Auteur Sujet: Puisque tu m'accuses  (Lu 37455 fois)

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Puisque tu m'accuses
« le: 19 août 2019 à 11:25:06 »
Il faut que je puisse pleurer ma douleur quelque part.

Il est ici quelques personnes que j'ai réussi à lire.
Mais mon cerveau ne semble pas vraiment capable ni de discernement, ni de mémoire.
Alors j'ai du mal à retenir vos histoires.

Je ne prends que quelques brides ici ou là. Et j'essaie avec de me construire un peu d'espoir.

Mon mari s'est pendu.
Et dans le mot qu'il laisse, il m'accuse.
Peut-on vivre avec cela.
« Modifié: 25 février 2020 à 12:29:47 par Adnarag »
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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #1 le: 20 août 2019 à 11:25:28 »
Je pleure tous les jours.
Je pleure ta mort.
Je pleure ce choix que tu as fait de mourir. Ce choix que je ne comprends pas.
Je pleure ma colère. Je pleure ma haine contre moi-même.
Je pleure cette incapacité que j’ai eu pendant toutes ces années à t’aider. Je pleure cette incapacité que tu as eu pendant toutes ces années à changer. A essayer. Tu n’as pas essayé.
Je pleure.
Je pleure ce que nous sommes devenus.
Je pleure notre vie, qui n’a pas été.
Je pleure ce que nous transmettons à nos deux enfants.
Je pleure sur cet héritage d’angoisse et de désespoir que tu leur laisses à porter.
Je pleure sur cette image de mère que tu leur imposes de moi.
Je te pleure mais je te hais. Je te pleure mais je t’en veux. Je te pleure mais je ne veux pas te pardonner. Je ne peux pas, je ne pourrais pas, te pardonner.
Je te pleure mais je ne pourrais pas me pardonner.


Je pleure tous les jours. Je pleure ma solitude.

Mais je suis seule depuis si longtemps.
J’ai toujours eu l’impression d’être seule face à tout ça.
Toujours, … seule.
Toi tu étais toujours sur d’autre navires, à mener d’autres guerres. Tes guerres. A jouir d’autres festins. Festoyer sur d’autres terres.
Loin. Loin de moi. Loin de nous.
Tu n’étais même pas je crois dans la même fenêtre temporelle.
Tes nostalgies du passé n’étaient en rien ancrées dans un quelconque présent que tu as toujours trop soigneusement évité.
Je ne t’aurai jamais je crois vu vivre la moindre once de présent ?

Mais je suis coupable.
Coupable de ne pas avoir su te ramener dans cette réalité, de ce monde-là, où nous avons encore nous posés au sol nos deux pieds.
Coupable.
Coupable d’avoir été fatiguée de ces années d’inexistence dans lesquelles tu m’as involontairement peut-être, mais néanmoins soumise.
Coupable.
Coupable de ne plus l’avoir supporté.
Coupable. Coupable de te l’avoir reproché.
De te l’avoir gueulé, crié, craché ces derniers mois en plein figure.
Coupable.
Coupable d’avoir toutes ces années espéré que tu puisses, encore, peut-être, un jour, changer.
Coupable de ne pas t’avoir vu, à ce point, t’enfoncer.
Coupable …
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Hors ligne pscar13

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #2 le: 20 août 2019 à 12:58:04 »
Adnarag,

Ils sont très durs tes mots.
Durs envers lui, durs envers toi.
Mais tu as raison d'être venue les écrire ici.
Je suis très ému et triste de te lire.
Je n'ai pas répondu à ton premier message, parce que je n'avais aucune réponse à ta question
Il y a certainement des personnes sur ce forum qui pourront mieux te répondre, mais c'est toi qui a commencé à y répondre, en exprimant ta douleur, ta colère, ton amour, ta haine et ta détresse.
Tu peux continuer à les écrire, c'est une façon de faire les faire sortir.
j'espère que tu as du soutien autour de toi, et aussi à l'extérieur.
Je t'envoie plein de tendresse et de douceur pour ce courage que tu as à mettre des mots sur ta douleur.
Le futur devient présent, et, dans l'instant qui suit, passé.
Mon rêve est devenu réalité, mon amoureuse, mon éternel présent.

