Auteur Sujet: Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur  (Lu 13106 fois)

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Hors ligne Pervenche

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Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« le: 16 Février 2013 à 19:32:36 »
Bonsoir à tous,

Il y a bien longtemps que je ne suis pas venue sur le forum.... besoin de prendre du recul. Suite à plusieurs gentils messages personnels, je viens vous raconter mon chemin depuis quelques mois.

Mon Amour Bruno est décédé le 10 avril 2012, des suites d'un arrêt cardio respiratoire arrivé 15 jours plus tôt. J'ai vu une première fois mon compagnon mourir et j'ai pratiqué sur les conseils des urgences les gestes de massage cardiaque. Les secours sont arrivés 20mn plus tard. Ils ont fait repartir le coeur grâce à un défibrillateur électrique.

Mais le cerveau est resté non oxygéné pendant 1/2 heure. Coma anoxique. Débranchement auquel j'ai assisté. Acte violent, brutal d' étouffement auquel le personnel médical ne pensait pas qu’il se déroulerait de cette manière.

Choc post traumatique. Les images de ce 10 avril m'empêchaient d'avancer.

Septembre 2012. Décès violent par explosion en nettoyant une arme de collection, de mon ex beau frère et confident.

Obligée de faire piquer les deux petits cochons d’inde de ma fille à deux mois d’intervalle

Décembre : décès de ma grand tante. Même si son grand âge rend son départ « normal », ….

Trop de douleur. L’impression que la vie n’existe pas ; La mort tout autour. Sans arrêt.

Au décès de Bruno, c'est ce forum qui m'a aidée à survivre. Une véritable accro. Décision prise de ne pas me suicider grâce à un post sur le fil des parents en deuil. J’y ai lu l’horreur de ceux qui restent. Les questions sans réponse. La culpabilité.

Merci Marije. Samuel, ton fils bien aimé, par delà la mort suite à son suicide a, encore une fois, fait le bien. Il m’a sauvée : je ne pouvais pas faire cela à ma fille. Il me fallait vivre.

En Novembre, au rendez vous de Bourges, je vous ai vus. Vous tous, les « vrais gens ». Vos peines, vos souffrances étaient le reflet des miennes.

Grâce à cette rencontre, j’ai beaucoup avancé. Adèle, Christophe, merci. Vous m’avez conseillé d’essayer un traitement par l’EMDR.

J’ai en effet eu quelques séances par une psychologue. Aujourd’hui, je suis de nouveau « en marche ». J’ai du chagrin, bien sûr. Mais je peux penser à Bruno vivant, à nous. Les souvenirs sont doux.
J’ai eu aussi des séances d’hypnose. J’étais particulièrement sceptique. Mais il faut croire que pour moi, cela a été efficace !

Aujourd’hui, je suis prête à prendre soin de moi. J’ai commencé l’hypnose pour reperdre les kilos pris. Je me sens bien.

Bruno fait partie de ma vie. Je sais qu’il ne reviendra pas ; Sa maman vient souvent. Je vois ses enfants et ma fille. Je travaille. Je suis sortie danser.

Je ne croyais pas qu’il soit possible de survivre à tant de douleur. A tant de violence. Mais si. Je ne me projette jamais très loin. Je n’en suis pas capable. Depuis presqu’un an, c’est un jour après l’autre.

Et ça marche ! j’ai lu récemment une citation de St Augustin : "Ne pas perdre l'utilité de son malheur"
Le deuil de nos proches nous confronte douloureusement à notre propre « finitude », et depuis enfant, nous nous croyions quelque part un peu éternels…

Alors, nous sommes complètement perdus lorsque nous arrive un tel tsunami.

Même au fond du fond du creux de la vague, gardez confiance.  Petit à petit, on retrouve une identité. Des petites joies. La vie reprend ses droits.

Je sais que cela parait impossible au début. Nous ne serons plus jamais pareils. Nous avons appris la valeur des sentiments, du temps, de la vie.

