Auteur Sujet: Mon compagnon m'a quitté  (Lu 25069 fois)

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Hors ligne katrinap

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Re : Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #525 le: 27 Février 2019 à 15:12:38 »




Autant que la souffrance de la perte, je pense qu'il y a parfois chez nous les endeuillés la crainte de revivre, construire, comme un conflit de loyauté qu'on porte en soi
je ne prétend pas avoir la réponse, mais sans doute ludovic te donne ou te donnera la force de continuer et vivre les choses que vous aimiez vivre ensemble, ne dit on pas qu'aimer c'est vouloir le meilleur pour l'autre? il n'aimerait pas que tu sois malheureux je le pense, construire du bonheur, en portant ludovic en toi
affectueuses pensées
katrin








Merci pour vos doux messages qui font du bien.

j'ai le sentiment de retomber un peu.
Ma crainte de revivre un an après le dernier mois de Ludovic me rattrappe.
Je sens une horde de chevaux qui se préparent. Elle va s'élancer bientôt violemment pour le détruire et pour me détruire aussi. Ils vont tout fracasser et t'emmener dans leur sillon.
Envie de revenir jour pour jour en arrière pour lui éviter de sombrer dans l'enfer dans lequel je l'ai fait plongé...
La culpabilité revient du coup également.
J'imaginais hier le silence implacable dans son appartement, une fois qu'il s'était endormi pour toujours.
C'est si horrible...
Comment intégrer ce drame et poursuivre cette vie...
Comment continuer sans le décevoir?
Il fait beau ces jours-ci. J'aimerais tant l'emmener quelques jours au bord de la mer, où il fait doux, pour le faire rêver un peu, lui montrer la beauté de la nature, ce privilège pour les yeux, l'importance des moments partagés. Lui accorder un peu de mon temps rien que pour lui, lui montrer que j'étais soucieux de son existence, qu'il comptait pour moi.
Mais je suis face au vide abyssal.
Tu ne méritais pas une telle fin..décidément non.
T'apporter du réconfort, de la douceur, pour que tu ailles mieux....
Dix mois et 15 jours déjà...
Reconstruire ma vie... ou me détester, m'en vouloir pour toujours.
Comment faire?
Comment chérir notre histoire et repartir?
Comment revivre et te laisser? Encore et encore te laisser...  Je n'aurais pas dû te laisser. J'aurais dû être là pour te protéger...  :'(

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #526 le: 28 Février 2019 à 10:42:31 »
Merci Assiniboine, Mircea, Audreylana, Katrinap,

Vos messages font du bien et permettre d'être entouré quand on est sur la pente descendante et que la tristesse est plus aigüe.

Etrangement (on est tous habitué) je suis plus apaisé ce matin. Allons savoir pourquoi?

Une belle pensée pour vous tous en espérant que vous allez pour le mieux.

Hors ligne dom1

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #527 le: 01 Mars 2019 à 13:42:10 »
Ton témoignage me parle beaucoup.
J'interviens peu ici et je pense que chacun a sa propre façon " d'avancer " dans ce drame qu'est la perte d'un être cher, et que donc, si on peut se "servir " de l'expérience des autres, on ne peut cependant pas tout identifier.
Chaque cas est particulier.
Pourquoi, écrire ici, alors ?
Essentiellement parce que je retrouve ici une histoire qui ressemble étrangement à la mienne, et aussi  des mots posés dans lesquels je retrouve, et c'est assez troublant, 90% de mon ressenti...

Bref, je pense opportun de faire une sorte de " point " sur mon expérience personnelle, afin, peut-être, de donner des " tuyaux " à ceux qui écrivent ici.

Tout d'abord:

La perte est un séisme, c'est clair, une déflagration, un choc mental, un coup de point qui laisse groggy.
On est dans le coma, un autre monde, comme suspendu.
Mais il faut participer aux funérailles, croiser la famille du suicidé, les regards, et surtout ce qu'on croit y percevoir.
On est seul avec son chagrin.

