Auteur Sujet: 10 ans après, j'ai toujours mal...  (Lu 5841 fois)

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Hors ligne tartine

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10 ans après, j'ai toujours mal...
« le: 13 Mai 2013 à 11:12:04 »
Bonjour,

J'ai perdu mon papa le 19 juin 2003. Cela fera 10 ans dans un mois et demi.
J'avais 15 ans quand il a eu cet accident (il s'est retournée avec un petit tracteur en fauchant l'herbe dans le jardin). J'ai deux soeurs, qui avaient 11 et 17 ans. Ma maman était avec mon papa depuis ses 16 ans, je vous laisse imaginer a quel point elle a perdu pied.
Le soir où il est mort, j'ai promis d'être forte et de prendre soin de mes soeurs et de ma mère.
Pendant des mois, j'ai fait face. La douleur était facile à étouffer : il me suffisait de me dire qu'il allait revenir. Je savais qu'il était mort mais c'était trop impossible pour que je l'accepte. J'ai commencé à tout faire du mieux que je pouvais : si j'étais parfaite, il n'aurait pas le choix, il reviendrait (c'est difficile à expliquer, ça semble absurde).
3 ans après sa mort, j'ai craqué. J'ai réalisé que je n'arrivais pas à être parfaite, que comme tout le monde je faisais des erreurs. Il ne pourrait donc pas revenir. J'ai sombré dans une dépression très profonde : du jour au lendemain j'ai été plongée dans le noir. Plus de souvenirs autres que l'accident, aucune conscience de l'avenir (je n'avais même pas idée qu'il pouvait y avoir qqch dans l'heure qui suivait). La seule chose qui existait c'était le présent : la douleur. De cette période je n'ai que peu de souvenirs. J'étais en terminale, à l'internat de mon lycée. Ma prof principale m'a aidée. Elle a contacté mon médecin, elle a essayé de me trouver un psychologue ou un psychiatre.
J'avais consulté une psychologue en thérapie de groupe avec ma famille, juste après l'accident. Puis c'est ma petite soeur qui est allée consulter régulièrement (la psy ne pouvait pas nous traiter toutes). On habitait à la campagne, c'était la seule psy, elle consultait déjà à 30min de la maison. Donc ma mère, ma grande soeur et moi avons du nous débrouiller.
Lors de ma dépression à nouveau, tous les psychologues et psychiatres sollicités m'ont refoulée. La seule solution trouvée a été le centre d'écoute pour adolescents de la grande ville "voisine" (45min de route depuis l'internat). J'y suis allée 2 ou 3 fois.
Mon médecin a fini par me prescrire des anti-dépresseurs, qui m'ont permis de sortir la tête de l'eau et de redormir. Avant les anti-dépresseurs, je refusais le sommeil car dès lors que je fermais les yeux, je revoyais des images de la soirée de l'accident.

Ces images me hantent toujours. Alors que j'ai une excellente mémoire des événements (j'ai des films en technicolor qui datent de la maternelle dans ma tête), pour cette soirée là c'est haché, les sons, les odeurs, les images ne correspondent pas, la chronologie n'est pas bonne. La seule chose qui soit nette, c'est le moment où j'ai annoncé à ma petite soeur que notre papa était sans doute mort. C'est le pire souvenir de ma vie, je crois que rien ne pourra jamais être aussi douloureux : j'ai brisé ma soeur (même si je ne crois pas me sentir coupable : quelqu'un devait lui dire, ça a été moi). Ces secondes là, je me souviens de tout : la chaleur, les odeurs d'herbe, de métal chaud, de cerises, de sueur, les bruits, le cri rauque de ma soeur, les sanglots de ma mère, la sirène du SMUR au loin, le poids de ma soeur quand elle s'effondre, la couleur du ciel, l'herbe sous mon pied droit parce que j'avais perdu ma chaussure en allant chercher de l'aide... Quelque part, je me dis que si je me souviens mal du reste, c'est sûrement parce que m'en souvenir avec autant de précision que ces quelques secondes là, ça me serait insupportable. Malgré tout, cela fait 10 ans que j'essaie de résoudre ce puzzle. Sans succès.