Je pense à vous tous, et je vous envoie toute ma force, ma croyance en un avenir meilleur, riche de ce que nous avons vécu.

A vous mes compagnes et compagnons  de peine qui avez retrouvé un nouveau bonheur, soyez heureux. Je trouve cela vraiment formidable ! La vie ne vaut d’être vécue qu’avec  l’Amour.  J’espère un jour le trouver aussi de nouveau.

J'ai été bien bavarde ! merci de m'avoir lue.
Tendresse.
Claire

Hors ligne chrisam

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #1 le: 16 Février 2013 à 20:39:58 »
Qu'écrire ?
Message d'espoir mais aussi réaliste, la reconstruction demande du temps et du courage.
Nous ne serons plus jamais les mêmes, avec en toile de fond, notre conjoint(e).
Et il faut CONTINUER A VIVRE 
J'arrête , envahi par une vague de tristesse, excusez-moi
« Modifié: 16 Février 2013 à 21:43:42 par chrisam »
Si je ne reviens pas physiquement,
N'oublie pas que chaque fois que tu sentiras la brise sur ton visage,
Ce sera moi qui serai revenu t'embrasser"

Hors ligne moune

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #2 le: 17 Février 2013 à 08:46:54 »
je suis tres contente de t avoir lu et  d voir de tes nouvelles il faut continuer comme tu m as dis a bourges un jour apres l autre tendresse a toi  moune

Hors ligne chrisam

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #3 le: 17 Février 2013 à 09:39:28 »
Claire,
J'ai été relire tes premiers messages suite au décès de Bruno, de votre belle et touchante histoire d'amour.
Il faut parvenir à se reconstruire après la disparition de l'être cher.
C'est très gentil de ta part de venir partager ton évolution.

Et comme écrit Véro : " Bonne poursuite de route "
Christian
Si je ne reviens pas physiquement,
N'oublie pas que chaque fois que tu sentiras la brise sur ton visage,
Ce sera moi qui serai revenu t'embrasser"

Hors ligne lilas52

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #4 le: 17 Février 2013 à 10:32:43 »
Bonjour,
Claire ton message me remplit de joie il est tellement juste.
Je t'embrasse LYDIA

Hors ligne Pervenche

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #5 le: 01 Mars 2013 à 13:11:05 »
Merci chères Lydia et Chrisam, ma petite soeur de peine Véro, gentille Moune, et à tous ceux qui m'ont lue.

Gardez l'espoir, toujours. Nous ne sommes plus seuls les un(e)s et les autres. Je ne voulais pas entendre qu'il faut prendre soin de soi. Pendant tous ces mois, mon corps a été anesthésié. J'avais mal physiquement mais cela n'avait pas d'importance.

Et puis, petit à petit, avec l'aide de la psy, de l'hypnose, de l'EMDR j'ai progressé. Parce que le temps passe et rien n'est immuable. J'ai eu à faire des examens médicaux. Alors je les ai faits. Comme quelqu'un qui fait ce qu'il y a à faire.
J'ai vu une kiné, l'ostéo.

Alors, c'est vrai, mon corps engourdi se réveille. Les souffrances physiques aussi. Tant de tensions, de peine. J'avais pris des positions de protection (les épaules rapprochées du cou, tendues). J'étais en apnée. Normal : puisque Bruno s'est étouffé au débranchement.

Donc mal partout.

C'est le chemin normal. Bientôt je n'aurai plus du tout mal. Et il parait même que c'est bon signe d'avoir mal puisque mon corps n'est plus engourdi. Je "reprends vie".

Hier, deuxième et dernière séance d'ostéo. Je vois le progrès.

Je suis bien décidée à continuer à prendre soin de moi. Reperdre les 15 kilos pris depuis le décès de Bruno.
Pas de régime. Ré-apprendre à m'alimenter. A trouver mon équilibre. A vivre.