La famille, les amis tentent de dire les bons mots avec le bon ton.
On écoute, on parle parfois, on a besoin d'exprimer, de pleurer devant ces personnes, d'exposer son chagrin au grand jour.
On a besoin de compassion.

On culpabilise.
Les remords, le mélange explosif des regrets et de la culpabilité est comme une explosion mentale.
" J'aurai du ".
" Je n'ai pas "
" Je l'ai tuée "
" C'est ma faute ", etc...

Les images du dernier contact reviennent et font mal...

Bref, l'ambiance est à l'auto-flagellation.

Puis vient l'envie de comprendre, comprendre ce qui c'est passé, pourquoi ?

Je mène alors une sorte d'enquête policière au cours de laquelle je rencontre ses amis, certains membres de sa famille, des ex, etc.
Je commence à rassembler des clefs qui m'ouvrent une réalité à laquelle je n'étais pas conscient.
Elle était malade, elle a déjà tenter de se suicider, son cheminement dans la vie était chaotique, elle souffrait.

Souffrir, oui mais de quoi ?
D'un état d'âme pesant.
Hyper-sensible, elle a traversé son enfance dans la douleur, l'incompréhension des proches.
Un no man's land sentimental où ses parents, dans l'incapacité de comprendre leur enfant, regarde sa différence comme un handicap.
Elle est malade, certes, mais d'une maladie particulière, elle est borderline.
Elle ressent les choses avec plus d'ampleur et de force que personne, l'amour, la haine, le plaisir, la joie, la peur, l'abandon et face à ces sentiments, pour elle, tout est décuplé, amplifié.
Elle a besoin d'être aimée, beaucoup plus que la moyenne des enfants, parce que sans amour elle s'étiole à petit feu, elle souffre. Beaucoup.
Et cet amour ne viendra pas de sa famille.
Elle comprendra, à l'âge de l'adolescence, que ses parents ne peuvent l'aider efficacement, ne peuvent l'aimer suffisamment, ne peuvent la sauver.
Elle est seule face à sa déchirure.

C'est une profonde souffrance qui lui ouvrira les portes d'une fin suicidaire.
À partir de ce constat, elle quittera cet univers qui ne lui aura pas permis de faire face aux aléas de la vie, aux aléas que chacun de nous traverse un jour ou l'autre.
Elle vivotera au gré de ses humeurs, de cette envie d'en finir, de sa difficulté à entretenir une relation amoureuse et sensible avec quelqu'un.
Elle souffrira de cette incapacité de vivre avec ce besoin d'amour insatisfait.

Un besoin d'amour grandiose, sans limite, incontrôlable.
Prenant et pesant pour son entourage qui l'apprécie, l'aime et parfois ressent la faille qu'elle porte en elle.
Un entourage qui ne peut ni comprendre, ni imaginer ce qu'elle endure.
Admettant qu'elle ne peut vivre cet amour, qu'en fait personne n'est en capacité de lui en donner suffisamment, sa souffrance et des événements délicats de sa vie lui ouvrent la porte du suicide.
Elle prend cette porte et la referme mal, derrière elle.
Elle a été sauvée. Temporairement.

Mais rien n'est réglé.
On l'a détecte " paranoïaque ".
On lui dit, elle doit suivre un traitement qu'elle abandonnera plus tard...
Ses parents savent aussi.
Psy, médecins et traitements ne règlent pas le problème fondamental.
Rien n'est réglé.
Cet amour, ce besoin irrépressible de recevoir un amour complet, immense, complexe est toujours présent.
Elle se mure alors dans le silence, les non-dits, le mensonge.
Qui peut comprendre ?
Qui peut l'aider ?
Qui peut vivre aux côtés de quelqu'un qui souffre de cette pathologie ?
Le dire n'est-elle pas la meilleure manière de faire peur et de briser une relation amoureuse ou amicale ?
Elle comprend qu'elle n'a pas le choix. Le silence sur son état est la seule façon de faire, de vivre .

Ces maladies font peur, c'est ainsi. On les tait.
Alors elle tait et vit, tant bien que mal, avec ce syndrome.

Et je l'ai rencontrée.
Nous nous sommes aimés très vite. Beaucoup.

