FORUM "LES MOTS DU DEUIL"

Comprendre et vivre son deuil => Après la grande souffrance, la reconstruction => Discussion démarrée par: jaoline le 03 Juin 2018 à 02:01:38

Titre: Deux pas en avant, un en arrière ...
Posté par: jaoline le 03 Juin 2018 à 02:01:38
Bonsoir, je ne sais pas par où commencer. 

J'ai 56 ans et je croyais que je m'en sortais bien...

Il est une heure du matin et je me sens oppressée et terriblement seule.

J'écris donc tout ce qui me passe par la tête, pour me débarrasser de mes pensées perturbées.  Un peu comme une confession,  j'en suis désolée. 

Depuis trois semaines,  j'ai le sentiment de régresser et je ne cesse de ressasser. 

Pourtant les gens vous diront qu'ils admirent ma manière d'avancer ...mon optimisme et ma bonne humeur.   
Ben oui, j'arrive à sourire et à très bien cacher.

 Car j'applique l'adage : "faire semblant jusqu'à le devenir vraiment" et souvent ça marche mais là, je sens que je lâche.
Ne vous détrompez pas, j'arrive aussi à pleurer seule et devant eux et je parle très facilement de mon mari avec humour, émotion et tendresse.

La maison est calme et son côté du lit est vide.
Depuis son décès, il y aura bientôt 3 ans, je me suis jetée dans toutes sortes d'activités  culturelles, j'ai voyagé et j'ai écrit beaucoup. 

Je me suis mise à draguer, moi qui n'avais eu que deux amours sérieux dans ma vie.  Je me suis inscrite sur toutes sortes  de sites de rencontres,  pour tenter de (re)trouver la tendresse et l'affection qui me manquaient, sachant très bien que c'était SON regard et SON toucher que je recherchais.  J'avais besoin de me sentir femme, de savoir si je plaisais toujours et surtout de me sentir aimée.  Et il faut dire que cela avait marché. 

J'ai donc connu des hommes; des biens comme on dit, mais bien évidemment, personne n'était et n'est comme lui. 

Des relations "pansement" et ce n'est pas encore fini, car à chaque fois, au bout de quelques mois, je n'en ai plus envie. 
Depuis un moment,  je me prépare à annoncer à mon ami, qui vit à quelques heures de chez moi que je ne vois pas d'avenir avec lui. 

Je me sens coupable car il semble plus attaché et il est si gentil mais moi j'ai besoin de vibrer, de me sentir vivante, de rire et de faire des projets de partage dans l'enthousiasme et la joie.  Je ne suis pas prête à avoir moins que ça.  Je pense que je le mérite car j'ai assez souffert, voilà.

Oui, j'ai encore des rêves d'enfant, de l'enthousiasme, des envies de partage et de romantisme, à mon âge. 

Comme un besoin urgent de remplir les années qui restent à venir avec de beaux projets utiles et futiles à la fois, pour lui montrer que j'en fais bon usage mais surtout aussi pour moi.

J'ai co-écrit une pièce de théâtre sur mon veuvage et sur mes rencontres internet, en son  hommage.  J'ai voulu y faire passer des messages d'espoir et parler d'amour mais surtout avec humour car il pratiquait l'humour noir.  Il aimait rire avec la mort.   La sienne aurait d'ailleurs pu gagner le premier prix au festival d'humour noir de la vie.

Nous avons joué la "première"  il y a 3 semaines et c'était un énorme succès.  J'ai réussi un rêve.

Mais me voilà vide et triste à présent, dans l'attente de la jouer encore et encore pour m'occuper, faire rire et parler de lui.

Avec l'adrénaline de cette réussite retombée, j'ai l'impression de me trouver dans un trou, dans un grand flou.

Et maintenant je fais quoi ? Je ne travaille pas et je ne vois personne si je reste chez moi.

Je n'ai pas beaucoup d'ami.e.s mais un réseau de connaissances  dans la ville où nous habitions, que j'ai quittée, pour tenter de me reconstruire ailleurs.   

En fait, je viens de l'étranger et mon mari était Anglais. 