La peine sera toujours au creux de moi. Mais je suis riche de mon vécu. Je sais que pour s'en sortir il faut prendre soin de soi. Je crois que je n'avais pas envie de m'en sortir avant.

Dites vous que tous nos maux sont dûs à ce que notre esprit a subi au décès de l'être cher. Alors, si notre cerveau peut nous faire tant de mal, il peut aussi faire le processus inverse et nous aider à guérir.

Le temps nous aide. Le déclic se produit mais il faut un peu l'aider.

Bientôt à la fin du mois, ce sera difficile car c'est le 26 mars que Bruno a eu son ACR et le débranchement du respirateur artificiel 15 jours plus tard.

Je sais que j'ai un long chemin à parcourir.

Je voulais juste témoigner, surtout pour ceux qui débutent leur deuil : garder espoir, on survit. On avance. Sans l'autre. Avec des larmes, de la souffrance et puis des hauts, des bas.

Aujourd'hui, quand ma fille me demande "quoi de neuf", je n'ai rien de spécial à raconter. Je lui répond avec humour "rien, mes plantes ne parlent toujours pas".

Oui, la solitude est là. Bruno me manque terriblement. Mais j'avance.

Oui, Moune, un jour après l'autre. Tout doucement.

Le boulot, les enfants parfois, la maman de Bruno... quelques copines. Je ressors un peu. Quelques fois je ris. Les hauts sont de plus en plus là.

En tout cas, les bas moins présents !

Je n'oublie pas ce que j'ai vécu. Ni le bon de notre vie à deux. Ni l'horreur de sa mort. Je me surprends parfois à sourire. On me disait souriante avant. Alors, mon naturel refait surface, je crois.

Un jour je serai sereine.

Prenez soin de vous. Ne faites pas comme moi. N'attendez pas. Séances de massage, relaxation. Soins du corps. Soin de l'esprit aussi. Au début, on n'en voit pas le pourquoi. Sautez le pas. Forcez vous un peu si nécessaire. Essayer de trouver des choses qui vous apporteraient du bien être, même si, je le sais, on n'a pas trop d'idées. (il faut que nos sens soient touchés, musique, bains ...) .

De la douceur.

Essayer d'apprendre à vous chouchouter.  Je vous promets que c'est important. Ne vous laissez pas atteindre par des futilités.

Garder la foi en ce que vous voulez. Dieu ou autre chose. Mais au bout, vous irez mieux.

Promis.

Je vous serre tendrement dans mes bras et vous envoie plein de douceur.

Allez, pour chacune et chacun d'entre vous, une petite boite pleine de tendresse. Cette boite à tendresse, vous le savez, se renouvelle , on peut y piocher sans cesse.

Claire




Hors ligne mariej

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  • et le désert refleurira....
Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #6 le: 01 Mars 2013 à 20:11:43 »
Bonjour Claire,

Je n'avais pas encore lu ton message, c'est super ce chemin parcouru depuis bientôt un an ! Je suis heureuse pour toi et heureuse de te relire ici.

Je suis très touchée par ta référence à Samuel, tant mieux si son histoire et mon chagrin t'ont soutenue, tant mieux pour toi qui est toujours parmi nous, et c'est un vrai bonheur, et tant mieux surtout pour ta fille et pour tous ceux que tu aimes, comme c'est doux pour eux, j'imagine, de te voir reprendre goût à la vie et le donner aux autres!

Merci beaucoup Claire

Je t'envoie plein de tendresse et même si je donne peu de signes de vie, je pense bien à toi; plein de doux bisous :D

Mariej
« Modifié: 02 Mars 2013 à 14:58:30 par mariej »
" Parce qu’il y a des coeurs qui sont si grands qu’ils ne battent que lorsqu’ils sont avec les autres."