Un état de grâce fait de sorties, de voyages, de plaisirs, d'amour.

Un soir, nous avons vu une pièce de théâtre ensemble, une pièce de Montaigne: " Parce que c'était moi, parce que c'était lui ".
Elle l'avait beaucoup aimée.
Nous avions échangé sur ce sujet. La rencontre de l'autre, et cette évidence qui précède une relation qui donne sens à sa vie, ou à sa mort....

Oui, il n'y a pas de hasard dans ce domaine, parce que c'était elle et parce que c'était moi, nous nous sommes aimés fortement, viscéralement. Et sans cet amour qui s'est imposé à nous, elle n'aurait pas choisi sa fin tragique, ce soir-là.
C'est évident.
Ce qui est évident, aussi, c'est que personne et moi pas plus que quiconque n'était en mesure de lui donner ce dont elle avait besoin.
Un amour entier, sans faille, sans doutes. Un amour impossible.
L'aimer comme je l'ai aimée, comme un être humain,  c'était lui faire comprendre que ce dont elle avait besoin n'était en fait qu'un rêve impossible, que son amour allait au delà du possible, que personne ne pouvait lui donner ça, même ceux qu'elle aimait plus que tout.
Je l'ai aimée.
Aujourd'hui, ai-je besoin de me disculper, de regretter ?

J'ai compris qu'elle était " bordeline", concept ressent qui résume une personnalité, sa personnalité.
J'ai su alors qu'approximativement 30-40% des suicides sont commis par des individus avec des  troubles de la personnalité, et que 10% d'entres-eux mettent fin à leur jour.

J'ai compris aussi les tabous qui pèsent sur le suicide, les maladies psychiques.

J'ai compris que j'ai été nul, comme beaucoup de personnes, par rapport à ce phénomène et à quel point ces tabous pèsent sur notre façon d'appréhender le suicide.
Au delà, de ses non-dits et ses mensonges, j'ai été incapable de comprendre ce qu'elle ressentait au fond d'elle, malgré l'amour que je lui portais, et je n'ai su imaginer jusqu'où elle pouvait aller.

Et puis vient l'idée que je l'ai accompagnée, à travers notre relation, vers son destin, sa mort.
Et qu'au fond cette fin douloureuse lui appartenait. C'était sa vie, son corps ( que j'aimais tant et qui me manque autant que ses sourires... ), et que ni moi ni personne n'était en mesure de contrarier ce choix morbide.
Je ne pouvais rien pour elle.
Elle avait franchi un palier et était entrée dans un monde que seuls les personnes qui ont tenté de se suicider connaissent. Un monde où rien ne compte plus que d'en finir.
En finir avec la souffrance, quoi qu'il en coûte.
À ce stade de son parcours  de vie, notre rencontre a catalysé sa réaction face à son mal-être, lui ouvrant, lorsque cette relation a vacillé, cette fameuse porte suicidaire.

Comme un accident de la route, on peut toujours refaire le film, en se disant que si on était parti 30 secondes plus tard ou plus tôt, l'accident n'aurait pas eu lieu, cela ne sert à rien. L'accident se justifie à lui seul, il est là, le mal est fait.
Il faut l'admettre et je l'ai admis.

" Je ne peux pas ne pas renoncer ", m'a-t-elle écrit ce soir-là...
Elle a renoncé à vivre, renoncer à se confronter à un espace-temps dans lequel l'amour ne peut être dans l'excellence  24 heures sur 24.
Sa souffrance, lui a ouvert la porte de sa fin, qu'elle a refermée derrière elle, à tout jamais...

Oui, ok,  je n'ai pas été à la hauteur d'un tel être humain hors du commun, un être fait de chair et d'os, un être aux besoins d'amour immense, en proie à des conflits et une souffrance interne incommensurable.

Et alors ?

Je l'ai aimé comme j'ai pu, beaucoup. Moi aussi, j'ai un passé, des Ecchymoses personnelles.
Je suis comme je suis.
Je n'ai rien à me reprocher.
Je ne suis pas coupable, ni responsable de sa souffrance, sa maladie, son choix.
Objectivement, sauf à vouloir continuer mon auto-flagellation, je ne suis pas responsable de son suicide.
J'ai fait ce qui me semblait bien, avec ce que j'étais, avec qui j'étais.