Je ne pense pas être toujours dépressive. Je connais bien cette maladie et je pense m'en être sortie il y a 2-3 ans. Cette hiver j'ai fait de la luminothérapie et j'ai évité la dépression saisonnière pour la première fois   :) .
Il y a 3 ans, j'ai repris l'athlétisme : le sport que je pratiquais avec lui et que j'avais arrêté après son décès (il m'entraînait). Le premier entraineur avec lequel j'ai repris était super jeune et très dynamique, il me faisait essayer de nouvelles disciplines : bref, c'était très différent de ce que je faisais avec mon père donc dès la 2 ou 3ème séance, j'ai commencé à me sentir à l'aise (au départ, j'entendais les foulées de mon père derrière moi, je le voyais au loin sur le stade...). ça m'a vraiment aidée à reprendre goût à la vie. Puis j'ai eu un second entraineur, plus âgé, avec lequel je m'entendais bien mais sans tisser de réel lien affectif. Là j'ai un nouvel entraîneur depuis septembre. C'est totalement différent. Je suis investie à 100% dans mon sport et je m'éclate. Je n'avais pas été aussi heureuse en 10 ans et je retrouve le plaisir que j'avais à courir avec mon papa.
Cette nouvelle relation me déstabilise un peu je crois : j'ai pris l'habitude ces 10 dernières années de contrôler au maximum tous les aspects de ma vie. ça me rassure. Là, je dois le laisser prendre des décisions pour moi. Je lui fais confiance, mais ça me change (je suis sûre que ça ne me fait pas de mal, cet hiver, je me suis même surprise à trouver agréable de pouvoir se reposer sur quelqu'un. Je ne m'autorise ça avec personne d'autre).
Cet hiver, lors d'une séance où j'étais seule avec lui, on papotait et j'ai évoqué le fait que mon papa avait été mon premier entraîneur. J'ai dû utiliser le passé. Et il m'a dit : "moi aussi j'ai perdu mon papa. Tu avais quel âge ?" Je lui ai dit "15 ans". et il m'a dit "moi à 14 ans". Il m'a demandé si c'était un accident de voiture. Alors je lui ait expliqué en quelques mots. Et là j'ai commencé à perdre le contrôle (je me suis sentie pâlir et avoir les prémices de la crise d'angoisse). Il me connaît plutôt bien donc il a dû le voir. Il m'a laissé le temps de me ressaisir et on est passé à l'exercice suivant. Cela faisait très longtemps que parler de mon père m'avait déstabilisée. D'habitude, ça ne me pose pas de problème (même si ce n'est pas mon sujet de conversation préféré).
Depuis, on n'en pas pas reparlé. On s'entend toujours aussi bien et on a une superbe relation entraîneur/athlète.

Est-ce que c'est l'approche du mois de juin, toujours un peu difficile (les chaudes soirées d'été ne sont pas ma tasse de thé) ? Est-ce que c'est cette nouvelle relation qui est pourtant très différente d'une relation père/fille (ce type de relation est vraiment spécifique) ? Est-ce que c'est de la fatigue (je m'apprête à passer un concours que je prépare depuis 2 ans) ? Est-ce que c'est le fait que ma petite soeur soit partie 6 mois en Australie (elle est ce que j'ai de plus cher et elle ressemble beaucoup à mon père, mais on se téléphone par internet presque toutes les semaines) ? Le fait est que j'ai à nouveau du mal à faire taire cette douleur. Je me suis remise à pleurer trop souvent à mon goût.