Hors ligne *Ephémère*

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  • Tu es là dans ma peau comme un coup de couteau
Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #7 le: 01 Mars 2013 à 21:43:17 »


Chère Claire,

Merci infiniment de prendre le temps de venir écrire, pour nous dire que demain, ou après-demain, le ciel s'éclaircira.

Vois-tu claire, de celà, je suis sûre.
Même si je ne parviens pas encore à comprendre comment ce pourrait être possible, ni même à l'imaginer.

Mais je l'ai déjà écrit ici à plusieurs reprises, je sens, je sais, que le temps usera notre peine comme la mer roule les pierres tranchantes jusqu'à en faire des galets lisses et ronds.

Je le sais ; c'est inéluctable, et cela arrivera sans que je m'en aperçoive vraiment, sans même que je sois capable de le souhaiter.

Pour nous tous, viendra le temps du souvenir sans les larmes.

Et c'est bien ce que tu nous dis-là, chère Claire.
Et ton message est fort précieux.

Merci à toi.
Merci, Claire.

Que ton chemin soit plein de douceur et de tendresse.


*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne tititou

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #8 le: 04 Mars 2013 à 00:22:07 »
Bonsoir Claire...

Merci pour ton message... plein d'espoir
Penser à moi... Cela fais plusieurs fois qu'on me le dit ! Je n'en ai toujours pas envie mais je sens dans tes propos qu'il faut arriver à se forcer, à faire le pas...
Je ne sais pas comment m'y prendre... ce message rejoint tellement ce qu'un ami m'a dit à plusieurs reprises ... je vous sens tellement convaincus que ce soir je suis quasiment persuadée que cela est necessaire. Je vais essayer de m'y pencher plus sérieusement...

bise
Martine
« Modifié: 05 Mars 2013 à 21:39:09 par tititou »
" La souffrance n'est pas une occasion de haïr, c'est une occasion d'aimer.
  C'est la seule chose que nous apprend la mort : qu'il est urgent d'aimer.
  Rien ne supprime le chagrin, mais le vrai coeur le rend utile et bénéfique. " 

 Alexandre-Timilou (héritage laissé dans sa boîte à fouillis)

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #9 le: 04 Mars 2013 à 01:10:39 »


Puisses-tu vraiment prendre soin de toi, bien chère Martine.....

*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne tititou

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #10 le: 04 Mars 2013 à 01:17:26 »
Pas encore endormie petite Mère...

Et toi, prends tu au moins soin de toi ?
Tu es tellement présente pour les autres... tellement douce que j'ai peur parfois que tu t'oublies...

Je t'embrasse très fort
Tu comptes pour moi, beaucoup

Martine
" La souffrance n'est pas une occasion de haïr, c'est une occasion d'aimer.
  C'est la seule chose que nous apprend la mort : qu'il est urgent d'aimer.
  Rien ne supprime le chagrin, mais le vrai coeur le rend utile et bénéfique. " 

 Alexandre-Timilou (héritage laissé dans sa boîte à fouillis)

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #11 le: 04 Mars 2013 à 08:37:37 »


Oh oh, "petite mère", mais que vois-je ?

Que le sommeil a encore tardé....

Il y a de jolis rayons de soleil qui frappent au carreau, ce matin, et je veux les partager avec toi.

Puisse cette journée être sereine à ton coeur.


Je souhaite à chacun, un jour de douceur ; sans larme.


*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne Marina Saboya

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #12 le: 07 Mars 2013 à 14:36:16 »
     La mort est devenue une tragédie parce que les hommes l’ont rendue tragique.

Enfin, quoi que, …les hommes?…
Y a-t-il un autre « Intervenant » dans tout cela ? Oui, je sais que vous ne me répondrez pas. Mais il est certain que le protocole qui entoure ce grand départ n’est pas fait pour adoucir la cruelle et soudaine absence.