Oui, je lui pardonne son choix.
Oui, je me pardonne.
Oui elle me manque.
Oui, elle était unique.

Et alors ?
Devais-je me cantonner dans cet évidence ?
Ne sommes-nous pas tous unique ?
Mon amour était sincère.
Je n'ai pas de regrets à avoir.

Non, je ne me reproche pas sa mort.
J'aime, je rencontre, je fais l'amour, je vis.
J'aime la vie...

Voilà, j'en suis là, entre pardon et envie de vivre une vie si merveilleuse.

Oui, la vie est un bonheur, avec elle, elle l'a été, sans elle, elle l'est aussi...

domi...





« Modifié: 01 Mars 2019 à 23:30:46 par dom1 »

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #528 le: 05 Mars 2019 à 18:45:48 »
Je voulais simplement te remercier Dom1 pour ce message.
Un grand merci.

Et encore davantage pour le MP que tu m'as adressé.

J'ai encore du travail. La culpabilité d'avoir "quitté"Ludovic et de l'avoir enfoncé dans son désespoir est encore très dur pour moi.
Je ne parviens pas encore à m'autoriser à vivre. Parfois encore, j'espère pouvoir revenir en arrière, aller le chercher. c'est si triste, si con, si horrible, si dommage pour lui...
Je n'arrive pas à gérer le fait que, pour lui, il a pu penser que plus rien ne le retenait en vie...
Du temps, de l'apaisement.
Dans la nuit du 6 au 7 avril, cela fera 11 mois qu'il aura choisi de faire ce grand voyage.
Essayer de se battre, de combattre pour que la vie continue

Une grand merci à toi

Hors ligne Mircea

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #529 le: 06 Mars 2019 à 02:42:16 »
Coucou Mike,

je me permets de remettre "chez toi" .... (pour "contrebalancer" un petit peu ta culpabilité tenace) :

On est pas ancré dans le monde des morts. On cherche à maintenir le lien avec la personne aimée qu'on a perdue!!!C'est tout simplement cela!!!!!
Je me suis aperçu que je commençais à parler de Ludo au passé quand je l'évoque. Je commence à accepter...
C'est long et c'est normal.
Oui c'est long et c'est normal !

Depuis plusieurs mois, on voit dans tes écrits que tu avances bien, que tu arrives de plus en plus souvent à mettre la douleur à distance, même si ce n'est pas facile ....
Et ce début d'acceptation c'est bien beau !  :)

J'espère que ça va mieux au boulot pour toi !

Encore merci pour tes retours

Je t'embrasse
 :-*

Catherine

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #530 le: 09 Mars 2019 à 15:38:55 »
Je poste le message que m'a ecrit Dom1.
Car ces propos sont fort justes  et tres aidants.
Ils trouvent leur sens dans ma démarche d'hommage et de compréhension, avec tout l'amour et le respect que j'ai pour Ludovic.
Il peut aussi aider d'autres personnes.
Si seulement ils pouvaient aider des personnes en peine pour leur éviter le pire et se dire qu'on peut les entendre, les comprendre...

Bonjour Michael,

Pour tout dire, les mots que tu poses sont pour moi très " troublants " à lire, comme si la perte que tu as subie raisonnait avec une force décuplée dans mon cerveau.
Nos expériences sont très similaires, sans aucun doute parce que nos deux ami(e)s se ressemblaient étrangement, dans leur façon d'être, leur comportement et leur fin.

Oui, c'est très étonnant comme certaines causes peuvent conduire aux mêmes effets.
Comprendre et découvrir que Nathalie était fragile, hyper-sensible, entendre dire par un proche qu'il savait que ça arriverait un jour, comprendre qu'elle était borderline, etc, permet une approche plus lucide de ce qui est arrivé.
Cela n'enlève pas complètement les regrets évidemment,  mais cela atténue l'impact de la perte.
L'amour qu'on portait à ces êtres chers incite à:
- vouloir honorer leur personne
- se sentir coupable de ne pas avoir su et pu les " sauver "
- éprouver un manque teinté de culpabilité...