Quand je lis les autres pages du forum, je suis désemparée : je croyais avoir fait le deuil de mon père, je constate que j'en suis très loin. J'ai tout juste accepté sa mort. Je refoule toujours la douleur. Et parfois, je le vois toujours dans une foule, au coin d'une rue...
En fait j'ai juste accepté de vivre comme ça, avec cette douleur au quotidien.
Quand je pense à lui, c'est à ce qui me manque que je pense : sa barbe qui pique mon front quand il m'embrasse le matin, ma main dans la sienne, le son de sa voix, le bruit de ses pas, la force de ses bras, son humour, sa sagesse...
Alors voilà, on m'avait dit qu'avec le temps ça passe. Mais 10 ans plus tard, j'ai toujours très mal. je me doute que lire ça, fera peut-être peur à ceux qui espèrent voir cette douleur s'atténuer. j'en suis désolée et je tiens à leur dire que je ne pense pas que c'est normal : ma mère et mes soeurs sont dans une autre dynamique que moi. J'ai dû louper une bifurcation, je ne suis juste pas sûre d'avoir le courage de retourner en arrière... Je ne sais pas vraiment ce que j'attends en écrivant ici, mais ça me fait déjà du bien.

Hors ligne mc59

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #1 le: 13 Mai 2013 à 21:16:35 »
bonsoir Tartine;

tu écris "je croyais avoir fait le deuil de mon père, je constate que j'en suis très loin"
cela résonne en moi ;
moi aussi j'ai perdu mon papa alors que je n'avais pas 16 ans;
la vie a continué ; il fallait aider maman qui était d'un naturel dépressif ..
j'ai fait des études, eu une vie professionnelle, je me suis mariée , j'ai eu des enfants ;
extérieurement tout semblait aller bien ; mais moi j'avais des moments de déprime, allant parfois jusqu'à des idées suicidaires..
il a fallu , bien des années plus tard , un travail avec une sophrologue , pour que je réalise la plaie n'était pas cicatrisée ;
j'ai eu le sentiment soudain de 'retrouver' mon papa, de me 'réconcilier' avec lui.
elle m'a permis de donner un sens aux dernières paroles de Papa, et je me suis enfin donné le droit d'être heureuse!
quelques années en paix avec moi-même avant le décès en janvier 2010 de maman , et surtout le 24 décembre 2010 de Jean-Marie avec qui j'ai vécu  33 ans et qui me manque cruellement aujourd'hui .
alors juste quelques mots pour te dire qu'il est important de prendre soin de toi, d'avoir un lieu où tu puisses parler ,  continuer ton chemin de deuil et ainsi construire sereinement ta vie .

bonne route à toi
marie-claire

Hors ligne *Ephémère*

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #2 le: 13 Mai 2013 à 21:17:57 »


Bonjour Tartine,

Je songe en lisant vos lignes, que peut-être vous pourriez prendre contact avec un ou une psychologue afin qu'il vous accompagne dans ce moment de votre vie où la peine semble être envahissante.

La perte d'un être cher nous plonge dans une souffrance que nous ne sommes  pas toujours en capacité d'affronter seuls.
Parfois, nous pensons avoir apprivoisé la douleur, sans recourir à quelqu'aide que ce soit.
Nous croyons l'avoir vaincue alors que nous l'avons seulement enfouie.
Alors  elle peut, des mois, voire des années plus tard, revenir dans nos vies, comme un boomerang.

A l'occasion d'une rencontre, un anniversaire, l'évocation de certains souvenirs, une maladie, un changement dans notre exisence, un autre deuil....


Peut-être, Tartine, le temps est-il venu pour vous de trouver l'aide dont vous avez besoin.

Je vous le souhaite bien sincèrement.

 




*Ephémère*

       Tu es là d ans ma peau comme un coup de couteau.

Hors ligne tartine

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #3 le: 13 Mai 2013 à 22:51:00 »
Je dois avouer que l'idée de chercher un psychologue me rebute : le sentiment de rejet que j'ai ressenti aux deux périodes où j'en avais besoin, me fait appréhender cette situation.
La sophrologie pourrait-elle être une piste pour m'aider avec mon puzzle de souvenirs ? C'est la première fois que j'y pense. Dans ce cas, j'attendrai d'avoir terminé mes examens... ça doit sûrement un peu chambouler non ?