     L’église, quelle qu’elle soit en rajoute avec ses affirmations emplies de doutes, son protocole sinistre, froideur du lieu, cercueil cloué, et sermons expiatoires, voiles noirs, et requiem…
C’est déjà si difficile de ne plus l’avoir avec soi, alors un peu d’espoir, je vous en supplie, un véritable espoir et non pas une porte close : « Il (elle) est "au ciel"… et vous, sur terre. Il faut vous y faire. Les derniers seront les premiers (est pourquoi donc ?), ils ont gagné le Paradis (et nous, nous restons en enfer ?), Dieu réuni ceux qui s’aiment (c’est pour quand ? c’est comment ?). »
Et si en plus, on ajoute que « le Seigneur a sacrifié son propre fils sur la croix pour sauver les hommes » et que nous devons « en prendre de la graine » (çà, c’est mon propre parlé, pas celui de l’homme d’église !), alors là, je dis STOP.
Ecartez cette horreur de sacrifice, de crucifixion, de sang, de larmes, lamentations et blessures ! Tout est déjà tellement atroce, douloureux, insoutenable...

     Lorsque je lis tous les témoignages sur le forum, je m’aperçois que ce que chacun de nous vit le plus mal, ce qui fait la douleur, le désespoir et l’angoisse du lendemain (si tant est qu’il y ait un lendemain, lorsque l’on a perdu sa raison de vivre), c’est l’absence de l’autre.
Ne plus le (la) voir, ne plus entendre sa voix, ne plus partager de douceurs, de moments simplement joyeux ou exceptionnels, rentrer dans une maison vide, ne plus communiquer, sentir son odeur, se réchauffer à sa chaleur, se sentir soutenu(e), épaulé(e), aidé(e), aimé(e), ne plus avoir qu’à penser à soi.
Et en réalité, c’est uniquement çà : on ne pense plus qu’à soi sous le couvert de ne penser qu’à l’autre… qui nous manque atrocement… à soi.

     L’Autre, le compagnon, la compagne, indissociable de nous, notre double, notre passion, notre Amour, l’Autre, est en paix à présent. Au mieux il est dans un monde parallèle et vit cette nouvelle vie comme il le mérite, dans le confort des personnes honnêtes et généreuses, au pire il est redevenu poussière. A moins que pire et mieux soient à inverser ???

     Pendant ces instants de douleurs intenses, dans le cas de la maladie, notre vie disparaissait pour vraiment ne penser qu’à l’Autre. Nos nuits d’insomnie, nos courses folles pour continuer à faire tourner une maison, gérer des retards au travail, se décharger de dossiers, pour être le plus souvent possible à l’hôpital, les kilomètres en auto, demi conscient, prenant des risques, notre estomac vide qui crie famine, et se révulse à l’idée de manger, notre tête de zombie, nos quêtes désespérées et le plus souvent vaines, auprès d’un médecin, d’une infirmière pour savoir si ce signe n’est pas un mieux, un espoir ? ou si cet autre signe ne signifie pas qu’il (elle) souffre et que l’on doit faire quelque chose, l’impérative nécessité de lui dire et redire des mots doux, mots d’amour, de tendresse et de lire l’apaisement sur son visage, et la peur d’éveiller le doute en lui (elle) en parlant trop, en « déballant » soudain tous ces mots intimes jusqu’ici distillés tout au long de ces années de vie communes, se « gaver » de son visage, de ses mains, caresser, câliner mais pas trop, pour ne pas le (la) gêner dans sa douleur, apporter des douceurs qu’il (elle) ne peut pas avaler, raconter la maison, le jardin, les chats tandis qu’il (elle) ne voit que le plafond d’une chambre anonyme, et qu’il (elle) n’entend déjà presque plus, tant il (elle) est à l’écoute de son propre corps souffrant, de ses douleurs, des heures des soins, des médicaments qui le (la) calmeront un peu, l’endormiront enfin.
Redouter le pire qui sera le début du pire pour nous, attendre le pire qui deviendra « délivrance » pour l’Autre.