sylvie44

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #3 le: 20 août 2019 à 14:15:42 »
Bonjour Adnarag
Mon mari s'est pendu il y a 15 mois ,ce que tu traverse c'est l'enfer . La culpabilité je connais: je n'ai pas su l'aider ,je n'ai pas été à la hauteur , je lui est mal parlé quelques jours avant..... Le suicide est une violence extrême , je ne pensais pas survivre.
Non nous ne sommes pas responsables de ce geste , je pense que c'est la souffrance et le désespoir.
Comment vivre avec ce fardeau ça s'apprend petit à petit  très doucement ,à tu des proches à qui te confier?ou bien une aide psychologique ? C'est important de mettre des mots sur les maux!

Sylvie

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #4 le: 20 août 2019 à 18:18:30 »
Bonjour Adnarag

Je suis d'accord avec Sylvie quand elle dit que nous ne sommes pas responsables de ce geste. La personne qui se suicide souffre tellement qu'elle ne voit pas d'autre issue pour s'en sortir.  C'est la souffrance qu'elle veut tuer. C'est un mal profond qui souvent remonte à loin.
Mon frère s'est suicidé il y a quelques années. Il s'est tiré un coup de fusil dans la  bouche. L'horreur. J'ai été anéantie. L'enfer.
 Ca été un traumatisme tellement immense pour moi que je ne pensais pas survivre. J'ai même fais  TS.
A la suite de toute cette souffrance j'ai décidé de me soigner avec professionnel, thérapie etc...Ce fut long difficile, un grand cheminement mais j'y suis parvenue. Je me suis reconstruite.

Aujourd'hui je revois psy car j'ai perdu mon compagnon il y a 2 mois 1/2. C'est de nouveau très difficile. j'avance doucement.
Surtout ne pas rester seule avec ta souffrance. Oui c'est très dur mais la parole est libératrice. En t'inscrivant sur le forum tu as déjà commencé  à avancer.
Je te souhaite courage. Je  pense bien à toi
« Modifié: 20 août 2019 à 18:34:13 par lsf »

Hors ligne Adnarag

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #5 le: 21 août 2019 à 12:41:27 »
Je vous remercie de vos réponses.

J'ai une aide au CMP : je n'ai pas les moyens  financiers d'un suivi " en ville ". Ceci-dit ici c'est la campagne, mais les pychologues fleurissent partout et les consulations semblent se vendre comme des petits pains ! ...

Mais bon, la psychologue que j'ai vu 2 ou 3 fois je ne sais même plus, a aussi le droit aux vacances, comme tout à chacun. Et comme le planning est en plus serré et peu anticipé, je ne l'ai pas vue depuis 5 semaines. Ma foi, j'ai l'air de quelqu'un d'équilibré, comme ça tout au moins en apparence. Et puis quoi ? Le choix qui s'offre semble réduit : entre les médocs qui vont " vous enlever votre tristesse " m'a t-on dit, et/ou le suivi psy où quoi que je dise, il semble que la réponse sera du style : " Vous aviez le droit de, ... Comment auriez vous pu savoir que, .... "

J'ai ouvert un fichier texte sur l'ordi. Mais j'y ai mis peu de choses.
Je n'y arrive pas. Même à l'écrire . Cette douleur.

Mes, nos, deux enfants tout juste adultes ne bénéficient pas eux de cette prise en charge.
Merde alors. Moi qui déjà culpabilise de ne plus avoir les moyens financiers de les accompagner sur leurs chemins. Et oui, que voulez-vous, il faut déjà commencer par pouvoir bouffer ! ...
Un toit et une mauvaise nourriture ! ...
Voilà ce qu'aujourd'hui je suis en capacité de leur offrir !
Peu de gens en parle de ça. Mais c'est une réalité aussi. L'aspect financier.
Parceque dans cette société de merde, la mort a un coût. Et elle coûte cher.  Chacun se sert gracement d'ailleurs ... les pompes funèbres, les banques, les notaires, ...
Tout ça pour quoi ? Quelques fleurs, des cendresn et un tampon sur quelques papiers ! Il est mort. C'est écrit, là.  Apposez donc votre signature.