C'est vrai que ces derniers mois, mon rythme de vie a pas mal changé. Je voyais ça comme quelque chose de positif. Mais c'est vrai qu'avant, je faisais plus attention à éviter les moment de grande joie (parce que le retour à la réalité est vraiment trop violent). J'ai sûrement moins tempéré mes émotions cette année. Pourtant j'ai fait attention à y aller progressivement...
Parce qu'à côté de ça, je suis dans une bonne période, cela fait un an et demi que je n'ai pas perdu un proche et tout va bien dans ma vie. Je crois que c'est pour ça que cette tristesse et cette douleur ravivées m'interpellent tant. D'habitude, il y a toujours une cause facile à détecter. Là je ne vois rien d'évident et comme je déteste perdre le contrôle, ça me fait peur.

Merci beaucoup de vos réponses, elles rassurent :)

Hors ligne Ninine31

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #4 le: 15 Mai 2013 à 18:19:15 »
  bonjour tartine

  ton message , ton parcours m' a bcp ému car ma fille,  à 15 ans et demi,  vient de perdre son papa subitement d' un arret cardiaque.
  je pense à toi qui a du jouer le role de petite maman auprès de tes soeurs, je pense que ça a été ta manière consciente ou inconsciente de réagir face à cette tragédie et les émotions refoulées à l'époque sont ressorties 3 ans plus tard... mais ça veut dire quoi au fond " faire le deuil " ? tu penses que tu ne l' as  pas fait parce que tu as toujours aussi mal ? parceque tu n as pas accepté sa mort ? parce que tu cherches des solutions pour moins souffrir ? ( te défouler à l' athlét. , la luminothérapie, refouler la douleur parce qu' à 25 ans t'as d' autres besoins... ) ...mais tu es exactement comme la plupart d' entre nous ! c' est trop dur de perdre qq' un qu' on aime, comment ne peut - il plus nous manquer ? que ce soit au bout d'un mois , d' un an , de dix ? on a qu' un papa , qu' une maman, qu' un amour...il nous faut malheureusement continuer à vivre avec cette terrible et tjrs omniprésente douleur de leur absence.

 Dernièrement  ma fille m' a avoué en pleurant,que lorsque c' était trop dur,  elle s' imaginait qu'il était absent à cause de son travail, je ne lui ai pas caché que pour moi c' était pareil... et après ? on controle pas nos réactions pas plus que ce qui se passe dans nos vies . Après ça ne l' empèche pas d'avoir une vie normale d' ado. avec des sorties , un chéri, la danse ... je ne sais pas si elle le recherche, en tout cas moi oui, parfois meme je l' attends.

  pour ce qui est de ta  détresse actuelle, peut - etre que les changements que tu vis en ce moments y sont pour qq chose ? une sorte de "burn out " avec ton examen, ta relation entraineur / athlète , l' éloignement de ta soeur... je vois ça plutot comme de la peur, peur de croquer enfin la vie à pleines dents car à ton age tu as toute la vie devant toi, peur de vivre pour TOI, peur de gouter enfin au bonheur après tant de galère ?

 peut - etre que je me trompe,mais je te souhaite bonne chance  de tout mon coeur

Corinne

Hors ligne tartine

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #5 le: 16 Mai 2013 à 22:47:39 »
Bonjour Ninine,

Tu me vois navrée de lire ce qui vous est arrivé à ta fille et toi. L'absence est très étrange au début, je me souviens que je devais me le rappeler à voix haute régulièrement, parce que j'avais tendance à oublier. Le reste de la vie ne change pas alors que ta famille est complètement sans dessus-dessous. ça fait un contraste un peu vertigineux. Et le rapport au temps change, alors l'attente de l'autre ne parait plus si saugrenue : on a l'impression que cela fait 1000 ans mais en même temps que c'était hier la dernière fois que l'on s'est parlé. Ce ne serait pas si surprenant de le voir franchir la porte comme si de rien n'était.