     Voilà, nous voilà tous sur le forum à raconter notre mort avec lui (elle).
Hurlements silencieux, mouchoirs humides plein les poches, téléphone qui sonne, appels qu’il faut donner, papiers à remplir, décisions à prendre, choix divers, devis et chèques à signer, trop moche. Abus de faiblesse, parfois. Et puis « la levée de corps », ou « mise en bière », expressions parfaitement inadéquates, maladresses des gens « du métier » qui vivent avec la mort et en oublient d’être parfois discrets et décents, et les clous qui symbolisent atrocement la séparation définitive. Condoléances chaleureuses ou protocolaires, fleurs qui vont flétrir trop vite dans leur papier de cellophane, tapes dans le dos, messages affectueux, présence des uns, absence des autres. Notre corps n’a pas encore repris son fonctionnement normal. Il se tient debout, il avance, se met là où on lui dit de se mettre. On parvient à parler, à sourire même, à se réjouir de revoir untel, à raconter le calvaire de ces derniers mois. Une bulle. Nous sommes encore dans une bulle de presque protection.
Et le soir venu, voilà. Seul(e), ou presque.

     On est bien mort, avec lui ou elle.
     Nous aussi, enfermés dans notre douleur comme dans une urne ou un cercueil.

     Mais non. Nous ne sommes pas morts.
     Non, nous respirons. Sans lui, sans elle. Comment est-ce possible ?

     Brusquement, notre corps d’humain se réveille. Maintenant il réclame que nous l’écoutions enfin, c’est urgent. Nous avions tellement oublié qu’il avait des besoins, ce corps là. Et soudain, il crie, hurle, pleure, et se débat. Et ces pensées que l’on repoussait sans cesse au pied de ce lit d’hôpital reviennent maintenant nous harceler, en boucle, martelant, brisant les dernières forces restantes après tous ces mois où l’on a puisé largement dans les ressources essentielles. Plus de réserve pour tenir, plus de raison pour tenir.
Le désespoir profite de notre faiblesse : Pourquoi ? Pourquoi lui (elle)? Qu’aurais-je dû faire ? Qu’aurais-je pu faire ? Avons-nous mérité cela ? Dois-je expier, quelle faute si grave ai-je commise? Comment vivre sans lui ‘(elle) ? Que vais-je devenir ? Pourquoi ne suis-je pas mort(e) à sa place ?
Et le centre de toutes ces questions, soudain, ce n’est plus l’Autre, c’est nous.

     Maintenant, il (elle) ne souffre plus, n’a plus besoin de moi, je dois apprendre à gérer ma douleur, je dois apprendre à avancer seul(e), je dois réapprendre à vivre, je dois retrouver le chemin. Il y a tellement de choses que je dois apprendre et en premier, la solitude. Le plus dur. L’absence. Le plus impensable.

     Pendant longtemps on ne veut pas y croire. On ne peut pas y croire.
C’est impossible de continuer ainsi, si d’autres y parviennent, pour moi, ce ne sera pas, nous nous aimions trop. Il n’y a pas d’acceptation possible.

     Mais la vie nous oblige à avancer, les enfants nous poussent en avant, il faut les protéger, les soutenir, les aider à passer le cap, les factures continuent d’arriver, les papiers officiels doivent être remplis, signés, envoyés, il faut chercher dans les dossiers, se replonger dans le passé. Le notaire, le banquier, les impôts, l’employeur… Encore des décisions à prendre. Répondre aussi à ceux qui se sont manifestés, et à peine remarquer ceux qui ont brillé par leur silence.

     Pause.