Mais leurs études, leur vie, ... Ca, ce n'est pas le problème de la société. Non. C'est mon problème.  Ma responsabilité. Leur vie. Et bien quoi ? Je n'ai pas réussi à assurer l'avenir matériel de mes enfants. Mais quelle mère indigne suis-je donc ?

Cette société il me semble me regarde avec ces yeux là. J'ai donc tout râté. Incapable de les protéger affectivement (et oui quoi ? Mon mari s'est suicidé ! ...) Incapable de les protéger matériellement.

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Hors ligne mike67

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #6 le: 21 août 2019 à 14:19:13 »
Bonjour Adnarag,

Comme tout le monde qui te lit, je suis évidemment de tout cœur avec toi.

Ton dernier message m'interpelle.

Ta réflexion sur les contions matérielles qui entourent le suicide.
Moi aussi, des choses m'ont choqué… les préoccupations choquantes et consternantes de l'entourage qui s'intéresse très rapidement aux questions de la  succession. C'est rageant.
Et j'ai ressenti aussi ce marché florissant de la mort qui ne dit pas son nom : pompes funèbres, notaires etc...
On a le sentiment que la personne perdue est oubliée pour beaucoup. Alors que ces éléments ne sont que la conséquence du cataclysme lié à leur disparition si tragique, si cruelle, si insupportable.

Ta remarque sur les psys me fait sourire..
Je pense pareil : j'ai fait quelques séances (80 euros la séance non remboursée!!) pour m'entendre dire ce que tu résumes :"vous n'étes pas responsable "  " vous ne pouviez pas savoir", "vous aviez le droit" : sans blague.. merci.
Ces séances, dans un sens, peuvent même être contreproductives, car on se dit qu'il n'y aura décidément personne pour nous aider véritablement.  et ces réponses qui sont très "téléphonées" nous amènent justement à douter… "on essaie de me rassurer pour que la réalité me soit plus supportable mais le mal est là, le mal est fait, il est déjà trop tard".

La réalité financière ne doit pas être occultée non plus.
Les conditions de vie peuvent, selon le contexte, être plus difficiles pour la personne qui reste.

Pour autant, même si je ne te connais pas, tu ne peux pas dire que tu as tout raté. Tu peux être abattue à certain moment, c'est normal. Mais il faut essayer de rester juste vis à vis de soi-même.
Les difficultés financières et matérielles peuvent être là, sans pour autant t'amener à pointer un sentiment d'échec sur ta propre vie (tu as éduqué, élevé tes enfants, fais des sacrifices pour eux, des choix nécessaires) Tu subis de plein fouet le drame terrible du décès de ton conjoint, élément terrible sur lequel tu n'as pas de prise, tu subis, tu survis, tu te bats, tu gardes la tête haute, et c'est bien.

Je ne pense pas que la société pose un regard de jugement sur nous. En revanche, je suis d'accord pour dire qu'elle est globalement très vite bien indifférente, que ce soit concernant la personne perdue ou concernant le sort des "survivants". Peut être en parler à une assistante sociale qui pourrait te donner peut être des pistes de solutions ?

Je ne sais pas si mon message est très aidant… mais c'est une manière de te dire que je te lis et que tes écris ne laissent pas indifférents.

Un grand courage à toi.
Et continue d'exprimer ta colère ou ta peine ici tant que tu en as envie!!
There is a light that never goes out

Je t'emmène ce soir

Hors ligne Adnarag

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #7 le: 21 août 2019 à 20:25:16 »
Je vous remercie pour vos messages. Et pour vos fils d'écriture, qui m'aident un peu, à envisager les choses différemment.

Dans le mot qu'il me laisse, il souhaite que je ne m'en sorte pas.

Qu'ai-je donc fait ?
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Hors ligne Faïk

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #8 le: 21 août 2019 à 23:26:38 »
Mais leurs études, leur vie, ... Ca, ce n'est pas le problème de la société. Non. C'est mon problème.  Ma responsabilité. Leur vie. Et bien quoi ? Je n'ai pas réussi à assurer l'avenir matériel de mes enfants. Mais quelle mère indigne suis-je donc ?