Quand je me dis que je n'ai pas dû "faire mon deuil" c'est quand je lis qu'on développe une nouvelle relation avec le disparu. En se rappelant de bons souvenirs, en lui faisant une place dans notre vie malgré tout. Moi j'ai l'impression que je suis morte en 2003 et que j'ai commencé une deuxième vie depuis. Je me souviens de lui mais c'est rare. Je n'aime pas regarder de photos. Parce que quand je pense à lui, les souvenirs de l'accident surgissent inévitablement. J'aimerais penser à lui de manière plus saine mais pour l'instant je n'y arrive pas.
C'est super que ta fille continue de vivre comme ça. C'est peut-être là que j'ai eu un soucis. Mon père est mort le premier jour de mes grandes vacances : j'ai donc passé 2 mois loin de mes amis du lycée (50 bornes quand on a une maman en mauvais état, on oublie vite). A la rentrée, j'ai fait comme si il ne s'était rien passé. Sur le coup je trouvais ça confortable (je pleurais le soir dans mon lit, ou toute seule aux toilettes), avec le temps je vois bien que c'est une mauvaise solution. Pour le coup, c'est certain que ma vie d'ado, j'ai fait une croix dessus. Je commence tout juste oser penser à moi avant de penser aux autres (la spontanéité et la fraicheur de l'adolescence, je l'ai vu chez ma petite soeur, et honnêtement, j'ai regretté d'être passée à côté).

J'ai peut-être peur d'être heureuse ? c'est possible. Disons qu'en théorie, être heureux, c'est le but de tout un chacun. Moi j'avais arrêté d'essayer (puisque je n'y arrivais pas et que ça me donnait juste envie de pleurer sur mon sort) et du coup, je me contentais de voir les autres heureux autour de moi en me disant que ma présence participait à leur bonheur. ça m'allait et j'étais prête à vivre 60 ans comme ça. Et surtout, même s'il m'a fallu du temps pour penser ça, je me dis aujourd'hui que je préfère avoir vécu 15 ans avec ce papa là que 60 ans avec un autre (quand je vois les relations conflictueuses qu'entretiennent certains amis avec leur père, je me dis que je préfère de loin ce que j'ai eu).
En tout cas c'est sûr que je ne pensais pas pouvoir être un jour heureuse comme maintenant. Rien que ça, ça doit me perturber (vu mon besoin de maîtrise absolue).

En fait, j'aimerais arriver à réconcilier mes deux vies : avec et sans lui. Gommer un peu ce fossé. Je voudrais pouvoir penser à lui sans me détacher complètement (là par exemple, pour écrire ce mail, je fais comme si je ne parlais pas de moi mais de quelqu'un d'autre : j'ai un regard extérieur sur ma propre vie). Si je ne le fais pas, je pleure à tous les coups. Et dans la vie, pleurer dès qu'on pense à quelqu'un ça peut être très gênant parce que c'est très fréquent et rarement le "bon" moment. Je voudrais sourire quand je pense à lui.

Alors moi, Ninine, j'espère que tu ne te trompes pas et que j'arriverai à vaincre cette peur de la vie.

J'espère de tout coeur que ta fille et toi trouviez un apaisement le plus tôt possible. En attendant, je me permet de te dire que si ta fille le veut, n'hésite pas à me demander mon mail pour qu'on se parle : on a tendance à se sentir très seul puisque personne ne peut comprendre ce qu'on vit mais toutes les deux avons perdu notre père à 15 ans et demi, d'un accident brutal. Et malgré tout, j'ai quand même beaucoup avancé ces 10 dernières années (le chemin est juste très long) : je suis devenue une jeune femme plutôt épanouie. Cela peut rassurer.

Tendrement,
Tartine.

Hors ligne tartine

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #6 le: 30 Avril 2014 à 15:32:56 »
Bonjour,

Je reviens ici pour partager ce qui m'arrive depuis quelques mois... En relisant mes messages d'il y a un an, je constate qu'effectivement, je suis loin d'être au bout de mes efforts.