     Regarder le monde tourner, pas dans le même sens qu’habituellement, où bien, c’est nous qui restons statique soudain ? Les informations télévisées, les guerres, la famine, tsunami et autres catastrophes… Tout cela ne parvient pas à pénétrer le cerveau. Les hommes ressemblent à une multitude de fourmis qui s’agitent dans tous les sens, se cognant à chaque obstacle alors que le fond du problème, ou plutôt la solution, c’est l’Amour, celui que l’on donnait, celui que l’on recevait. Ces inconnus qui se battent pour le pouvoir, pour l’argent, ils ne comprennent donc rien.

     Aveuglé(e) par les larmes, épuisé(e) par le combat, assommé(e) parfois par les médicaments, la quête est maintenant différente, trouver quelqu’un qui va pouvoir nous écouter, nous parler, nous expliquer, nous rassurer. Un prêtre ou un pasteur ? Un parent ? Un psy ? Un ami ? Un inconnu ?
     Raconter encore et encore notre histoire, le beau, le doux, le merveilleux, l’Amour, et puis le reste.
     Chercher à revivre ses instants de bonheur, réveiller les souvenirs, regarder les photos et redevenir aveugle tant les yeux sont gonflés de ces larmes qui coulent sans vouloir se tarir. Rester avec lui (elle), le plus longtemps possible, le plus souvent possible, plonger dans ses vêtements, respirer son parfum, trouver des trésors, mots d’amour, fleurs séchées, bijoux de rien mais si symboliques. Et pleurer encore et encore.

... ... ... ... ...

     Et puis un matin, on entend le merle qui chante tout en haut du sapin. Il devait chanter hier et avant-hier mais nous étions sourd. Le soleil se lève et un rayon vient frapper sa photo (l’une de ses multiples photos qui sont maintenant posées partout dans la maison), et ce n’est pas un flot de larmes qui montent, mais un sourire, le soleil et lui (elle), c’est beau. Premier sourire, première victoire. Courte victoire, mais pleine d’espoir. Victoire, rime avec espoir.

     Nous voilà à l’écoute, à l’écoute de ces signes, ses signes qu’il (elle) pourrait nous envoyer pour nous aider. Et on les trouve, dans une plume tombée du ciel (plus surement d’un oiseau !) qui tournoie et finit par se poser sur nos genoux, dans une coccinelle qui ne veut pas quitter notre main tandis que l’on jardine pour s’occuper le corps et l’esprit, dans un parfum, le sien, qui envahit soudain les narines, dans une clef qui semble vouloir ouvrir la porte d’entrée, dans un arc en ciel qui reprend les couleurs de la vie… Et l’on se surprend à sourire, à nouveau et à lui parler.

     La tempête n’est pas apaisée, mais on sait maintenant qu’il y aura des moments d’accalmies, que l’on pourra reprendre son souffle et reprendre ensuite le chemin.

... ... ... ... ...

     Au début de ma demi-mort, chaque jour était une étape, larmes ou sourires ? C’était ma mission la plus importante en me levant le matin, le cœur déjà serré et l’angoisse aux tripes. Lutter contre la douleur, chercher le calme à tous prix. Avancer, penser, me souvenir ou oublier, supporter, accepter, refuser et le chercher partout, VOUS chercher, vous, mon tout, mon air, ma raison de vivre, m’épuiser physiquement, me débattre, m’interroger, et m’accrocher à vous, vous parler, attendre vos signes, guetter un mieux, refouler la crise ou m’y laisser sombrer … lutter, chaque seconde de chaque minute de chaque heure… Aujourd’hui, tout cela est mon quotidien, je contrôle mieux et sais éviter les pièges, sais où trouver le réconfort, sais que vous n’êtes pas loin, en vrai (???), dans mon coeur à jamais, çà c'est sûr ou dans ma tête (çà, c’est encore LE mystère ???), mais j’ai senti si fort votre présence, peu m’importe de savoir qu’elle est, ou n'est pas.