Voilà, je me sens un peu mieux après vous avoir confié quelques pensées intimes. 

Je continuerai à me battre, à me lever le matin, à caresser mon chien, à regarder des vidéos comiques pour me faire rire alors que  parfois j'ai plutôt envie de mourir car sans lui c'est encore difficile tous les jours et comme vous le savez aussi, et en soirée, pour moi c'est le pire.

On fait ce qu'on peut, parfois moins bien parfois mieux. 

Je pense à vous tout.e.s  qui souffrez aussi !
Titre: Re : Deux pas en avant, un en arrière ...
Posté par: Bibou07 le 03 Juin 2018 à 07:20:25
Bonjour,
En vous lisant, j ai l’impression de me lire dans le futur...moi aussi j’ai 56 ans mais cela fera 3 mois que Luc est parti (le  4 mars) . on me dit comme vous que je m’en sors bien : je travaille ( une semaine d’arrêt pour les funérailles) , sport tous les soirs... j’arrive à parler de Luc...mais à quel prix??? Personne ne voit que je pleure tous les matins et pire encore les soirs et je ne parle pas des week-ends...hier, samedi je n’ai vu personne...aujourd’hui, cela ira mieux car je verrai ma fille..
J’ oscille entre des moments où je veux le rejoindre et les moments où je me dis qu’il faut que je  me batte il n’aurait pas voulu que je me laisse aller...médecin, il prenait toujours soin de moi...
Moi aussi, je fais semblant une bonne partie de la journée.. enseignante, je n’ai pas le choix...devant les ados...mais après je continue ainsi... à part ma grande perte de poids personne ne voit rien ( sauf ma fille, et je m’en veux de lui imposer ça...)
Je vais sans doute continuer comme ça en espérant que mon physique et mon mental tiendront...???
Alors comme je ne peux rien laisser voir, je crie ici mon désespoir :
LUC TU ME MANQUES! JE HAIS CETTE NOUVELLE VIE!
Affectueusement à vous tous.
Titre: Re : Deux pas en avant, un en arrière ...
Posté par: jaoline le 03 Juin 2018 à 09:19:32
Bonjour,