Ceci est identique pour nous deux dans notre ressenti.

Regardons cela de plus près.

En effet Nathalie ressemblait à Ludovic.

- Il s avaient une sensibilité hors du commun
- ils ont vécu une enfance difficile car cette sensibilité n'était pas reconnue à sa juste valeur, voire refoulée, handicapante, montrée du doigt par l'entourage, à l'école, en famille
- ils ont manqué d'amour
- ils ont peut-être été " maltraités "...
- ils se sont éloignés de leur famille
- ils ont eu du mal à vivre une relation sentimentale équilibrée
- ils ont caché leur passé, leurs problèmes psychologique, leurs maladies...?
- ils étaient intelligents et lucides sur leur état
- ils étaient attirés par les arts, la culture.
- etc...

Puis, nous les avons rencontrés.
Nous les avons aimés.
Ils nous ont apportés beaucoup d'eux , comme un don. Ils se sont épanouis dans cet amour.
Ils nous ont aimés, comme jamais, ils n'avaient aimé.
Ils étaient heureux...
Nous aussi...

Mais la vie n'est pas un long fleuve tranquille, pour personne et ne l'a jamais été. Ne le sera jamais.
Tout couple, toute amitié, tout amour est soumis à des incompréhensions, des questionnements, des remises en cause.
" C'est la vie ", comme on dit communément.
Oui, avancer dans la vie, c'est aussi douter, remettre en cause, vouloir autre chose, autrement.

Nos histoires n'ont pas échappé à ces phénomènes.
Petit à petit l'amour qu'ils nous ont porté devenait " envahissant ", exclusif, aliénant.
Nous l'avons ressenti comme une pression qui pouvait devenir insupportable, une perte d'identité, une perte de liberté.
Et toi et moi avons posé notre ressenti sur la table de notre relation avec eux.
Comme on doit le faire lorsqu'on est quelqu'un qui a besoin d'exprimer ce qu'il ressent, pour avancer et plus simplement pour vivre heureux.

On connait aujourd'hui les conséquences de l'avoir fait. Mais pouvions-nous faire différemment, autrement ?
Non...

- D'une part parce qu'ils nous ont cachés leur passé, ( leur maladie...? ), leur façon d'être, ce qui était une souffrance morbide au plus profond d'eux.
- l'idée suicidaire était présente dans leur cerveau, le moment de la mettre en pratique ne dépendait que de certains événements particuliers.
- nous ne pouvions imaginer une telle fin.
- paradoxalement, l'amour qu'il ont éprouvé pour nous, que nous avons vécu avec eux leur ouvrait les portes de cette fin tragique car il était si intense et si puissant que l'idée même de sa fin leur était insupportable, invivable. Tout spécialement à cause de ce qui ils étaient, des êtres fragiles, ballottés depuis de nombreuses années, leur plus tendre enfance, par cette difficulté à vivre ce déséquilibre interne, cette souffrance interne.

À partir de ce constat, tu peux te dire, comme je l'ai fait trop souvent pensé, que ta responsabilité dans sa mort est entière et en éprouver de la culpabilité. De la colère aussi pour ce choix qui te fais mal, au plus profond de toi, et que tu considères comme un manque de respect à ton égard, au regard de l'amour que tu ressentais et que tu ressens encore pour lui...

Non, il ne faut pas. Non, ce choix lui appartenait à lui seul. Ce choix est respectable. Il est ultime certes, il est cependant le chois d'un homme libre et entier.

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #531 le: 09 Mars 2019 à 15:46:58 »
Petit rectificatif  ;)
Je n'éprouve aucune colère contre Ludo.
Plutôt une profonde compassion et un sentiment de ne pas avoir été sufisamment là. ..