Je me permets de répondre à ton avant-dernier post.

Je ne sais pas pourquoi cet aspect financier est si peu évoqué en société, et même parmi nous, ceux qui en sommes les premiers affectés : par gêne, par pudeur ? Quoi d’autre encore ?
A la catastrophe première qui primera toujours toutes les autres, il est des soucis pour lesquels on ne peut pas faire l’impasse, et comme tu le dis, nombre de personnes se chargent de te le rappeler rapidement : banquiers, notaires ...
Pour beaucoup d’entre nous, la situation financière change du tout au tout : une famille qui se trouvait à la tête de 2 salaires doit faire ce qu’elle faisait avant avec un seul, parfois assorti d’une pension de réversion pour les personnes un peu plus âgées … Parfois même certaines personnes se retrouvent sans ressources propres du jour au lendemain ...
L’inégalité des salaires hommes/femmes qui est malheureusement toujours d’actualité creuse un peu plus les différences et accroît les difficultés.
Le maquis des pensions de réversion, les différences de traitement entre le capital décès éventuellement versé plonge les conjoints, concubins, etc dans des difficultés bien pregnantes … Et ça c’est juste quand on est « reconnu » officiellement ...
Bref, on l’aura compris, le deuil, c’est pas le jack pot !

Nos 2 enfants étant jeunes étudiants, il m’a été difficile de faire bouillir la marmite, compliqué d’assurer la location de logements, et de montrer suffisamment de garanties auprès d’un bailleur (Monsieur ne peut pas se porter garant ? Ben non il peut pas…) d’assurer les coûteux transports inter-régionaux domicile/fac, etc ...
Ma première prise de tête fut avec le banquier qui, gentiment, m’a appliquée des frais assez importants de mutation de compte joint, enfin juste un jeu d’écriture : lorsque je lui faisais remarquer que sa prestation me semblait assez digne d’un charognard, il a consenti à un geste « commercial » et rétrocédé ce qu’il avait déjà prélevé … On le sait, les banques ne font pas dans le caritatif, mais quand même hein !
Je passe sur notaire, assureur, etc. Un post n’y suffirait pas. Peut-être qu’une rubrique existe t’elle déjà sur le forum ?

Tout cela pour dire que les difficultés matérielles sans nombres auxquelles on est confrontés ne font pas de nous des parents indignes, l’indignité n’est pas de notre fait, mais bien de la société qui est incapable de garantir un relatif « confort » matériel aux plus affaiblis, quels qu’ils soient.
Tu n’es pas indigne, et si tu es effectivement responsable de tes enfants, tu n’es en aucun cas responsable des difficultés à exercer les choix que vous pouviez faire pour eux. Et le fait que tu te poses toutes ces questions que d’aucuns trouveront triviales montre bien toute la protection affective dont tu les entoures ...
Comme l’a dit Mike67, tu dois pouvoir trouver des aides matérielles pour assurer déjà l’essentiel, et envisager des choix plus sereins pour tes enfants dans l’avenir.
Ici, sûrement d’autres personnes pourront te donner quelques pistes tangibles sur lesquelles t’appuyer. Au moins pour ces questions.

Faïk

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #9 le: 21 août 2019 à 23:49:48 »
Le mot laissé...

Pour ma part, dans le mot qu'elle laisse, elle écrit: " Pourras-tu me pardonner ma lâcheté, mon égoïsme, je le suis profondément et le regrette ? Nathalie "

Apparemment ce mot qui ne ressemble pas au tien aurait pu être " aidant " pour moi.
Ce n'est pas aussi simple...
Le mot qu'il t'a laissé semble jouer un rôle important dans la manière dont tu appréhendes ce drame.
C'est normal. Ils " pèsent " lourd ces mots-là...
Personnellement,  j'ai relu ce dernier message de Nathalie des dizaines et des dizaines de fois, ainsi qu'un autre envoyé par SMS: " je ne peux pas ne pas renoncer ".