Je suis vraiment désolée pour vous. 
Heureusement comme vous dites, que nous avons nos enfants et pourtant parfois, cela semble encore plus difficile malgré cela.  C’est vachement compliqué tout ça.
En ce qui me concerne, j’en ai deux qui revivent avec moi temporairement.
Je pense que c’est le résultat du fait qu’elles ont, à leur âge, déjà perdu deux papas.
Leur papa biologique est décédé en 2007 et mon mari qui les avait adopté.es est parti huit années après.
Elles semblent équilibrées et personne ne peut deviner ce qui leur est arrivé.
Nous parlons librement de tout, d’amour, du manque.
Mais elles semblent un perdues.  Elles ont du mal à choisir.
Elles veulent monter leur activité dans le conseil en développement personnel pour les jeunes sur internet.  Mais il y a de la concurrence et il faut se démarquer.
Je dois leur montrer l’exemple que malgré les difficultés dans la vie, il y a moyen d’avancer de rire et de croire en un meilleur avenir.
Mais c’est dur.  Elles me disent qu’à ce niveau je suis leur modèle.
C’est un boulot à plein temps, je n’aurai pas l’énergie pour retravailler.
Ce qui m’étonne en ce moment, c’est que malgré leur présence, je me sens quand même encore seule le soir.
Elles sont dans la fleur de l’âge.  La plus jeune est jolie comme un cœur et célibataire.
Elle a encore un avenir devant elle, du temps, du choix, de l’énergie et un océan de garçons à ses pieds.
C’est bête mais je suis encore persuadée qu’un nouvel amour pourrait m’aider à me concentrer sur quelque chose de positif, penser à quelqu’un au lieu de me morfondre sur ma situation.  Il aurait compris que je n’ai pas envie de rester seule.  Il aurait compris que je ne l’aurai pas oublié ou remplacé pour autant.  Oui, il n’y a aucun doute.
Mais le choix est restreint et la barre est très haute et puis je sais ce que je veux et surtout ce que je ne veux plus.
Andrew aussi était celui qui prenait soin de moi, comme Luc.  Je me dis que j’ai eu de la chance de l’avoir connu, c’est quand même énorme ça !
Il savait bien faire les choses.  Excellent organisateur, il cuisinait et bricolait très bien aussi.
Ah, des bricoleurs on en trouve mais il faudrait en payer le prix.  Il y en a qui sont très serviables et disponibles avec un espoir de récompense possible.
Et moi, ce n’est pas ça que je cherche ou que je ferai.
Notre mariage n’était pas parfait et nous avions deux caractères forts mais de l’Amour, avec un grand A, il y en avait !
Il m’est insupportable de me dire que je ne serai plus jamais serrée dans des bras et que je ne recevrai plus jamais de doux baisers qui me feraient chavirer.  Donc je suis allée en chercher et oui, j’ai encore pu avoir quelques frissons et je crois que cela m’a aidé à avancer mais que ce n’est pas suffisant, ils se sont vite estompés.
Quand mes filles seront parties et si je n’ai rien comme objectif ou des contacts sociaux en suffisance, j’ai peur de déprimer, j’y pense déjà à l’avance.
Il faut que je me prépare maintenant pour éviter que cela ne puisse arriver.
J’ai trop de temps à me morfondre sur mon sort.
Et j’ai du mal à bouger, je me plains souvent et je sais que j’ai tort.
Trop peu de personnes avec qui véritablement parler et pas assez avec qui je peux rire.
Oui, j’ai surtout besoin de rire ou et pas toute seule, encore et encore.
Je n’ai même plus envie de voyager car quand je reviens, c’est encore pire.
Je sais très bien que ce ne sont que des petites fuites/
Mais bon sang, pour aller mieux un jour, comment peut-on apprivoiser cette souffrance ?
J’ai lu beaucoup sur la dépression post deuil et que faire du sport et avoir un réseau de personnes autour de soi, ça aide et à part voyager un peu, je n’ai rien de tout ça.
J’ai décidé de revoir un psy mais en 20 minutes, max 30, que peut-on espérer comme progrès rapide ?
Il faut que je me trouve d’autres idées mais là franchement, je me sens fatiguée.
C’est la raison pour laquelle j’écris, j’évacue pendant un moment et puis je suis repartie, enfin c’était comme ça dans le passé.  Mais quand je suis mal, je pense que ça va durer et j’angoisse rien qu’à l’idée.
Je pleure moins souvent et j’ai encore des hauts et des bas, il y en a encore tout de temps.
Ils sont plus espacés et je pense que c’est ça qui me fait m’accrocher.
C’est bien de pouvoir en parler dans ce forum et merci à ceux et celles qui l’ont créé.
Je pense à vous et je vous envoie mes encouragements en pensées.



Titre: Re : Deux pas en avant, un en arrière ...
Posté par: qiguan le 03 Juin 2018 à 19:18:21
ton témoignage sera utile à certaines personnes
c'est la magie de ce forum !
on cherche de l'aide et du coup on aide d'autres ...

fouilles
http://forumdeuil.comemo.org/vivre-le-deuil-de-son-conjoint/boite-a-outils/msg55656/#msg55656
testes
peut être trouveras tu de fil en aiguille des pistes

pourquoi ne pas créer une antenne club du rire dans ta ville ? comme nouveau challenge ?

Accepter de ne pas revivre le même type d'amour, de relation est un long travail je pense ...
Titre: Re : Deux pas en avant, un en arrière ...
Posté par: jaoline le 03 Juin 2018 à 20:52:32
Merci beaucoup, j'avais été voir le lien boîte à outils sur d'autres sujets mais je n'obtenais pas les informations.

C'est super bien fait !  Je crois que je vais tenter l'EMDR.  l'EFT, je le pratique déjà.
Bonne continuation.
Titre: Re : Deux pas en avant, un en arrière ...
Posté par: Mononoké le 11 Juin 2018 à 21:38:16
merci Jaoline pour ton témoignage
Titre: Re : Deux pas en avant, un en arrière ...
Posté par: jaoline le 12 Juin 2018 à 14:56:55
Merci à toi