Hors ligne Mircea

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Re : Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #532 le: 10 Mars 2019 à 01:54:48 »
Merci beaucoup à vous : Dom1 pour avoir pris le temps d’écrire, Mike pour avoir partagé.
Je pense comme toi Mike : ça peut aider d’autres, comme l’ensemble de ton fil (notamment sur la culpabilité, et tout ton cheminement ).
Malgré les différences dans nos histoires, vos écrits m'apportent beaucoup.

Je me permets de réagir un peu, en lien avec mon vécu (si ça dérange, j’enlève sans problème).

Ce n’est pas pour essayer de vous déculpabiliser mais je ne sais plus si c’est le Dr Fauré ou le Dr Hanus qui affirmait que le suicide d’une personne n’était jamais dû à un seul facteur mais à plusieurs facteurs, à ce moment là.

"On connait aujourd'hui les conséquences de l'avoir fait" : j’ai l’impression que leur suicide n’est pas la conséquence de votre positionnement (bien légitime) par rapport à vos problèmes de couple mais plus, entre autre, la conséquence de leur impossibilité à pouvoir entendre, appréhender cela parce que trop à vif, trop sensible etc …, alors que comme tu l’écris Dom :  «tout couple, toute amitié, tout amour est soumis à des incompréhensions, des questionnements, des remises en cause."

Dans ce que vous évoquez de Nathalie et Ludo, j' y retrouve en partie Mircea (mais comme bien d'autres personnes aussi)
Mircea ne savait pas, ne pouvait pas se protéger (des autres, de lui-même).
Les contrariétés, voir d’autre personness en difficulté ou en souffrance lui était insupportable etc ….
Il a été diagnostiqué (un diagnostic posé pour la première fois en mars 2017) « borderline » par une expertise psychiatrique judiciaire (avec les limites de ce genre d’expertise).
 Mircea ne se limitait surtout pas qu’ à ce trouble (?), cette maladie (?). Il était bien plus …. il était unique (comme toute personne)

Mon départ imminent en Bretagne (dont il avait connaissance bien avant le début de notre relation) lui était insupportable. Un jour, il s'est aspergé d'un produit pour s'immoler, si je n'étais pas arrivée à ce moment-là, fait barrière .... (bien d'autres incidents à cette période) (je crois que s'il était mort à ce moment là, j'aurais énormément culpabilisée)

Les derniers temps passaient ensemble, nous étions en paix. C’est le face à face avec lui-même, avec sa souffrance, sa culpabilité, sa façon « d’être » qui, cette fois l’ont amené au suicide. Ce qui me fait penser que ce n'est pas la relation amoureuse qui est en cause pour le suicide.

Ces derniers temps ensemble, il m’a donné des clés, des mots pour que je puisse comprendre pourquoi il ne pouvait plus vivre. (je lui en suis infiniment reconnaissante)

ce choix lui appartenait à lui seul. Ce choix est respectable.
Merci de l'écrire ....

Pour Mircea, je pense que sa souffrance, la façon dont il l’appréhendait était la pire des prisons. Il n’a pas pris la liberté de se tuer : il n’avait pas d’autres solutions, d’autres clés, pour se libérer ….

Je vous souhaite d'avancer vers l'apaisement.
Avec toute ma tendresse

Catherine

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #533 le: 10 Mars 2019 à 08:36:52 »
Un grand merci pour ce partage Mircea.
Personne ne se contredit.au contraire :)
Accepter de ne pas tout savoir...
Les derniers mots de Ludo ont été "la vie sans toi sera insupportable".je dois vivre avec cette douleur exprimée, avec cette appel au secours que je n'ai pas compris et que j'ai relativisé.
Mais comme tu le dis, leur souffrance se situait davantage dans la vie en général.
Et nous étions leur raison de croire encore en la vie.
En cela je rejoins Dom sur le fait que Ludo voyait son objet d'amour comme le seul bonheur qui lui permettait de ne pas sombrer. Sa peur de l'abandon était très vive notamment.
Mais derrière cela, il y avait un sentiment de mal être qu'il essayait de me cacher ou qu'il avait réussi à gérer.
Sa peur de l'abandon à toujours été là. Par exemple,avant notre rencontre, il a appelé une amie en lui disant qu'il avait peur de rester seul, pendant que son compagnon de l'époque était simplement parti de la maison pour une semaine.
Il avait réussi à un peu maîtriser cela... séance chez le psy il y a 15 ans.. mais je n'ai jamais su precisement les raisons à l'époque...
Comme tu le dis Catherine.le suicide est le seul échappatoire pour que la souffrance cesse définitivement. Cest leur decision mais ils n'en avaient pas d'autres. Encore aujourd'hui, je ne suis pas certain d'etre en mesure de rendre Ludo heureux, de gommer son mal être.
Mais cela n'enlève en rien à la personne magnifique qu'était Ludo. Cette hyper sensibilité était même très touchante  et enveloppante pour moi.
De jolies pensées pour eux
Excuse moi Ludo de ne pas avoir été làquand tu en avais besoin.
« Modifié: 10 Mars 2019 à 09:33:25 par mike67 »