     J’avance à présent, tête baissée, en lutte avec tout, toujours, contre tout, contre moi, avec la peur de ne pas savoir faire, de me tromper de chemin. Mais j’avance. J’apprends. J’apprivoise. Et comme pour tout ou presque – l’appétit vient en mangeant, un sourire appelle un sourire…- je me force à vivre et je vis.
Je me sens comme une alcoolique, tant attirée par la bouteille qui va la détruire. Moi attirée encore par le gouffre de la douleur dans lequel je peux sombrer. J’avance, au bord de ce gouffre, parfois fermement, parfois en équilibre. D’un côté la vie, de l’autre la survie.
Je sais que jamais je ne serais comme « avant », certains mots de mon vocabulaire ont définitivement disparus, des mots comme « insouciance », oui, surtout « insouciance ». Mais peu à peu je me surprends à prononcer de nouveau des mots comme « calme », « apaisement », « rêve » et … « projets » ! Petits projets, mais projets quand même.

     Je réalise aussi que ma vraie personnalité reprend doucement le dessus. Nous ne faisions tellement qu’UN, que je voyais à travers ses yeux, et agissais pour son bonheur, son confort. Il n’aimait pas le noir, je l’avais banni de ma garde-robe, il n’aimait pas voyager, nous restions en France, il voulait garder cette vieille auto, ne voulait pas couper cet arbre sur le point de tomber… 
     Et en même temps, je réalise chaque jour à quel point je me suis construite avec lui, auprès de lui, grâce à lui. Quelle chance de l’avoir rencontré !

     Le temps de la grande souffrance est passé. Pourtant, je n’y croyais pas.
     Et si les grands bonheurs ne sont plus, apprenons à nous contenter de modestes douceurs, du sucre glace sur un gâteau, de la première jonquille, du câlin d’un enfant, du printemps qui approche, du chant de la chouette dans la nuit, du ciel étoilé, du passage des oiseaux migrateurs…
     Apprenons à vivre du bonheur qu'il (elle) nous a donné, tant et tant que nous avons une énorme réserve et même suffisament pour donner à d'autres.

     Oui, c'est faisable.

      :-*
PiMa

Mieux vaut souffrir d'avoir aimé que de souffrir de n'avoir jamais aimé.

Hors ligne tititou

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #13 le: 07 Mars 2013 à 15:08:37 »

Pima !  quel bonheur de lire ces lignes...

Alors qu'aujourd'hui justement... je vis en parallèle ce que tu écris !

et je me sens de dire en coeur avec toi :

OUI  c'est faisable ! oui...

Ci dessous ce que je viens d'écrire avant de recevoir ton message... Le mien est plus court, moins détaillé mais exactement dans le même esprit... une ouverture à la vie car vivre c'est aimer ... aimer la vie, les autres et prendre soin de soi.. accepter à nouveau de sourire doucement... avancer.

http://forum.traverserledeuil.com/index.php/topic,2011.msg30521.html#msg30521

Je t'embrasse très fort Pima...Ton message enchante ma journée et je me demande si ce n'est pas un petit signe d'Alexandre pour me dire
tout spécialement aujourd'hui (jour du 13 éme mois de sa mort) :  Avance...  ouvre toi à la vie... entends à nouveau les oiseaux.. je suis toujours avec toi.
Quel cadeau !

je t'embrasse très fort pour cet immense partage...Oh merci Pima..
Martine-tititou
" La souffrance n'est pas une occasion de haïr, c'est une occasion d'aimer.
  C'est la seule chose que nous apprend la mort : qu'il est urgent d'aimer.
  Rien ne supprime le chagrin, mais le vrai coeur le rend utile et bénéfique. " 

 Alexandre-Timilou (héritage laissé dans sa boîte à fouillis)

Hors ligne Chris-ka

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Re : Je vous envoie de l'espoir même après l'horreur
« Réponse #14 le: 07 Mars 2013 à 19:58:45 »
Chère Marina,

Il est toujours aussi émouvant de te lire tant tes mots sont justes ....

Je t'embrasse
Karine