Tous ceux qui perdent un être cher comme nous avons eu à le subir toi et moi, sont en attente d'explications, de réponses à de multiples questions qui assaillent les cerveaux.
Après un tel acte, une lettre est souvent recherchée et très souvent absente et cela génère la réflexion suivante: " il n'a même pas laissé un mot ! "...

Nous serions privilégiés parce qu'il et elle nous ont écrit quelques phrases ?
Dans ton cas le mot semble " accusateur ", dans le mien, " il semble demander pardon ", mais au fond est-ce-que cela change quelque chose ?
Non, pas vraiment. En tout cas pas forcément dans le sens que l'on pourrait imaginer..
D'ailleurs, un mot, quel qu'il soit, peut-il expliquer et justifier un tel acte, un tel choix sans retour possible, sans recours possible ?

Ils ont mis fin à leurs jours, presque contre nous, sans vouloir prendre en compte ou en refusant de prendre en compte la tristesse qui en résulterait. C'était leur choix et leur droit absolu car c'était leur corps et leur vie.
Qui peut leur dénier ce droit ?
Leur en vouloir ?
C'est normal et humain, c'est aussi notre droit.
Qui peut nous reprocher cette colère ?

Car la culpabilité qui en découle est très présente et très puissante, quel que soit le mot laissé. Quel que soit la forme que prend le suicide, quel que soit l'être qui disparaît ainsi.

Le mot laissé par mon amie ne m'a pas apporté tranquillité et plénitude même si on pourrait le considérer comme un mot " d'amour ".
Bien au contraire...

À te lire, je pense qu'il serait bien de poser ce mot qui te fait mal, ici ou ailleurs, afin d'en parler.
Est-ce " risqué " pour toi ?
Peut-être...
Pour ma part, je pense qu'il te faudra passer par là. Le plus important étant de choisir le bon moment pour le faire. Le moment où tu seras en situation de ne plus en être autant chamboulée.

Dès-à-présent on peut dire que ces mots, écrits par des personnes qui commettent ce geste ultime ne changent rien au sentiment majeur qui en découle: quel gâchis ! Pourquoi ?  Et si ? Si j'avais su ? Si j'avais fait ceci, dit cela, etc...

Bref, si ce mot est important, il ne doit pas cacher la forêt : rien, ni l'amour, ni la haine, ni les enfants, ni la famille, rien n'a pu empêcher le choix morbide qu'il ont fait. Cette folie morbide poussée par une souffrance pathologique et destructrice a été plus forte que tout.

Dans ton cas par exemple, on peut imaginer que ce mot avait pour intention de créer une " distance " entre lui et toi pour " t'aider " dans ton deuil. Qui sait quelles étaient ses pensées lorsqu'il est entré dans cette " zone de folie morbide " ?

Quelles étaient véritablement les pensées de mon amie lorsqu'elle a écrit ces mots ?
Je ne le saurai jamais.

Pourtant, ce mot de pardon qui devrait apporter un peu d'apaisement, a joué  un rôle négatif dans les moments de regrets et de culpabilité par lesquels je suis passé.
Et oui, tout n'est pas aussi " simple" qu'il y paraît...

Ainsi, ne te laisse pas " embourber " par ces mots qui semblent t'accuser.
S'ils ont une certaine valeur, n'en fait pas l'essentiel de la situation qui suit ce geste ultime.
Découvre-les au grand jour, petit à petit, et parle-en avec ceux qui comptent pour toi, ceux qui sauraient en parler sans jugement.

Domi...
« Modifié: 22 août 2019 à 12:30:41 par dom1 »

Hors ligne Adnarag

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #10 le: 22 août 2019 à 12:28:59 »
Je vous remercie Domi, Faïk,  Mike 67, Sylvie 44, Isf ...

Je suis venue ici pour touver des gens aussi qui pourraient avoir vécu cette situation. Car j'ai besoin d'aide. De personnes qui puissent en parler. De gens qui comme je l'ai lu chez vous, ont pu déjà un peu " réguler et polir, froisser cette culpabilité ".