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #534 le: 10 Mars 2019 à 20:23:02 »
Reflux de tristesse et de mélancolie.
J'ai passé le week end en famille. Faire comme si...
Globalement j'ai parfois le sentiment que tout le monde t'oublie et poursuit sa route.
Je suis seul à lutter, quitte à absorber ta tristesse, m'immiscer à l'intérieur d'elle pour te réconforter.
Je pleure à l'intérieur. Je pense tendrement à toi Ludovic. Mélancolie, destinée si dure pour toi...

Hors ligne Audreylana

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #535 le: 11 Mars 2019 à 14:22:20 »
Que je te comprends Mike, pour ma part aussi ses repas en famille avec ses discussions parfois futiles , ces éclats de rire... j'ai l'impression de n'appartenir à rien de tout ça.
comme si j'étais en train de regarder la scène mais sans vraiment la vivre.

Pour moi aussi petit coup de mou en ce moment. les angoisses qui rejaissent, la peur de tout reconstruire, toute seule, de repartir à zéro.

Mais tu le sais Mike ses mouvements de haut et de bas sont normaux dans le processus de deuil et et sont temporaires. demain ça ira mieux , après demain aussi et puis un jour le moral sera en baisse et la vie repartira. C'est notre quotidien. J'espère qu'avec le temps les moments de répit seront plus long et que l'on arrivera à regarder en arrière avec une douce nostalgie sans que la tristesse nous envahisse.

Je t'embrasse et t'envoie toutes mes ondes positives

Audrey

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #536 le: 11 Mars 2019 à 14:42:50 »
Un grand merci Audeylana pour ton message.
Il est très réconfortant.
Envie de pleurer tout le temps depuis hier soir. Démoralisé..et mon cerveau continue de chercher pourquoi je n'ai rien compris à ce qui était si évident.
Ton message m'apporte du soulagement. On se comprend.
J'espère qu'on arrivera à s'extasier, à redevenir léger.c'est pas gagné hein?
Je t'embrasse.
Prends soin de toi

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #537 le: 12 Mars 2019 à 14:42:50 »
Je poste sur mon propre fil un message concernant le fait que le suicide, ce serait MAL (sans blague???!) et que les personnes qui se suicideraient n'atteindraient pas le paradis??

Je suis affreusement heurté quand j'entends que le suicide serait un péché.

Aider les personnes en détresse, leur apporter tout son soutien. Leur dire que la vie vaut le coup, qu'on tient à elles, qu'elles sont précieuses pour leur entourage, qu'elles ont leur place, malgré toute la souffrance qu'elle traverse.
Et encore.. parfois (souvent) cela na suffit pas. La souffrance est trop profonde, la lutte existe contre un mal-être depuis trop d'années. Un traitement et une écoute psy s'avère primordial pour s'en sortir... et là encore, parfois cela ne suffit pas à régler cette souffrance qui ne cesse de jaillir...

En quoi un tel acte, aussi horrible soit-il , devrait se voir apposer un qualificatif religieux.
Ludo était athé. Pour autant, il adorait les cathédrales, pouvaient s'émouvoir devant leur grandeur, les peintures, les sculptures.
Je pense même qu'il avait une connaissance du religieux bien plus élevé que le religieux pratiquant moyen.
Pourquoi? car il était curieux, cultivé  et ouvert d'esprit.

