Auteur Sujet: recherche une aide, une écoute  (Lu 2532 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne NEWMAM

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 12
recherche une aide, une écoute
« le: 03 Août 2011 à 10:02:02 »
Bonjour à tous,

Mon histoire est longue, je suis une maman de 53 ans qui a soutenu son fils accompagné de mon mari, dans son
dur combat contre l'alcool. Il y avait des hauts et des bas. Mais depuis un an il avait quitté son emploi dans la
grande distribution, trop de pression, pas assez de reconnaissance. Son  travail s'était sa béquille. Il avait commencé
un traitement pour l'alcool depuis mi-mai qui commençait à donner des résultats. Mais le 16 juin il était désespéré de rester
chez lui sans travailler, il s'est défenestré, il avait 28 ans. Nous étions très proche, je l'avais eu la veille au téléphone
ces mots avaient d'abord été "maman j'ai des idées noires" mais comme il m'avait toujours dit qu'il ne se suiciderait
pas et qu'après ces paroles il m'a parlé de projet de travail je n'ai pas su entendre son mal être.
Je me suis sentie coupable et encore maintenant certainement aussi.
Aujourd'hui, je  tente d'avoir des réponses à des questions que je n'aurais jamais, il ne nous a laissé aucune lettre.
Je passe par plusieurs états, je pense que c'est normal, il y a des jours je suis comme presque "indifférente" comme
si rien ne c'était passé, et d'autres où le manque de lui est tellement grand que j'ai envie de crier et je pleures à
ne plus pouvoir m'arrêter.
Nous avons vécu pendant à peu près dix ans de notre vie dans l'attente d'un mieux pour lui, on s'est oublié, pour
nous c'était normal çà faisait parti du rôle de parents et aujourd'hui je vis cela comme un échec.
Heureusement que j'ai un deuxième fils car sinon ce serait terrible, pour lui on doit continuer à avancer car
pour ce frère qui reste seul pour lui aussi le chagrin est immense et à 21 ans on a plus de pudeur à exprimer ses
sentiments, mais je dois être vigilante.
Merci à ceux qui m'auront lu et dans l'attente de messages qui me réchaufferont le coeur

Hors ligne PATRICIA 89

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 28
Re : recherche une aide, une écoute
« Réponse #1 le: 03 Août 2011 à 11:47:21 »
Bonjour,

Je partage votre douleur, ayant également perdu mon petit garçon en 2009, il n'avait que 12 ans.
Le départ de votre fils est récent, il faut du temps, car il faut accepter ce qui est "inacceptable".  car oui, malgré tout la vie continue, j'ai aussi un autre garçon de 18 ans, très malade (grave maladie du cerveau) mais j'avance, au jour le jour, avec les aléas du boulot et de la vie quotidienne. Toute nos valeur changent après le décès d'un enfant, les vôtres changeront, et vous vous apercevrez aussi qu'il y aura des gens qui s'éloigneront de vous d'autres se rapprocheront, c'est comme ça, ce qui me permet d'avancer dans cette vie incertaine c'est de garder la foi, quelques fois je reçois des signes de mon fils, et je découvre un autre sens à la vie.
Vous n'êtes en rien responsable du départ de votre fils, lorsque quelqu'un va mal, qu'il ne sait plus ou il en est dans sa vie, rien ni personne ne peut réussir à enlever cette idée de s'enlever la vie. Ca aussi j'ai connu mon père s'étant retiré la vie à 46 ans, problèmes d'alcool aussi. Mais dans ce cas-là j'ai vécu l'évènement différemment de mon fils, la douleur n'a rien à voir. Jamais on ne se remet de la perte d'un enfant, jamais.

Je vous embrasse, gardez courage je sais que ce n'est pas facile.

Patricia maman de Marceau parmi les anges, et de Quentin toujours présent pour l'instant.

Hors ligne arte

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 20
Re : recherche une aide, une écoute
« Réponse #2 le: 03 Août 2011 à 21:55:45 »
Bonsoir Christine,

L'alcoolisme est malheureusement un sujet tabou et honteux en France. Pourtant une centaine de personnes meurent chaque jour à cause de l'alcool. Même en faisant tout ce qu'on peut on ne peut pas faire à la place de l'autre...On ne peut pas toujours être derrière l'autre...Oui on peut s'en sortir mais combien s'en sortent vraiment ???

Evidemment que le suicide est un faux choix, si ils avaient pu vivre autrement, sans cette maladie, parce que c'en est une, ils l'auraient fait. C'est une addiction qui aliène tellement. En voyant mon ami en manque bien des fois, j'ai compris...J'ai tout fait pour l'empêcher de boire, je lui ai parlé des heures durant, rassuré, calmé ses angoisses, je l'ai accompagné chez des médecins, en cure, j'ai gueulé, je l'ai secoué, je lui ai même pendant toute une semaine caché ses chaussures (c'était ce qu'on appelle un sevrage forcé), petit à petit, je le voyais reprendre ses esprits jusqu'a la prochaine rechute...

Je ne sais pas si le geste de votre fils était réfléchi ou non...un choix ou non mais ce qui est sur c'est qu'à ce moment là il a du penser que c'était le mieux à faire. Se libérer. Et n'en doutez pas il est libéré. Je pense qu'il est vraiment important de ne pas être trop cartésien, de ne pas penser que la mort est une fin. Et il est, aussi je crois, important, de penser à l'autre de manière positive. Même si ça peut sembler absurde, se dire qu'il est mieux, qu'il est libéré de ses souffrances et qu'il va poursuivre son chemin...ailleurs.