Ce mot, ces mots qu'il me laisse à moi sont accusateurs, mais aussi sans que cela semble en contradiction pour nos enfants et aussi pour moi, aimants.
Ce n'est peut-être pas tant l'accusation qui me blesse et me torture l'esprit, l'âme, le coeur. Car oui, je lui est mal parlé, oui j'étais fatiguée. Epuisée même je crois par tant de choses. Ce qui me hante, ce que j'ai du mal à envisager, ce que je ne vois pas comment il sera possible d'accepter, c'est de ne pas pouvoir y apporter de réponse.
Pas de dialogue.
Juste un ignoble, un effroyable constat. : la mort. Sa mort. Ta mort.
Impossible de crier que non, ce n'est pas vrai.
Impossible de lui dire que non, on ne veut pas qu'il parte, mais qu'il reste.

Reste. Vis. Avec nous. Pour nous. Pour toi.
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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #11 le: 22 août 2019 à 14:11:45 »
Très chère Adnarag,

Tes derniers propos me peinent, car tu exprimes le ressenti qu'on a dû tous avoir.
On a tous eu envie de crier jusqu'aux larmes: arrêtes tes conneries, stop, tu franchis une ligne dangereuse, on tient à toi, désolé si tu as pu penser le contraire.

Ne pas avoir de mots ne rend pas les choses si simples tu sais…
Dans mon cas, je me suis longtemps dit qu'il était mort dans le chagrin, sans oser m'appeler, me faire un signe, comme s'il avait le sentiment de ne plus compter pour personne. C'était très dur.

Petite aide que je m'applique tous les jours : tu peux regretter, t'en vouloir pour certains choix ou paroles concernant ton couple. Cela est de l'ordre finalement de tous les couples sur cette terre (hormis dans les contes de fée pour enfants), il y a des engueulades, des quiproquos, des incompréhensions (car on ne connait jamais l'autres parfaitement.. et parfois pas soi-même), des ruptures, des retrouvailles. Tu peux t'interroger sur cela, sans t'en vouloir, car encore une fois, c'est le lot de tous les couples. Tu peux regretter certaines paroles que tu as prononcé.
MAIS EN AUCUN CAS TU NE DOIS FAIRE UN LIEN AVEC CE GESTE HORRIBLE QUI NE T'APPARTIENT PAS.
C'est son choix à lui.
Exemple : j'étais dans un groupe de parole.
Une personne a perdu son conjoint, selon lui suite à une dispute. Tu sais quelle était la raison de cette dispute?
SOn conjoint avait fait un écart sur la route.
On est d'accord? aucun lien…. et bien.. lui n'est pas de cet avis. La culpablité fait son trou… je pense aussi qu'on essaie de trouver un sens, une explication.
Mais comme le précise Magellan (ci-après), je pense qu'il y a aussi une bonne part d'inconscient qui pousse à accomplir cet acte, qui n'obéit à rien de logique ou de cohérent. Ya pas de lien de causalité.
Ce que j'essaie de te dire, c'est que certes il a eu des mots que tu considères comme négatifs à ton encontre. Mais ces mots ne sont pas la cause de son suicide.
Au contraires, ces mots étaient peut être le simple constat de son impuissance à identifier les raisons profondes de son mal être.
L'en avait-il vraiment la possibilité d'ailleurs? Au delà de la volonté de vouloir régler ses problèmes psychologiques, ce travail pouvait être extrêmement complexes et périlleux pour lui.

A la lecture de tes écrits, ton conjoint semblait en souffrance depuis plusieurs années. Il était suivi. Malheureusement, la maladie a été la plus forte.
Tu n'es pas wonderwoman. De la même manière, une épouse peut s'en vouloir de ne pas avoir pu empècher le cancer de son mari de se propager. Une épouse peut s'en vouloir si son mari, selon elle, n'avait pas forcément une hygiène de vie optimale et qu'elle a concouru à son décès en n'étant pas parvenu à changer son régime alimentaire (ce sont des cas vécus).
Donc essye de prendre du recul sur cette maudite culpabilité de merde.
Cet écrit n'est que l'expression d'une souffrance de quelqu'un qui a perdu pied, qui a vacillé.

