Auteur Sujet: Dur d'accepter l'inacceptable...  (Lu 1778 fois)

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Hors ligne emi

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Dur d'accepter l'inacceptable...
« le: 06 Janvier 2018 à 16:26:23 »
2 mois aujourd'hui que tu nous as quitté...
Rien ne laissait présager cette issue à ce moment-là ; tu avais tellement de projets et tu aimais tellement tes filles et ce bébé à venir ! Je n'arrive pas à réaliser l'horreur. Je n'arrive pas à réaliser que je ne te verrai plus, que je ne t'entendrai plus, que je ne pourrai plus t'embrasser, te prendre dans les bras. J'ai mal de savoir que tu as du autant souffrir pour ne voir que cette issue, que tu te sois privé de tellement de bons moments auprès de tes enfants.

Je me rends compte aujourd'hui avec les 2 mois de recul, les recherches que j'ai pu mener et les évènements et conversations que j'ai revécus en boucle, qu'il y avait sûrement des signes de ton mal être, mais malgré tout jamais je n'aurai pensé que ça pouvait en arriver là.
J'ai appris que tu avais vécu des choses qui t'ont fragilisé dans ton enfance et ta jeunesse, que tu n'avais pas confiance en toi (par rapport à cet aspect, tu me disais "mon père ne m'a pas aidé"), et que la perte de ta grand mère il y a 20 ans t'a énormément fait souffrir. Et comme ci ça n'était pas suffisant, on t'a "accusé" de sa mort. Toi qui était un adolescent de 16 ans hypersensible, cela t'as sûrement fragilisé  à un point que je ne peux imaginer. Je ne savais pas que tu étais plus proche de ta grand mère que de tes propres parents. Plusieurs personnes me l'ont dit depuis. Je ne me rappelle que tu me l'ai dit un jour. Si bien que les quelques fois où tu me disais que tu avais souffert de sa mort, je n'ai à aucun moment mesuré ta souffrance.

Ce n'est que le samedi soir, le 4 novembre, que tu m'as fait part de ton désespoir et que tu avais pensé à en finir mais que de voir les filles t'avais fait revenir à la réalité. Je ne savais pas quoi faire quand tu m'as dit cela, alors on a discuté tous les 2. Tu m'as dit que tu voulais rejoindre ta grand mère et que tu te sentais coupable de sa mort et que ta tante s'était permis de dire "et s'il n'était pas parti en internat (en parlant de toi), ça ne serait peut être pas arrivé"... Ta grand mère est décédée à 83 ans d'une crise cardiaque ; je serai plutôt tentée de dire que c'était une "belle mort".  Je t'ai demandé si tu étais heureux avec moi, ce que je pouvais faire pour que tu sois mieux. Je t'ai dit que j'avais besoin de toi et les enfants aussi, que je ne voulais pas que tu nous laisse, qu'on t'aimait. Tu as fini par me dire que cette discussion t'avais fait du bien et que tu étais d'accord pour que l'on aille ensemble chez le médecin le lundi. Le dimanche s'est très bien passé, on a parlé de Noël, tu m'as dit qu'il fallait que l'on pense à organiser le réveillon du nouvel an qui était prévu chez nous, tu m'as donné une autre idée de prénom pour le bébé, tu as donné ton manteau à réparer à ma maman, tu as croisé beaucoup de monde avec qui tu as discuté quand nous nous sommes promené... Bref, un dimanche comme les autres, hormis mes pleurs à plusieurs reprises dans la journée car j'avais très peur et je te suppliais de ne pas faire de bêtises. Tu me disais ne t'inquiètes pas !
Et puis ce lundi matin du 6 novembre tu étais réveillé de bonne heure. Ça ne m'a pas choqué plus que ça vu ce que tu m'avais dit, je trouvais ça compréhensible de ne pas bien dormir. Tu t'es levé en me disant que tu allais aller au travail car tu voulais aller à ton rdv chez l'ORL qui était prévu le soir et que ton oreille te faisais mal (depuis un moment d'ailleurs). A cela je t'ai répondu "non, reste, on va chez le médecin et on ira ensemble chez l'ORL, on trouvera un truc à dire à ton travail pour justifier ton absence". Tu as d'abord hésiter en me disant "t'es sûr ?",  puis tu as enchaîné "non, je vais aller au travail, ca va me changer les idées". Et je t'ai laissé partir en te disant que j'allais te rejoindre le midi, qu'il fallait que tu m'appelle au moindre problème, que l'on allait trouver une solution ensemble et que tu ne devais pas faire de bêtises. Et toi, tu m'as dit "ok on fait un mc do, pense aux tickets resto. Je vais au travail aujourd'hui et on va chez le médecin demain". A aucun moment j'ai pensé que tu allais passer à l'acte moins d'une heure après.