J'ai commencé à développer des troubles du comportement alimentaire en décembre : frénésie alimentaire et vomissements. ça a pris une telle ampleur qu'en janvier j'en étais à me faire vomir 2 à 3 fois ds la journée. J'ai pris conscience de ma perte de contrôle fin février. J'en ai parlé à mon entraineur (autant vous dire que mes performances étaient en chute libre et qu'il ne comprenait pas pourquoi...) .J'ai alors commencé à voir une psychologue spécialisée dans la thérapie comportementale et cognitive (TCC).
J'ai commencé mon traitement début mars et avec elle je réapprends à ressentir des émotions. Car au lieu de faire mon deuil, j'ai appris à les étouffer, soigneusement.
C'est très douloureux car elles réapparaissent de façon anarchique. Le bonheur est très soudain, c'est comme une ivresse. La tristesse est assez fréquente (mais ce n'est pas l'émotion que j'avais le plus refoulée). Le pire c'est la peur. La moindre peur devient une peur panique qui me rappelle le jour de l'accident de mon père. Et arrivent alors en fanfare mes souvenirs désordonnés et la douleur physique de la perte.

Ma psy m'invite à considérer que je mérite de vivre une vie heureuse. C'est le point sur lequel j'ai le plus de progrès à faire alors. ça me parait vraiment impossible pour le moment. Quand je pense à mon futur je me dis simplement que si je tiens 40 ans comme ça, ce sera bon, j'aurai le droit de lâcher. Je ne vis pas pour moi mais uniquement pour éviter aux autres de subir mon absence. Et au final, j'essaie de trouver des petits bonheurs, juste pour que le temps passe plus vite.

Voilà, c'est compliqué car j'ai l'impression de replonger en enfer mais je m'accroche en me disant que cette fois je ne suis pas seule et que c'est le moyen pour me reconstruire (voire me construire).

En tout cas les TCC sont vraiment une approche très intéressante dans mon cas, pour traiter toutes les conséquences du déni prolongé.


Hors ligne zabou

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #7 le: 30 Avril 2014 à 16:13:52 »
Bonjour Tartine,

Merci de nous livrer ce témoignage.

Ce que le cerveau ne veut entendre, le corps nous le rappelle.

Un travail sur soi aidé d'un professionnel, peut éviter ce que tu vis aujourd'hui, peut être cela fera t' il écho, à tous nos compagnons en souffrance .

Je te souhaite de trouver le chemin qui mène à la sérénité.

zabou
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Si j'avais su que je t'aimais tant, je t'aurais aimé davantage.
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Hors ligne tartine

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #8 le: 30 Avril 2014 à 23:57:21 »
Bonsoir Zabou,

Effectivement, je pense que s'entourer de professionnels sans attendre est vraiment important. Je suis assez en colère de n'y avoir pas eu facilement accès plus tôt. Les refus que j'avais essuyés avant m'avaient vraiment refroidie... Au final là, j'ai pris la décision d'en parler à mon entraineur puis de prendre RDV avec la psy et tout s'est fait en 3 jours : demander de l'aide (et en obtenir) a été d'une facilité déconcertante...
Par ailleurs, la thérapie que je suis n'est pas remboursée... C'est cher. Je peux me l'offrir mais beaucoup n'ont pas cette chance et ça n'est pas normal.

J'espère profondément que mon témoignage pourra en aider certains et ainsi leur éviter des années d’errements et de souffrance.

Hors ligne zabou

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #9 le: 01 Mai 2014 à 00:32:03 »
Bonsoir Tartine,

Je suis d'accord une psychologue en milieu  libérale, n'est pas remboursée et tout le monde ne peux pas débourser, surtout, lorsque l'on se retrouve seule avec des ressources souvent divisée par deux et effectivement cela est totalement anormale.

Il faut se renseigner et frapper à plusieurs portes, les associations, en milieu hospitalier , c'est difficile , mais pas impossible et totalement remboursé.

C'est vrai c'est le parcours du combattant, un de plus !!

Mais cela vaut le coup, une aide, pour s'en sortir, lorsque seule cela devient trop difficile, mieux se comprendre, mieus appréhender, ceux qui nous entourent, voir de nouveau la vie autrement.

Merci à toi et courage aussi .