Je parlais à mon médecin dernièrement. Elle m'a dit simplement cela : "nos morts n'ont pas toujours raison. Ils se sont trompés, on pu faire des erreurs". Ils sont humains, comme nous après tout, ils font avec les moyens du bord.

Je te poste un message de Magellan qui m'a fait beaucoup réfléchir à l'époque :
Je pense que cela peut t'aider à voir les choses autrement.

Je t'embrasse et te souhaite chaleureusement de l'apaisement.


"
Bonjour
Je connaissais cet article et il semble étayé  par des expériences de vécus traumatiques ayant entraîné un geste interprété comme adressé à un entourage qui devient dès lors un coupable qui s'ignorait - ou pas - comme tel.
A une certaine époque, je le prenais assez mal, étant convaincu que mon fils n'avait pas voulu faire de mal à ses proches, mais après avoir vu X. Pommereau s'exprimer sur un plateau tv j'ai mieux compris le fait que son expérience est marquée par des cas cliniques variés mais avec des constantes.
Sa tentation de généraliser 'avec modération' certains traits communs aux gestes suicidaires est intéressante même si je suis généralement opposé à ce type de démarche quand elle relève de l'amalgame. Je ne pense pas que cela soit le cas ici.
Il ne faut jamais perdre de vue que ce qui est proposé ici est une interprétation de l'inconscient du suicidant. De nos jours une mauvaise lecture de la psychanalyse a tendance à prospérer à bon compte en oubliant que la vérité de l'inconscient n'est pas celle du conscient. Tout n'est pas vérité dans l'inconscient. Ce n'est pas le siège de toutes les réponses vraies aux plus sombres énigmes. Beaucoup de séries tv marchent avec çà. Cela dit heureusement, il y a aussi beaucoup de 'folie' dans l'inconscient. On fait parfois de grosses bêtises en convoquant abusivement l'inconscient.

Il faut s'accrocher à ce qui est vrai dans nos histoires , l'amour, et ce qui ne l'est pas, la haine, se retrouve le plus souvent refoulé dans l'antichambre des mauvaises pensées plus ou moins dicibles, contre lesquelles on lutte.
Notre cerveau éduqué fait normalement le ménage en permanence... Un psychopathe ne parvient pas à le faire, voire il n'essaie pas.
 Lors de la pulsion suicidaire il y a probablement une rupture de cet endiguement, et la personne en est encore plus désemparée, la percussion des pensées 'normales' et des pensées indomptables et moralement inacceptables pour lui est une cause de détresse identitaire épouvantable. Il n'est pas rare de se sentir devenu démon, d'agir comme tel, y compris en entendant des voix, ce que prouvent de nombreux drames parfois 'altruistes'.

Lors de mon hospitalisation en urgence en 2015 (dépression mélancolique, le cerveau comme broyé par trop de nuits blanches) je suis passé dans cet état de désorganisation mentale radicale, en gardant à l'esprit l'amour qui me retenait à ma famille. Sans revenir sur les détails, en résumé cette percussion entre des pensées incontrôlables par leur amplitude, et l'image que l'on a toujours voulu conserver, est une véritable explosion pathologique. Cela sort du DSM... La souffrance est telle que si le passage à l'acte a lieu, cela peut être nimporte où. Pour ma part je me voyais déjà mort, au purgatoire. Sérieusement...
A ce stade la proximité des lieux familiers est je crois très secondaire quant au sens à donner à un quelconque message. Les repères connus facilitent même le passage à l'acte 'réussi'.
Bref, ce qui m'a semblé agir,  c'est le flot suivant la rupture d'un barrage. Un glissement dans la psychose, qui a tout d'une perte d'immunité essentielle à la survie existentielle de l'être humain.
Mais cette 'fausse EMI', je l'ai assimilée en quelque chose de fort, de bienveillant envers les personnes qui sont parties ainsi. J'ai surtout compris que l'inconscient qui déborde dans ce genre de décompensation ne recèle pas que des choses vraies, pas d'acte d'accusation fondé envers quiconque. C'est aussi le jaillissement de ces pensées totalitaires et mal fondées qui vous font souffrir de manière insupportable. Tout un paradoxe, une agression du psychisme par des intrusions impossibles à contenir...
Le mystère n'est pas que ces idéations soient tapies dans l'inconscient mais c'est le fait que la digue puisse lâcher chez tout un chacun. La désorganisation intérieure est de l'ordre de la pathologie, du même niveau que la perte d'immunité physiologique.
 Je ne sais pas si mes propos seront bien interprétés mais soyez certains que les aspects liés à la 'mise en scène ' n'ont la plupart du temps rien de justifié au regard de la vraie part d'eux-mêmes qui a été débordée par ce qu'ils avaient très involontairement  'convoqué' dans leur processus suicidaire.
Je vous souhaite l'apaisement,  sincèrement. "