Péché???  En quoi cet acte terrible et que je rejette du plus profond de mes tripes, pourrait remettre en cause la grandeur d'âme des personnes qu'on a dramatiquement perdu?

Une pensée pour toutes les personnes en souffrance qui luttent, qui sont encore dans la vie, qui sont peut être en train d'essayer de rejoindre les ténèbres. Leur tendre la main, les aider à soigner leur souffrance, à panser leur blessure. Leur dire qu'ils ne sont pas seuls.
Mais n'accablons pas ceux qui ne sont plus, ceux qui n'en pouvait plus et qu'on a pas été, tous collectivement, en mesure d'aider. Reconnaître son impuissance est plus difficile que de faire porter le fardeau d'une prétendue faute à celui qui n'est plus.

Nos êtres aimés disparus par suicide n'auraient pas dû mourir. Mais ils ne sont absolument pas fautifs ou coupable.
Apprendre tout doucement que personne n'est coupable dans cette horreur, dans cette infamie, mais surtout pas eux!!!

Hors ligne Mircea

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #538 le: 13 Mars 2019 à 00:40:02 »
Je comprends ton ras-le-bol à ce sujet ...
Il y a des moments où l’on est tellement à vif que cela fait crier,
D’autres moments où ça fait toujours aussi mal mais il n’y a même plus cette force, cette envie …. c’est vide.
On essaye de se protéger comme on peut ....
Lire les autres devient alors, pour moi, moins possible.

je me rends compte que je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'il est parti pour toujours.
j’en suis au même point que toi. Là dessus j’avance à pas de fourmi. Je cherche  un peu moins Mircea, mais je l’attends encore. C’est bien dur à vivre et en ce moment ça cartonne ….(avec souvent cette "impression" qu'il va arriver, les bras grands ouverts ....)
(la première partie de cette vidéo du Dr Fauré m’aide à accepter que j’en suis que là …. : https://www.youtube.com/watch?v=Pzau23ySKGM)

Plein de courage à toi en attendant à nouveau du mieux
Je t’embrasse
Catherine

Hors ligne mike67

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Re : Mon compagnon m'a quitté
« Réponse #539 le: 13 Mars 2019 à 12:37:05 »
Bonjour Catherine,

Je comprends ce ressenti.
Comme toi, c'est la descente en chute libre en ce moment. Je suis à 15 jours de la terreur absolue.
Je ne pensais pas que les " un an" allaient  avoir cet effet là sur moi.
L'an passé, Ludovic était encore en vie.

Ce matin en me réveillant, j'ai regardé les arbres et le temps ressemblait à celui de l'an passé à la même période.
En une seconde, je me suis retrouvé plongé dans la même tristesse, la même douleur que celle que j'ai connu l'an passé. Ca m'a fait très mal à l'intérieur.
Cela m'a fait penser à ta remarque sur le chant des oiseaux. Pareil... la même sensation.
Nous sommes des blessés. Comment se soigner?
Je me souviens qu'il avait neigé au tout début du mois de mars. Ludo avait pris une photo d'un jardin public dont la végétation était entièrement recouverte de ce manteau blanc. Il me l'avait envoyé par sms.
J'ai le sentiment de repartir en arrière, que les choses se bloquent à nouveau.
Les paroles de la chanson que tu m'as envoyé m'ont boulversé.
Je me suis permis de l'envoyer à une personne devenue ami, qui a perdu son conjoint de cette façon aussi terrible que nous en décembre 2017. Il s'appelait Serge. Il était plein de vie, un grand voyageur à travers le monde, qui se mettait trop la pression (travail...). J'aime évoquer nos disparus, avec pudeur, pour qu'ils ne meurent pas.
 Pour que la transmission se fasse, je lui ai dit que je tiens cette paroles d'une belle personne (Catherine) et de son aimé, une belle personne aussi, qui demeure (Mircea).
Allez... on va arriver à se secouer un peu et à lutter contre cette mélancolie qui nous guette...

Je t'embrasse très fort.