Je ne sais pas si tu l'avais décidé en partant de la maison et que tu cherchais à me rassurer ou bien si quelque chose à fait tout ressurgir entre temps. Je ne le saurai sans doute jamais. Néanmoins, je sais maintenant que dans ton cas ça n'était pas prémédité, que tu ne voulais pas nous quitter mais que ta souffrance a pris le dessus et qu'une "pulsion" à fait que c'était la seule issue que tu voyais. Je ne t'en veux pas, c'est plus à moi que j'en veux de n'avoir rien vu, d'être rester dans le quotidien alors que toi tu étais si mal. Je travaille sur cette culpabilité avec la psy et petit à petit son ampleur diminue. Néanmoins c'est tout de même dur à accepter d'être là personne la plus proche, d'être au quotidien avec toi et de ne me rendre compte de rien. Et d'accepter que l'amour que je te porte n'a pas suffit!
Si j'avais su et si tu m'avais laissé t'aider , je peux te dire que je ne t'aurais pas lâché.
Je t'aime si fort !

Voilà c'est la première fois que j'écris dans cette partie du forum, mais j'avais besoin aujourd'hui de revenir encore une fois sur ces derniers jours, ces dernières heures avec lui.  J'avais besoin de pleurer en écrivant tout cela, il fallait que j'évacue un peu...

Hors ligne 3 pommes

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #1 le: 06 Janvier 2018 à 16:46:25 »
Triste histoire que tu vis là.
Je n'ai pas les mots pour t'aider car je suppose que rien ne sera  suffisamment fort pour depasser ce tsunami à part tes enfants et ce bébé qui ne demandent qu'à vivre leur vie.
Il y a tant d'impuissance devant certains évènements de la vie;
Ici tu trouveras un peu de réconfort

Hors ligne emi

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #2 le: 19 Janvier 2018 à 07:22:24 »
Et si j'avais dit ça,... Et si j'avais fait ça... Est ce que ça ça n'était pas un signe... Pourquoi je n'ai rien vu, rien compris ? Pourquoi mon amour pour lui, l'amour de ses enfants, le bébé à venir ne l'ont pas sauvé ? Pourquoi il ne m'a pas laissé l'aider? Au moins essayer... Il était pourtant d'accord ce matin quand je lui ai dit que l'on trouverai une solution ensemble. Il était d'accord pour aller chez le médecin le lendemain.... Là je n'ai rien choisi, et on subit!
J'en ai mare de ses questions qui reviennent chaque jour. Même si elles sont un peu moins intenses que les premières semaines, elles reviennent toujours.
Et la fille de 5 ans qui me dit "tu aurais dû lui dire de rester Maman, de ne pas prendre sa voiture" ...
"C'est ce que j'ai fais ma chérie, je ne voulais pas qu'il aille travailler"
"Alors il aurait dû venir me réveiller avant de partir, je lui aurai dit de rester"
"Mais tu dormais ma chérie..." Comment lui faire comprendre qu'à aucun moment je n'ai pensé que ça pouvait arriver, sinon je lui aurai pris ses clés ou autre...

Ma pauvre chérie, je suis si triste pour elle.

Hors ligne Denpaolig

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #3 le: 23 Janvier 2018 à 18:46:28 »
Bonsoir Emi,

On échange sur un autre fil mais je viens ici te lire et te dire que les questions qui torturent sont nombreuses et resteront sans réponse, malheureusement... J'ai les mêmes questions au sujet de mon frère mort depuis 30 ans. Personne n'a été/n'est en capacité de me donner les raisons de son geste. Et ce n'est pas faute d'avoir fouillé, vidé sa chambre, ses effets personnels, ses poches, et interroger ses amis à l'époque. Rien, aucun début d'explication... Va vivre avec ça, tient !!! Une véritable torture et une angoisse grandissante au fil des années (surtout en devenant maman) de revivre la même chose... Et paf, 30 ans après, je remets le couvert... Là, j'ai des réponses. Insatisfaisantes mais des réponses tout de même. Je m'en contente aujourd'hui. Même si un temps, j'ai voulu incriminer l'armée de son suicide mais il est le seul responsable de son geste. Personne d'autre ne lui a passé la corde autour du cou.