autre message de Magellan :
"
Comme vous le dites ce n'est pas vous qui déteniez la solution.
 Vos compagnons le percevaient et c'est ce qui a fait qu'ils aient appliqué leur 'propre solution', afin de mettre fin à cette illusion épouvantable. Quand on passe à l'acte on est vraiment dans un tunnel, on est convaincu que tout ce qui vous entoure est anormal, il devient urgent de mettre fin à une situation perçue comme infernale. Je le répète on peut se croire possédé, on est au delà du monde normal. Le trouble lié à cette rupture  de digue est si intense que c'est comme si on percevait LA réalité comme étant une sorte d'enfer. On est alors ailleurs...
Le suicide est la conclusion de l'isolement dans ce piège. Vous avez fait partie du paysage mental mais c'est comme si vous étiez protagonistes d'un cauchemar, vous n'étiez pas vraiment là, hors d'atteinte dans une vision deformée.
La culpabilité 'circonstancielle' est certes un boulet, mais il vous faut éviter la culpabilité existentielle.
La première n'est plus spécifique au suicide et la seconde finira par vous épargner. C'est la plus dangereuse car c'est ce qui écrase le moi dans la dépression.
Pour ma part j'ai pu l'atténuer mais il faut du temps et aussi abandonner beaucoup d'illusions; on prend un recul énorme par rapport au monde qui nous entoure. Le traumatique revient souvent au galop mais cela devient progressivement possible à gérer.
 Mais je crois qu'au vu du temps très court qui vous sépare du drame, vous devriez évoluer vers une acceptation différente dans laquelle la question de votre culpabilité ne se posera plus aussi douloureusement. Ce sera déjà plus supportable même si cela restera très dur. Un deuil apaisé - entre le défunt et soi - est possible, même pour un suicide. Il reste plus difficile de s'ouvrir au monde qui est souvent accablant. Se protéger sans s'isoler...
Bonne journée à vous. "
« Modifié: 23 août 2019 à 15:45:24 par mike67 »
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sylvie44

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #13 le: 22 août 2019 à 19:58:53 »
Bonsoir Adnarag
Pour moi  Aucun mot Aucune lettre ,j ai cherchée pendant des jours ,rien !  Rien ! Juste des questions sans réponses  ,le vide ,le néant l'horreur.
La culpabilité c'était toute la journée, comment à t'il pu faire  ça, je ne comprends pas  .comment en est-il arrivé à ce geste?
Trop de questions !
Je n'accepte toujours pas ,mais la culpabilité est beaucoup moins présente reste le manque la solitude........

Il faut beaucoup de courage pour avancer

Sylvie

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Re : Puisque tu m'accuses
« Réponse #14 le: 23 août 2019 à 17:20:51 »
Bonjour Adnarag

Mon frère a laissé une lettre. Il s'excuse du mal qu'il va causer après son départ et il demande pardon. Il emploie ces mots. Très bouleversant pour moi.
Pourtant la culpabilité m'a rongé de l'intérieur pendant très longtemps.
Donc tu vois, lettre, pas de lettre quoi qu'il y ait d'écrit la culpabilité est là.  Comme je te l'ai déjà dit il a fallu que je me soigne pendant longtemps pour aller mieux.

Aujourd'hui je sais que je ne suis pas responsable de son geste et je ne lui en veux plus.

Un jour toi aussi tu vas t'apaiser. Ce sera long mais tu y arriveras. C'est ce que je te souhaite.