Je t'embrasse,

zabou
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Hors ligne tartine

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #10 le: 01 Mai 2014 à 13:57:03 »
Bonjour,

Je trouve que c'est bien là que le bât blesse : demander une aide gratuite est un parcours du combattant. Or le simple fait d'admettre qu'on a besoin d'aide et d'engager les démarches de recherche, c'est déjà énorme !
Les pathologies physiques sont toujours traitées, sans qu'on ne nous demande quasiment rien. On va chez le médecin, ou aux urgences et on est pris en charge. La détresse psychologique, c'est comme si on demandait un soin de confort lorsqu'on implore de l'aide... C'est assez écoeurant.
La dépression tue tous les jours... C'est une véritable maladie qui reste encore perçue comme un manque de volonté, une espèce de fainéantise. Je vois bien que les gens qui n'ont jamais traversé cette épreuve considèrent qu'il suffit de se bouger pour s'en sortir. Ils s'imaginent qu'on est très triste or être dépressif, ça ne se limite pas à de la tristesse...
Aider au plus vite ceux qui vivent la perte d'un proche pourrait permettre d'éviter à certains de sombrer dans la dépression. ça pourrait sauver des vies.
Que dire de la période où j'ai été traitée par antidépresseurs sans pouvoir voir un psychiatre ou un psychothérapeute. Je trouve ça tellement injuste... Et je sais que je ne suis pas un cas isolé.

Les onze dernières années de ma vie sont un champ de bataille. J'ai manqué des instants que je ne récupérerai pas. Je fais de mon mieux pour rattraper le cours normal des choses mais franchement, quel gâchis...

Aujourd'hui j'ai fait du pain. C'est mon papa qui m'a appris. On le faisait ensemble le dimanche et ça faisait des années que je n'en avais pas fait. J'avais l'impression qu'il était à côté de moi, à corriger mes gestes. J'étais tellement apaisée...
Ces derniers temps, c'est comme si une espèce de brouillard se levait : le temps passe mais les souvenirs deviennent de plus en plus précis, et de plus en plus nombreux. Les souvenirs de l'accident sont toujours aussi chaotiques mais les bons souvenirs reprennent vie.

Hors ligne Eva Luna

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #11 le: 01 Mai 2014 à 21:51:57 »
Les CMP, centres médicaux psychologiques , pour adultes, existent un peu partout et c'est gratuit, le délai pour un RV peut être long mais on finit par sortir de la liste d'attente...il y en a aussi pour les enfants.

Hors ligne Sophia

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #12 le: 31 Janvier 2016 à 11:15:31 »
 ??? Pour quelle raison un deuil serait il une maladie que l'on doive soigner à coups de psys???

Hors ligne Eva Luna

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #13 le: 31 Janvier 2016 à 13:49:44 »
Ce n'est pas une maladie, tu as raison...
mais parfois on a besoin d’être aidé .. on n'y arrive pas seul.. alors un psy peut accompagner cette souffrance du deuil et du manque...parfois...

Hors ligne zabou

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Re : 10 ans après, j'ai toujours mal...
« Réponse #14 le: 03 Mars 2016 à 21:24:43 »

Effectivement ce n'est pas une maladie , mais un peu d'empathie que diable !!

Selon les circonstances, notre propre personnalité le vécu, soit de l’annonce, soit de l'accompagnement,la relation construite avec la personne disparue, tout cela peut concourir à un traumatisme bien réel , cela peut ( ou fait ressortir des blessures plus anciennes et jamais guéries ....)

Alors si l'on peut avoir une psy à qui se confier sans jugements , qui puisse nous aider au nom de quoi sans priver ????

Il faut quand même arrêter, le deuil et tout ce qui le suit,la douleur( parfois la dépression) souvent la tristesse chronique, est sous estimé depuis des années , ce n'est quand même pas sur ce forum que l'on va en faire fi....

Ou alors je n'ai rien compris.....

j'avais dit que je ne reviendrais pas , mais là je réagis, au manque certains de compréhension et à tous ce que ce forum a longtemps représenté pour moi !!!

zabou
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