même pas une ligne...), chez quelqu'un qui dit : "Je vais le faire, je le sais, car c'est LA solution pour moi"... et qui ajoute un peu plus loin "... si je trouve le courage car j'aime beaucoup la vie aussi"...
Cette force spirale, comme je disais plus haut est tellement puissante, que le goût de la vie, l'amour des proches, n'arrivent pas à faire contrepoids. Et que, même si l'idée suicidaire était présente depuis un temps plus ou moins long, soigneusement cachée aux autres ou évoquée dans la rigolade, pour mieux tromper son monde, le déclencheur est souvent une pulsion. Pour mon compagnon, la matinée avait bien commencé, il l'a écrit, une soleil éclatant, belle journée d'été, il est sorti, les gens étaient joyeux... et puis une crise vers midi, besoin de son aérosol pour respirer, et voilà le déclencheur. La "crise" du midi. Ensuite, c'est allé très vite : vers 18h il était à Etretat, à 22h40, il a sauté quand la gendarmerie est arrivée. Voilà ce que je peux te dire de ma triste expérience.
Alors oui, j'ai découvert quelqu'un que je ne connaissais pas dans cet acte, quelqu'un qui en portait peut être les germes en lui sans le savoir, quelqu'un qui était dans un désespoir que je n'ai pas vu, quelqu'un qui a eu un courage immense pour se tuer d'une façon si terrible. Cet homme là m'est inconnu et le restera, hélas. Celui que j'ai aimé par contre, est là, présent, je le sens. Et même si son absence et la perspective de ne plus jamais le revoir est une souffrance au quotidien, je te passe des détails que tu connais aussi, je pense qu'il faut s'accrocher à cette image là, celle qu'on a aimée. Car "l'autre" est parti avec sa part de mystère et ses tourments cachés. Il faut finir par accepter de ne pas tout comprendre. C'est le plus difficile quand on a tant besoin de réponses, et qu'on culpabilise de ne pas avoir vu, senti...
Son meilleur ami, vu au cimetière il y a quelques jours m'a dit "Je me sens trahi". Et moi j'ai ajouté : "et moi, je me sens coupable de négligence"...  On en est tous là je crois, on passe par tous ces sentiments,  quand on a perdu un proche par suicide. C'est inévitable.
Voilà, je ne sais pas si tu te retrouveras un peu dans mon récit... cela aide beaucoup de lire les autres sur ce forum. On se sent moins seul dans le drame que l'on vit.  "Sale cadeau "qu'il t'a fait m'a dit un ami. C'est vrai aussi. Mais, à leur décharge, ce "sale cadeau" n'est aucunement dans leurs intentions. Une force les pousse, leur discernement est altéré. Ils savent que d'autres vont souffrir mais ne peuvent faire autrement et c'est pour cela qu'il faut leur pardonner vite (sans pour autant "valider" !), pour eux, et surtout pour nous.
On peut échanger en privé si tu le souhaites.
Caroline/Coccie
« Modifié: 09 Octobre 2017 à 15:26:38 par Coccie »

Hors ligne Alba1985

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Re : Suicide de mon mari
« Réponse #24 le: 15 Octobre 2017 à 20:33:46 »
Merci Caroline de t'être livrée sur ton histoire. Cela me touche et tes mots sont réconfortants. Je sens comme un apaisement  en toi que moi je n'arrive pas encore à avoir. Cest très juste quand tu dis qu'on ne reconnaît pas l'autre dans ce geste, en effet, je ne reconnais pas mon mari avec qui je suis restée 17 ans. Ma famille proche qui le connaissait le mieux essaye de me convaincre que c'est un geste fou, déraisonne et qu'il aimait trop la vie pour avoir fait ça de manière préméditée. Pour autant je n'arrive pas à me l'ancrer dans le crâne. J'ai besoin de chercher désespérément des situations des mots qu'il aurait pu me dire et qui auraient pu me mettre la puce à l'oreille. Mais je ne trouve pas.
Je suis au fond de moi persuadé qu'il a eu une pulsion, une folie, une bouffée délirante mais une part de moi essaye de culpabiliser et chercher des raisons à ce geste.  Je suis aussi en colère après lui, car il est parti sans même me parler de ses tourments alors qu'on se disait tout, il ne m'a rien laisse même pas un je taime.

Oui tu as raison le travail vide l'esprit et moi qui suis restée arrêtée plus de 3 mois je vois la différence. La journée mon esprit s'échappe un peu et ça fait du bien. Pour autant ces moments là sont trop courts encore.

Je serais ravie de communiquer avec toi en privée. Ton histoire, par sa ressemblance avec la mienne me touche.

Affectueusement
Aline