Concernant les questions de ta petite fille, est-ce qu'elle est aidée par un spécialiste (pédopsychiatre) ? Lui ou elle pourrait trouver les mots... Mais je vois de toute façon que tu te débrouilles très bien. Tu ne fuis pas les questions, c'est énorme. Tu trouves les mots qu'elle peut entendre et comprendre. Et malgré ta peine, tu es présente pour elle. Pas facile de ne pas les effrayer avec ce sujet et la représentation qu'à son âge, elle peut en faire.
Je reviendrai te lire,
Je te soutiens,
Je t'embrasse,
Muriel.

Hors ligne emi

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #4 le: 23 Janvier 2018 à 22:58:28 »
Bonsoir Muriel,
Oh oui ces questions qui restent sans réponses... Moi aussi j'ai beaucoup interrogé son entourage. La psy m'a dit que je faisais une véritable enquête ! En même temps, je ne vois pas comment je pourrais rester sans au moins essayer de comprendre. J'ai quelques éléments dont il m'a parlé quelques heures avant. Le  deces de sa grand mère qu'il n'a pas supporté il y a 20 ans et dont on l'a accusé à tort. Lourd pour un jeune de 16ans. Mais ce que je ne comprends pas où pas bien, c'est comment cela à pu remonter à la surface à ce moment là et surtout avec autant de puissance. Je sais qu'il prenait tout à cœur et qu'il ne supportait pas de voir des gens être mal et que malheureusement il "se chargeait" avec les problèmes des autres. Je dis des autres, car là dessus je suis certaine de ne jamais l'avoir "chargé" justement. Je ne suis pas du genre à me plaindre et j'ai toujours tendance à relativiser. Avec le recul, je pense qu'il était hyper sensible et qu'il ne le savait pas. Il devait tout ressentir avec beaucoup plus de puissance et devait se sentir différent des autres, incompris. Mais tout ça ne me donne pas l'événement ou la chose qui a fait qu'il passe à l'acte. Était ce quelque chose de très important dont je n'ai pas connaissance ou bien était ce un petit truc, le truc qui fait déborder le vase ??? Si c'est ça, à la fois je me dis qu'il fallait presque rien pour que ça n'arrive pas, et à la fois que ça aurait pu être n'importe quoi et donc n'importe quand.
J'ai peut être déjà dis tout ça, je crois que je me répète beaucoup en ce moment. Quoiqu'il en soit, comme tu l'as si bien dit, ces questions resteront sûrement sans réponses. Il n'y a que lui qui le sait.

Ma fille est suivie par la même psy que moi. C'est la psy de la clinique où je vais accoucher. Je l'ai appris après le décès, mais dans le cadre d'une grossesse, on peut voir un psy à la maternité sans rien avoir à charge. Ce sont des consultations pour la future maman mais aussi sa famille au besoin. Donc je n'ai pas cherché plus loin pour le moment. Ce sera peut être différent après la naissance. Enfin, ma fille a vu la psy 2 fois seulement. Mais elle ne dit rien pendant la séance, à 5 ans c'est normal. Elle sait qu'elle a juste à me demander si elle veut y retourner. Je parlerai de ces questions â la psy la prochaine fois. J'essaie de lui répondre du mieux que je peux. Je ne veux surtout pas lui mentir mais je dois aussi m'adapter à son age. Ce n'est pas évident et j'ai peur qu'un jour cette horreur se reproduise. J'ai peur pour mes enfants.

Merci de ton soutien Muriel.
En échange je t'apporte le mien, enfin le si peu que je puisse apporter â quelqu'un.