Je suis entrain de lire un bouquin très interressant de Christophe Fauré "Après le suicide d'un proche : vivre le deuil et se reconstruire" Je vous le conseille...

Il y a quelque chose qui m'interpelle dans votre récit, c'est lorsque vous dites que vous l'avez eu la veille au téléphone et que vous n'avez pas su entendre son mal-être...Christine, j'ai aussi eu mon ami au téléphone, je savais que ça pourrait arriver un jour mais rien ne laissait présager que ça allait être maintenant. C'est bizarre mais pendant toute une semaine après le départ de Vincent, j'ai eu envie d'en finir, je n'avais jamais eu d'idées suicidaires avant cela. Chaque journée était un combat, j'y pensais mais ça n'occupait pas mon esprit 24/24 c'était comme des moments ou tout semblait insurmontable, et à ce moment là je me disais c'est le moment et à chaque fois quelque chose m'en a empêché, quelque chose de bête, genre mon chien qui se fait la mal' et qui faut que je récupère. C'est comme un moment de folie. Pendant cette fameuse semaine, la seule chose qui me faisait du bien, la seule idée c'était de me voir sauter d'un pont, c'est bête mais du coup j'ai compris que pour lui, pour eux c'était certes du désespoir mais aussi l'idée que la souffrance ne serait plus là. Dans ces moments, la seule chose qui m'a retenu n'a été ni mes parents, ni mes amies que j'aime pourtant infiniment, la seule personne qui m'a retenu ça a été mon chien bizarrement. Ce n'est pas que l'amour que vous lui portiez et qu'il vous portait n'était pas "assez" c'est juste qu'on est seul face à sa mort et face à sa vie. On est les seul à pouvoir se retenir.

Je me doute qu'en tant que maman, vous devez vous demander ce que vous avez "loupé" mais il y a le libre arbitre...Et effectivement à ce moment  il a choisi d'arrêter son chemin ici. IL faudra du temps pour lui pardonner, et pour vous pardonner. Je ne pense pas que vous ayez loupé quoi que ce soit Christine...Je pense que l'alcool est une putain de merde (excusez moi l'expression).
Vous l'avez aimé, écouté, aidé. J'aurais tant aimé que Vincent est une mère comme vous. On croit toujours qu'on aurait PU faire plus mais on a fait ce qu'on a pu.


Ce soir toutes mes pensées vont vers vous.
Je vous embrasse.


Julie
"Le bonheur... c'est du chagrin qui se repose." Léo Ferré

Hors ligne NEWMAM

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 12
Re : recherche une aide, une écoute
« Réponse #3 le: 05 Août 2011 à 10:04:50 »
Bonjour Julie,

J'ai suivi ton conseil, je suis allée acheter le livre de Christophe Fauré, j'espère qu'il m'aidera à comprendre que les
différentes phases par lesquelles on passe ne sont pas uniques et que c'est un déroulement normal des choses du deuil
par suicide. Je souhaites le faire lire à mon fils de 22 ans qui est très pudique par rapport à son chagrin et à qui j'ai
pu parler hier soir. Comment aider son propre fils quand soit même on ne va pas bien? Il m'a avoué avoir peur de l'avenir, peur
de devenir comme son frère et ne plus trouver de sens à sa vie, lui qui était enthousiaste pour ses études il dit ne plus
y arriver. Tout ceci est normal voilà à peine 2 mois que Sylvain nous a quitté, mais je ne souhaites pas le voir malheureux
pendant ce qui devraient être les meilleurs années de sa vie. Il a tellement souffert lui aussi de l'alcoolisme de son frère
il a été le premier à s'en rendre compte et nous on a rien vu! Je déteste l'alcool, je hais les autorités qui ne font rien
pour nos jeunes et qui les regardent se détruire, je hais les publicités qu'on autorise partout, les cures qu'on propose
et puis les malades qu'on laisse ressortit sans soutien.
Désolé, je suis en révolte, lorsqu'il était en vie j'allais sur les forum d'alcool pour comprendre et maintenant le combat
n'ai plus le même.  Je me sens tellement proche de ton histoire Julie, l'alcool ne doit pas être une honte c'est une maladie
mon Sylvain était quelqu'un de bien et ton Amoureux aussi mais tous deux étaient en souffrance.
Aujourd'hui, je dois vivre avec mon deuil et avec l'inquiétude que mon Baptiste surmonte lui aussi cette épreuve.

Je t'embrasse, Christine

Hors ligne NEWMAM

  • Néophyte
  • *
  • Messages: 12
Re : recherche une aide, une écoute
« Réponse #4 le: 05 Août 2011 à 15:03:10 »
Bonjour Patricia,

Je te remercie pour ton message, j'ai été ému par ton histoire et je te trouves bien courageuse face à ta situation.
Mais tu n'es pas seule,  ce forum en est la preuve il représente une immense chaîne d'amour et d'amitié. Evidemment
il y a des personnes de mon entourage qui n'osent pas aller vers nous et puis d'autres qui nous tendent la main, cela
va-t'il durer? Je m'aperçois que si ici  toutes nos histoires sont différentes, nous avons tous la même douleur, le même
manque et il est nécessaire d'en parler, c'est même vitale.
Lorsque mon fils était encore là et qu'il n'allait pas bien je lui disais "je serais toujours là pour toi" et pourtant nous
avons eu des moments difficiles avec mon mari. Et cette phrase le jour de son suicide il a dû l'oublier, a t'il pensé à nous
au moment de son geste de désespoir? Je ne pense pas car il nous aimait il le disait souvent.
Toutes mes pensées vont vers toi et ton petit Quentin
Je t'embrasse, Christine.