Hors ligne emi

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #5 le: 05 Mars 2018 à 23:20:45 »
"Quelqu’un va vivre avec la croyance qu’il est nul, qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est pas digne d’être aimé, et vivre toute sa vie avec cette croyance-là est hyperdangereux psychiquement. "  C. Fauré
Aujourd'hui j'ai l'impression que cette phrase te décris mon Amour.
Je ne pensais pas un seul instant que tu te sous estimais à ce point mais maintenant j'en ai conscience. C'est ce qui t'as fragilisé ce jour là. Trop de remises en question depuis ton enfance, un deuil mal vécu et une culpabilité portée à tort depuis l'adolescence, et tous les malheurs des uns et des autres que tu gardais en toi, ce jour là c'était trop et tu ne pouvais plus supporter. Tu as été comme possédé, tu n'étais plus toi même je le sais, sinon ce drame ne serait jamais arrivé. Je n'aime pas entendre les gens dirent que c'était ton choix, que tu nous as laissé sans penser à nous. Bien entendu que tu n'as pas vraiment pensé à nous, où du moins que tu ne pouvais plus faire preuve de discernement. Tu as dû être appelé vers la mort, tu ne pouvais pas faire autrement, c'était plus fort que toi. C'est ce que m'a dit une personne suicidaire, et je me dis que qui mieux que cette personne peut comprendre/savoir ce qui a pu se passer dans ta tête à ce moment là?
Je te le redis une nouvelle fois, je ne t'en veux pas. Tu m'as tant apporté et je suis si fière d'avoir vécue ces 7 ans et demi avec toi. C'est que j'aurai voulu que cela dure encore de nombreuses années et ça fait souffrir de se dire que c'est fini, qu'il n'y en aura pas d'autres. C'est dur d'accepter qu'on nous enlève de notre bonheur quand on est comblé.
Je t'aime mon Amour !

Hors ligne Bmylove

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #6 le: 29 Juillet 2018 à 09:04:17 »
Bonjour Emi,

Comment vas-tu ?
Tu t'en sors avec ta petite tribu ?

Je retrouve tout à fait en Bruno ce que tu écris dans le post ci-dessus.

C'est tellement triste de penser à ce qu"ils ont traversé.
Tellement injuste.
Tous nos gestes d'amour, nos mots d'amour n'ont pas suffi à rafistoler l'image qu'ils avaient d'eux-mêmes.
Je m'en veux, de mon côté,  de nos disputes.
Je n'ai pas été tendre, je croyais qu'il pouvait contenir ma colère. Mais non.
Elle l'a juste enfoncé un peu plus. :'( :'(

Je t'embrasse Emi.

If I look hard enough into the settin' sun
My love will laugh with me before the mornin' comes

Hors ligne mike67

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #7 le: 29 Juillet 2018 à 14:14:54 »
Bonjour Emi,

Je me suis permis de lire avec beaucoup de respect et d'attention.
Ton conjoint était une très belle personne et sa souffance est distincte de l'amour qu'il te portait ainsi qu'à ta famille.

Je suis touché car j'ai perdu mon compagnon il y a bientôt 4 mois et je me rends compte que les profils sont souvent simlaires.
Nous sommes privées d'un proche, d'un amour qui sont souvent hypersensible, Comme pour ta moitié, Ludovic a été elévé essentiellement par son grand père et, pour des raisons compliqués, son papa et sa maman sont toujours resté très en distance. Je pense qu'il a très mal vécu la mort de son grand père, il y a une vingtaine d'année, car c'etait la personne majeure à qui il devait tout. Cela a créé une faille, un manque d'estime, un besoin extrême de reconnaissance, de vouloir être aimé à tout prix.
C'est très douloureux, trs compliqué et bien cruel de devoir accepter la réalité du départ de personne si belle...

Bien amicalement
Michaël

Hors ligne emi

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Re : Dur d'accepter l'inacceptable...
« Réponse #8 le: 04 Août 2018 à 03:11:38 »
Je vois seulement vos messages et je vous remercie !
Effectivement des traits de caractère commun. Est ce que tous les hypersensibles sont susceptibles d'en arriver là un jour ?
Compliqué, très compliqué ce deuil et toutes ces questions qui nous poursuivent et nous persécutent.
À nous d'accepter la réalité de leur départ comme tu le dis Mike, ainsi que la vie qu'il nous ont laissé sans pouvoir accepter leur geste, car je ne pense pas que ce soit possible.